Dans la perspective tracée par
Neurocombat, de récents travaux dans le domaine des neurosciences fonctionnelles permettent d'éclairer d'un jour nouveau des enseignements fondamentaux des arts martiaux traditionnels.
Le «sens de l'effort» - un sixième sens
C'est en Europe, au XIXe siècle, qu'apparaît l'idée d'un sens interne permettant de percevoir la force musculaire volontaire indépendamment de la contraction musculaire elle-même.
Un axe de recherche étudiant le fonctionnement et les bases cérébrales de ce que
Maine de Biran nommera «sens de l'effort», se développe jusqu'à nos jours.
Ces dernières années, plusieurs expériences concluantes ont permis de démontrer l'existence de ce «sens de l'effort» ;
ce sens précède le mouvement et permet de s'informer sur celui-ci par anticipation, car l'activité neuronale qui provoque - et donc précède - la contraction musculaire, est celle-là même qui engendre la sensation d'effort.
La quantité d'effort fournie peut ainsi être perçue et utilisée pour moduler l'intensité de la commande
avant que le mouvement ne démarre...
Les bases cérébrales du «sens de l'effort»
> Lors de la réalisation d'un acte moteur volontaire, le cortex préfrontal s'active : c'est là que le but de l'action est représenté en cohérence avec les états émotionnels et motivationnels.
> Le signal est ensuite transmis à l'AMS - l'Aire Motrice Supplémentaire, une zone connue pour son implication dans le contrôle prédictif de l'action : c'est la première zone de transformation des idées en actions.
> L'AMS envoie ses ordres au cortex moteur primaire M1 où les muscles à contracter sont sélectionnés.
> Le signal suit ensuite deux circuits distincts :
1. L'AMS envoie une copie de la commande motrice émanant du cortex moteur («copie d'efférence») au cortex pariétal inférieur qui simule par anticipation les caractéristiques des sorties motrices ;
cette représentation des mouvements à accomplir est à l'origine des sensations d'effort qui précèdent le mouvement.
2. Les neurones en partance de M1 transmettent le signal aux motoneurones qui descendent le long de la moelle épinière et qui activent les muscles et déclenchent le mouvement.
> Enfin pour que l'effort soit pleinement perçu comme «effort moteur», les signaux en partance du cerveau et les signaux nerveux remontants doivent fusionner.
Cette fusion s'opère dès le début du mouvement au sein des ganglions de la base, un ensemble de structures nerveuses situées sous le cortex et avec lequel elles forment des boucles fonctionnelles impliquées dans différentes fonctions cognitives et sensorimotrices.
«Sens de l'effort» et conscience de soi
«Le moi se structure autour de la sensation d'effort volontaire.
Sans sentiment d'effort l'individu ne connaîtrait rien, ne soupçonnerait aucune existence... Il n'aurait même pas d'idée de la sienne propre»
Maine de Biran, 1805,
Mémoire sur la décomposition de la pensée (tomeIII)Les dernières avancées tendent à montrer que la conscience de soi ne peut se passer de l'expérience subjective de l'effort.
Sans expérience subjective de l'effort, point de conscience de soi...
Ainsi certains troubles - schizophrénie notamment - devraient pouvoir être traités en améliorant la stabilité comportementale du réseau cérébral de l'effort.
«Sens de l'effort», structuration de la personne et arts-martiaux
Dans les arts martiaux traditionnels chinois, l'intention «Yi» - ce qui est en action dans le coeur - doit précéder le mouvement de boxe : l'intention active la forme extérieure.
On retrouve cette composante dans de nombreux arts-martiaux traditionnels ; et elle est aussi à mettre en relation avec les stratégies de motivation et de conditionnement proposées dans Neurocombat.
Les arts martiaux traditionnels, au delà des simples techniques martiales sont de véritables méthodes de développement personnel.
Développement basé sur ce «sens de l'effort» structurant - que l'on peut retrouver par extension dans toutes les pratiques sportives ;
Les pratiques de type self-défense et self-protection peuvent également être structurantes pour l'individu même si la plupart du temps cet apport n'est que peu voire pas du tout évoqué...
Pour en savoir plus :
Gilles Lafargue - Quelques apports de la neuropsychologie à la compréhension de l’action :
http://eugrafal.free.fr/Neuropsychologie-L3-2009.pdfGilles Lafargue - La face cachée de l’action : son rôle dans le contrôle et la compréhension du comportement :
http://eugrafal.free.fr/ISRP.pdfCONSCIENCE & ACTION :
http://conscience.risc.cnrs.fr/conscience_2007/actes.htmDr Marc-Williams Debono - La Plasticité Motrice : Nouvelles Perspectives :
http://www.ceops.net/artciles2006/CEOPS2006MWD.pdfA specific role for efferent information in self-recognition :
http://citeseerx.ist.psu.edu/viewdoc/download?doi=10.1.1.129.1431&rep=rep1&type=pdfAttention to Intention :
http://www.fil.ion.ucl.ac.uk/~hclau/Lau_2004_Science.pdfThe Where and When of Intention :
http://neuro.bcm.edu/eagleman/papers/EaglemanSciencePerspective2004.pdfSense of muscular effort and somesthetic afferent information in humans :
http://www.shadmehrlab.org/Reprints/Sanes_Shadmehr_CJPP_95.pdfCentral and peripheral mediation of human force sensation following eccentric or concentric contractions :
http://jp.physoc.org/cgi/content/full/539/3/913http://deafferented.apinc.org/deafferent.htmhttp://deafferented.apinc.org/biblio.htm