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Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: échange philosophique.  (Lu 3015 fois)

01 août 2009 à 16:02:46
Lu 3015 fois

Urdjaby


Bonjour à toutes et à tous!

Voila, étant particulièrement friand de contes, histoires poème, apologue et compagnie, j'aimerai faire un post ou tout un chacun pourrait poster et nous faire partager des contes ou des histoires qui fond réfléchir et qui vous ont particulièrement plu, merci d'avance a ceux qui participeront :).

Je commence avec mon préféré :).

Un homme âgé dit à son petit-fils, venu le voir très en colère contre un ami qui s'était montré injuste envers lui :

"Laisse-moi te raconter une histoire... Il m'arrive aussi, parfois, de ressentir de la haine contre ceux qui se conduisent mal et n'en éprouvent aucun regret. Mais la haine t'épuise, et ne blesse pas ton ennemi. C'est comme avaler du poison et désirer que ton ennemi en meure. J'ai souvent combattu ces sentiments"

Il continua :" C'est comme si j'avais deux loups à l'intérieur de moi; le premier est bon et ne me fait aucun tort. Il vit en harmonie avec tout ce qui l'entoure et ne s'offense pas lorsqu'il n'y a pas lieu de s'offenser. Il combat uniquement lorsque c'est juste de le faire, et il le fait de manière juste. Mais l'autre loup, ahhhh...! Il est plein de colère. La plus petite chose le précipite dans des accès de rage.

Il se bat contre n'importe qui, tout le temps, sans raison. Il n'est pas capable de penser parce que sa colère et sa haine sont immenses. Il est désespérément en colère, et pourtant sa colère ne change rien. Il est parfois si difficile de vivre avec ces deux loups à l'intérieur de moi, parce que tous deux veulent dominer mon esprit."

Le garçon regarda attentivement son grand-père dans les yeux et demanda : " Lequel des deux loups l'emporte, grand-père ?"

Le grand-père sourit et répondit doucement : "Celui que je nourris."

Une fable amérindienne que l'on raconte le soir autour du Feu Sacré.

Voila en espérant que ça vous ai plu, bonne journée ;)
Jamais la nature ne tient un language, et la sagesse un autre

01 août 2009 à 17:14:25
Réponse #1

Humain


Il y en a un que j'aime bien. Il est un petit peu long: "La nef des fous"
Je ne poste pas ce texte pour relancer la polémique sur la théorie du complot  :glare:
ni pour plébiciter les actes et les thèories de son auteur (que personnellemnt je réprouve). Je trouve simplement ce texte interressant et à plusieurs niveaux de lecture au niveau philosophique (sans que la politique ait à s'en mèler).


- Il était une fois un navire commandé par un capitaine et des seconds, si vaniteux de leur habileté à la manoeuvre, si pleins d'hybris et tellement imbus d'eux-mêmes, qu'ils en devinrent fous. Ils mirent le cap au nord, naviguèrent si loin qu'ils rencontrèrent des icebergs et des morceaux de banquise, mais continuèrent de naviguer plein nord, dans des eaux de plus en plus périlleuses, dans le seul but de se procurer des occasions d'exploits maritimes toujours plus brillants. Le bateau atteignant des latitudes de plus en plus élevées, les passagers et l'équipage étaient de moins en moins à l'aise. Ils commençèrent à se quereller et à se plaindre de leurs conditions de vie.

Que le diable m'emporte, dit un matelot de deuxième classe, si ce n'est le pire voyage que j'aie jamais fait. Le pont est luisant de glace. Quand je suis de vigie, le vent transperce ma veste comme un couteau ; chaque fois que je fais prendre un ris à la voile de misaine, il s'en faut vraiment de peu que je me gèle les doigts ; et pour cela, tout ce que je gagne, ce sont cinq misérables shillings par mois !

Vous pensez que vous vous faites avoir ! dit une passagère, Moi, je n'arrive pas à fermer l'oeil de la nuit à cause du froid. Sur ce bateau, les dames n'ont pas autant de couvertures que les hommes. Ce n'est pas juste !

Un marin mexicain fit chorus :

Chingado ! Je ne gagne que la moitié du salaire d'un marin anglo-saxon. Pour tenir le coup avec ce climat, il nous faut une nourriture abondante et je n'ai pas ma part ; les Anglo-Saxons en reçoivent plus. Et le pire de tout, c'est que les officiers me donnent toujours les ordres en anglais au lieu de le faire en espagnol.

J'ai plus de raisons de me plaindre que qui que ce soit, dit un marin indien. Si les Visages Pâles n'avaient pas volé la terre de mes ancêtres, je ne me serais jamais trouvé sur ce navire, ici, au milieu des icebergs et des vents arctiques. Je serais simplement dans un canoë, en train de pagayer sur un joli lac paisible. Je mérite un dédommagement. Pour le moins, le capitaine devrait me laisser organiser des parties de dés, afin que je puisse me faire un peu d'argent.

Le maître d'équipage dit ce qu'il avait à dire, sans mâcher ses mots :

Hier, le premier second m'a traité de tapette parce que je suce des b!tes. J'ai le droit de sucer des b!tes sans que l'on me donne des surnoms pour autant.

Les humains ne sont pas les seules créatures que l'on maltraite sur ce bateau, lança, la voix tremblante d'indignation, une passagère amie des animaux. La semaine dernière, j'ai vu le deuxième second donner à deux reprises des coups de pied au chien du navire !

L'un des passagers était professeur d'université. Tout en se tordant les mains, il s'exclama :

Tout cela est affreux ! C'est immoral ! C'est du racisme, du sexisme, du spécisme, de l'homophobie et de l'exploitation de la classe ouvrière ! C'est de la discrimination ! Nous devons obtenir la justice sociale : un salaire égal pour le marin mexicain, des salaires plus élevés pour tous les marins, un dédommagement pour l'Indien, un nombre égal de couvertures pour les dames, la reconnaissance du droit à sucer des b!tes et plus de coups de pied au chien !

Oui, oui ! crièrent les passagers. Oui, oui ! cria l'équipage. C'est de la discrimination ! Nous devons exiger nos droits !

Le mousse se racla la gorge :

Hem. Vous avez tous de bonnes raisons de vous plaindre. Mais il me semble que ce qui est vraiment urgent c'est de virer de bord et de mettre le cap au sud, car si nous continuons d'aller vers le nord, nous sommes sûrs de faire naufrage tôt ou tard, et alors vos salaires, vos couvertures et votre droit à sucer des b!tes ne vous serviront à rien, car nous serons tous noyés.

