Je vous fais suivre un e-mail que m'a envoyé ma cousine de Guyane pour que je le diffuse autour de moi :
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Lettre de Pascal Vaillant au médiateur de l'information de France 2
>
> A diffuser largement pour que, on l'espère, quelqu'un finisse par nous entendre... Merci
>
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>
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> Chers amis,
>
> J'envoie cette lettre aujourd'hui au médiateur de l'information de France 2
> (sans grand espoir qu'elle sera lue).
>
> En revanche, n'hésitez pas à la diffuser autour de vous ... simplement pour
> informer les gens sur un problème bien réel, bien que « sous-documenté ».
>
> Amicalement,
>
> Pascal Vaillant
>
> De : Pascal Vaillant (Montjoly, Guyane Française)
> À : Christian-Marie Monnot, médiateur de l'information pour France 2
>
> M. le médiateur,
>
> Je vis en Guyane Française, département français d'outre-mer de 200 000 habitants,
> qui occupe une surface équivalente à celle du Portugal
> sur le continent sud-américain (au nord du Brésil).
>
> Nous sommes aujourd'hui le dimanche 30 novembre 2008. Depuis le lundi
> 25 novembre, des barrages placés sur tous les carrefours névralgiques
> du réseau routier empêchent toute circulation dans ma région. Ces
> barrages sont le résultat d'un mouvement de protestation contre le
> niveau trop élevé du prix de l'essence (50% plus élevé qu'en France
> métropolitaine).
>
> En outre, depuis hier, plus aucun bateau ni avion (sauf avions
> militaires) ne circule entre la Guyane et le reste du monde, suite au
> blocage du port et de l'aéroport.
>
> Je vous demande, M. le médiateur, de vous représenter les conséquences
> d'une telle situation de blocage.
>
> La région est complètement paralysée depuis une semaine, avec
> impossibilité de se déplacer d'un point à un autre autrement qu'à pied
> ou en bicyclette. Tous les établissements d'enseignement (des écoles
> à l'université) sont fermés depuis mercredi. Les magasins
> d'alimentation n'ouvrent plus en moyenne que deux heures par jour, le
> matin, et en sont réduits de toute façon à écouler leurs stocks
> (n'étant plus approvisionnés en produits frais, ni d'importation ni du
> marché local).
>
> Presque plus personne ne peut se rendre à son travail, et la vie
> économique est donc entièrement au point mort (le MEDEF Guyane a
> estimé à 13 millions d'euros par jour les pertes pour l'économie
> locale). Certaines personnes nécessitant des soins à domicile n'ont
> pu recevoir les visites nécessaires de leur infirmière libérale. Dans
> les hôpitaux et les centres de soins, on craint de manquer de
> médicaments périssables (les médicaments ne pouvant être gardés plus
> de quelques jours, comme ceux utilisés pour les trithérapies) ... une
> réquisition des dockers a permis de décharger un conteneur de ce type
> de médicaments du dernier navire de commerce encore à quai, et les
> manifestants ont laissé le camion de l'hôpital passer au barrage ;
> mais pour l'avenir, on ne peut qu'espérer que la solution du
> ravitaillement par avions cargo militaires pourra fonctionner. Et on
> prie pour que personne n'ait besoin d'une évacuation sanitaire
> d'urgence vers les hôpitaux mieux équipés des Antilles ou de France
> métropolitaine.
>
> L'électricité produite en Guyane dépend encore, pour un quart, de
> centrales thermiques, fonctionnant avec des turbines diesel. N'ayant
> pas d'autre ressource que de fonctionner à présent sur ses stocks de
> carburant, EDF Guyane en est réduit à espérer que la situation ne
> durera pas plus de quelques jours, faute de quoi l'électricité viendra
> à manquer aussi à certains endroits ...
>
> Au cours de certaines des nuits de la semaine qui vient de s'écouler,
> malgré la bonne conduite générale du mouvement - qui bénéficie d'une
> solidarité de principe d'une grande partie de la population - des
> débordements ont eu lieu dans des quartiers sensibles des deux grandes
> villes que sont Kourou et Cayenne. Il y a eu des incendies de
> mobilier urbain, des affrontements avec les forces de l'ordre. À
> Kourou, des commerçants ont été agressés par des pillards.
>
> Tout ce que je vous décris, M. le médiateur, se passe en ce moment,
> dans un département français.
>
> Or lorsque nous, Guyanais, parlons de cette situation avec des amis
> qui habitent en France métropolitaine, ils ont du mal à nous
> croire. Leur réaction est en effet de penser que ce n'est pas
> possible, car SI C'ÉTAIT SI GRAVE, ON EN PARLERAIT. Et c'est à ce
> sujet, M. le médiateur, que je souhaite vous interpeller : c'est
> effectivement grave, et ON N'EN PARLE PAS.
>
> Nous avons le malheur supplémentaire, en Guyane, dans la paralysie
> générale, d'avoir encore la possibilité d'entendre et de regarder les
> médias nationaux, et de constater avec ébahissement que nous n'y
> existons pas.
