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Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: Eau impropre à la consommation - gestion de crise  (Lu 5326 fois)

11 octobre 2009 à 18:55:16
Lu 5326 fois

Sotret


Bonsoir à tous,

Voilà pas mal de temps que je n’ai pas posté sur le forum : nouveau boulot archi prenant, activités en tous genre, bref rien que les mauvaises raisons habituelles... :-[

J’ai quand même repris la lecture assidue du forum il y a deux semaines et là, j’ai pensé que vous pourriez être intéressés par mon week-end :

Vendredi, vers 19 h 00 -19 h 30
Appel téléphonique à la maison par l’automate de la compagnie qui exploite le réseau et que j'appellerai "la compagnie des eaux" : l’eau du robinet est impropre à la consommation. Il ne faut pas s’en servir. Ben nous v'là bien  :(

Commentaire :
les messages d’alertes  enregistrés, c’est bien, mais comme on est assailli de marketing téléphonique, j’ai bien failli raccrocher avant de savoir de quoi il s’agissait.

Vendredi 20 h 00
Appel du Maire : réunion immédiate des conseillers municipaux pour gérer la crise. Il a lui-même été averti par un appel du directeur de la compagnie des eaux à son domicile.
En effet, l’orage de mercredi a fait pas mal de dégâts au centre du village. La mairie est toujours privée de fax et d’internet. Le fax d’alerte de la DDASS n’est donc pas arrivé.
Une douzaine de conseillers sont réunis. La soirée télé est compromise.
A ce stade, nous ignorons officiellement la nature de l‘alerte, sa cause et sa gravité. Un agent de la compagnie des eaux passe effectuer des prélèvements de contrôle et nous apprenons, de manière officieuse, qu’il s’agit d’un problème bactériologique.
 Il est décidé de partir prévenir la population de vive voix, en porte à porte. Le message est «  l’eau n’est pas potable. Ne l’utilisez pas pour la boisson, la cuisine et le lavage des dents. Une distribution d’eau en bouteille sera organisée le lendemain à 11 h ».
Nous nous répartissons les rues et en avant, sous la pluie (tant qu’à faire…).  >:(
A 22h00 tous ceux qui pouvait être prévenus, l’ont été, soit plus de 80 % de la population. Restent quelques absents et ceux qui n’ont pas ouvert…
Parmi les gens rencontrés sur leurs pas de porte, seule une petite moitié était au courant, les autres n’avaient pas reçu l’appel automatique (du fait de l’orage de l’avant-veille, parce qu’il n’ont pas entendu le téléphone,…) ou alors ils avaient cru que c’était de la pub…

Commentaire :
La loi de Murphy, elle existe bel et bien ! Le téléphone et les box internet dégagent sur le centre du village, le mercredi. Le vendredi soir, veille de week-end : alerte sanitaire. Impossible de communiquer facilement. En particulier nous n’avons pas les bordereaux d’analyses ni la teneur exacte du courrier de la DDASS. Nous avons été obligés de faire avec une communication verbale. Par surcroît, trois autres communes du secteur sont dans le même cas, chacune avec une population plus importante que la nôtre. Pourtant nous ne dépendons pas de la même ressource en eau…
Le porte à porte a été vraiment utile. Outre que l’information la plus importante a été transmise à ceux qui ne l’avaient pas, Ceux qui s’inquiétaient ont été rassurés : Ils ont reçu une information et des consignes, certes limitées mais « humaines » : il y avait des gens sur le coup, en train de s’occuper du problème.
L’heure de la distribution peut sembler tardive (et elle l’est sans doute dans l’absolu), mais nous savions (toujours par information téléphonique) qu’un camion de bouteilles d’eau affrété par la compagnie des eaux ferait la tournée des communes touchées et que nous étions les derniers de la tournée. Donc onze heures c’est bien. Inutile de faire venir les gens plus tôt si on a rien à leur offrir.

