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Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: Le mental - par l'entraînement sur le terrain, la pratique et l'expérience  (Lu 3387 fois)

14 octobre 2008 à 17:44:18
Lu 3387 fois

Bison


Bonjour à tous,

Suite à l’invitation du Manitou himself dans « Et l'état d'esprit dans tout cela» je lance donc un post dédié au développement – par l’expérience pratique – du mental "qui va bien" en matière de survie.

Citation de: Bison
Mon avis de vieux père de famille ...

Le mental, la volonté de se battre ... cela ne s'apprend pas en théorie (pas par la lecture, pas par la discussion ...).
Il y a une part d'inné, et une part d'expérience pratique.

On ne peut agir que sur la partie qui vient de l'expérience de la vie, de l'entraînement ... Et cette "expérience", elle peut se construire.

Alors, comment "construire" cette expérience, en pratique?
Comment renforcer l'inné?
Comment pallier à un "inné" faiblard en matière d'esprit de survie?
Ça m'intéresse ... pour mes 8 petits enfants!
David m'a donc pris au mot ...
Citation de: Manitou
En bé Bison, lance un fil sur le sujet, si tu veux 
Ca sera super intéressant !
David

Piégé le Bison! J'ai un peu cogité ... et je lance donc la discussion par une première interrogation. Afin que nous parlions bien de la même chose, par la suite.

1. Mais qu’est-ce donc que « le mental qui va bien » ?  (En matière de survie …)  

Définition provisoire :  ce sera l’état d’esprit (mindset) qui fera surface en cas de situation « de survie » et qui nous permettra d’exploiter au mieux nos chances de nous en tirer au meilleur compte.

Cet état d’esprit est celui doit se manifester
- automatiquement, ou presque …
- en situation crade réelle … pas quand on est assis pépère devant un ordi.

Il y a deux types de situations « crades » :  celle où l’on peut encore "redresser la barre" par un comportement bien choisi (on peut encore sauver les meubles), et celle où la catastrophe n'a pas été  évitée et où l'on se trouve dans la mouise pour de bon (on est à la rue).

Peut-on dessiner les contours de cet état d’esprit « idéal » en matière de survie ?
Je vois quelques éléments qui méritent que l’on s’y attarde. Les vrais survivors pourront en rajouter … En vrac :

 - je garde mon sang-froid (je ne me laisse pas "impressionner" par les circonstances, par l'inconfort ou la douleur, je sais établir les priorités)
 - je me donne le temps de réfléchir et d’analyser la situation – si les circonstances le permettent.
 - je pense à être créatif (imaginatif) dans la recherche de solution de secours, je pense à « feinter » …
 - Je pense à prendre l’avis des autres, à donner le mien
 - je ne redoute pas de décider, pour moi et pour les autres
 - je sais mettre mon égo au vestiaire :  la manière de survivre importe peu, c’est le résultat qui compte !
 - je sais « mordre sur ma chique » (pactiser, fuir, souffrir ...
 - je sais prendre les risques nécessaires
 - je sais chasser de mon esprit les pensées pessimistes ou "improductives"
 - je ne m’avoue jamais vaincu (orgueil, courage, optimisme) :  « tant qu’il y a vie, il y a espoir », "on n'est jamais à l'abri d'un coup de bol"
 - Je ne pense jamais « c’est foutu »
 - Et d’autres caractéristiques encore de l’état d’esprit « qui fait la différence » ?

Que chacun apporte sa petite pierre, on fera le tri, on reformulera … Il y aura peut-être des particularités propres à la survie urbaine et d’autres propres à la survie dans la nature.

Rien n'empèche cependant d'aborder directement le vif du sujet :
 
2. Comment s’entraîner, comment entraîner les autres, éduquer les enfants ?

S’entrainer, éduquer … pour que le moment de vérité venu, le « bon » mental vienne aussi.

Par le « cadrage » même de ce fil, il ne s’agit pas d’un entraînement d’essence « psychologique ». Il s’agit d’un entraînement, d’une éducation par la pratique et par le vécu.

Et pour commencer, est-ce possible ?

À mon humble avis, oui … mais on peut rarement évaluer le degré de réussite de la démarche !
Les militaires, en tous cas, doivent en savoir long !