>
> Au journal de France 2 hier soir, un sujet d'une quinzaine de secondes
> a fait état de perturbations liées à des protestations contre le prix
> de l'essence en Guyane, et des conséquences que ces perturbations
> avaient sur le calendrier du prochain lancement de la fusée Ariane
> depuis le Centre Spatial Guyanais.
>
> Au journal national de France 3, un sujet d'une dizaine de secondes a
> également montré quelques manifestants avec des banderoles, et le
> présentateur a précisé que « toute l'île » était paralysée par ces
> troubles (notez que le niveau d'information sur la Guyane consiste à
> penser qu'il s'agit d'une île).
>
> Au cours d'un flash d'information de France Inter que j'ai eu
> l'occasion d'entendre (je sais que vous n'avez pas titre à me répondre
> en ce qui concerne France Inter, mais je souhaite vous le mentionner
> pour que vous mesuriez le décalage surréaliste dont il témoigne),
> celui de samedi 16h, il y avait un reportage de plusieurs dizaines de
> secondes sur une manifestation de motards qui bloquait le Pont-Neuf à
> Toulouse, et pas une seule mention de la Guyane. Imaginez
> l'ahurissement d'un citoyen du département français de la Guyane, qui
> est bloqué par des barrages, qui cherche un magasin ouvert pour
> acheter une boîte de lait pour bébé, et qui écoute les informations de
> France Inter à la radio, où il apprend que des motards bloquent le
> Pont-Neuf à Toulouse (et c'est tout pour l'information aujourd'hui).
>
> Si vous relisez la description que je vous ai faite de la situation
> actuelle, avérée, en Guyane, je pense que vous ne pourrez pas vous
> empêcher d'être frappé par le décalage de traitement de
> l'information. Un département français de 200 000 habitants est
> complètement paralysé, et on en parle moins que des retards de
> l'Eurostar Londres-Paris. J'ai du mal à imaginer que ce traitement
> serait comparable s'il s'agissait d'un département français plus
> proche de la capitale. Imaginez la Corse, ou la Corrèze (populations
> comparables à celle de la Guyane) bloquée, coupée du monde, avec des
> débuts de troubles à l'ordre public et des difficultés de
> ravitaillement des ménages ... pouvez-vous concevoir qu'il n'en serait
> pas fait mention dans les journaux ? C'est pourtant très exactement ce
> qui est en train de se passer en ce qui concerne la Guyane.
>
> Le plus étonnant dans ce silence sur les événements qui touchent ma
> région est que l'information n'est absolument pas cachée. Des
> dépêches AFP rapportent régulièrement la situation (cf. un fil de
> dépêches triées sur
http://www.rfo.fr/depeches.php3). Les journaux
> télé et radio de RFO Guyane, autre branche du service public de France
> Télévisions, sont accessibles en direct et en différé sur le site
> internet de cette station. Les images de RFO Guyane sont accessibles
> aux autres chaînes de France Télévisions. De nombreux sites internet
> locaux, qui relaient une information venant de la base (citons
> notamment
http://www.blada.com et
http://www.97320.com, sites que les
> internautes alimentent en témoignages directs du terrain), sont
> parfaitement accessibles et fonctionnent en ce moment à plein régime.
>
> Je vous écris donc pour vous sensibiliser à ce décalage surprenant en
> termes de traitement de l'information, qui me paraît personnellement
> tout à fait incompréhensible. Je souhaiterais que vous, dans votre
> rôle de médiateur, puissiez obtenir de la rédaction de France 2
> qu'elle reconnaisse que le traitement de l'information sur la
> situation en Guyane est en effet incroyablement insuffisant, et
> qu'elle remédie à cette situation. La question n'est pas anodine pour
> nous, car le manque d'information sur notre situation dans les médias
> nationaux peut parfaitement contribuer à la lenteur de la solution de
> la crise.
>
> Si en revanche la rédaction de France 2 considère qu'elle est bien
> suffisamment informée, et que le traitement donné à la situation en
> Guyane est tout à fait normal, tant quantitativement (une poignée de
> secondes au JT), que qualitativement (l'ensemble de la situation que
> je vous ai décrite résumée à un report de tir de fusée, événement en
> soi assez commun), alors j'aimerais vraiment en comprendre la
> justification. Je n'y peux, dans mes réflexions actuelles, n'en
> imaginer que deux causes possibles auxquelles je souhaite ne pas
> croire. La première est qu'un département français situé loin de la
> métropole n'a pas exactement le même statut, au niveau de l'importance
> à lui accorder, qu'un autre département français ; vous comprendriez
> bien sûr que si c'était le cas, cela ne pourrait être interprété de
> notre part, habitants de la Guyane, que comme une forme de
> discrimination scandaleuse. La seconde est qu'on ne veuille pas
> montrer aux habitants de France métropolitaine qu'on peut vraiment
> tout bloquer quand les choses vont mal ... de peur que cela ne leur
> donne des idées.
>
> En vous remerciant de l'intérêt que vous voudrez bien porter à mon
> courrier, je vous prie de croire, M. le médiateur, en l'assurance de
> ma très grande considération.
>
> Pascal Vaillant Montjoly, Guyane