Samedi 8h30
Réunion en mairie pour organiser le week-end « sec ».
Le directeur de la compagnie des eaux nous rejoint et nous transmet le document DDASS : 2 entérocoques sur un prélèvement de contrôle réalisé le mercredi 7, sur un robinet d’une cour d’école inutilisée (la cour, pas l’école).

Les ordres de l’administration sont clairs : interdiction de consommer l’eau.

Un préleveur mandaté par la DDASS débarque pour des prélèvements en vue d’une contre analyse.

Un tract est rédigé réitérant l’interdiction et précisant les horaires et lieu de distribution d’eau.

Se pose le problème du rationnement : 1000 habitants environ, à raison d’une bouteille par personne et par jour, ben ça fait…euh 1000 bouteilles par jour, 2000 pour le week-end. Et encore, une bouteille par jour et par tête de pipe, ça n’est pas énorme. :(

La compagnie des eaux nous promet deux palettes dans la matinée et cherche à se procurer du complément. Une palette c’est 84 packs de 6 bouteilles de 1,5 l, soit 504 bouteilles, soit 756 l. Les deux palettes qui doivent arriver couvrent à peine la journée du samedi. Quid du dimanche ? :o

Un coup de fil au patron du supermarché de la commune d’à côté nous apprend qu’il peut nous fournir une palette et demi tout de suite. Pendant qu’une partie des conseillers retournent faire du porte-à-porte avec les feuillets d’information, d’autres préparent la Salle des Fêtes avec organisation de trois files en fonction des rues et des affichettes en conséquences. Je descends avec deux adjoints et la camionnette de la commune au supermarché où la flotte nous attend sur le quai de chargement.

Commentaire :
48 heures, c’est le délai pour avoir le résultat des analyses bactériologiques. Quand l’alerte arrive, il faut travailler dans l’urgence mais en fait, ça fait deux jour que le mal est fait. C’est comme ça, incontournable,  mais allez expliquer ça aux gens !
Le fait d’avoir à calculer un rationnement, et ben je peux vous dire que ça fait bizarre, même si sur le coup on y pense pas trop. Là, il a fallu calculer ce qu’on pouvait donner et non pas quels étaient les besoins à satisfaire…Rien de bien grave en absolu puisqu’on peut toujours penser que les gens iront acheter de l’eau en bouteille plutôt que de se laisser mourir de soif. Mais bon, quand on se retrouve en charge du bazar, on ne peut pas raisonner comme ça. Question de principe.

Samedi 10h30
Nous revenons à la salle des fêtes. Les deux palettes de la compagnie des eaux viennent d’être livrées. Les gens commencent à attendre sur le trottoir. On avait dit onze heures ! :o
Pendant qu’une équipe finit de rentrer l’eau dans la salle des fêtes, la distribution commence. Grâce aux cahiers où sont notés les habitants par adresse, on pointe le nombre de bouteille à donner et au suivant ! On en profite pour réitérer les conseils et rassurer les inquiets. Un adjoint prend la camionnette de la commune et va livrer aux personnes qui ne peuvent se déplacer.
La distribution se poursuit jusqu’à 16 h 00.
Dans l’après midi, deux autres palettes sont livrées par la compagnie des eaux, on sait qu’il n’y aura pas de souci pour le dimanche.
760 bouteilles ont été distribuées sur la journée, soit 80 % de la population. Quand même...

Commentaire :
Entre le porte à porte du matin, la manutention et la distribution à la population, il faut de la main d’œuvre. Tout de suite. Une dizaine de personnes pour 1000 habitants, et un seul point de distribution, ça n’est pas trop, tout le monde a été occupé.

