Undujura,
J'ai beaucoup aimé ton post mais suis en super désaccord avec la toute fin. Je m'explique.
La relation humaine est effectivement indispensable et c'est aussi une des raisons majeures pour lesquelles on s'expatrie, je crois. On ne met pas impunément 5 ou 10 000 bornes entre soi et sa famille (ce qui est, quoi qu'on en dise, toujours un arrachement violent) sans espérer qu'on va découvrir des choses formidables.
Au Niger et au Burkina, où nous étions avant le Kenya, nous avons eu à vivre cette défiance (pas générale mais présente) contre les Français, qui apparaissent comme les (néo-)colonisateurs qu'ils sont... Ce n'est pas évident mais c'est de bonne guerre. Au Kenya, la "francitude" est beaucoup plus simple puisque la plupart des Kenyans placent à peine la France sur une carte. On relativise d'ailleurs beaucoup à cette occasion la fameuse "grandeur" de la France !

Pour ce qui est de l'attitude vis-à-vis des Africains qu'on rencontre. Nous, avec Chéri, on a fait le choix de se marier, certes parce qu'on en avait envie mais aussi parce qu'on savait qu'on repartait en Afrique et que ce statut serait plus confortable. Il l'est de fait.
Pour le fric (que nous n'avons guère !), on choisit de soutenir les projets de nos gardiens (élevage de poulets) par des prêts (ils nous remboursent en oeufs

) et en faisant travailler les copains artisans que nous avons. Jamais de don. Parce qu'on ne pourrait pas se permettre d'avoir tous les voisins qui débarquent pour se faire payer les énoooormes frais de scolarité du Kenya.
Tout ça nous permet d'avoir des relations super chouettes avec les voisins, nos gardiens, et quelques amis.
Mais les bonne relations individuelles n'empêchent pas les conflits, en particulier quand les gens se regroupent. Et objectivement, c'est ça qui me paraît le plus dangereux. Que faire face à des chefs qui ont décidé de faire payer à Chéri le double des per diem convenus (réponse : payer...) ? Que faire quand les gens (très armés dans notre zone) font un raid de bétail et qu'on est sur la route ? Que faire quand un groupe d'énervés a trop bu ?
En gros, il n'y a rien à faire, sinon essayer dans la mesure du possible d'anticiper. Ecouter le téléphone arabe local (et là, les copains locaux sont parfaitement indispensables), se préparer autant que faire se peut.
Pour ce qui est de mon expérience, je dirais que c'est cette préparation qui me permet d'être plus détendue et à l'écoute de mon entourage.
Enfin, et c'est là que je ne te suis plus du tout, on ne devient jamais, à mon avis, un véritable africain. D'abord, ya pas, on est trop visibles

Et puis je ne crois pas que c'est ce que veulent les gens sur place, qui sont plutôt curieux de nos différences et qui, de toute façon, nous les rappellent toujours !
En fait, plus je voyage en Afrique, plus j'ai tendance à me dire que la différence culturelle est presque irréductible. Ca ne doit pas nous empêcher de continuer à découvrir et à aimer, au contraire, puisque, du coup, on apprend aussi sur ce que nous sommes.
Une phrase d'Horace que j'aime bien et qui résume mon rapport à l'Afrique : "Coelum non animum mutant qui trans mare currunt". Celui qui voyage par delà les mers change de cieux mais il ne change pas d'âme.
Je l'interprète pour ma part comme : tu peux toujours fuir ailleurs, tu ne seras jamais que toi.
Et en fait, c'est une bonne nouvelle !
