Attention, tartine. J'ai essayé d'être complet et offrir un CR solide, mais ça fait un peu lourd. Tant-pis.
Les vêtements de pluie habituels sont c*nçus dans l'idée que stopper l'eau est la priorité, et respirer est important mais secondaire. En ce moment, l'aboutissement de cette approche sont les trucs avec des membranes du genre Gore-Tex ou d'autres. Ce sont de vraies armures à météo, et y'a rien à dire, ça marche bien. Reste à mettre autant d'isolation qu'on veut en dessous et on peut gérer un vrai gros froid mouillé assez facilement.
Mais non seulement une bonne Gore-Tex coûte muchos €€€, mais quiconque a essayé de gravir une côte sérieuse en en portant une connaît cette sensation de dégouliner de sueur à l'intérieur de sa veste de pluie grande ouverte, avec la pluie froide sur le torse et la sueur qui ruisselle sur le dos. Ensuite quand on ralentit l'isolant est mouillé et on se refroidit, c'est la fin du confort et parfois le début des problèmes, à moins d'avoir des rechanges sèches dans le sac qui subiront le même sort un peu plus tard.
Gérer des efforts dans une gore-tex quand l'air est saturé d'humidité demande beaucoup de discipline, et donc de beaucoup se concentrer sur son matos, ce qui n'est pas forcément agréable quand on est dehors et qu'on souhaite juste que le matos se mette à notre service.
C'est sur ce constat que certains fabriquants ont pris le problème dans l'autre sens et ont inventé des textiles pour lesquels respirer est la priorité, et stopper l'eau est important mais secondaire. Ces trucs marchent d'autant mieux qu'ils ne sont en général pas que "respirant", mais qu'ils évacuent activement l'eau par capillarité. On arrive à des systèmes très tolérants, qui ne demandent pas de discipline à l'usage, qui ne gèrent pas forcément les déluges les plus intenses sur la durée aussi bien que du Gore-Tex mais sont plus agréables à porter pour la plupart des cas de figures normaux.
Les exemples les plus connus dans le monde du matos léger adapté à la rando ou la montagne sont les trucs en Pile & Pertex (le spécialiste de référence étant le fabriquant anglais Buffalo) et les trucs en Nikwax Analogy (surtout utilisé par Paramo, anglais aussi). Ces deux systèmes ont déjà été discutés un peu sur le forum, mais plus théoriquement qu'autre chose.
Je voulais montrer un exemple concret avec la veste en P&P que j'utilise depuis quatre mois, faite par un autre fabriquant anglais de grande qualité qui pratique des prix raisonnablement accessibles, Montane.http://www.montane.co.uk/products/men/extreme/extreme-jacket/128
(Un jour de pluie sur la neige. Bien confortable au chaud et au sec !

)
MatériauxLa veste est une superposition de deux matériaux :
- l'extérieur est du "Pertex 6", le plus épais et le plus serré de la gamme "Pertex Classic" (tissus en polyamide avec des propriétés capillaires particulières). C'est le même que sur les anoraks "Buffalo Special 6" largement utilisés par les militaires britanniques. C'est plus résistant au vent et à l'eau que le type employé sur la "Buffalo Mountain Shirt" que plusieurs membres du forum semblent posséder. Snugpak, eux, n'emploient pas de Pertex mais un truc en nylon qui sonne un peu comme un plagiat ("paratex") et sur lequel les infos manquent.
- l'intérieur est une fourrure spéciale en polyester, baptisée "DryActiv 3000" ou un truc du genre, utilisée juste par Montane. Elle conduit l'eau vers l'extérieur par capillarité, et ce d'autant mieux qu'il y a une différence de température entre l'intérieur (bonhomme) et l'extérieur (mauvais temps). Ainsi j'ai remarqué qu'elle sèche plus vite en la portant qu'en la mettant dans une pièce chauffée, c'est le seul vêtement que j'ai eu qui fasse ça et c'est un peu déroutant à constater. Ce matériau est prévu pour être contre la peau pour maximiser ses performances, le contact est agréable mais je le porte avec une couche de base très fine juste pour l'hygiène.