Mais personne ne lui prêta la moindre attention : ce n'était que le mousse.

De leur poste situé sur la dunette, le capitaine et les officiers avaient regardé et écouté cette scène. A présent, ils souriaient et se faisaient des clins d'oeil, puis, obéissant à un signe du capitaine, le troisième second descendit de la dunette. Il se dirigea nonchalamment vers l'endroit où les passagers et l'équipage étaient rassemblés et se fraya un chemin parmi eux. Il prit un air très sérieux et parla en ces termes :

Nous, les officiers, devons admettre que des choses vraiment inexcusables se sont passées sur ce navire. Nous n'avions pas compris à quel point la situation était mauvaise avant d'avoir entendu vos plaintes. Nous sommes des hommes de bonne volonté et entendons être justes avec vous. Mais - il faut bien le dire - le capitaine est plutôt conservateur et routinier, et il faudrait peut-être le pousser un petit peu pour qu'il se décide à des changements importants. Mon opinion personnelle est que si vous protestez énergiquement - mais toujours de manière pacifique et sans violer aucun article du règlement de ce navire - cela secouerait l'inertie du capitaine et le forcerait à se pencher sur les problèmes dont vous vous plaignez à si juste titre.

Ceci ayant été dit, il retourna à la dunette. Comme il repartait, les passagers et l'équipage lui lancèrent des épithètes :

Modéré ! Réformiste ! Libéral hypocrite ! Valet du capitaine ! Ils firent pourtant ce qu'il avait dit.

Ils se regroupèrent en masse devant la dunette, hurlèrent des insultes aux officiers et exigèrent leurs droits :

Je veux un salaire supérieur et de meilleures conditions de travail, dit le deuxième classe.

Le même nombre de couvertures que les hommes, dit la passagère.

J'exige de recevoir mes ordres en espagnol, dit le marin mexicain.

J'exige le droit d'organiser des parties de dés, dit le marin indien.

Je refuse d'être traité de tapette, dit le maître d'équipage.

Qu'on ne donne plus de coups de pied au chien, dit l'amie des animaux.

La révolution tout de suite ! s'écria le professeur.

Le capitaine et les officiers se réunirent et conférèrent pendant quelques minutes tout en se faisant des clins d'oeil, des signes de tête et des sourires. Puis le capitaine se rendit à l'avant de la dunette et, avec force démonstration de bienveillance, il annonça que le salaire du deuxième classe serait porté à six shillings par mois, que celui du Mexicain serait égal aux deux-tiers de celui d'un marin anglo-saxon et qu'on lui donnerait en espagnol l'ordre de faire prendre un ris à la voile de misaine, que les passagères recevraient une couverture supplémentaire, qu'on permettrait au marin indien d'organiser des parties de dés les samedis soirs, qu'on ne traiterait plus le maître d'équipage de tapette tant qu'il ferait ses pipes dans la plus stricte intimité, et que l'on ne donnerait plus de coups de pied au chien, sauf s'il faisait quelque-chose de vraiment vilain, comme voler de la nourriture dans la cuisine par exemple.

Les passagers et l'équipage célébrèrent ces concessions comme une grande victoire, mais le lendemain ils étaient de nouveau mécontents.

Six shillings par mois, c'est un salaire de misère, et je me gèle toujours les doigts quand je fais prendre un ris à la voile de misaine ! grognait le deuxième classe.

Je n'ai toujours pas le même salaire que les Anglo-Saxons ni assez à manger pour ce climat, dit le marin mexicain.

Nous, les femmes, n'avons toujours pas assez de couvertures pour nous tenir au chaud, dit la passagère. Tous les autres membres de l'équipage et les passagers formulèrent des plaintes similaires, encouragés par le professeur.

Quand ils eurent terminé, le mousse prit la parole - cette fois plus fort, de manière à ce que les autres ne puissent plus l'ignorer aussi facilement.

C'est vraiment terrible que l'on donne des coups de pied au chien parce qu'il a volé un peu de pain dans la cuisine, que les femmes n'aient pas autant de couvertures que les hommes, que le deuxième classe se gèle les doigts, et je ne vois pas pourquoi le maître d'équipage ne pourrait pas sucer des b!tes s'il en a envie. Mais regardez comme les icebergs sont gros à présent et comme le vent souffle de plus en plus fort. Nous devons virer de bord et mettre le cap au sud, car si nous continuons vers le nord nous allons faire naufrage et nous noyer.

Oh oui, dit le maître d'équipage, Il est tout à fait affreux de continuer vers le nord. Mais pourquoi devrais-je rester confiné dans les toilettes pour sucer des b!tes ? Pourquoi devrais-je être traité de tapette ? Ne suis-je pas aussi bien que n'importe qui ?

Naviguer vers le nord est terrible, dit la passagère, Mais ne voyez-vous pas que c'est exactement la raison pour laquelle les femmes ont besoin de davantage de couvertures afin de se maintenir au chaud ? J'exige le même nombre de couverture pour les femmes, immédiatement !

C'est tout à fait vrai, dit le professeur, que naviguer vers le nord nous impose à tous de grandes épreuves. Mais il ne serait pas réaliste de changer de route pour aller au sud. On ne peut pas remonter le cours du temps. Nous devons trouver un moyen raisonnable de gérer la situation.

Ecoutez, dit le mousse, si nous laissons les quatre fous de la dunette agir à leur guise, nous allons tous nous noyer. Si jamais nous mettons le navire hors de danger, alors nous pourrons nous inquiéter des conditions de travail, des couvertures pour les femmes et du droit à sucer des b!tes. Mais nous devons commencer par virer de bord. Si quelques-uns d'entre nous se réunissent, élaborent un plan et font preuve d'un peu de courage, nous pourrons nous sauver. Nous n'aurions pas besoin d'être nombreux - six ou huit, cela suffirait. Nous pourrions lancer une charge contre la dunette, balancer ces fous par-dessus bord et tourner la barre du navire vers le sud.

Le professeur releva le nez et dit d'un ton sévère :

Je ne crois pas à la violence, c'est immoral.

Il n'est jamais éthique d'utiliser la violence, dit le maître d'équipage.

La violence me terrifie, dit la passagère.

