N'avez vous jamais été arrêté un peu plus longtemps que d'habitude sur un télésiège et ne vous êtes-vous jamais demandé ce qu'il adviendrait si cette panne survenait en fin de d'après-midi, juste avant la fermeture, avec une température bien négative, et que visiblement l'attente commence à être vraiment longue (45 mn à 1h00, voire plus) et que vous commenciez doucement à vous engourdir ?
Moi si, donc l'objet de ce post.
1 ) La plupart des skieurs excepté quelques surfeurs, skieurs de rando ou parents prévoyants, pratiquent le ski alpin comme s'ils étaient dans un milieu hypersécurisé. En théorie, c'est vrai. Tout est balisé ou presque. Au moindre souci, un secouriste vient vous assister, surtout avec la généralisation du portable (je reviens sur ce dernier point plus loin).
Donc, en général, on voit peu de gens sur les pistes avec un sac à dos (d'ailleurs pour les moins dégourdis çà peut être une cause de chute lors du débarquement du télésiège, et c'est vrai qu'il faut reconnaître que ce n'est pas trop pratique). Les prévoyants qui skient avec un sac ont au minimum quelques barres énergétiques ou autres fruits secs, et surtout de la boisson, car en ambiance hiver et de plus en mouvement on se déshydrate rapidement. Je dirais qu'en temps normal, c'est à dire ski dans un domaine restreint et plutôt sur le bas de la station, c'est amplement suffisant, mais on n'est jamais à l'abri du postulat de départ.
2 ) En cas de panne prolongée du télésiège dans un environnement que je dirais "hostile " - haute altitude, température négative, vent -, vous êtes rapidement congelés ou dans le meilleur des cas bien refroidis !!
3 ) Déjà voilà ce que je préconise pour faire du ski alpin dans un vaste domaine avec des points de chute (abris de remontées mécaniques) éloignés et éventuellement une possibilité (en plus) de se faire prendre par un changement de conditions climatiques imprévu (on n'en est pas encore "au jour d'après" !!).
Une liste de matériel non exhaustive mais utile pour skier dans un premier temps avec un minimum de sécurité :
un petit sac à dos ou mieux une sacoche de taille (c'est ce que j'utilise).
Le plan de la station
Une couverture de survie fine (dans l'anorak).
Un leatherman crunch et un tournevis multifonction pour dépanner les fixations (c'est très utile, surtout pour les autres !!)
deux ou trois colliers rilsan (même usage pour réparation de fortune de chaussure ou de ski)
deux ou trois bougies chauffe-plat et un briquet.
J'emporte aussi un firesteel,un bloc de magnésium et un taille-crayon(çà peut servir, si surpris par la nuit je devais tenter d'allumer un feu)
quelques barres énergétiques, une bouteille de coca d'un demi litre avec de la boisson énergétique, et une cannette de coca pleine, 2 ou 3 sachets de thé.
A ce stade, vous remarquerez que tout ce petit matériel reste sobre et léger.
Si je pars pour la journée, j'emporte systématiquement un petit talkie-walkie (privilégier les modèles de marque connue, avec des accus ou des piles bien chargées). Si vous êtes perfectionniste, vous prendrez des piles lithium 1,5v de format R6 (AA) qui supportent très bien le froid.
4 ) Ce qui va suivre et l'emport du matériel cité dépendra de votre volonté de pouvoir vous sortir d'une situation d'urgence et/ou vos proches, en considérant le fait que le procédé décrit, outre le fait qu'il nécessite une certaine technique, est probablement contre indiqué par la réglementation sur l'utilisation des remontées mécaniques. En gros, soit vous attendez qu'on vienne vous sortir, soit vous vous dém***er !!
5 ) Pour s'échapper d'une benne de télésiège stoppée pour une longue période, il faut cependant plusieurs conditions :
que la benne soit à une hauteur raisonnable du manteau neigeux (une dizaine de mètres me paraît largement envisageable).
que les personnes avec vous dans la benne n'aient pas sombré dans une crise d'hystérie engendrée par une attente prolongée dans les conditions précédemment évoquées.
qu'elles soient d'accord pour que vous tentiez de vous échapper (cà peut être pas évident à les convaincre que vous en avez les capacités et que votre manœuvre n'engendrera pas de risque pour eux)
IMPORTANT : A ce stade, prendre conscience qu'on ne s'échappe pas d'une benne en hauteur en sautant, même si on peut penser que la neige fait un bon amortisseur (du moins, moi j'éviterais).
Il faut de plus maîtriser parfaitement le rappel sur une corde (lette !!) fine et être en parfaite condition physique pour d'une part être en mesure de faire l'acrobatie sans faute et pouvoir rejoindre un point de chute en considérant qu'on peut être amené à skier une partie hors piste ou devoir faire un petit crapahut pour rejoindre une piste balisée.
6 )Il faut disposer du matériel adéquat pour vous échapper et surtout savoir l'utiliser.
Personnellement, j'emporte une cordelette de montagne de 7mm de 20 m, une sangle en dyneema de 50 cm ou un anneau en dyneema, un petit maillon rapide de 7 mm, un grand anneau de sangle de 3 m et un mousqueton à vis servant de baudrier.
Je préconise la manœuvre comme suit :
une fois que la décision de s'échapper est prise et acceptée, en considérant que toutes les conditions en 5 soient réunies, dans un premier temps il faut que je me libère de mes skis pour être en mesure d'installer le rappel.
Je déchausse un ski après l'autre et je les confie à mon voisin.
Je sors la sangle de 3m que j'enfourche pour confectionner mon baudrier (le principe du

que je ferme avec le mousqueton à vis.
Je me tourne sur le siège et je m'y tient à genoux (jamais debout). Je passe l'anneau de dyneema sur le support de benne (celui qui tient la benne sur le câble) et je le ferme avec le maillon de 7mm.
A ce stade, si la manœuvre est exécutée dans le calme, aucun risque. Le garde-corps est maintenu en position fermé.
Je fais passer la cordelette de 7mm dans le maillon et je la fais descendre jusqu'à être sûr qu'elle arrive au sol (très important de bien apprécier les hauteurs)
ensuite, je fais passer le rappel sur le devant du siège (la cordelette touche le siège).
De là, plusieurs solutions, soit j'ai décidé de m'échapper seul, auquel cas, je jette mes skis auparavant dans la neige, à plat perpendiculairement à la pente, je fais un demi cabestan sur le mousqueton de baudrier, je me glisse hors du siège en soulevant légèrement le garde-corps et je descend jusqu'au sol. Ensuite je récupère le rappel en abandonnant l'anneau de dyneema et le maillon. Je chausse les skis et je rejoins un point de chute après avoir jeté un œil sur le plan de la station.
En tout état de cause, si une ou plusieurs personnes en état de vouloir s'échapper et qui acceptent la prise de risque pour eux ou leurs ayants-droits, le principe adopté sera que j'installerais moi-même le baudrier sur chacun des volontaires et c'est moi qui les ferait descendre avec un nœud italien au niveau de l'amarrage. Dans ce cas, un deuxième mousqueton serait nécessaire.
Voilà le fruit d'un de mes réflexions sur une situation susceptible d'intervenir un jour où on serait le moins préparé pour y faire face. J'attends vos suggestions, points de vue et à en débattre.
Le yeti (du criou).