Il me semble que l'on peut "entraîner" le mental, comme on entraîne le physique. Les deux étant même assez liés. Mens sana in corpore sano ...

Quelques pistes pour l’entraînement du « mental » ?
En vrac, et non limitatif :
 - Les différentes accoutumances … qui aident à garder l’esprit libre face à des conditions inconfortables, des circonstances peu rassurantes (voire terrifiantes), face encore aux mauvaises surprises ;
 - Le développement de la résistance physique … à la fatigue, à la douleur - pour les même raisons ; …
 - la « gestion » (l’expérience) des situations d’échec … parce qu’une situation de survie est déjà une situation ou quelque chose a méchamment foiré ;  la première solution retenue pour s’en sortir sera peut-être un échec, et il faudra encore se relever ...
 - l’entraînement à la recherche de solutions dites créatives :  c’est en réalité un "état d'esprit" dans lequel il faut "basculer ; s’entraîner donc à basculer dans cet état d’esprit quand la bonne solution ne saute pas aux yeux.
 - l'habitude à prendre de prévoir, préparer, imaginer des solutions de secours ; le « brainstorming » en étude de cas, de préférence sur le terrain.
 - l’entraînement à la prise de décision, avec « renforcement » en situation ;  les décisions ou arbres de décision tout décidés à l’avance ;
 - le développement de la « combativité » (n’ayons pas peur des mots, et ne confondons pas avec l’agressivité) notamment par la pratique sportive des arts martiaux (excellentissime pour les enfants).
 -   
 - etc.

On le voit, les pistes évoquées ci-dessus pour développer et renforcer le mental par l’expérience pratique sont souvent associées à l'entraînement et à l’acquisition même des compétences techniques. Elles accompagnent aussi la mise en situation, la pratique même de la rando et des activités sportives ...

On cite volontiers le classement des facteurs importants pour la survie :  Mental, Condition physique, Compétences Techniques. Il faut bien reconnaître que la condition physique influence le mental, de même que les compétences acquises …

Alors? Rien que du blabla, finalement?
Non … Une prise de conscience.
Qui devrait déboucher sur quelque chose de pratique !

3. Un exemple :  la marche à la boussole …

C'est assurément une technique utile dans certaines circonstances de survie. Donc à apprendre et à pratiquer. Sa maîtrise aura un effet indirect positif sur le mental de crise (avoir confiance dans la direction suivie, ne pas paniquer à l'idée de tourner en rond ...)

Mais, considérons maintenant l'exercice de marche à la boussole de nuit et / ou par brouillard épais : 
- ce sera juste un "renforcement" de la technique, pour les individus non claustrophobes et peu impressionnables ;
- mais ce sera un « booster » très direct - au niveau du mental de crise - au moins pour certaines personnes susceptibles d'angoisser en ces circonstances. Pour ces personnes, il y aura deux problèmes à gérer :  un problème de "mental" et un problème technique. S’ils y arrivent :  augmentation de leur confiance en eux-mêmes. S’ils n’y arrivent pas, ou difficilement :  mise en lumière d’un point faible au niveau « mental », point faible dont on peut atténuer la gravité avec un entraînement spécifique.

D'un point de vue pratique, on aura donc profité d’un exercice en technique d'orientation pour détecter une faiblesse en "mental de crise", et y remédier le cas échéant.

Mais quelle « remédiation » pour une angoisse dans le noir et dans le brouillard ?
J’ai quelques idées et vous en avez certainement quelques-unes aussi.

C’est cela le but de ce post :  que chacun apporte ses idées …

Que chacun donne son avis sur la définition ou les contours d’un bon « mental de survie ».
Que chacun réfléchisse aux pistes de renforcement, remédiation ...
Que chacun fasse profiter les autres de son expérience …

Il en sortira certainement pas mal de trucs et astuces très utilisables, et je vous en remercie par avance.

Bison retraité.
Un enfant qu'a pas une paire de bottes, une canne à pêche et un lance-pierre, c'est pas un vrai. (A. Gavalda)

14 octobre 2008 à 17:59:19
Réponse #1

lambda


T as ouverts de superbes pistes de reflexions, bison.  :doubleup:

Juste une petite contribution, dans le cadre de la vie/survie en milieu naturel. je reste dans un contexte de situation merdique non "instantanee", donc quelque chose comme se perdre en rando, devoir survivre seul a des conditions meteo de m*rde, atteindre ou attendre dans les meilleures conditions possibles des secours en cas d accident (jambe cassee...).