Dimanche 9h00
Reprise de la distribution à la population. Il n’y a pas de « coup de feu », comme la veille. Les choses se passent dans la bonne humeur. On lit et on commente l’article du journal qui relève finement que toutes les communes concernées ont été prélevées le même jour, par la même personne… ::)
Le responsable d’astreinte de la compagnie des eaux passe voir si tout va bien, puis son directeur.
Une équipe de tournage de France 3 débarquent vers 10h00. Apparemment, nous sommes la seule commune à avoir organiser la distribution sur une base journalière.
Les résultats des contre analyses n’arriveront que lundi matin. On organise la permanence pour la distribution du Lundi…

Commentaire :
C’était pas Katrina, mais on a (j’ai) appris pas mal de truc sur la gestion d’une crise somme toute banale. Et puis on s’est payé une bonne tranche de convivialité villageoise :calin:, et çà… :love:
« Modifié: 11 octobre 2009 à 19:50:11 par Sotret »

11 octobre 2009 à 18:59:18
Réponse #1

DavidManise


Super intéressant ce retour !

Merci ! :)

David
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13 octobre 2009 à 07:51:44
Réponse #2

bison solitaire


ah ouais, ce serait dommage que ce post soit oublié.
Au surplus, j'ai noté le problème téléphonique avec les boites internet. C'est un vrai problème: lorsque ça coupe pour une raison ou une autre, on est pas mal isolé (après ça dépend du lieu où on se trouve, mais je connais quelques montagnards qui ont été bien embêtés). Et c'est encore plus marrant lorsqu'il faut faire le N° d'aide technique FT depuis une ligne fixe, qui donc ne fonctionne plus.

22 octobre 2009 à 21:57:36
Réponse #3

sell58


D'où la nécessité d'avoir des moyens alternatifs de filtration de l'eau lorsque la grande distribution n'est plus fonctionnelle.
L'eau, le chauffage ...

23 octobre 2009 à 03:43:28
Réponse #4

tbird


Très instructif a lire, surtout pour la méthodologie de l'organisation.

Mais juste comme ça, a partir du moment ou la pollution a été identifié (Bactéries) des le samedi matin, n'était t'il pas possible de dire au gens de faire bouillir l'eau pour, la vaisselle, le lavage des mains, etc, et de garder les bouteilles distribué uniquement pour la boisson ?

L'effet "rationnement" aurait été moins présent et ils auraient peut être moins ressenti la situation comme "catastrophique" (pluies, orages, problèmes de communications, rationnement en eau, ça devait pas être la joie quand même chez les administrés !!!)

J'ai mis "... garder les bouteilles pour la boisson..." car d'un point de vue étique et peut être pénal, je doute qu'une autorité, en l'occurrence le Maire ai le droit de conseiller une purification de fortune ?

A+ Tbi...

23 octobre 2009 à 08:35:42
Réponse #5

DavidManise


Le problème, c'est que quand l'eau d'une commune est contaminée par des bactéries, c'est qu'il y a eu infiltration dans les captages, et qu'on ne peut subitement plus être sûr qu'il n'y a pas aussi des produits chimiques, des toxines d'origine biologique (exemple des cyanotoxines, ou de la cadavérine, ou autre, qui ne seront pas nécessairement inactivées à la chaleur)...  on a indentifié un type de pollution mais de faire des tests étendus coûterait très cher et prendrait du temps.  Donc par mesure de précaution, ça me semble pas c*n du tout d'en interdire la consommation complètement.

Ensuite, très concrètement, les maires ne sont pas des spécialistes du traitement de l'eau, et dans le doute ils jouent safe.  C'est normal aussi.

Le pire serait -- comme toujours -- un maire qui voudrait jouer au plus malin et qui connaîtrait le truc à moitié.  Lui il pourrait mettre son monde en danger en préconisant de faire bouillir...  avec des résultats éventuellement catastrophiques.

Dans ce domaine là comme dans bien d'autres, on est extrêmement dangereux pour autrui quand on croit bien connaître un truc.  Pour donner une directive simple qui soit efficace dans tous les cas de figure...  il faut connaître tous les cas de figure et avoir analysé tous les possibles...  et vérifié.  

Faut pas sous-estimer la complexité du travail qui se cache derrière une recommandation simple, ou un enseignement simple... en fait, pour communiquer simplement SANS être un danger public, il faut vraiment du boulot.