- il y a des renforts dans un gros machin rugueux prévu pour bouffer du frottement sous les avant-bras et à quelques autres endroits mineurs.
Forme et accessoires, rapidoRien de super transcendant, juste un truc bien construit.
- une super capuche de montagne bien enveloppante, entièrement réglable, avec des rabats qui peuvent se fermer devant le visage et une visière bien protubérante avec un fil de cuivre dedans pour maintenir la forme. La capuche est amovible. Jamais eu de problème de capuche qui s'enlève toute seule. La capuche est tournante, mais pas aussi bien que d'autres.
- coupée pour les grands-minces avec l'arrière tombant qui protège bien jusque sous le dessous du cul. Il y a un cordon pour le bas, ajustable à une main, et un cordon autour de la taille, ajustable à une main aussi, auquel on accède par l'intérieur des poches.
- deux poches de poitrine en filet qui font aussi office d'aérations. Pas énormes.
- un col montant bien protecteur
- pas de fourrure au niveau des aisselles, ça respire directement face au Pertex. Le petit détail qui tue.
- tous les petits détails qu'on attend d'un vêtement un minimum bien étudié : fermetures protégées par des rabats, un matériau doux contre le menton, poignets ajustables et élastiques, ce genre de trucs élémentaires...
Tout ça est léger une fois enfilé, donne une bonne liberté de mouvement (c*nçu pour l'escalade entre autres) et est très agréable.
EntretienAucun. Garder un peu propre, c'est tout, la boue sur n'importe quel vêtement gardera l'eau dans le tissu, même si le Pertex ne se salit pas facilement, et la sueur dans le polyester ça sent. Par précaution je lave avec un savon doux (lavée pour la première fois il y a quelques jours).
C'est le gros avantage de ce système, c'est sans entretien.
Le Nikwax Analogy (vêtements Paramo) est plus performant sur le papier, plus "étanche", toujours sec, deux fois plus léger, plus compressible, un peu plus solide, mais l'idée d'avoir un truc qui fonctionne à l'envers si je le porte un mois sans le relaver avec une bouteille de déperlant me rebutait trop.
Face au vent "sec"Le Pertex 6 est donné pour être efficace contre des vents jusqu'à environ 80 km/h.
Concrètement la seule fois que je l'ai trouvé dépassé par le vent c'est une fois où j'estimais le vent à plus de 100 km/h. Pour parler simplement, on tenait pas debout, on était constamment jetés par terre et plaqués comme des merdes contre la neige pendant plusieurs secondes avant que la rafale ne faiblisse, qu'on puisse faire les quelques prochains mètres en avant et que ça recommence. Le gros sentiment d'impuissance, malgré la troisième patte offerte par le piolet. Je voulais enfiler mon coupe-vent additionnel mais c'était techniquement infaisable avant de trouver l'abri d'un rocher qui dépassait sur la glace.
Bref, à moins de faire de la moto, le truc ne montre pas rapidement ses limites comme coupe-vent.
Face à la pluieJe l'ai porté par des journées entières de pluie sans me sentir réellement mouillé dedans. Parfois humide, mais jamais froid, et jamais humide longtemps. Par contre je n'ai pas encaissé de gros déluge qui dure, juste quelques mauvaises averses puis la pluie "normale" qui continue. En étant tâtillon on peut se plaindre des poignets qui ne sont pas doublés de fourrure et ont un toucher froid s'ils sont vraiment mouillés.