Le capitaine et les officiers avaient regardé et écouté toute la scène. A un signe du capitaine le troisième second descendit sur le pont. Il circula parmi les passagers et l'équipage en leur disant qu'il restait beaucoup de problèmes sur le navire.

Nous avons fait beaucoup de progrès, dit-il, mais il reste beaucoup à faire. Les conditions de travail du deuxième classe restent dures, le Mexicain n'a toujours pas le même salaire que les Anglo-Saxons, les femmes n'ont pas encore autant de couvertures que les hommes, les parties de dés du samedi soir de l'Indien sont un dédommagement dérisoire par rapport à la perte de ses terres, il n'est pas juste que le maître d'équipage doive rester confiné dans les toilettes pour sucer des b!tes, et le chien continue de recevoir des coups de pieds de temps en temps. Je pense que le capitaine a encore besoin qu'on le pousse. Il serait utile que vous organisiez tous une autre manifestation - pourvu qu'elle reste non-violente.

Comme il retournait à la poupe, les passager et l'équipage lui lancèrent des insultes, mais ils firent néanmoins ce qu'il avait dit et se réunirent en face de la dunette pour une autre manifestation. Ils fulminèrent, s'emportèrent, montrèrent les poings et lancèrent même un oeuf pourri sur le capitaine (qui l'évita habilement). Après avoir écouté leurs plaintes, le capitaine et les officiers se réunirent pour une conférence où ils se firent des clins d'oeil et de larges sourires. Puis le capitaine alla à l'avant de la dunette et annonça qu'on allait donner des gants au deuxième classe afin qu'il ait les doigts au chaud, que le marin mexicain allait recevoir un salaire égal aux trois-quarts de celui des Anglo-Saxons, que les femmes allaient recevoir une autre couverture, que le marin indien allait pouvoir organiser des parties de dés tous les samedi et dimanche soirs, qu'on allait permettre au maître d'équipage de sucer des b!tes en public dès la tombée de la nuit, et que personne ne pourrait donner des coups de pied au chien sans une permission spéciale du capitaine. Les passagers et l'équipage s'extasièrent devant cette grande victoire révolutionnaire, mais dès le lendemain matin, ils étaient de nouveau mécontents et commencèrent à maugréer toujours à propos des mêmes problèmes.

Cette fois le mousse se mit en colère :

Bande d'imbéciles ! cria-t-il, Vous ne voyez pas ce que le capitaine et les officiers sont en train de faire ? Ils vous occupent l'esprit avec vos réclamations dérisoires - les couvertures, les salaires, les coups de pied au chien, etc. - et ainsi vous ne réfléchissez pas à ce qui ne va vraiment pas sur ce navire : il fonce toujours plus vers le nord et nous allons tous sombrer. Si seulement quelques-uns d'entre vous revenaient à la raison, se réunissaient et attaquaient la dunette, nous pourrions virer de bord et sauver nos vies. Mais vous ne faites rien d'autre que de geindre à propos de petits problèmes mesquins, comme les conditions de travail, les parties de dés et le droit de sucer des b!tes.

Ces propos révoltèrent les passagers et l'équipage.

Mesquin ! ! s'exclama le Mexicain, Vous trouvez raisonnable que je ne recoive que les trois-quarts du salaire d'un marin anglo-saxon ? ça, c'est mesquin ? !

Comment pouvez-vous qualifier mes griefs de dérisoires ? s'écria le maître d'équipage, Vous ne savez pas à quel point c'est humiliant d'être traité de tapette ?

Donner des coups de pied au chien n'est pas un "petit problème mesquin" ! hurla l'amie des animaux, c'est un acte insensible, cruel et brutal !

Bon, d'accord, répondit le mousse, Ces problèmes ne sont ni mesquins, ni dérisoires. Donner des coups de pied au chien est un acte cruel et brutal, et se faire traiter de tapette est humiliant. Mais comparées à notre vrai problème - le fait que le navire continue vers le nord - vos réclamations sont mineures et insignifiantes, parce que si nous ne virons pas bientôt de bord, nous allons tous sombrer avec le navire.

Fasciste ! dit le professeur.

Contre-révolutionnaire ! s'écria la passagère.

Et l'un après l'autre, tous les passagers et membres de l'équipage firent chorus, traitant le mousse de fasciste et de contre-révolutionnaire. Ils le repoussèrent et se remirent à maugréer à propos des salaires, des couvertures à donner aux femmes, du droit de sucer des b!tes et de la manière dont on traitait le chien. Le navire continua sa route vers le nord, au bout d'un moment il fut broyé entre deux icebergs. Tout le monde se noya.

Théodore J. Kaczynski - Octobre 1999."
« Modifié: 01 août 2009 à 17:55:12 par Humain »

01 août 2009 à 19:56:49
Réponse #2

Mad Max


Je la fais courte. C'est une fable du moyen-âge.
Un riche bourgeois veut se débarasser de son vieux père qui ne peut plus travailler. Il appelle son fils et lui dit "Donne cette couverture à ton grand-père et dis-lui de partir". Le gamin coupe la couverture en deux et en donne la moitié à son grand-père. Le vieux va se plaindre à son fils : "ton fils est encore plus cruel que toi". Le bourgeois demande à son fils pourquoi il a coupé la couverture et le fils lui répond " je garde l'autre moitié pour toi, quand tu seras trop vieux".
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01 août 2009 à 22:43:36
Réponse #3

Urdjaby


très simpa la nef des fous :) je ne connaissais pas.
Je connaissais aussi la tienne mad max, mais avec un vieux qui mangeait du riz, et qui est mis a l'écart par la famille, enfin le résultat est le même ^^.

Bon aller, une autre petite histoire :).

PEUT-ÊTRE SOMMES NOUS FRERES ?

