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Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: [ATTENTION IMAGES CHOQUANTES] Mutilations sexuelles et droits des femmes  (Lu 39814 fois)

08 mars 2010 à 18:02:50
Lu 39814 fois

Lily


Salut à tous,

Je profite de la Journée Internationale des Femmes pour publier ce post, qui fait suite à une discussion un peu ancienne que vous trouverez là :  http://www.davidmanise.com/forum/index.php/topic,26808.40.html
On discutait sur cette page du fait de savoir si lutter contre l’excision des femmes n’est pas un peu aller prêcher la morale européenne. Et de quel droit pouvons-nous faire ça ?

Dans l’ensemble, puisque j’aime bien qu’on me foute la paix sur la manière dont je vis, je tente de foutre la paix aux autres (même quand ça me démange de dire quelque chose). En gros, ça, c’est la base du relativisme culturel soft : Il n’y a pas de cultures supérieures à d’autres. C’est une excellente base de pensée. Et d’ailleurs Montaigne avait très bien fait ça (relire «Des Cannibales», c’est très fort).
Mais le relativisme culturel, ça ne marche pas quand les gens souffrent ou meurent du fait d’une pratique de leur culture. Comme dit David dans le post de base «si ça raccourcit la vie, c’est mal». C’est ce problème que pose l’excision.

L’excision féminine ne fait pas que raccourcir la vie. Elle la pourrit. Etre excisée, pour une jeune fille, c’est très important car c’est un rite qui marque son entrée dans la vie adulte. Elle n’est plus considérée comme une enfant mais comme une femme à marier.  Certains peuples, comme les Masaï, ont remplacé la mutilation par une sorte de fête qui marque l’entrée des filles dans la vie adulte. Certains autres peuples, eux, continuent, comme dans l’ouest du Kenya.

Il faut bien comprendre de quoi on parle. L’infibulation effectuée dans l’ouest kenyan consiste en deux phases. Dans la première (publique) on coupe le clitoris des filles. Dans la seconde (privée), on ôte les petites et les grandes lèvres. Ca fait un mal fou parce que ces zones sont extrêmement inervées et vascularisées. Pour cette «opération», quatre femmes immobilisent la fille et une cinquième coupe. Après cela, les filles ont les jambes serrées pour que la plaie cicatrise. Il reste un trou de quelques millimètres pour uriner et pour les règles. Les rapports sexuels imposent donc fréquemment une réouverture que les plus fortunées font à l'hôpital et que les autres subissent avec un couteau ou une corne.

Je vous laisse aux évidences sur la propagation des maladies lors d’une séance collective d’infibulation. Les complications sanitaires dues à la cicatrice et à la rétention des fluides sont également importantes. Lors des accouchement, la mutilation multiplie le risque de complications puisque l’ouverture du col ne peut pas se faire. Le bébé peut alors rester plusieurs jours en souffrance. Il en résulte une mortalité énorme de ces bébés (souvent les premiers) et des complications pour la femme : les fistules. Comme le bébé appuie longtemps sur la paroi vaginale de la mère, il empêche le sang de passer. Ca nécrose les chair et ça créé des trous entre le vagin et la vessie ou le rectum. Ca rend donc les femmes incontinentes par le vagin. Elles subissent alors une mise à l’écart très humiliante parce que, tout simplement, elles puent.

Se battre contre ça, c’est se battre contre l’ignorance et, très souvent, la résignation des femmes qui ne savent même pas que faire pipi, ça peut prendre deux secondes et pas, comme dans leur cas, 15 bonnes minutes. C’est expliquer aux hommes (qui se plaignent que leurs rapports sexuels sont douloureux pour eux aussi) que le sexe, ça peut être sympa.
Et notre motivation ici, ce n’est pas de se dire que ces gens sont des barbares. C’est juste de se dire qu’il y a des choses sur lesquelles on ne transige pas.
Je sais d’expérience que le fait que ce soient des femmes qui soient touchées et, surtout, qu’on ne voit pas la mutilation, tend à faire dire que bon, c’est pas si grave. Imaginez si on leur enlevait un oeil à ces femmes et qu’on recouse la paupière. On dirait quoi ? Sanitairement, pourtant, il vaudrait mieux ça qu’une mutilation génitale.