Pour moi, "l esprit de survie", c est (en reprenant tes idees) en partie:
- savoir ne pas confondre la volonte/combativite avec l orgeuil/entetement, a savoir: accepter de reculer devant une situation ou il est evident que le taux d emmerde va grimper en fleche si on continue dans cette voie.
- une fois qu on a accepte de reculer pour se preserver, a partir de la, c est trouver des solutions de rechanges et rester volontaire et combatif pour trouver ces solutions...
- et pour trouver ces solutions de rechanges, c est ne pas paniquer pour ne pas perdre ces moyens intellectuels...

C est loin d etre exhaustif, mais ce sont des elements importants pour moi, que j essaie de ne jamais oublier...


a+,
Lambda
"I want to live in a society where people are intoxicated with the joy of making things." William S. Coperthwaite

14 octobre 2008 à 18:44:57
Réponse #2

** Mathieu **


Excellent Post Bison  :doubleup:

J'aurais peut-être des choses à ajouter sur le mental-training par la suite ;
c'est un objet de discussion actuellement au CEETS...

On parle de ce que pourrait amener de positif, à l'enseignement des techniques de survie, des pratiques comme les ancrages, l'auto-hypnose, etc.
Les applications sont larges et pourront peut-être déboucher sur la mise au point de process adaptés aux tecniques de survie et à la prévention des risques...

@+ :)


14 octobre 2008 à 20:03:35
Réponse #3

Bison


J'ai un peu survolé votre discussion au ceets ...
Malheureusement c'est un domaine (un vocabulaire?) que je maîtrise très peu - euphémisme - et je ne dois pas être le seul ...

Par contre, j'espère bien qu'ici sur le forum, de nombreux membres  n'hésiteront pas à apporter leur grain de sel, arômatisé au bon sens et à l'expérience de la vie.

Et, selon toute vraisemblence, les deux approches finiront pas se rejoindre. ;)
Un enfant qu'a pas une paire de bottes, une canne à pêche et un lance-pierre, c'est pas un vrai. (A. Gavalda)

14 octobre 2008 à 22:02:40
Réponse #4

Bison


Citation de: Lambda
T as ouverts de superbes pistes de reflexions, bison. 

Merci. :)

Dans mon domaine (aéronautique), j'ai beaucoup enseigné les techniques de survie "par l'exercice".

Le plus souvent, il s'agissait de techniques d'application immédiate, sans droit à l'erreur. L'important étant alors de faire en sorte que le pilote ne soit même pas "émotionné" ... afin qu'il puisse identifier correctement le problème et réagir correctement, sans délai ... mais aussi sans précipitation funeste!

Quitte à virer les élèves trop émotifs, les irrécupérables.

Mais beaucoup d'émotifs "normaux" étaient cependant récupérables, souvent en reprenant l'entraînement par le bon bout. J'ai adoré récupérer ainsi des gens de valeur.

Et puis, on a eu des simulateurs de vol sophistiqués, et on a commencé à entrainer les gens à éviter de se mettre dans des situations inextricables ...

On a fait de son mieux, là. A coup de "scénario", où l'on glisse des peaux de bananes sous les pieds des équipages, alors que tout semble baigner ... Un bon instructeur, aujourd'hui, est celui qui réussit à mettre la pression, progressivement, au cours d'un vol de routine (au simu), et à faire en sorte que l'équipage en entraînement soit plus expérimenté à la fin de la séance qu'au début. Qu'il ait bien réagi, ou qu'il ait craqué ...

Je crois que ce principe du scénario est super didactique. Certainement applicable à la rando ...

Exemple?

On part pour une petite virée, retour prévu en fin de journée.
"On" s'arrange pour perdre du temps.
Un participant (ou le moniteur lui-même) se casse la cheville (simulé), loin de tout. Re-perte de temps ... et pas mal de problèmes pratiques à résoudre. Le GSM ne passe pas (pour de vrai, parce que l'on a bien choisi l'endroit). Le blessé est porté sur un brancard de fortune. On n'avance pas vite, mais on n'est pas encore en vraie situation de survie.