Ciao ;)

David
« Modifié: 23 octobre 2009 à 08:46:24 par DavidManise »
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23 octobre 2009 à 09:07:38
Réponse #6

Kilbith


Le problème, c'est que quand l'eau d'une commune est contaminée par des bactéries, c'est qu'il y a eu infiltration dans les captages, et qu'on ne peut subitement plus être sûr qu'il n'y a pas aussi des produits chimiques, des toxines d'origine biologique (exemple des cyanotoxines, ou de la cadavérine, ou autre, qui ne seront pas nécessairement inactivées à la chaleur)...  

Pdf sur "cyanotoxines" :  http://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/198-CartableEau/Cyanobacteries.pdf

Celui-ci aussi :  http://www.mddep.gouv.qc.ca/eau/algues-bv/guide-mun.pdf
« Modifié: 23 octobre 2009 à 09:14:10 par kilbith_2 »
"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

23 octobre 2009 à 09:24:26
Réponse #7

DavidManise


Sinon y'a l'énorme pavé de l'OMS qui est vraiment bien foutu et très complet.  Mais faut avoir deux semaines de congé... ;#

David
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23 octobre 2009 à 09:29:33
Réponse #8

Kilbith


Sinon y'a l'énorme pavé de l'OMS qui est vraiment bien foutu et très complet.  Mais faut avoir deux semaines de congé... ;#

David

Ce qui nous intéresserait c'est de savoir si ces toxines (et non les bactéries productrices) sont détruites par une simple ébullition....ou bien s'il faut recourir à un procédé par autoclave (cocotte minute). Ou bien si c'est impossible.

Le problème c'est que ces papiers s'intéressent aux procédés industriels, pas au type qui utilise un réchaud gaz+cocotte minute.

"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

23 octobre 2009 à 10:10:16
Réponse #9

DavidManise


Certaines cyanotoxines sont stables même à des températures élevées (notamment les toxines hépatiques : microcystines).  Je n'ai plus les chiffres en tête, mais ça ne bougera pas dans un milieu aqueux en tout cas, même en augmentant la pression.

Certaines sont même résistants aux acides, à l'hydrolyse, etc.

Sinon j'ai retrouvé ça dans mes archives : Creating a Cyanotoxin Target List for the Unregulated Contaminant Monitoring Rule, c'est toujours dispo en ligne.

Citation de: EPA
Stability of toxins
        The stability of toxins in natural and finished waters is a factor in their potential health
risk. Microcystins are considered to be the most stable toxin in both natural and finished waters.
Being a cyclic polypeptide, microcystin is resistant to heat, hydrolysis, and oxidation. Studies
suggest that microcystin breaks down more rapidly in the presence of sunlight and dissolved
organic carbon concentration between 2 and 16 mg/L. Anatoxin-a is more stable in the dark and
degradation is accelerated by alkaline conditions. Anatoxin-a decomposes rapidly in high pH
solutions. Saxitoxins and cylindrospermopsin are relatively stable but will breakdown in the
presence of cell pigments. More specific information is needed on the stability of toxins in
natural and finished waters. Since most of these toxins breakdown more slowly in the dark, this
information would be particularly useful to states considering artificial recharge of aquifers.

David
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23 octobre 2009 à 10:17:48
Réponse #10

DavidManise


Le problème c'est que ces papiers s'intéressent aux procédés industriels, pas au type qui utilise un réchaud gaz+cocotte minute.

C'est vrai, mais ils donnent aussi les normes de température, de finesse de filtration, etc.  Ca permet de savoir très précisément où on va.  Exemple, pour chaque produit chimique toxique recensé, on donne la température d'évaporation, le point de fusion, etc.  Ca permet de savoir directement si ça part avant ou après la vapeur d'eau... 

Ciao ;)

David
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23 octobre 2009 à 12:17:31
Réponse #11

tbird


...Le pire serait -- comme toujours -- un maire qui voudrait jouer au plus malin et qui connaitrait le truc à moitié.  Lui il pourrait mettre son monde en danger en préconisant de faire bouillir...  avec des résultats éventuellement catastrophiques.