Pluie et vent ensembleLa seule fois où j'ai vraiment eu froid dans cette veste, lors d'une demi-journée de marche sans effort, le long d'une côte sous une pluie battante qui n'arrêtait pas et un vent assez fort, par +1°C d'après le thermomètre de la bagnole. La pluie imprègne, le P&P évapore, mais tout ça se passe trop intensément et on se refroidit, sans pour autant se sentir mouillé. J'ai fini par avoir franchement froid. Un coupe vent léger additionnel résout le problème.
A l'effortC'est un vêtement
chaud. 10°C est un vrai maximum pour l'utiliser, et s'il y a du soleil ça peut être même un peu moins. Par des températures négatives il est agréable même lors d'efforts prolongés. Quand la température s'adoucit trop, les efforts peuvent faire sentir une vraie surchauffe. Même si on sue, on sèche presque instantanément, il n'y a donc pas le problème de sécurité qu'on rencontre avec le système 3 couches classiques. Mais au bout d'un moment on en a juste marre d'avoir trop chaud malgré les évents ouverts. C'est là que le coupe-vent léger complète la grosse veste une fois de plus, par le bas cette fois. On le porte à l'effort. On a chaud mais pas trop. Peu importe si on se mouille un peu de sueur ou de pluie qui imbibe le coupe-vent et le t-shirt (synthétique léger !), dès lors qu'on réduit l'effort on peut renfiler la veste et l'humidité est "gérée" sans risque de refroidissement ou de marinage.
J'ai écrit une tartine énorme pour faire un compte-rendu assez complet, mais s'il ne devait y avoir qu'une seule ligne ce serait ça :
le côté NI ENTRETIEN NI DISCIPLINE A L'EMPLOI est absolument génial sur le terrain.
Résistance à l'abrasionJ'ai repris un peu l'escalade sur les falaises du front de mer, et lors d'une mauvaise glissade j'ai râpé un poignet de la veste. Le pertex est esquinté mais pas troué. C'est pas fait pour bouffer du frottement fort à longuer de temps, à part sous les coudes renforcés. Dans ce cas faudra le compléter par un vêtement léger de protection.
Par contre ça encaisse bien les frottements "accidentels".
J'évite soigneusement le barbelé avec ça.
Poids, volume et prix990 grammes en XL.
Environ 10/15 litres en bourrant dans un sac mais sans chercher à tasser.
Oui c'est gros. Oui c'est un peu "lourd". Mais ça remplace plusieurs vêtements normaux et ça les remplace bien

Le prix a récemment augmenté. Environ £90 (100 euro) neuf en magasin désormais. Mais j'en ai vu qui partaient pour £60 pour peu qu'elles aient été stockées deux ou trois ans. Et sur la baie y'a sûrement des affaires aussi.
C'est toujours moins cher que la seule gore-tex dans l'habillement plus standard qu'on recommande en montagne.
A savoir que le même truc existe aussi en coupe anorak.
ConclusionJe ne croyais pas au réalisme d'un vêtement "tout en un", mais j'y ai été amené par mes insatisfactions avec le système "3 couches" plus habituel en France.
Le truc marche vraiment. Il demande à reconsidérer sa manière d'utiliser ses vêtements en outdoor et surtout en montagne, où les ajustements restent nécessaires et le vrai tout-en-un n'existe pas encore. Pour ma part je finis avec un système peu orthodoxe où j'ai une veste complétée ou remplacée par un coupe-vent léger par dessus un t-shirt fin en synthétique. C'est différent du truc habituel qui veut qu'on ait une coquille gore-tex et qu'on module l'isolation dessous, mais c'est rapide, pratique et agréable.
J'ai vu des tas de gars "du cru" en porter dans les Cairngorms, des randonneurs mais aussi les gardes du parc, des travailleurs forestiers et des chasseurs. Ils ne s'y trompent pas. L'armée anglaise a l'équivalent chez Buffalo en dotation.
Quant à moi, c'est encore le vêtement que j'attrappe naturellement dès que je mets le nez dehors, que ce soit en ville, ou pour une ballade du soir sur les falaises ou une vraie sortie en montagne.