Le soir tombe, il commence à pleuvoir (pour de vrai).
On peut tenter un raccourci, en marchant à la boussole, à travers la forêt. Mais si on a bien préparé le scénario, ce sera bientôt à travers de la forêt très difficile, de plus en plus impénétrable ...
On se retrouve donc bloqué au milieu de nulle part, le blessé souffre, sa jambe est violacée, il a froid ... Les autres participants ne sont plus en très grande forme non plus ...

Les choses deviennent plus sérieuses. Il y a des décisions à prendre ... des décisions critiques ... A moins qu'une solution simple et intelligente ne soit disponible, que l'on aurait oubliée? (Comme de réessayer le GSM ...)

Voilà ... si le blessé a su jouer la comédie de manière crédible, le groupe est complètement en situation. Et même si le blessé a fait semblant "sans le cacher", le groupe se trouve quand même dans un contexte plus réaliste qu'en discutant de tout cela devant un ordi ...

Il y aura peut être des membres rendus amorphes par la fatigue et l'accumulation de déboires. Il y aura peut-être une ou deux personnes prêtes à faire n'importe quoi sans réfléchir ... Une excellente occasion de se livrer à un exercice de prise de décision, ou de recherche d'une solution originale ...

Que l'exercice se termine à minuit, ou le lendemain à midi ... celui qui aura vécu ce genre de scénario sera bien mieux armé - mentalement -  le jour où une mésaventure semblable arrivera pour de bon.

Clairement, je pense que David, lors de ses stages de survie, doit bien réussir à placer les stagiaires "en situation".  Et loin de moi l'idée de "ré-inventer" les stages de survie ...

Mais je veux montrer que, indépendemment de l'aspect technique - immobiliser une fracture, fabriquer un brancard, marcher à la boussole, toutes techniques supposées acquises dans le scénario précité - on peut axer un entraînement vraiment sur une "expérience" d'esprit de survie.

Des scénarios? Complets ou partiels?

PS : 
Citation de: Lambda
- savoir ne pas confondre la volonte/combativite avec l orgeuil/entetement, a savoir: accepter de reculer devant une situation ou il est evident que le taux d emmerde va grimper en fleche si on continue dans cette voie.

J'aime bien l'expression :  "le taux d'emmerde va grimper en flèche" :)
En aviation, on a une maxime : "Le demi-tour est la maneuvre la plus sûre au monde".

En fait, on a chacun intérêt à avoir comme cela quelque préceptes bien sentis, dans un langage qui nous parle tout franc ...
"Mais qu'est-ce que je ferais, si j'étais moins c*n?" - j'aime bien aussi, pour moi!
Un enfant qu'a pas une paire de bottes, une canne à pêche et un lance-pierre, c'est pas un vrai. (A. Gavalda)

14 octobre 2008 à 22:39:36
Réponse #5

DavidManise


Salut :)

Je dois dire que j'ai pas grand chose à ajouter...  :)

Un bon mental de survie c'est quoi ?

En très raccourci, c'est un mental capable de s'adapter vite à un stress énorme, dans des conditions TRES merdiques, et dans un état d'épuisement important.

(L'armée ne fabrique pas vraiment cela.  Elle le SELECTIONNE.  Nuance !)

On a donc quelques facteurs déterminants, qui sont à cheval entre le physique et le psychologique.  Concrètement j'ai de plus en plus de mal à séparer les deux, mais bon :

1) capacité d'adaptation (vite redevenir pertinent dans ses comportements quand l'environnement change radicalement)
2) résistance au stress (c'est presque la même chose en fait...)
3) résistance à la fatigue (bonne condition physique, bonne gestion de l'effort, etc.)

C'est, grosso merdo, des caractéristiques que nous pouvons observer quotidiennement chez des gens qui font face à des évènements ou des situations très stressantes ou anxiogènes.  Il y a deux qui retombent vite sur leurs pattes, et les autres... 

Quels facteurs sont déterminants dans notre performance pour ces trois choses ?