Dans ce domaine là comme dans bien d'autres, on est extrêmement dangereux pour autrui quand on croit bien connaitre un truc.  Pour donner une directive simple qui soit efficace dans tous les cas de figure...  il faut connaitre tous les cas de figure et avoir analysé tous les possibles...  et vérifié...  

La purification est loin d'être un sujet ou je suis comme un poisson dans l'eau.
En faite, je cherchai plutôt une réponse a une question personnel, en essayant de ne pas trop m'écarter du sujet initiale.

A savoir :
D'où la nécessité d'avoir des moyens alternatifs de filtration de l'eau lorsque la grande distribution n'est plus fonctionnelle.

Voila, n'aillant pas de solution alternative a dispo, je cherchai un moyen simple et accessible a tous de contourner le probleme.

Faut pas sous-estimer la complexité du travail qui se cache derrière une recommandation simple, ou un enseignement simple... en fait, pour communiquer simplement SANS être un danger public, il faut vraiment du boulot.

Je sais, c'est pourquoi je m'intéresse au sujet et que j'essaie d'agrandir le cercle de mes connaissances.

A+ Tbi...  :)


23 octobre 2009 à 12:34:05
Réponse #12

DavidManise


Je sais, c'est pourquoi je m'intéresse au sujet et que j'essaie d'agrandir le cercle de mes connaissances.

J'ai cru remarquer ;#

Tiens...  un bon début pour l'eau : http://www.who.int/water_sanitation_health/dwq/guidelines/en/

Ciao ;)

David
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23 octobre 2009 à 18:19:24
Réponse #13

tbird


Merci, je regarde ça, mais il faut que je ressorte mon "Robert & Collins"  ;)

A+ Tbi...

23 octobre 2009 à 20:11:37
Réponse #14

Sotret


Bonsoir à tous,

Histoire de compléter le retour d’expérience, voici la fin de la crise :

Lundi
Les analyses montrent qu’il n’y a pas (plus) d’entérocoques mais une spore de bactérie sulfito-réductrice est détectée. En tant normal, cela ne justifie pas une interdiction de consommer l’eau, mais compte tenu de la situation d’alerte, la DDASS préfère prolonger l’interdiction.
D’aucuns pensent que l’allusion faite par l’article de presse du dimanche, n’est pas étrangère à la rigidité de l’administration, sur le mode de « vous-voyez bien qu’il y avait quelque chose ».
Les autres communes sont, elles, tirées d’affaire.
La distribution d’eau continue à raison de deux créneaux horaires 9h30-11h30 et 18h00-20h00 (pour faciliter les choses aux actifs du village qui travaillent à l’extérieur).
L’approvisionnement en bouteilles est assuré par la Compagnie des Eaux, dont le personnel assure également la manutention. La distribution est assurée par le maire et les conseillers qui sont à la retraite.
Il n’y a plus de phénomène de coup de feu : la population vient chercher son eau petit à petit.

Mardi matin
La Compagnie des Eaux procède au nettoyage du château d’eau, à titre de précaution. La distribution continue.

Mercredi 16h00
Les analyses sont bonnes, levé de l’interdiction.

Commentaire :
Cinq jours de crise, mais c’est le week-end qui a été le plus dur à gérer. D’un avis général, la Compagnie des Eaux a bien géré sa partie, mais elle a du assurer le week-end avec son personnel d’astreinte et quatre communes atteintes simultanément, plus de 12 000 habitants. Le relais local par le conseil et des bénévoles a été plus qu’utile, pour gérer l’urgence. A partir du lundi, une sorte de routine s’était installée, avec entraide entre voisins pour aller chercher l’eau.

Le fait d’assurer la distribution d’eau sur une base quotidienne a sans doute permis de garder le contact et faire passer l’information a fur et à mesure de l’évolution de la situation.