Et vous ? Quels sont vos critères ? Sur quoi ne transigez-vous pas ? Nous, ici, c’est le droit à la vie, au bien-être et, surtout, à l’intégrité physique pour les jeunes filles qui vont être mutilées (13 ans), pour les femmes qui ont des complications, pour leurs bébés.

Les photos attachées sont (très) difficiles. C’est pour cette raison qu’elles sont en fichier attaché et non en direct sur le post.

Hélène.
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08 mars 2010 à 18:28:25
Réponse #1

DavidManise


Merci Hélène.

Les cultures ont le pouvoir de changer d'elles-mêmes.  Parfois de l'intérieur, le plus souvent au contact d'autres cultures...  on ne peut pas imposer le changement de l'extérieur sans qu'il y ait un prix à payer.  Mais il faut en parler...  vraiment.  Parce que je crois qu'il faut réellement que ce genre de rituel soit remplacé par un truc ayant un sens relativement identique, et qui n'ait pas de conséquences sanitaires aussi énormes.

Je remercie tout le monde, d'avance, de ne pas enflammer ce fil avec des commentaires débiles, racistes, xénophobes, ethnocentristes, etc.

La modération veille.  Au premier glissement, on bloque et/ou on sanctionne.

David
"Ici, on n'est pas (que) sur Internet."

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08 mars 2010 à 18:36:02
Réponse #2

Gros Calou


Merci Hélène, merci de rappeler qu'il ya encore des pratiques que comme les Massaï pourrait être remplacées par une fête au lieu d'une mutilation qui engendre ........ Pourquoi, pour une coutumes ancestrale ??? Alors que tout ne pourrait être que paix et amour ???
Dur très dur et pourtant réel et actuel.
Que faire, persuader qu'une femme non mutilée est source d'une vie meilleure !

 :'(



08 mars 2010 à 18:47:30
Réponse #3

Patrick


Merci Lily, pour nous parler directement de concept que nous jugeons souvent uniquement sur le plan moral, mettre des images crues sur un concept fout la gerbe mais fait du bien à la détermination. Tu nous rappelles aussi que de jeunes filles sont excisées encore en France en 2010.

En France, ou nous connaissons encore des mariages forcés.

D'aucun, bons gaulois diront oui mais c'est pas vraiment des français qui font ça. Non, effectivement, toujours en France et chez les bons français une femme meurt tous les 3 jours, sans compter les violences sexuelles.

On aura célébré encore de nombreuses "journées de la femme" avant que en France on considére que le corps de ma femme ou de ma fille ne m'appartient pas.

08 mars 2010 à 18:55:20
Réponse #4

Gros Calou



08 mars 2010 à 19:18:49
Réponse #5

mad


Visa Santé, une des ONG dont ma femme s'occupe (et moi aussi d'ailleurs) poursuit depuis des années, en plus de campagnes de vaccination et de formation des matrones, aides-infirmiers etc. (bien sur en liaison étroite avec les structures locales), des efforts de sensibilisation au sida et aussi contre l'excision : ce qui est très difficile et extraordinairement décourageant, est que ce n'est pas seulement  la mentalité des hommes qu'il faut faire évoluer, mais aussi celle des femmes qui l'ont subie.
Et il est vrai que même en France, ces pratiques continuent, d'autant plus inadmissibles qu'elles ne sont nulle part demandées par l'Islam, contrairement à une idée souvent répandue.
Mais une condamnation virulente (indispensable) ne peut être entendue qu'après une réelle écoute, et l'établissement d'une empathie profonde et respectueuse.

08 mars 2010 à 19:24:40
Réponse #6

Humain



08 mars 2010 à 19:30:08
Réponse #7

VieuxMora


Merci Hélène.
Concrètement comment agir auprès des intéressé(e)s pour faire évoluer les pratiques?

