Salut à tous,
Je profite de la Journée Internationale des Femmes pour publier ce post, qui fait suite à une discussion un peu ancienne que vous trouverez là :
http://www.davidmanise.com/forum/index.php/topic,26808.40.htmlOn discutait sur cette page du fait de savoir si lutter contre l’excision des femmes n’est pas un peu aller prêcher la morale européenne. Et de quel droit pouvons-nous faire ça ?
Dans l’ensemble, puisque j’aime bien qu’on me foute la paix sur la manière dont je vis, je tente de foutre la paix aux autres (même quand ça me démange de dire quelque chose). En gros, ça, c’est la base du relativisme culturel soft : Il n’y a pas de cultures supérieures à d’autres. C’est une excellente base de pensée. Et d’ailleurs Montaigne avait très bien fait ça (relire «Des Cannibales», c’est très fort).
Mais le relativisme culturel, ça ne marche pas quand les gens souffrent ou meurent du fait d’une pratique de leur culture. Comme dit David dans le post de base «si ça raccourcit la vie, c’est mal». C’est ce problème que pose l’excision.
L’excision féminine ne fait pas que raccourcir la vie. Elle la pourrit. Etre excisée, pour une jeune fille, c’est très important car c’est un rite qui marque son entrée dans la vie adulte. Elle n’est plus considérée comme une enfant mais comme une femme à marier. Certains peuples, comme les Masaï, ont remplacé la mutilation par une sorte de fête qui marque l’entrée des filles dans la vie adulte. Certains autres peuples, eux, continuent, comme dans l’ouest du Kenya.
Il faut bien comprendre de quoi on parle. L’infibulation effectuée dans l’ouest kenyan consiste en deux phases. Dans la première (publique) on coupe le clitoris des filles. Dans la seconde (privée), on ôte les petites et les grandes lèvres. Ca fait un mal fou parce que ces zones sont extrêmement inervées et vascularisées. Pour cette «opération», quatre femmes immobilisent la fille et une cinquième coupe. Après cela, les filles ont les jambes serrées pour que la plaie cicatrise. Il reste un trou de quelques millimètres pour uriner et pour les règles. Les rapports sexuels imposent donc fréquemment une réouverture que les plus fortunées font à l'hôpital et que les autres subissent avec un couteau ou une corne.
Je vous laisse aux évidences sur la propagation des maladies lors d’une séance collective d’infibulation. Les complications sanitaires dues à la cicatrice et à la rétention des fluides sont également importantes. Lors des accouchement, la mutilation multiplie le risque de complications puisque l’ouverture du col ne peut pas se faire. Le bébé peut alors rester plusieurs jours en souffrance. Il en résulte une mortalité énorme de ces bébés (souvent les premiers) et des complications pour la femme : les fistules. Comme le bébé appuie longtemps sur la paroi vaginale de la mère, il empêche le sang de passer. Ca nécrose les chair et ça créé des trous entre le vagin et la vessie ou le rectum. Ca rend donc les femmes incontinentes par le vagin. Elles subissent alors une mise à l’écart très humiliante parce que, tout simplement, elles puent.
Se battre contre ça, c’est se battre contre l’ignorance et, très souvent, la résignation des femmes qui ne savent même pas que faire pipi, ça peut prendre deux secondes et pas, comme dans leur cas, 15 bonnes minutes. C’est expliquer aux hommes (qui se plaignent que leurs rapports sexuels sont douloureux pour eux aussi) que le sexe, ça peut être sympa.
Et notre motivation ici, ce n’est pas de se dire que ces gens sont des barbares. C’est juste de se dire qu’il y a des choses sur lesquelles on ne transige pas.
Je sais d’expérience que le fait que ce soient des femmes qui soient touchées et, surtout, qu’on ne voit pas la mutilation, tend à faire dire que bon, c’est pas si grave. Imaginez si on leur enlevait un oeil à ces femmes et qu’on recouse la paupière. On dirait quoi ? Sanitairement, pourtant, il vaudrait mieux ça qu’une mutilation génitale.
Et vous ? Quels sont vos critères ? Sur quoi ne transigez-vous pas ? Nous, ici, c’est le droit à la vie, au bien-être et, surtout, à l’intégrité physique pour les jeunes filles qui vont être mutilées (13 ans), pour les femmes qui ont des complications, pour leurs bébés.
Les photos attachées sont (très) difficiles. C’est pour cette raison qu’elles sont en fichier attaché et non en direct sur le post.
Hélène.