« Le Grand-chef de Washington nous a fait part de son désir d’acheter notre terre. Le Grand Chef nous a fait part de son amitié et de sentiments bienveillants. Il est très généreux, car nous savons bien qu’il n’a pas besoin de notre amitié en retour. Cependant nous allons considérer votre offre, car nos savons que si nous ne vendons pas, l’homme blanc va venir avec ses fusils et va prendre notre terre.
Mais peut-on acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ? Etrange idée pour nous !
Si nous ne sommes pas propriétaire de la fraîcheur de l’air, ni du miroitement de l’eau, comment pouvez-vous l’acheter ?
Le moindre recoin de cette terre est sacré pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisante, chaque grève sablonneuse, chaque écharpe de brume dans le bois noir, chaque clairière, le bourdonnement des insectes, tout cela est sacré dans la mémoire de mon peuple. La sève qui coule dans les arbres porte les souvenirs de l’homme rouge.
Les morts des hommes blancs, lorsqu’ils se promènent au milieu des étoiles, oublient leur terre natale. Nos morts n’oublient jamais la beauté de cette terre, car elle est la mère de l’homme rouge ; nous faisons partie de cette terre comme elle fait partie de nous.
Les fleurs parfumées sont nos sœurs, le cerf, le cheval, le grand aigle sont nos frères ; les crêtes des montagnes, les sucs des prairies le corps chaud du poney, et l’homme lui-même, tous appartiennent à la même famille.
Ainsi, lorsqu’il nous demande d’acheter notre terre, le Grand Chef Washington exige beaucoup de nous.
Le Grand Chef nous a assuré qu’il nous en réservait un coin, où nous pourrions vivre confortablement, nous et nos enfants, et qu’il serait notre père, et nous, ses enfants.
Nous allons donc considérer votre offre d’acheter notre terre, mais cela ne sera pas facile, car cette terre pour nous est sacrée.
L’eau étincelante des ruisseaux et des fleuves n’est pas seulement, elle est le sang de nos ancêtres. Si nous vendons notre terre, vous devez vous souvenir qu’elle est sacrée, et vous devez l’enseigner à vos enfants et leur apprendre que chaque reflet spectral de l’eau claire des lacs raconte le passé et les souvenirs de mon peuple. Le murmure de l’eau est la voie du père de mon père.

Les fleuves sont nos frères, ils étanchent notre soif, les fleuves portent nos canoës et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devez vous souvenir que les fleuves sont nos frères et les vôtres, et l’enseigner à vos enfants, et vous devez dorénavant leur témoigner la bonté que vous auriez pour un frère.

L’homme rouge a toujours reculé devant l’homme blanc, comme la brume des montagnes s’enfuit devant le soleil levant. Mais les cendres de nos pères sont sacrées. Leurs tombes sont une terre sainte ; ainsi, ces collines, ces arbres, ce coin de terre, sont sacrés a nos yeux.
Nous savons que l’homme blanc ne comprend pas nos pensées. Pour lui un lopin de terre en veut un autre, car il est l’étranger qui de nuit piller la terre selon ces besoins. Le sol n’est pas son frère, mais son ennemi, et quand il la conquit, il poursuit se route. Il laisse derrière lui les tombes de ses pères et ne s’en soucie pas.

La terre n'est pas son frère, mais son ennemi, et lorsqu'il l'a conquise, il va plus loin. Il abandonne la tombe de ses aïeux, et cela ne le tracasse pas. Il enlève la terre à ses enfants et cela ne le tracasse pas. La tombe de ses aïeux et le patrimoine de ses enfants tombent dans l'oubli. Il traite sa mère, la terre, et son frère, le ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre comme les moutons ou les perles brillantes. Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu'un désert.

Il n'y a pas d'endroit paisible dans les villes de l'homme blanc. Pas d'endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps, ou le froissement des ailes d'un insecte. Mais peut-être est-ce parce que je suis un sauvage et ne comprends pas. Le vacarme semble seulement insulter les oreilles. Et quel intérêt y a-t-il à vivre si l’homme ne peut entendre le cri solitaire de l’engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d'un étang la nuit ? Je suis un homme rouge et ne comprends pas. L'Indien préfère le son doux du vent s'élançant au-dessus de la face d'un étang, et l'odeur du vent lui-même, lavé par la pluie de midi, ou parfumé par le pin pignon.

L'air est précieux à l’homme rouge, car toutes choses partagent le même souffle.

La bête, l'arbre, l'homme. Ils partagent tous le même souffle.

L'homme blanc ne semble pas remarquer l'air qu'il respire. Comme un homme qui met plusieurs jours à expirer, il est insensible à la puanteur. Mais si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler que l'air nous est précieux, que l'air partage son esprit avec tout ce qu'il fait vivre. Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle a aussi reçu son dernier soupir. Et si nous vous vendons notre terre, vous devez la garder à part et la tenir pour sacrée, comme un endroit où même l'homme blanc peut aller goûter le vent adouci par les fleurs des prés. Nous considérerons donc votre offre d'acheter notre terre. Mais si nous décidons de l'accepter, j'y mettrai une condition : l'homme blanc devra traiter les bêtes de cette terre comme ses frères.

Je suis un sauvage et je ne connais pas d'autre façon de vivre.

J'ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l'homme blanc qui les avait abattus d'un train qui passait. Je suis un sauvage et ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut être plus important que le bison que nous ne tuons que pour subsister.

Qu'est-ce que l'homme sans les bêtes ?. Si toutes les bêtes disparaissaient, l'homme mourrait d'une grande solitude de l'esprit. Car ce qui arrive aux bêtes, arrive bientôt à l'homme. Toutes choses se tiennent.

Vous devez enseigner à vos enfants que la terre, sous leurs pieds, est faite des cendres de nos grands-parents. Afin qu’ils la respectent, dites à vos enfants que la terre est riche de la vie de notre peuple. Apprenez à vos enfants ce que nous apprenons à nos enfants, que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive au fils de la terre. Lorsque les hommes crachent sur la terre, ils crachent sur eux-mêmes.

Nous le savons, la terre n’appartient pas à l’homme, c’est l’homme qui appartient à la terre. Nous le savons, toutes choses sont liées comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses sont liées.

Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre ; L’homme n’a pas tissé la toile de la vie, il n’est qu’un fil du tissu. Tout ce qu’il fait à la toile, il le fait à lui-même.

Mais nous allons considérer votre offre d’aller dans la réserve que vous destinez à mon peuple. Nous vivrons à l’écart et en paix ; Qu’importe où nous passerons le reste de nos jours. Nos enfants ont vu leurs pères humiliés dans la défaite. Nos guerriers ont connus la honte, après la défaite, ils coulent des jours oisifs et souillent leur corps de nourritures douces et de boissons fortes. Qu’importe où nous passerons le reste de nos jours ? Ils ne sont plus très nombreux.