08 mars 2010 à 19:59:56
Réponse #8

Nathan-Brithless


un seul mot:MERCI!!!
j'ai eu à constater les effets de ces pratiques à Djibouti
écoeuré à jamais
BRAVO à toi ça devait etre dis!!
L'eau se referme derriere le poisson qui avance

08 mars 2010 à 20:30:37
Réponse #9

Jocelyn


Dans l’ensemble, puisque j’aime bien qu’on me foute la paix sur la manière dont je vis, je tente de foutre la paix aux autres (même quand ça me démange de dire quelque chose). En gros, ça, c’est la base du relativisme culturel soft : Il n’y a pas de cultures supérieures à d’autres. C’est une excellente base de pensée. Et d’ailleurs Montaigne avait très bien fait ça (relire «Des Cannibales», c’est très fort).
Tout en respectant complètement la culture d'autrui, il y a une chose qu'il est possible de transmettre, c'est le droit à l'autodétermination.
C'est:
- pouvoir penser en dehors du cadre culturel, pour être capable de juger soi-même, et choisir ce à quoi on adhère, et ce à quoi on s'identifie
- poser continuellement les actes nécessaires pour orienter sa vie selon ses choix, même si cela doit prendre des années, ou tout une vie

Ensuite, je sais, c'est plus facile à dire qu'à faire. Ce n'est pas facile, et ce n'est pas quelque chose d'inné. Mais cela concerne tout le monde, homme ou femme, quelle que soit la culture ou le pays.

(Personnellement c'est ce que j'essaie de transmettre à mon niveau, avec plus ou moins de succès, tout en étant loin d'être moi-même à 100% au point.)

La pratique décrite, perpétuée et imposée de génération en génération, en est bien l'expression, par le fait qu'elle est imposée, justement. Elle nous choque, et c'est ce qui nous fait réagir, mais elle est aussi l'expression d'une question plus globale.

La présence sur le terrain, pour lutter contre la souffrance, est grandement nécessaire (et partout où il y a de la souffrance l'action est justifiée), et de façon complémentaire c'est en transmettant la conscience et la volonté à l'autodétermination (d'ailleurs dans notre société au moins autant qu'ailleurs) qu'on lutte aussi contre la souffrance.

(J'ai conscience d'écrire ce message de façon très très maladroite, mais je prends le risque quand même...)
« Modifié: 08 mars 2010 à 20:35:57 par Jocelyn »

08 mars 2010 à 20:40:59
Réponse #10

Lily


Merci Hélène.
Concrètement comment agir auprès des intéressé(e)s pour faire évoluer les pratiques?

Concrètement, le plus efficace semble la sensibilisation par des femmes elles-mêmes mutilées. Elles sont fondées à donner leur avis...
L'autre part de l'action doit tenir à l'accueil des femmes qui le veulent, c'est à dire celles qui fuient les mutilations ou celles qui ont des complications médicales, sans jugement de valeur sur ce qu'elles vivent.
Pour ce qui est de la mise en place de rites alternatifs, je réfléchis pas mal à la question en ce moment. C'est assez difficile à mettre en place parce que les raisons pour lesquelles les mutilations sont pratiquées ne sont pas claires pour les gens concernés eux-mêmes. De plus, quand un peuple se sent menacé dans son identité, la pratique des mutilations peut être renforcée et devenir une sorte de référence identitaire.
Voilà. Autant dire que c'est pas simple... J'espère que j'ai répondu à ta question, VieuxMora.

@David
Citer
Les cultures ont le pouvoir de changer d'elles-mêmes.  Parfois de l'intérieur, le plus souvent au contact d'autres cultures...  on ne peut pas imposer le changement de l'extérieur sans qu'il y ait un prix à payer.


On est chez nous dans le cas (scientifiquement intéressant...) d'une zone qui n'a eu que des contacts finalement limités avec le reste du territoire kenyan. C'est une périphérie, difficile d 'accès, avec une très mauvaise réputation chez les autres Kenyans (genre "ces gens sont cannibales") et qui n'a été ouverte que très tardivement à la colonisation.

C'est ce qui explique sans doute la prévalence toujours importante des mutilations dans la zone. Mais les choses changent peu à peu et je crois beaucoup, dans ce cas, aux bienfaits de la technologie. Par exemple, on capte le téléphone (presque) partout chez nous. Une couverture à faire pâlir un Savoyard  :) Ce que je crains, c'est une cristallisation identitaire (déjà bien l'oeuvre au Kenya ces dernières années) qui lierait alors les mutilations à l'identité et non plus à la tradition. Ca, ce serait une adaptation culturelle, mais pas dans le bon sens...