1) pour la capacité d'adaptation, on peut tricher en s'entraînant...  pour moi, "spécialiste" de la survie, ce n'est pas stressant de devoir dormir dehors sans matos.  Ca ne sollicite pas trop mes capacités d'adaptation.  Le but de mes stages niveau 1, c'est de donner aux gens des outils pour qu'une situation de survie ne soit pas une inconnue totale qui sollicite trop leurs capacités d'adaptation, justement.  Au niveau 2, on vit une situation de survie "idéale" : on a le matos minimal, on est prévenus, on est en bonne santé...  on voit qu'on peut gérer ça.  Au niveau 3 ben...  heheh...  ca se corsouille un petit peu.  Chaque étape est une marche.  Quand on avance vers une marche, on peut réussir à la franchir, ou on peut se péter le nez dessus.  Si on propose une marche trop haute à quelqu'un, on lui fait PERDRE de la confiance et on le blesse psychologiquement...  et il/elle mettra parfois des années à s'en remettre réellement, à pouvoir recommencer et réussir la marche.  Si on propose une marche trop facile à quelqu'un...  on le fait s'élever un peu, et perdre un peu son temps.  Il faut adapter la marche à l'individu.  Lui faire vivre des difficultés qu'il réussira à surmonter.

C'est là que l'entraînement et la réalité se séparent.  L'entraînement, c'est cadré.  Ca sert à faire progresser.  C'est bienveillant.  La réalité par contre n'en a rien à branler...  c'est comme c'est, et on se dém*rde.  Donc c'est pas mal d'élever autant que possible son niveau global de préparation...  mais aussi de voir le point suivant, la résistance au stress.

2) la résistance au stress, c'est d'être capable de tenir, de fonctionner pas trop trop mal AVANT d'avoir réussi à s'adapter à une situation donnée.  Pendant le laps de temps où on se sent mal et où c'est la m*rde.  Pendant la douleur.  Dans l'anxiété.  Avec la peur au tripes...  en gros c'est d'être capable de ne pas être complètement submergé par les hormones de stress, et de fonctionner AVEC.  DEDANS.  Quand la vague d'émotions, de peur ou de douleur monte, on perd pied et on nage, ou alors on se noie...  vaut mieux nager.  On perd un peu le contrôle, mais on survit.  La seule manière, à mon humble avis, de se préparer à ça, c'est déjà d'être bien dans sa tête à la base...  d'avoir un niveau de stress et de mal être le plus faible possible en temps normal.  Ensuite, c'est d'avoir l'habitude des situations stressantes.  De savoir comment on réagit, comment on est, comment on vit le stress et l'après-stress.  De développer ses propres petits trucs anti-stress...  Pour le reste, un peu d'humour et un certain détachement par rapport à la préciosité de ses bouts de corps et de sa longévité aident bien à avoir un peu de recul dans les pires moments.  C'est glauque mais ça aide.  Je me rappellerai toujours de mon oncle, en phase terminale d'un cancer, qui buvait une bière avec ses potes et qui disait "bon si jamais je crève là vous mettrez la carcasse au compost hein...  et hésitez pas à découper si c'est trop lourd à transporter"...  Ca foutait tout le monde un peu mal à l'aise, pour le coup, mais lui il était assez cool avec tout ça.  Il était prêt à abandonner le vaisseau, et de facto il a assez bien vécu ses derniers moments.  Qu'on puisse éviter la mort ou pas, d'avoir un peu de recul permet de faire baisser le niveau de stress...  et donc d'éviter l'effet chimpanzé (http://www.davidmanise.com/textes/effet_chimpanze.php).

3) La résistance à la fatigue...  ben elle dépend de la santé générale et de la condition physique, et de notre capacité à gérer l'effort...  plus de notre discipline pour ce qui est de se nourrir, de faire des micro-siestes dès qu'on peut, etc.  Là, pas de miracle, ça se prépare à l'avance.

Sinon un trait déterminant sous-tend tout ce bordel : l'envie de vivre.

Pas la peur de la mort hein.  J'ai bien dit l'envie de vivre.  La motivation totale à rester en vie peu importe ce que ça coûtera comme effort et comme souffrance.  Dans certaines situations, la mort peut faire office de solution de facilité.  Quand on en chie trop, quand c'est vraiment trop dur, la mort c'est la voie cool, parfois.  Pour continuer à lutter et à souffrir et à en chier, il faut plus que la peur de la mort.  Il faut une vraie put**n de bonne raison de vivre.  Et ce genre de trus, c'est pas soi-même, ou son propre corps, ou sa propre vie, ou son propre petit plaisir à se tirer sur la nouille.  Une vraie raison de vivre, une vraie motivation à continuer à lutter, c'est toujours un truc extérieur à soi, qu'on considère comme vraiment important, et vraiment valable. 