Encore quelques heures, quelques hivers et il ne restera plus aucun des enfants des grandes tribus qui vivaient autrefois sur cette terre, où qui errent dans les bois en petit groupe. Aucun ne sera là pour pleurer sur les tombes d’un peuple autrefois, aussi puissant, aussi plein d’espérance que le vôtre. Mais pourquoi pleurer sur la mort de mon peuple ? Les tribus sont faites d’hommes, pas davantage. Les hommes viennent et s’en vont comme les vagues de la mer.

Même l’homme blanc, dont le Dieu marche avec lui et lui parle comme un ami avec son ami, ne peut échapper à la destinée commune. Peut être sommes nous frères malgré tout, nous verrons. Mais nous savons une chose, que l’homme blanc découvrira peut être un jour, notre Dieu est le même Dieu. Vous avez beau pensez aujourd’hui que vous le possédez comme vous aimeriez posséder notre terre ? Vous ne le pouvez pas, il est la Dieu de tous les hommes, et sa compassion est la même pour l’homme rouge que pour l’homme blanc.

La terre est précieuse à nos yeux, et qui porte atteinte à la terre couvre son créateur de mépris, les blancs passeront, eux aussi, et peut être avant les autres tribus. Continuez à souiller votre lit, et une belle nuit, vous étoufferez dans vos propres déchets.

Mais dans votre perte, vous brillerez de feux éclatants, allumés par la puissance du Dieu qui vous a amenés dans ce pays, et qui, dans un dessein connu de lui, vous a donné pouvoir sur cette terre et sur l’homme rouge. Cette destinée est pour nous un mystère ; nous ne comprenons pas, lorsque tous les bisons sont massacrés, les chevaux sauvages domptés, lorsque les recoins secrets des forêts sont lourds de l’odeur d’homme nombreux, l’aspect des collines mûres pour la moisson est abimé par les câbles parlants.

Où est le fourré ? Disparu. Où est l’aigle ? Il n’est plus. Qu’est ce que dire adieu au poney agile et à la chasse ? C’est finir de vivre et se mettre à survivre.

Ainsi donc, nous allons considérer votre offre d’acheter notre terre. Et si nous acceptons, ce sera pour être bien sûr de recevoir la réserve que vous nous avez promise. Là, peut être nous pourrons finir les brèves journées qui nous restent à vivre selon nos désirs.

Et lorsque le dernier homme rouge aura disparu de cette terre, et que, son souvenir ne sera plus que l’ombre d’un nuage glissant sur la prairie, ces rives et ces forêts abriteront encore les esprits de mon peuple. Car ils aiment cette terre comme le nouveau né aime le battement de cœur de sa mère. Ainsi nous vendons notre terre, aimez là comme nous l’avons aimée. Prenez soin d’elle comme nous en avons pris soin.

Gardez en mémoire le souvenir de ce pays, tel qu’il est au moment où vous le prenez. Et de toute votre force, de toute vos pensée, de tout votre cœur, préservez le pour vos enfants, et aimez le comme Dieu vous aime tous.

Nous savons une chose, notre Dieu est le même Dieu. Il aime cette terre. L’homme blanc lui-même ne peut échapper à la destinée commune. Peut être sommes nous frères ? Nous verrons. »

Discours prononcé en 1854 par le chef indien Seattle devant l’assemblée des tribus.

En éspérant avoir beaucoup d'autre participation :)
Jamais la nature ne tient un language, et la sagesse un autre

03 août 2009 à 11:22:48
Réponse #4

paccif


Il y en a un que j'aime bien. Il est un petit peu long: "La nef des fous"
...
Théodore J. Kaczynski - Octobre 1999."


C'est extrait de "L'effondrement du système technologique" ?

Si c'est le cas est- ce que ça vaux la peine de lire le reste?

Paccif

03 août 2009 à 13:13:42
Réponse #5

jilucorg


Discours prononcé en 1854 par le chef indien Seattle devant l’assemblée des tribus.

Texte "réécrit" — plutôt largement inventé — en 1971 par le scénariste Fred Perry, l'original du discours prononcé par le chef Seattle en 1854 n'ayant jamais pu être attesté. Il a été rapporté pour la première fois dans un journal par un témoin (de mémoire, plus de trente ans après...) sous une forme qui n'a que très peu en commun avec la version répandue depuis. En dehors du ton écologiste très moderne et de formulations peu crédibles et d'allusions douteuses, on y trouve des preuves factuelles de l'imposture : ainsi il n'y a jamais eu de bisons à des milliers de kilomètres à la ronde dans le futur état du Washington (extrême N-O) où a toujours vécu Seattle (au passage, lui-même catholique romain), et aucune ligne de train n'est arrivée dans l'Ouest avant 1870 (et ce, bien loin du Washington)... Cf. par exemple une discussion à ce sujet : http://www-formal.stanford.edu/jmc/progress/fake.html et aussi là : http://www.halcyon.com/arborhts/chiefsea.html (tout en anglais).

[Ces remarques ne visent pas à dévaloriser ce texte qui donne à réfléchir, mais juste à savoir d'où il vient. :)]


jiluc.

03 août 2009 à 13:20:49
Réponse #6

Humain


C'est extrait de "L'effondrement du système technologique" ?

Si c'est le cas est- ce que ça vaux la peine de lire le reste?

Paccif
Salut  :)
Je ne crois pas  que "La nef des fous" fasse partie de l'ouvrage "L'effondrement du système technologique". http://www.editions-xenia.com/pdf/doc/c027_Unabomber_e.pdf
Ça vaut toujours le coup d'essayer de comprendre les pensées d'autrui (surtout si elles ne correspondent pas du tout à nos propres pensées), à condition de rester très, très critique.
Lien wikipèdia sur Theodore Kaczynski: http://fr.wikipedia.org/wiki/Unabomber

  l'Humain

03 août 2009 à 13:34:18
Réponse #7

Bartlett


Le plus fou de tous les fous, c'est le mousse. Pourquoi il ne s'est pas barre nuitament dans le canot de sauvetage avec l'eau la bouffe la boussole et la femme du capitaine, c'est ce que je me demande.
 :closedeyes:
Hard habits are hard to kill. If you don't kill them, they kill you.

03 août 2009 à 14:07:24
Réponse #8

kodiak


Je m'y essaie sans convictions:

Citer
Le plus fou de tous les fous, c'est le mousse. Pourquoi il ne s'est pas barre nuitament dans le canot de sauvetage avec l'eau la bouffe la boussole et la femme du capitaine, c'est ce que je me demande.

