Bonsoir à tous,
Voilà pas mal de temps que je n’ai pas posté sur le forum : nouveau boulot archi prenant, activités en tous genre, bref rien que les mauvaises raisons habituelles...

J’ai quand même repris la lecture assidue du forum il y a deux semaines et là, j’ai pensé que vous pourriez être intéressés par mon week-end :
Vendredi, vers 19 h 00 -19 h 30Appel téléphonique à la maison par l’automate de la compagnie qui exploite le réseau et que j'appellerai "la compagnie des eaux" : l’eau du robinet est impropre à la consommation. Il ne faut pas s’en servir. Ben nous v'là bien
Commentaire :les messages d’alertes enregistrés, c’est bien, mais comme on est assailli de marketing téléphonique, j’ai bien failli raccrocher avant de savoir de quoi il s’agissait.
Vendredi 20 h 00 Appel du Maire : réunion immédiate des conseillers municipaux pour gérer la crise. Il a lui-même été averti par un appel du directeur de la compagnie des eaux à son domicile.
En effet, l’orage de mercredi a fait pas mal de dégâts au centre du village. La mairie est toujours privée de fax et d’internet. Le fax d’alerte de la DDASS n’est donc pas arrivé.
Une douzaine de conseillers sont réunis. La soirée télé est compromise.
A ce stade, nous ignorons officiellement la nature de l‘alerte, sa cause et sa gravité. Un agent de la compagnie des eaux passe effectuer des prélèvements de contrôle et nous apprenons, de manière officieuse, qu’il s’agit d’un problème bactériologique.
Il est décidé de partir prévenir la population de vive voix, en porte à porte. Le message est « l’eau n’est pas potable. Ne l’utilisez pas pour la boisson, la cuisine et le lavage des dents. Une distribution d’eau en bouteille sera organisée le lendemain à 11 h ».
Nous nous répartissons les rues et en avant, sous la pluie (tant qu’à faire…).

A 22h00 tous ceux qui pouvait être prévenus, l’ont été, soit plus de 80 % de la population. Restent quelques absents et ceux qui n’ont pas ouvert…
Parmi les gens rencontrés sur leurs pas de porte, seule une petite moitié était au courant, les autres n’avaient pas reçu l’appel automatique (du fait de l’orage de l’avant-veille, parce qu’il n’ont pas entendu le téléphone,…) ou alors ils avaient cru que c’était de la pub…
Commentaire : La loi de Murphy, elle existe bel et bien ! Le téléphone et les box internet dégagent sur le centre du village, le mercredi. Le vendredi soir, veille de week-end : alerte sanitaire. Impossible de communiquer facilement. En particulier nous n’avons pas les bordereaux d’analyses ni la teneur exacte du courrier de la DDASS. Nous avons été obligés de faire avec une communication verbale. Par surcroît, trois autres communes du secteur sont dans le même cas, chacune avec une population plus importante que la nôtre. Pourtant nous ne dépendons pas de la même ressource en eau…
Le porte à porte a été vraiment utile. Outre que l’information la plus importante a été transmise à ceux qui ne l’avaient pas, Ceux qui s’inquiétaient ont été rassurés : Ils ont reçu une information et des consignes, certes limitées mais « humaines » : il y avait des gens sur le coup, en train de s’occuper du problème.
L’heure de la distribution peut sembler tardive (et elle l’est sans doute dans l’absolu), mais nous savions (toujours par information téléphonique) qu’un camion de bouteilles d’eau affrété par la compagnie des eaux ferait la tournée des communes touchées et que nous étions les derniers de la tournée. Donc onze heures c’est bien. Inutile de faire venir les gens plus tôt si on a rien à leur offrir.
Samedi 8h30Réunion en mairie pour organiser le week-end « sec ».
Le directeur de la compagnie des eaux nous rejoint et nous transmet le document DDASS : 2 entérocoques sur un prélèvement de contrôle réalisé le mercredi 7, sur un robinet d’une cour d’école inutilisée (la cour, pas l’école).
Les ordres de l’administration sont clairs : interdiction de consommer l’eau.
Un préleveur mandaté par la DDASS débarque pour des prélèvements en vue d’une contre analyse.
Un tract est rédigé réitérant l’interdiction et précisant les horaires et lieu de distribution d’eau.
Se pose le problème du rationnement : 1000 habitants environ, à raison d’une bouteille par personne et par jour, ben ça fait…euh 1000 bouteilles par jour, 2000 pour le week-end. Et encore, une bouteille par jour et par tête de pipe, ça n’est pas énorme.