Merci pour vos réactions, les gars.  :love: Je sais que c'est pas un sujet facile à placer entre la poire et le fromage mais faites passer le message...
« Modifié: 08 mars 2010 à 21:06:54 par Lily »
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08 mars 2010 à 20:54:36
Réponse #11

Lily


Tout en respectant complètement la culture d'autrui, il y a une chose qu'il est possible de transmettre, c'est le droit à l'autodétermination.
C'est:
- pouvoir penser en dehors du cadre culturel, pour être capable de juger soi-même, et choisir ce à quoi on adhère, et ce à quoi on s'identifie
- poser continuellement les actes nécessaires pour orienter sa vie selon ses choix, même si cela doit prendre des années, ou tout une vie

Ensuite, je sais, c'est plus facile à dire qu'à faire. Ce n'est pas facile, et ce n'est pas quelque chose d'inné. Mais cela concerne tout le monde, homme ou femme, quelle que soit la culture ou le pays.

(Personnellement c'est ce que j'essaie de transmettre à mon niveau, avec plus ou moins de succès, tout en étant loin d'être moi-même à 100% au point.)

La pratique décrite, perpétuée et imposée de génération en génération, en est bien l'expression, par le fait qu'elle est imposée, justement. Elle nous choque, et c'est ce qui nous fait réagir, mais elle est aussi l'expression d'une question plus globale.

La présence sur le terrain, pour lutter contre la souffrance, est grandement nécessaire (et partout où il y a de la souffrance l'action est justifiée), et de façon complémentaire c'est en transmettant la conscience et la volonté à l'autodétermination (d'ailleurs dans notre société au moins autant qu'ailleurs) qu'on lutte aussi contre la souffrance.

(J'ai conscience d'écrire ce message de façon très très maladroite, mais je prends le risque quand même...)

Ben je crois que j'ai compris, ça doit pas être si maladroit !

Toute action est évidemment à intégrer dans un cadre plus global. La prévalence des mutilations baissera aussi le jour où les filles seront scolarisées assez longtemps pour parler anglais ou swahili et non plus leur langue locale, qui les limite à ne pouvoir communiquer qu'avec 300 000 personnes (c'est la population cumulée des XIe et XIIe arrondissements de Paris, pour avoir une idée. En gros, tu traverses la Seine, tu peux plus communiquer...).

Je réfléchissais à cette histoire d'auto-détermination (en d'autres termes, mais c'est pas important) juste hier et sur le fond, c'est important de garder à l'esprit que c'est ça qu'on vise : apporter assez de compétences pour que les gens puissent finalement nous envoyer ch*er. Parce que "la main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit" et que, ya pas, c'est pas bon...

La limite que j'apporte à ton intervention c'est que tu sembles centrer ta réflexion sur l'auto-détermination de l'individu alors que beaucoup de peuples réfléchissent encore plutôt en termes de groupe. Mais là, j'ai pas de solution pour résoudre l'équation et j'aimerais bien pourtant...
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08 mars 2010 à 22:15:09
Réponse #12

François


.../... elles ne sont nulle part demandées par l'Islam, contrairement à une idée souvent répandue.
Elles n'ont même rien à voir avec l'Islam. En Égypte et au Soudan, les deux pays où l'excision est la plus fréquente (> 90%), elle est pratiquée autant par les coptes, et les protestants et les animistes du Sud-Soudan, que par les musulmans. Mais pas en Arabie, ni au Moyen-Orient, ni au Maghreb. Ce serai une tradition remontant à l'Égypte ancienne, peut-être même au néolithique saharien.
Comme quoi, l'ancienneté d'une tradition n'est pas une garantie de sagesse.
Espérer le meilleur, prévoir le pire.

08 mars 2010 à 23:20:47
Réponse #13

ulysse


là ça vole assez haut dans les concepts.
je suis assez d'accord avec ça:
La limite que j'apporte à ton intervention c'est que tu sembles centrer ta réflexion sur l'auto-détermination de l'individu alors que beaucoup de peuples réfléchissent encore plutôt en termes de groupe. Mais là, j'ai pas de solution pour résoudre l'équation et j'aimerais bien pourtant...
je dirais meme que tous les peuples reflechissent en termes de groupe. Meme nous.
 
et puis sur ça aussi:
D'accord avec Jocelyn pour dire que l'expérience trans-culturelle ( penser en dehors de sa culture, donc accepter sans jugement moral d'autres façons de voir le monde, accepter que d'autres systèmes de valeurs puissent exister) est un préalable à l'autodétermination autonome.
Paradoxalement, c'est peut-être en acceptant ce qui peut nous choquer qu'un dialogue porteur de changement prendrait racine.
 