Parce qu'il s'illusionne sur la sagesse des ses péres
Parce qu'il reste tributaire du systéme sur lequel il est embarqué, même sachant qu'il courre à sa perte
Parce que son besoin de reconnaissance et plus fort que son envie de survivre
Parce que c'est une option trop simple, non retenue par l'auteur
Parce que...


Mon passe-temps favori est la conversation coupée de silences. Les autres fournissent la conversation, moi les silences.

03 août 2009 à 14:15:14
Réponse #9

Humain


Je m'y essaie sans convictions:

Parce qu'il s'illusionne sur la sagesse des ses péres
Parce qu'il reste tributaire du systéme sur lequel il est embarqué, même sachant qu'il courre à sa perte
Parce que son besoin de reconnaissance et plus fort que son envie de survivre
Parce que c'est une option trop simple, non retenue par l'auteur
Parce que...


Parce que, dans l'esprit de l'auteur (par rapport au message original qu'il veut faire passer), il n'y a pas de canot de sauvetage.

03 août 2009 à 14:24:05
Réponse #10

kodiak


Citer
Parce que, dans l'esprit de l'auteur (par rapport au message original qu'il veut faire passer), il n'y a pas de canot de sauvetage.

En aurait-il utilisé si il y en avait eu ?

Facile de tronquer un débat en occultant la partie des options qui nous dérangent;

Le "dans l'esprit de l'auteur " m'a toujours déplus, m'enfin...
Mon passe-temps favori est la conversation coupée de silences. Les autres fournissent la conversation, moi les silences.

03 août 2009 à 16:49:27
Réponse #11

Humain


En aurait-il utilisé si il y en avait eu ?

Facile de tronquer un débat en occultant la partie des options qui nous dérangent;

Le "dans l'esprit de l'auteur " m'a toujours déplus, m'enfin...

Il ne s'agit pas de tronquer le débat.
J'ai simplement dit pourquoi le mousse dans l'optique de l'auteur n'est pas partie avant le naufrage: parce qu'il compare le navire à la socièté dont on ne peut pas s'affranchir totalement. Si son but avait été autre, il aurait certainement mentionné à un moment ou à un autre des possibilités de fuite.

Mais dans cette histoire ce qui est interressant ce n'est pas tellement le message de son auteur (qui, quand on connait les actions pratiques qu'il en tire, est plus que discutable), mais les parallèles que l'on peut faire avec notre vie professionnelle, familiale, et intérieure.
Et dans ces optiques chercher pourquoi le mousse n'a pas fuit est interressant. Les pistes que tu donnes prennent toutes leurs dimensions et amènent à la reflexion.

03 août 2009 à 18:45:55
Réponse #12

Urdjaby


Citer
Texte "réécrit" — plutôt largement inventé — en 1971 par le scénariste Fred Perry, l'original du discours prononcé par le chef Seattle en 1854 n'ayant jamais pu être attesté. Il a été rapporté pour la première fois dans un journal par un témoin (de mémoire, plus de trente ans après...) sous une forme qui n'a que très peu en commun avec la version répandue depuis. En dehors du ton écologiste très moderne et de formulations peu crédibles et d'allusions douteuses, on y trouve des preuves factuelles de l'imposture : ainsi il n'y a jamais eu de bisons à des milliers de kilomètres à la ronde dans le futur état du Washington (extrême N-O) où a toujours vécu Seattle (au passage, lui-même catholique romain), et aucune ligne de train n'est arrivée dans l'Ouest avant 1870 (et ce, bien loin du Washington)... Cf. par exemple une discussion à ce sujet : http://www-formal.stanford.edu/jmc/progress/fake.html et aussi là : http://www.halcyon.com/arborhts/chiefsea.html (tout en anglais).

[Ces remarques ne visent pas à dévaloriser ce texte qui donne à réfléchir, mais juste à savoir d'où il vient. ]

Et bien me voila tout déçu :( je trouvais ça vraiment beau, mais peut être que le chef a dit quelque chose d'avoisinant, même si ça a été romancé lors de la réecriture, j'ai lu un autre discour du même chef, je ne l'ai pas sous la main et le posterai donc plus tard, (je ne suis pas chez moi) mais je trouve que ce texte, même s'il a été inventé est très beau et fait réfléchir, c'est enrichissant au niveau humain, et même si il a perdu de sa valeur a mes yeux, je le considère tout de même comme un texte qui doit être lu au moins une fois, par curiosité intelectuelle ^^.

Voici un autre petit texte que j'aime beaucoup, surtout n'hésitez pas a en poster de vos côté :)

Une vieille légende hindoue raconte qu’il y eut un temps ou tous les hommes étaient des dieux .Mais ils abusèrent tellement de leur divinité que brahma, décida de leur ôter le pouvoir divin et de le cacher en un endroit ou il leur serait impossible de le retrouver. Le grand problème fut donc de lui trouver une cachette.

Lorsque les dieux mineurs furent convoqués à un conseil pour résoudre ce problème, ils proposèrent ceci : « Enterrons la divinité de l’homme dans la terre ». Mais brahma répondit : » non, cela ne suffit pas car l’homme creusera et la trouvera ».

Alors les dieux répliquèrent : »Dans ce cas, jetons la divinité dans le plus profond des océans ».

Mais brahma répondit à nouveau : »Non, car tôt ou tard l’homme explorera les profondeurs de tous les océans, et il est certain qu’un jour, il la trouvera et la remontera à la surface ».

Alors les dieux mineurs conclurent : »Nous ne savons pas où la cacher car il ne semble pas exister sur terre ou dans la mer d’endroit que l’homme ne puisse atteindre un jour

Alors brahma dit : « voici ce que nous ferons de la divinité de l’homme : nous la cacherons au plus profond de lui-même, car c’est le seul endroit où il ne pensera jamais la chercher ».

Depuis ce temps-là conclut la légende, l’homme a fait le tour de la terre, il a exploré, escaladé, plongé et creusé, à la recherche de ce qui se trouve en lui….

bonne soirée ;)
Jamais la nature ne tient un language, et la sagesse un autre

03 août 2009 à 19:46:09
Réponse #13

gahús


Chance ou malchance ?

Jadis un vieil albigeois vit un jour son cheval s’échapper.  Le cheval fut considéré comme perdu.