Moi, perso, je les ai, mes raisons de vivre.  Je sais pourquoi je suis prêt à en chier.  Je sais pourquoi je suis prêt à vraiment m'arracher le coeur s'il le faut.  Et je peux dire sans trop avoir peur de me tromper qu'il en faudrait BEAUCOUP pour me tuer...  parce que je ne suis pas prêt à me laisser partir.

Ciao ;)

David

"Ici, on n'est pas (que) sur Internet."

Mon PATREON -
Stages survie CEETS - Page de liens a moi que j'aimeu

15 octobre 2008 à 11:01:17
Réponse #6

corbak


excellent post  :doubleup:

eh bien quand le manitou dit "j'ai pas grand chose à ajouter" ...  ;D

juste un petit dessin que je trouve adapté au post



a+

Cyril


15 octobre 2008 à 11:39:20
Réponse #7

Bison


Le Manitou a déjà ajouté deux ou trois choses importantes :

 - l'avoir envie de vivre comme motivation indispensable ...
 - le sens de l'humour :) ... quel outil formidable pour remonter le moral des troupes! Dans la même optique, j'ajouterai, tout bêtement :  un répertoire de chansons bien choisies.

Mais bon, les gars ... on n'a pas tout dit ... il faudrait beaucoup plus d'exemples (du vécu), des trucs et astuces.

Cerner l'esprit de survie, c'est bien, mais ce n'est qu'un début ...
On n'a même pas encore parlé de l'éducation des enfants ...


Un enfant qu'a pas une paire de bottes, une canne à pêche et un lance-pierre, c'est pas un vrai. (A. Gavalda)

15 octobre 2008 à 12:08:22
Réponse #8

lambda


suivant les voeux de Bison  ;) histoire d apporter un peu de charbon au poele, un petit d exemple dans le cadre de la randonnee...

Lors de ma derniere viree, dans un fjord Norvegien (le Haardanger), je me suis mis en tete de grimper un de ces flancs et de passer de l autre cote...

donc je grimpe, je grimpe, c est super abrupte mais praticable, entre des eboulis et un peu de foret... j arrive aux premieres neiges et la je suis sur un plan a 45 degres, pas super bien equipe et tout seul...
je commence a vouloir perseverer, mais je glisse de plus en plus... un pas en avant, 2 en arriere, et si je chute c est le tobogant assure d un coup sur 800 metres facile jusqu au fjord, entre eboulis et plans inclines de plaques de granit glissante comme du savon de par l humidite ambiante et les ruissellements partout presents ici... le tout trempe et dans du brouillard...
j aurai pu perseverer et, peut etre passer de l autre cote... la probabilite d y arriver n etait pas nulle, mais celle de me planter etait visiblement plus importante...a ce moment de decison: continuer, pas continuer...
j ai pose le sac bien ancre dans un trou de neige entre 2 cailloux, et je me suis demande si j etais pas en train de faire le con...
Bien sur, que j etais en train de m engager sur une voie pleine d emmerdement futurs...
j ai decide alors de m en retourner, parce que pour passer de l autre cote, y avait d autre moyen en remontant le Fjord, et que se planter par obstination alors qu il existe d autres solution, ben ca aurait ete idiot de ma part...

Le retour a ete laborieux, car c etait vraiment escarpe. et ce qui m a permit de descendre en un morceau, c est finalement...le temps... ou plus exactement: prendre le temps...au cours de la descente, ne serait ce que pour progresser entre 2 rochers, ou descendre "une marche", il m arrivait de me poser, defaire le sac, m asseoir et prendre le temps, parfois jusqu a un quart d heure, d envisager toutes les possibilites compte tenu de mon etat de fatigue et de mon matos a disposition (ex... se bricoler une corde avec les passants de sacs et ses lacets pour descendre d abord le sac et ensuite descendre moi meme, le dos libere et plus a l aise...), pour pouvoir franchir 1 ou 2 metres. et cela, souvent.