Pour experimenter l'echange trans-culturelle il y a necessité d'un rapport de confiance bilateral. Ce préalable existe-t-il?



08 mars 2010 à 23:34:07
Réponse #14

VieuxMora



...et puis sur ça aussi:
D'accord avec Jocelyn pour dire que l'expérience trans-culturelle ( penser en dehors de sa culture, donc accepter sans jugement moral d'autres façons de voir le monde, accepter que d'autres systèmes de valeurs puissent exister) est un préalable à l'autodétermination autonome.
Paradoxalement, c'est peut-être en acceptant ce qui peut nous choquer qu'un dialogue porteur de changement prendrait racine.
 
Pour experimenter l'echange trans-culturelle il y a necessité d'un rapport de confiance bilateral. Ce préalable existe-t-il?

Je crois que:
Faire confiance, c'est une attitude choisie, c'est une option, elle peut engendrer la confiance si les actes suivent. 
La défiance/méfiance a priori est très efficace pour ramener la communication à un niveau basique, "tu es sur mon territoire, casse toi" etc.

Autres opinions ?




09 mars 2010 à 06:23:24
Réponse #15

Corin


Je ne sais pas réfléchir en inter ou en intraculturel.
Je ne parlerai qu'en tant qu'homme et père. En tant que père, je ne peux imaginer autoriser que ma fille soit mutilée.
En tant qu'homme, la manière dont je ressens cette affaire, c'est que les hommes (les mâles), par ce moyen, impriment leur marque (leur force) sur la société. Cette mutilation des femmes n'a pas de corollaire chez les hommes. Elle est donc inégalitaire.

Je ne pourrais tolérer que l'on porte atteinte à mon intégrité physique. Je ne vois pas comment je pourrais accepter que, quelque part sur cette planète, on puisse le faire à d'autres, avec ce systématisme.

Après, je n'ai pas les moyens d'agir, je ne peux que dire mon sentiment et soutenir les femmes qui se sont emparés de ce combat. Vous pourrez aussi aller voir ce film qui sort demain:
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=138826.html

A+

09 mars 2010 à 07:41:46
Réponse #16

Anke


+ 1 avec Corin.
De plus on parle d'entrée de jeu de "mutilation". Ce n'est pas un vain mot.
Lors de la "cérémonie", je retiens que 4 femmes tiennent la future mutilée et qu'une cinquième eouvre. Dans ce cas, je doute que le jeune fille soit vraiment consentante et que ce passage à l'age "adulte "soit librement consenti ( auquel cas, pourrait-on alors utiliser le mot mutilation ?).
Je vois ça avec mes yeux à moi ( et ça ne date pas d'hier, en 75 G.Halimi militait déjà contre ce truc là !), cette pratique n'a pas son équivalent pour les hommes ( tout du moins pas à ma connaissance) mis à part la circonscision qui n'a pas ou peu d'impact sur l'organe génital masculin.
Là il en est tout autrement, l'excision est la négation du principe de plaisir de la femme, l'infibulation est la négation de la liberté sexuelle de la même femme. Et j'ai pu lire que certains hommes se plaignaient, non pas que leur épouse souffre lors d'un rapport ( tu te rends compte, chui obligé de "l'ouvrir" au couteau, la povre !), mais que eux ressentaient un rapport douloureux ( les povres biquets). Certes on peut expliquer tout un tas de trucs au nom de la culture et patati et patata ou même de la santé ( même si ça existe, on est d'accord) mais ça, se sont des explications qui viennent après la volonté de pratiquer ces gestes. En fait pour moi, ces pratiques révèlent juste la volonté d'abaisser et d'atteindre dans sa chair et enfin de soumettre une femme et de tenter d'en faire définitivement un objet. Pour moi c'est intolérable, tout simplement. Profiter de la journée de la femme pour en parler, c'est bien, en faire un combat quotidien...

09 mars 2010 à 08:31:09
Réponse #17

VieuxMora


Corin et Anke,
Je suis d'accord avec vous sur le fait que cet acte est intolérable.
La question est comment faire évoluer cette pratique, qui le peut ? les victimes, les bourreaux, les témoins (nous) ?