A ses voisins qui venaient lui présenter leur sympathie, le vieil homme répondit :

_  La perte de mon cheval est certes un grand malheur. Mais qui sait si dans cette malchance ne se cache pas une chance ?

Quelques mois plus tard, le cheval revint accompagnée d’une magnifique jument. Les voisins félicitèrent l’homme, qui leur dit, impassible :

_  Est-ce une chance, ou est-ce une malchance ?

Le fils unique du vieil homme fut pris d’une véritable passion pour la jument. Il la montait très souvent et finit un jour par se casser la jambe pour de bon.

Aux condoléances des voisins, l’homme répondit, imperturbable :

_  Et si cet accident était une chance pour mon fils ?

L’année suivante les chevaliers français envahirent le pays. Tous les jeunes du village furent mobilisés et participèrent à la bataille de Muret. Aucun n’en revint. Le fils estropié du vieil homme, non mobilisable, fut le seul à échapper à l’hécatombe.

04 août 2009 à 12:06:04
Réponse #14

magiccerbere


Le dernier conte qui m'as touché...
Merci pour les votres, :doubleup:

"L’histoire du-la conteur-euse sans nom

 

Il était une fois un-e conteur-euse (les conteur-euses sont à la fois conteur et conteuse ou ni l’un ni l’une ni l’autre c’est la faute à la grammaire française où c’est toujours le masculin qui l’emporte… Mais pas cette fois !

Cette fois on dira pas « il » ni « elle » on dira « il-elle » Et pas « conteur » ni « conteuse » on dira conteur-euse Voilà ! )
Donc ce-cette conteur-euse n’avait pas de nom. Hé non…Alors, dans la « vraie vie » c’est sûr on a forcément un nom
Même que c’est tes parents qui te le donne a la naissance et c’est obligé de figurer à l’état civil et sur tes papiers après, que ça te plaise ou non, tu le portes toute la vie et tu l’écrit dans la marge de ton cahier en haut à gauche…

Mais dans le monde des histoires, c’est plus pareil, c’est pas comme dans la vraie vie, dans le monde des histoires, on choisit les noms, on choisit les noms de ses personnages les noms des lieux , les noms des dieux et les noms de toutes les créatures du monde qu’on vient d’inventer sans ça, si on donne pas de nom, y a rien qu’existe… Et puis on se donne un nom à soi-même, souvent on se casse pas la tête et on prend vite fait le nom qu’on porte dans la « vraie vie ».
Mais parfois c’est plus compliqué…Parce que la « vraie vie » n’est pas si « vraie » qu’elle en à l’air, parfois elle est truquée et puis parce que les noms c’est pas commode, ils ne sont jamais innocents, ils peuvent même être très dangereux.

Parce que non seulement les noms on toujours eut le pouvoir de faire exister des choses et des êtres qui n’existent pas, mais surtout les noms racontent des histoires, C’est ça qui est dangereux. Alors si vous me demandez qu’est-ce qu’il y a de dangereux à raconter de simples histoires
Je vous dirais que c’est parce que dans une histoire, il y a une façon de voir le monde et lorsqu’on la raconte elle se transmet à celles et ceux qui l’écoutent, exactement comme un virus et le virus des histoires est redoutable puisqu’il se propage à la vitesse de la pensée (qui comme vous le savez est encore plus rapide que la lumière)
Une seule fois suffit pour que vos convictions soient ébranlées, si elle est racontée deux ou trois fois, c’est suffisant pour que toute votre vie bascule
Si elle est racontée plus de mille fois, elle transforme TOUT sur son passage, elle peut changer vos relations avec les autres, changer votre image de vous-même, changer votre façon d’apprécier la qualité d’un instant

Et pour peu que tout le monde l’est entendu une fois, alors la petite histoire toute simple, toute bête, bouleverse la grande Histoire, celle qui s’écrit avec un grand « H » et qui donne l’impression d’être tout-e petit-e et de pas pouvoir faire grand-chose.
Parce que justement la petite histoire avec un petit « h », elle nous répète inlassablement que chacun-chacune d’entre nous a le pouvoir de TOUT changer.
Et rien que ça, ça on dirait une phrase toute faite, une phrase toute bête. Et bien pas du tout ! En fait c’est une formule magique qui si elle prononcée correctement exauce tous les vœux ! La petite histoire répète aussi souvent que tout est à sa place et que c’est nous qui voyons tout de travers.

Par exemple on voit les histoires comme des virus qui se propagent, alors qu’en « vrai » se sont des lunettes qui nous feraient voir plus net
Avouez qui faut vraiment pas avoir les yeux dans les orbites, pour confondre des virus et des lunettes. C’est comme si on confond, je sais pas moi, un sursaut de conscience avec une maladie contagieuse. On finir par croire que tout ce qui change est dangereux et pour éviter de prendre des risques on ne « rentre » plus dans les histoires.
Parce que les histoires, c’est pas simplement qu’on les écoute, ça c’est pas forcément dangereux, mais il arrive qu’on rentre dedans et ça c’est terrible
C’est pas comme de rentrer à la maison où il y a peut-être un goûter qui nous attend c’est plutôt comme de rentrer dans un lieu inconnu sans rien savoir du tout de ce qui nous attend. Et chaque nouvelle phrase de l’histoire est comme une porte derrière laquelle on ne sait pas du tout ce qui peut y avoir…

Il y a peut-être un énorme loup derrière la porte, ou un terrible dragon ou une fée farfelue ou une sorcière hirsute ou un fabuleux trésor, ou une vérité cachée ou un doute planant, on sait pas…
Quand on rentre dans une histoire, on voit plus avec ses yeux à soi, on voit avec les yeux de l’histoire. Et ça, ça change TOUT. Et oui, il faut savoir qu’une histoire ça change TOUT. On ne peut pas « rentrer » dans une histoire si on est pas prêt à changer de vision du monde Et changer de vision du monde c’est à la fois changer De monde et changer Le monde Et tout cela est bien sûr impossible sans changer soi-même.
On ne peut pas « rentrer » dans une histoire si on n'est pas prêt à TOUT changer.