Si j avais un moindre doute sur ma facon de progresser, je m arretais pour eviter de me retrouver sur un aplomb infranchissable ou un endroit trop abrupte et etroiet pour que je puisse faire demi-tour...
Le temps etait devenu mon ami quelque part, et non plus un "conccurent" avec lequel j etais en course! je pense vraiment que le fait de prendre son temps, pour chaque decision, meme minime, meme apparament triviale, est important... alors oui c est vrai, c est pas "fun" ou sexy... mais cette lenteur d escargot m a permit d arriver en bas sans me casser la gueule et finir au fond du fjord...

juste un exemple, si ca peut alimenter la discussion...

a+,
Lambda
"I want to live in a society where people are intoxicated with the joy of making things." William S. Coperthwaite

15 octobre 2008 à 12:10:18
Réponse #9

corbak


Il me semble que c est dans le dernier carcajou qu'il y a un article sur la survie et les enfants, qui est très intéressant et instructif.

a+

Cyril

15 octobre 2008 à 16:22:23
Réponse #10

Bison


Citer
je me suis demande si j etais pas en train de faire le con...
En général la réponse à cette question est "oui"  ;D  - pour tout un chacun!

Savoir se poser cette question au bon moment ... cela fait partie du "mental" de survie, assurément! Du mental, côté "prévention".

On a tous envie d'entreprendre, d'aller jusqu'au bout, de réussir ce que l'on a entrepris. Et que Dieu nous garde d'avoir peur d'entreprendre!

Oui, la vie est pleine d'entreprises dans lesquelles on se lance sans avoir toute l'information en main.

Le bon état d'esprit, c'est :

 - capter l'information en cours de route, et savoir ré-évaluer les difficultés, les risques, les options ... en fonction des nouvelles données. Ainsi découvrir que le terrain devient raide et glissant, c'est assurément une donnée nouvelle, qui demande que l'on fasse le point ...

 - se ménager une ou plusieurs portes de sorties :  demi-tour, bivouac ... et ré-évaluer leurs chances de succès quand on fait le point.

Cette manière de vivre une aventure, elle s'éduque. Avec un tout petit peu d'intelligence au départ, c'est la partie "esprit de survie" qui peut s'éduquer le mieux ... Cela s'enseigne comme une technique, et cela devient un état d'esprit.

Citation de: Lambda
ce qui m a permit de descendre en un morceau, c est finalement...le temps... ou plus exactement: prendre le temps...
Le temps est une ressource!
Qui est parfois très limitée, et parfois quasiment illimitée ... Dans ce dernier cas, autant en faire le meilleur usage!

Mais pourquoi donc rouler comme des fous sur la route des vacances?
 >:(
Un enfant qu'a pas une paire de bottes, une canne à pêche et un lance-pierre, c'est pas un vrai. (A. Gavalda)

18 octobre 2008 à 12:13:49
Réponse #11

guillaume


Savoir se poser cette question au bon moment ... cela fait partie du "mental" de survie, assurément! Du mental, côté "prévention".

J'ai envie de dire qu'on se la pose de plus en plus tôt en fonction de l'expérience...

Par exemple, dans les Pyrénées, on se l'est posée un peu tard (sur le coup c'était chaud mais cela n'a pas eu de conséquence, heureusement, cf le Cr de notre sortie).
Pour le coup maintenant, je n'oublierai jamais ce moment et ça me permettra -je pense- de dire STOP plus tôt...

a+

18 octobre 2008 à 19:13:18
Réponse #12

Corin


Bonsoir,

Comme tout le monde, je n'ai pas la solution et si j'en avais une, ça ne serait que la mienne.

Savoir dire stop dans une situation qui devient ingérable ou commence à être dangereuse est une partie de l'équation.
L'autre partie se trouve dans les situations dégradées, dangereuses et c'est de savoir réagir ou rebondir quand tu es dans les ennuis. Là, où beaucoup renoncent ou abandonnent.

Il me semble qu'il n'est pas nécessaire d'aller très loin. Nous sommes tous très beaux, très forts mais que valons-nous trempés comme des soupes? Une bonne pluie suffit déjà à nous épuiser brutalement (je pense au stage de début janvier, par exemple,). Comment réagissons-nous quand nous sommes épuisés? Savons-nous réagir dans cet état (pas nous protéger ou l'éviter)?

C'est là que la capacité à gérer la situation et à se révolter fait partie, pour moi, de la solution.

A+

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
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