Dans d’autres communes, l’eau a été distribuée à la demande le samedi et basta…Sans contrôle, mais sur le mode de « combien qu’il vous en faut…". On m’a rapporté qu’il y a eu des explications « viriles » devant les palettes. :wife:

Concernant l’information sur les procédures de désinfection et le rôle du maire, je plussoie les commentaires de David. Et il ne faut pas perdre de vue plusieurs facteurs :

Un facteur temporel, d’abord : l’alerte est déclenchée avant que nous sachions réellement de quoi il retourne. Jusque dans la matinée du samedi, il ne s’agit pour nous que d’infos officieuses et de déduction.

Un facteur technique : en analyse, on ne peut trouver que ce que l’on a cherché. On se concentre donc sur des indicateurs. Par exemple entérocoques = contamination fécale (ce qui ne veut pas dire que quelqu’un est allé se soulager dans le réservoir, hein… :o). Donc on part du principe qu’il y a eu contamination fécale, avec tout le cortège de germes que cela suppose en terme de variété.

Un facteur de formation : le maire et les élus ne sont pas supposés être des techniciens. En l’occurrence, il se trouve que je suis un professionnel de la profession et qu’une autre conseillère est infirmière, mais ça, c’est le hasard…

Un facteur réglementaire : c’est le maire qui est responsable, et pas le conseil, qui ne peut, dans un tel cas, que …. conseiller. Tout ce qui lui est demandé, c’est de relayer auprès de la population les instructions de la DDASS. A la limite, il aurait pu laisser les gens se débrouiller avec l’appel téléphonique de la Compagnie des Eaux, puisque cette dernière est chargée de ça dans son contrat d’affermage. Mais bon, ç’aurait été très moyen vis-à-vis de ses administrés.

Un facteur de responsabilité : Il y a ce qu’on sait et qu’on fait pour sa petite famille, Il y a ce qu’on peut conseiller à ses amis parce qu’on les connaît et qu’on sait qu’il ont bien capter le message et puis il y a le message général qui doit être le plus simple possible parce qu’il est destiné à des gens que tu connais moins bien ou pas du tout, dont tu ne connais pas la propension à ne comprendre qu’une partie du message ou à le déformer.
Le vendredi soir, soupçonnant (à tort) une contamination du captage liée à l’orage, j’ai préparé pour ma famille une grande carafe d’eau filtrée et désinfecté à l’eau de Javel, avant de partir en mairie. En aucun cas je ne pouvais recommandé la même démarche à quelqu’un d’autre. Même pour l’ébullition : on est pas derrière les gens et il s’en trouve certainement pour confondre eau bouillie, eau bouillante  et eau chaude. Le texte de courrier de la DDASS est lui-même sommaire. A partir du moment où on a eu plus d’info, on a pu moduler le message à l’oral : « ne pas laver la salade avec l’eau du robinet…Non, votre soupe ne doit avoir de problème…).

C’est un fait que nous avons constaté un hiatus entre le caractère sommaire de l’interdiction et les questions précises que la population nous a posées :

On ne peut pas se laver les dents, mais la douche ?, mais le bain ? et pour la toilette intime ?...
Et pour mon chat ? et pour mes canards  :blink:(authentique !) ?...

Il y a sans doute quelque chose à creuser de ce côté-là, genre feuillet d’information, à base de pictogrammes…Encore faudrait-il qu’il soit décliné en fonction du risque détecté et je pense qu’on buterait à nouveau sur les limites liées aux facteurs réglementaires et de responsabilité.

Il est clair qu’un membre éminent du forum saura d’office quoi faire. Toute la population n’est malheureusement pas inscrite…Ou alors David magouille les statistiques par modestie…

Pour terminer sur le sujet des toxines, le problème ne se posait pas en l’occurrence car il s’agit d’eau souterraine et nous savions dès le début que l’autre commune alimentée par l’ouvrage était indemne. Evidemment, dans les cas de captages d’eau superficielle, de sources ou de prélèvements en système karstique, c’est complètement différent, car on est en prise directe avec ce qui se passe en surface, tout ce qu’un orage peut amener subitement après avoir lessiver la surface…

Fred

 


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