Je rajoute mon expérience personnelle vis à vis des ours noirs. j'en ai vu régulièrement depuis deux ans et trois étés ici en Baie-James. Ils sont en nombre important (c'est rare de ne pas trouver d'indices de leur présence) mais il n'y a à ma connaissance aucun cas d'attaque sur humain.
Ils sont cependant omniprésents et font des dégâts dans les campements (les miens

et aussi dans des locaux rigides de types Algeco). Par ici, on a vu des ours apprendre à ouvrir des portières et dévaster des véhicules de chantiers par exemple. La semaine passée, un hangar a été éventré et le personnel s'est retrouvé avec un ours à l'intérieur. Un des employés (un Cri) a ouvert la porte du hangar et lui a gueulé dessus, ca a suffit pour le faire déguerpir

Pour ma part, avec une tente en toile, c'est assez problématique. Car un ours revient, et si les premiers coups, il suffit de lui crier dessus pour qu'il détale aussi vite qu'il le peut, les fois suivantes il tente un peu plus sa chance et met plus de temps à déguerpir et revient plus vite

Il faut prendre en compte aussi je pense du caractère de l'ours. Comme l'humain ou le loup, chaque ours est différent et donc son comportement peut varier. Il y a des ours qui prendront plus leurs chances, et j'imagine qu'il y a des ours qui passeront plus vite du coté "obscur".
En 2008, mon camp a été l'objet de visites régulières d'un ours particulièrement croqueur et tout ce qu'il touchait, il le mordait, que cela se mange ou pas. Et sur la fin, avant que le camp fût déménager, je n'étais pas très confiant sur l'issue des interactions et je sentais que cela pouvait tourner mal. En 2009 et 2010, l'ours qui me fait "des misères" est plus commode et à leur où je vous écris, après 4 jours loin du camp de base, l'ours est venu, est rentré mais n'a rien cassé:il n'y avait rien à se mettre sous la dent. Son comportement n'est absolument pas agressif même s'il s'habitue vite et se rapproche.
Dans ces circonstances un peu spéciales (c'est un camp de base, donc avec forcément du passage et des odeurs, au fil des mois), la cohabitation peut être tendu et la distance se rétrecir fortement. Par exemple, voici une photo prise lundi dernier :

Il est à moins de 3m.
Celle-ci le montre de pleine face. le coin blanc en bas à droite, c'est la toile de ma tente et il est à 2m de moi :

Dans ces circonstances, j'ai pris les photos, mais j'ai aussi ma hache de camp dans l'autre main. Juste pour ne pas avoir les mains nues si y'a quelque chose qui cloche.mais au vu e son comportement (face, attitude, déplacement), il est possible de se faire une idée de ses objectifs.
Ca, ça peut impressionner et il peut paraître très proche. mais c'est en situation de "camp" où l'ours a déjà pris l'habitude de venir fouiller, et où il a déjà passé le cap et compris que je n'avais pas grand chose contre lui, malgré mes coups de gueule et mes engueulades.
A noter aussi qu'à chacune de ses interactions rapprochés, il s'agissait d'ours jeunes. Surement pas beaucoup plus vieux que 2 ou 3 ans. Certains locaux ont aussi l'impression que les jeunes ours se rapprochent plus facilement et "tentent leurs chances" plus souvent que les gros, qui semblent t'ils ont moins tendances à se rapprocher des camps.
En situation de rencontres lors de balades, les distances sont beaucoup plus grandes, et comme il a déjà été dit, c'est son cul qui détale très vite qu'on voit surtout (et avec un bruit assez impressionnant de branches cassées)
En ce moment, dans la région, il y a trois équipes de 2 prospecteurs qui marchent à journée longue dans la taïga. Lorsque je les ai rencontrés il y a 10 jours, aucun n'en a avait encore vu. pourtant il y'en a dans cette zone, je la connais bien.
j'ai vu également Mère et deux de ses petits. Le petit s'est approché de moi et de mon tarp, à moins de 5m. J'ai vu la mère s'intéresser au rapprochement et à l'interaction qui a suivi. j'ai fait détaler le petit qui devenait trop proche :lepetit est retourné voir sa mère et ils sont tous partis en me laissant tranquille.
Ces rencontres ne m'ont pas donné le gout de prendre fusil, poivre de cayenne ou pétard. Ces rencontres me donnent l'occasion d'interagir avec une espèce intelligente, pas nécessairement soumises à l'homme et dont il faut "dialoguer" avec respect et en faisant attention à ce que vous leur montrer comme signal.
Je considère de plus en plus que lors de rencontres avec des animaux tels que l'ours ou le loup, situés en haut de la chaine alimentaire, que notre comportement joue un rôle primordial dans le déroulement de l'interaction. Avec eux en face à face, avec leur intelligence, leur force et leur caractère, vous ressentez un peu ce que veux dire David lorsqu'il dit "se fondre dans la Pacha Mama"