09 mars 2010 à 08:31:57
Réponse #18

Jocelyn


En fait pour moi, ces pratiques révèlent juste la volonté d'abaisser et d'atteindre dans sa chair et enfin de soumettre une femme et de tenter d'en faire définitivement un objet.
Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'il y a "aussi" le problème culturel que c'est la "tradition", donc répété car "ça a toujours été comme ça", ce qui fait que malheureusement sur le terrain le travail de prévention est beaucoup plus difficile.
(Ensuite il vrai que de nombreuses sociétés ont au cours de leur origine la prise du pouvoir complet des hommes sur les femmes, parce qu'à leurs yeux elles détiennent le pouvoir de la vie. Comme l'illustrent la plupart des religions, qui donnent l'origine de la vie à un dieu patriarche, plutôt qu'à la femme...)
« Modifié: 09 mars 2010 à 08:39:57 par Jocelyn »

09 mars 2010 à 09:02:25
Réponse #19

DavidManise


Il existe des mutilations sexuelles aussi chez les hommes, dans d'autres cultures, qui sont lourdes de conséquences aussi au niveau sanitaire.  Notamment chez certains groupes d'aborigènes australiens on fend longitudinalement le pénis des hommes, sur la face inférieure, jusqu'à l'urètre.  Ca s'appelle la subincision.  Cherchez sur gogole, vous verrez.  Ca porte aussi une signification très spéciale pour eux.  C'est une marque de noblesse, en quelque sorte, et du coup ça continue encore aujourd'hui.

Culturellement, le gros problème c'est que ce genre de pratique risquées ont une VALEUR, offrent un certain prestige ou, a contrario, sa non pratique jette l'opprobre sur la personne qui se soustrait au rituel.  On a plein de trucs similaires aussi, chez nous, qui ne sont pas de l'ordre de la mutilation sexuelle, mais qui sont bel et bien des rituels risqués qui renforcent ou défendent le statut social.  Les samourais se coupaient le petit doigt pour racheter leur honneur.  C'est pas de la pression sociale ça ?  Et notre valorisation de comportements casse-cou, risqués, c'est pas un peu du même ordre ?  Se faire tatouer un truc pour appartenir à un groupe dans des conditions prophylactiques déplorables, en prison, pourrait aussi être un excellent parallèle, même si c'est beaucoup moins extrême, moins douloureux, moins imposé, etc.  Mais la structure est la même : on fait ça pour son statut social, au détriment possible de sa santé physique.

Je pense que ce qui pourrait avoir une chance de fonctionner, comme vecteur de changement, c'est le remplacement de l'excision par un rituel ayant une signification similaire, culturellement, et qui permette aux filles de conserver leur place dans le groupe social SANS être excisées et infibulées.  Parce que si les mères et les grand-mères font ça, c'est bien parce que les gamines ne pourront jamais se marier si elles ne sont pas conformes.

Peut-être qu'il serait intelligent de faire un travail auprès des hommes, afin qu'ils osent dire clairement "je suis prêt à épouser une fille qui n'a pas été excisée à telle et telle conditions".  Qu'un mouvement, qu'une vague publique naisse chez les hommes de là-bas, et qu'ils annoncent clairement qu'eux aussi ils préfèrent une vraie femme en santé !

Si on les valorise dans leur pouvoir de changer eux-mêmes ce problème sanitaire de l'intérieur, s'ils y croient, ça pourrait fonctionner, peut-être.

J'en sais rien hein...  je réfléchis tout haut.

Allez...  gardez le sourire... 

David
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09 mars 2010 à 09:34:31
Réponse #20

pierrot22


sujet dur, et réponse très intelligentes, notamment le risque de virée à un intégrisme en cas de combat frontal : "c'est qui ces étranger qui viennent se mêler de nos traditions et nous dire que c'est mal ?".