Et comme les mondes dépendent essentiellement de comment ils sont perçus, et comme c’est valable pour le monde des histoires, et comme tous-tes les conteur-euses vivent dans le monde des histoires, et comme tous les noms racontent eux aussi des histoires et inventent des mondes et comme ce qui semble « vrai » ne l’est pas forcément et vice versa… On comprend mieux maintenant qu’un-e conteur-euse d’histoires puisse hésiter à se trouver un nom…


Il se trouve que le-la conteur-euse de cette histoire (l’histoire du-la conteur-euse sans nom) ne voulait pas d’un nom qui en dise long ni d’un nom qui n’évoque rien
Il-elle aimait par-dessus tout entendre et raconter des histoires et il-elle détestait le mensonge et les non-dits. C’est pourquoi il-elle parti en quête de son « vrai nom ».
Le nom que lui avait donné ses parents à la naissance n’avait rien a voir avec son « vrai nom » tout comme la vie qu’on appelle quotidienne n'a rien à voir avec la « vraie vie »… Je sais, ça paraît pas simple…

Mais il se trouve que rien n’est plus mal employé que le mot « vrai », par exemple on dira la « vraie vie » pour parler des jours ordinaires et pour ne pas la confondre avec la vie dans les histoires qui serait donc une « autre » vie, une vie moins vraie. Alors que dans les histoires la vie est plus vraie que la « vraie vie » puisqu’elles changent TOUT, La vie ordinaire elle, se répète parfois si souvent qu’on oublie ce que c’est que la Vie.
Et on est tellement parvenu à faire semblant de vivre, au lieu de vivre pour de vrai qu’on en vient à confondre le vrai du faux.
Et si par bonheur la vie ordinaire prend une tournure magique on dira que c’est un « vrai » conte de fée.

Mais si une simple histoire transforme votre vie quotidienne en conte de fée, en posant sur la vie un regard extraordinaire qui ferait de chaque instant un miracle
On ne dira pas que l’histoire est vraie, on dira qu’elle est belle…C’est tout… Et on cherchera encore désespérément la vérité ailleurs.
Mais pour notre conteur-euse c’est tout différent La vie, TOUTE LA VIE, est un événement magique des plus faramineux
La vie est l’histoire la plus incroyable de l’univers quelle que soit la façon dont on la raconte ! Même la vie « ordinaire » c’est toujours LA VIE. Et la vie c’est toujours extraordinaire ! Il y aura toujours des histoires pour la raconter, mais jamais de noms qui puissent la qualifier.
Toutes les histoires sont vraies mais tous les noms sont faux ! Voilà ce qui a poussé-e notre conteur-euse a chercher son « vrai nom », non pas dans la vraie-fausse vie de tous les jours où on distingue mal le vrai du faux, mais dans la vraie-fausse vie des histoires où un simple nom change TOUT.

Et le-la conteur-euse à cherché-e partout dans le monde des histoires. Il-elle a demandé-e à toutes les histoires quel était son « vrai nom »
Et il-elle s’est fait-e traité-e de tous les noms de la terre, plus d’autres tout à fait inattendus… Un jour c’était « Coquille Vide » le lendemain c’était « Ni Vu Ni Connu »
Quand ce n’était pas « Arbre Qui Parle » c’était « Ombre Sans Nom » Il y avait eu « Petit-Grand Rêve », « Enfant Perdu », « Source », « Océan », « Clarté »,« Soleil »,« Nébuleuse » et « Tous Les Noms De La Terre » plus d’autres tout à fait inattendus…

Tous ces jolis noms disaient vrai mais ils racontaient toujours une autre histoire que la sienne. « Je cherche mon vrai nom, celui qui raconte ma propre histoire… »
Et il-elle rentrait dans chaque histoire comme dans un miroir et cherchait à se reconnaître.
Tout au bout du conte il y avait toujours une lumière qui lui ouvrait les yeux mais cette lumière n’avait pas de nom.

Alors le-la conteur-euse interrogea ses propres histoires les plus intimes, celles qui font semblant de dormir en silence depuis qu’elles sont nées mais qui sont toujours là, bien présentes dans tout ce qu’on raconte.
Et ces propres histoires les plus intimes racontaient toute la même chose :
« Il n’y a rien qui t’appartienne en propre ! Ni choses, ni qualités, ni nom, ni histoire…
Ton vrai nom n’existe pas ! Nous sommes toutes libres et toi aussi tu es libre :  Tu peux te raconter ce que tu veux, tu sera toujours plus vaste que tout ce que tu crois pouvoir être. Nous savons que tu as encore besoin d’histoire et toi, tu sais que tu n’as plus besoin de nom. »

Alors le-la conteur-euse devint comme la lumière tout au bout du conte, c'est-à-dire sans nom. Je me dois de préciser, puisque c’est « moi » qui raconte cette histoire et que « moi » non plus je n’ai pas de nom, que d’être sans nom n’est pas de tout repos.


On veut mettre un nom sur l’histoire, on veut mettre un visage sur ce nom puis un masque sur ce visage et enfin donner un prix à ce masque.
Mais l’histoire ne joue pas la comédie. L’histoire est ce qu’elle est, elle n’en dit pas plus. On veut toujours la rendre plus bavarde lui faire dire ce qu’elle n’a pas dit. Alors on l’étudie, on la décortique, on cherche à la comprendre et finalement on oublie de rentrer dedans et de changer sa façon de voir le monde et de tout changer avec elle … "
"J'ai la nostalgie d'une de ces vieilles routes sinueuses et inhabitées qui mènent hors des villes... une route qui conduise aux confins de la terre... où l'esprit est libre..." H.D Thoreau

05 août 2009 à 13:25:26
Réponse #15

Urdjaby


Merci beaucoup magiccerbere, j'aime beaucoup :), c'est bien trouvé :).
Surtout si vous en avez d'autre n'hésitez pas :)

bonne journée
Jamais la nature ne tient un language, et la sagesse un autre

05 août 2009 à 14:20:09
Réponse #16

Aïki


Une petite citation d'un récit initiatique en 2 volumes que j'aime beaucoup: O tsurugi l'épée reine

On a trop bien dressé les hommes à craindre la liberté, et celle-ci, comme l'amour, leur font plus peur que toutes les guerres ou pestes du monde. Regarde cette misère: pas un ne songe à montrer le monde à ses filles ou fils comme il l'aurait voulu pour lui-même. Tous répètent en leur enfants ce qu'ils détestent le plus pour eux-même, créant copie de leur malheur dans le futur de leur progéniture.
Luc
jabber/gtalk lbo@jabber.belnet.be

 


Keep in mind

Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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