DRAME À TROIS-PISTOLESDe bousculade à tragédie
Marc Larouche et Anne Drolet
Journal Le Soleil
Collaboration spéciale
La vie de toute la population des Basques a basculé hier, lors de l’annonce du décès de Jean-Benoît Beaulieu, 14 ans, de Saint-Simon, mort après avoir reçu un coup de poing à la tête, à l’entrée de la cafétéria de l’école secondaire l’Arc-en-ciel de Trois-Pistoles. Une banale histoire de casquette serait à l’origine du drame.
« Nous sommes accablés. C’est une simple bousculade qui s’est transformée en tragédie », résume Serge Pelletier, le directeur général de la commission scolaire du Fleuve-et-des-Lacs. « Nous sommes une petite école de
500 élèves, qui proviennent de plusieurs villages du territoire des Basques. Tout le monde se connaît. Les membres du personnel sont aussi touchés que les élèves », ajoute le directeur de l’école, Claude Thibault.
La tragédie a semé la consternation parmi la communauté étudiante. Partout, hier, des jeunes pleuraient, s’enlaçaient mutuellement. Certains déposaient des fleurs là où la victime s’est écroulée. « À mon grand ami Jean-Benoît, je ne t’oublierai jamais », pouvait-on lire sur la carte accompagnant une gerbe de fleurs, déposée au pied du casier 379, celui de la victime.
Un seul coup portéLa courte altercation qui a tourné au drame s’est produite à 12 h 20, près de la cafétéria, mercredi. Selon une amie de l’accusé, ce dernier se faisait constamment enlever sa casquette. En frappant la victime, il aurait voulu que ça cesse. Ironiquement, le port de la casquette est interdit à l’intérieur des murs de cette école depuis longtemps. « Question de respect », précise M. Thibault.
Un seul coup aurait été porté. La victime aurait, selon toute vraisemblance, été atteinte à la tempe et s’est écroulée.
Selon la direction, les premiers soins ont immédiatement été prodigués au blessé par quatre personnes, jusqu’à l’arrivée des ambulanciers. Le jeune homme, toujours inconscient, a été transporté au Centre hospitalier de Rivière-du-Loup, puis transféré à l’Enfant-Jésus de Québec, où il est décédé à 23 h.
« Notre école n’est pas un milieu violent. Trois surveillants étaient en devoir, et plusieurs membres du personnel étaient sur place. La surveillance était adéquate. Ce sont des événements que personne ne peut prévoir », ajoute le directeur.
Un service d’aide professionnelle a été mis en place dans les heures suivantes. Chaque élève et ses parents ont été contactés individuellement. Des professionnels seront disponibles pour plusieurs jours encore à Trois-Pistoles, à Saint-Mathieu, à Saint-Simon et à Saint-Jean-de-Dieu.
Les jeunes sont invités à se rendre à l’école cet avant-midi afin d’échanger ou de recevoir l’aide dont ils auraient besoin.
Complètement dévasté, l'accusé comparaîtC’est un jeune homme atterré, complètement dévasté, qui a comparu en début d’après-midi hier, devant le Tribunal de la jeunesse à Rivière-du-Loup, où il a été accusé d’homicide involontaire.
« Il est très triste et n’a pas voulu ce résultat. Ce qui arrive le dépasse. C’est au-delà de tout ce qu’il aurait pu imaginer », affirme son avocate, Me Pascale Gaudette.
Par l’intermédiaire de cette dernière, la famille de l’accusé a tenu à offrir ses plus sincères condoléances à la famille de la jeune victime. « Ils sont très atterrés. C’est trop d’émotion pour eux. Ils sont conscients que ça aurait pu être leur fils qui soit décédé et tenaient à transmettre leurs sympathies à la famille de la victime. C’est un événement dramatique pour tout le monde, même pour nous, comme professionnels. Ce sont des gestes qui n’ont pas été commis de façon intentionnelle. »
Les yeux rougis, les parents de l’accusé ont patiemment attendu la comparution. Un groupe d’amis s’était déplacé au palais de justice pour démontrer son soutien. Selon Sophie (nom fictif), c’est lui (l’accusé) qui se faisait constamment enlever sa casquette.
« On m’a raconté que deux ou trois gars, dont Jean-Benoît (la victime), lui enlevaient constamment sa casquette. Il s’est fatigué et a voulu que ça arrête.
Il n’a donné qu’un seul coup de poing. Quand nous avons appris la nouvelle, nous ne voulions pas y croire. »
« Il n’aurait pas fait de mal à une mouche, et nous espérons qu’il s’en sortira le mieux possible », ajoute un autre de ses amis.
Détenu à RimouskiLe suspect demeure détenu au Centre de réadaptation de Rimouski. Il reviendra devant le Tribunal aujourd’hui à 14 h, pour son enquête sur remise en liberté. « Je n’ai aucun indice qui me permettrait de croire qu’il représente une menace pour la société et j’ai bon espoir qu’il pourra retrouver sa liberté », souligne Me Gaudette.
Selon l’agent Claude Ross de la Sûreté du Québec, l’autopsie permettra de déterminer si c’est le coup porté ou le fait que la victime se soit assommée en tombant qui est à l’origine du décès. La loi sur le système de justice pénale pour les adolescents prévoit une peine maximale de trois ans d’emprisonnement.
Douleur et empathieOn a beaucoup de peine, a dit hier Jeannine Théberge à deux de ses petits-enfants. Mais celui qui a fait ça, il doit en avoir aussi. Lui, il est pris avec ça le restant de ses jours. Jean-Benoît, il ne souffre plus. »
De l'empathie, malgré leur douleur. La force des grands-parents maternels du jeune Jean-Benoît Beaulieu étonne. Rencontrés à leur domicile hier, ils étaient peinés, certes, mais souriaient en parlant de leur petit-fils. « C'était un bon étudiant, dans toutes les branches », commence son grand-père, Napoléon Théberge. Ses grands-parents se demandaient à quoi il choisirait de se destiner. Sûrement ingénieur ou architecte, pense M. Théberge. Pour continuer dans la même veine que ces constructions de Lego qui le passionnaient tant. Il en faisait de toutes sortes : des hélicoptères, des trains, même des modèles avec des moteurs.
Parce que Jean-Benoît n'était pas agressif pour deux sous, son grand-père tentait encore de comprendre ce qui s'était passé. « Jean-Benoît, voler une casquette, jamais. Ça, ça ne se peut pas. Qu'il ait fait une farce avec une casquette, ça c'est possible. »
Estrait de :
http://www.cyberpresse.ca/article/20070426/CPSOLEIL/70426256/5133/CPSOLEIL