Pour nous, c'est difficile d'imaginer le poids des traditions et de la pression sociale dans d'autres cultures. Une des premières questions de la mère de mon pote Camerounais quand elle l'appelle, c'est "tu te maries quand?". Il a 25 ans, pas encore fini ses études, chez nous rien ne presse pour se marier, chez lui 25 ans ça commence à faire vraiment tard. Un autre exemple, que m'a raconté ma mère sage-femme : une de ses collègues a travaillé un moment en Afrique, je sais plus si c'était au Maghreb ou en Afrique noire, elle voyait régulièrement des femmes de 20-25 ans, avec déjà plusieurs enfants, qui venaient non pas pour la contraception, mais pour un traitement hormonal de fertilité, parce que si elles font pas vite ou nouvel enfant, leur mari risque de les répudier.
Difficile de comprendre ce genre de choses pour un "blanc", alors une pratique aussi extrême que l'excision...

anke : la circoncision n'est pas une mutilation, c'est un traitement préventif contre un problème "mécanique" assez fréquent, qu'avant l'anesthésie il fallait mieux faire quand on était pas trop vieux histoire de pas trop s'en souvenir, et que ça soit bien cicatrisé le jour où on veut s'en servir. Donc en plus du rite, ça a un sens, une logique. Il ne prive pas l'homme de sa vie normale ni du plaisir sexuel.

[...]
Peut-être qu'il serait intelligent de faire un travail auprès des hommes, afin qu'ils osent dire clairement "je suis prêt à épouser une fille qui n'a pas été excisée à telle et telle conditions".  Qu'un mouvement, qu'une vague publique naisse chez les hommes de là-bas, et qu'ils annoncent clairement qu'eux aussi ils préfèrent une vraie femme en santé !

Si on les valorise dans leur pouvoir de changer eux-mêmes ce problème sanitaire de l'intérieur, s'ils y croient, ça pourrait fonctionner, peut-être.
[...]
c'est intelligent comme suggestion, si les hommes commencent à se rendre compte que eux aussi ça les prive du plaisir sexuel, ça peut aider à faire bouger le truc.
La survie, c'est déjà de rentrer de rando.

09 mars 2010 à 11:03:10
Réponse #21

ulysse


Citer
Peut-être qu'il serait intelligent de faire un travail auprès des hommes, afin qu'ils osent dire clairement "je suis prêt à épouser une fille qui n'a pas été excisée à telle et telle conditions".  Qu'un mouvement, qu'une vague publique naisse chez les hommes de là-bas, et qu'ils annoncent clairement qu'eux aussi ils préfèrent une vraie femme en santé !

C'est une bonne idée.

Les peuples qui ont adopté cette pratique ont-ils seulement l'impression de pratiquer un acte barbare?
Le parallele que tu fait avec certaines pratiques qui existe chez nous est interessant aussi. Quelle barbarie pourrait-on nous reprocher et sommes-nous pret à le reconnaitre?

09 mars 2010 à 11:24:18
Réponse #22

DavidManise


La barbarie est un mot complètement inacceptable pour moi, dans ce contexte. 

D'ailleurs, si tu regardes l'origine du mot "barbare", ça voulait dire "étranger"...  preuve s'il en est qu'il prend racine dans la certitude que NOUS on est mieux que les AUTRES... 

Je ne dis pas que tu penses ça hein.  Je dis juste que le mot choisi, ici, pourrait le laisser croire facilement. 

Peut-être que tu voulais plutôt dire que ces pratiques sont risquées, qu'elles ont des conséquences néfastes sur la santé, qu'elles font preuve d'une rupture totale d'empathie ?

David
"Ici, on n'est pas (que) sur Internet."

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09 mars 2010 à 11:54:46
Réponse #23

shrek


Sujet délicat que voilà  :-\
En occident, l'excision était pratiqué par les médecins psychiatre afin de traiter l'onanisme, qui à l'époque, au 19ème siècles, était considéré comme une maladie mentale (tout comme l'homosexualité, la fellation, le cunnilingus, ...   :blink: )
Il me semble même que ces pratiques était autorisé par l'église à un moment de l'histoire, mais je ne trouve plus de source pour confirmer.

http://pelenop.over-blog.com/pages/La_clitoridectomie_comme_traitement_contre_lonanisme_dans_l_Europe_du_19eme_siecle-1160265.html

Geoffroy
hakuna matata

09 mars 2010 à 11:57:00
Réponse #24

maritho


bonjour, les choses changeront par la confrontation avec d'autres cultures, par l'èducation et par l'augmentation du niveau de vie qui permet de ne plus étre dépendante du "groupe" ou de la "tribue". Mais je ne comprend pas comment on peux accepter ou imposer la douleur, la mutilation à sois-méme, un proche ou un individu lambda.... à part bien sur contexte de combat ou médical.

 


Keep in mind

Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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