La compagnie des eaux nous promet deux palettes dans la matinée et cherche à se procurer du complément. Une palette c’est 84 packs de 6 bouteilles de 1,5 l, soit 504 bouteilles, soit 756 l. Les deux palettes qui doivent arriver couvrent à peine la journée du samedi. Quid du dimanche ?

Un coup de fil au patron du supermarché de la commune d’à côté nous apprend qu’il peut nous fournir une palette et demi tout de suite. Pendant qu’une partie des conseillers retournent faire du porte-à-porte avec les feuillets d’information, d’autres préparent la Salle des Fêtes avec organisation de trois files en fonction des rues et des affichettes en conséquences. Je descends avec deux adjoints et la camionnette de la commune au supermarché où la flotte nous attend sur le quai de chargement.
Commentaire :48 heures, c’est le délai pour avoir le résultat des analyses bactériologiques. Quand l’alerte arrive, il faut travailler dans l’urgence mais en fait, ça fait deux jour que le mal est fait. C’est comme ça, incontournable, mais allez expliquer ça aux gens !
Le fait d’avoir à calculer un rationnement, et ben je peux vous dire que ça fait bizarre, même si sur le coup on y pense pas trop. Là, il a fallu calculer ce qu’on pouvait donner et non pas quels étaient les besoins à satisfaire…Rien de bien grave en absolu puisqu’on peut toujours penser que les gens iront acheter de l’eau en bouteille plutôt que de se laisser mourir de soif. Mais bon, quand on se retrouve en charge du bazar, on ne peut pas raisonner comme ça. Question de principe.
Samedi 10h30Nous revenons à la salle des fêtes. Les deux palettes de la compagnie des eaux viennent d’être livrées. Les gens commencent à attendre sur le trottoir. On avait dit onze heures !

Pendant qu’une équipe finit de rentrer l’eau dans la salle des fêtes, la distribution commence. Grâce aux cahiers où sont notés les habitants par adresse, on pointe le nombre de bouteille à donner et au suivant ! On en profite pour réitérer les conseils et rassurer les inquiets. Un adjoint prend la camionnette de la commune et va livrer aux personnes qui ne peuvent se déplacer.
La distribution se poursuit jusqu’à 16 h 00.
Dans l’après midi, deux autres palettes sont livrées par la compagnie des eaux, on sait qu’il n’y aura pas de souci pour le dimanche.
760 bouteilles ont été distribuées sur la journée, soit 80 % de la population. Quand même...
Commentaire :Entre le porte à porte du matin, la manutention et la distribution à la population, il faut de la main d’œuvre. Tout de suite. Une dizaine de personnes pour 1000 habitants, et un seul point de distribution, ça n’est pas trop, tout le monde a été occupé.
Dimanche 9h00Reprise de la distribution à la population. Il n’y a pas de « coup de feu », comme la veille. Les choses se passent dans la bonne humeur. On lit et on commente l’article du journal qui relève finement que toutes les communes concernées ont été prélevées le même jour, par la même personne…

Le responsable d’astreinte de la compagnie des eaux passe voir si tout va bien, puis son directeur.
Une équipe de tournage de France 3 débarquent vers 10h00. Apparemment, nous sommes la seule commune à avoir organiser la distribution sur une base journalière.
Les résultats des contre analyses n’arriveront que lundi matin. On organise la permanence pour la distribution du Lundi…
Commentaire :C’était pas Katrina, mais on a (j’ai) appris pas mal de truc sur la gestion d’une crise somme toute banale. Et puis on s’est payé une bonne tranche de convivialité villageoise

, et çà…
