(aucune vérité absolue, aucun prosélitisme et aucun mépris, juste une petite cogitation du soir...)
Liberté. Un mot trop facile à prononcer, au point qu’on l’invoque à tout bout de champ pour justifier les abus ou les flemmes, les choix sans fondement et les manipulations. En occident tout le monde revendique son droit à la liberté. Peu, pourtant, sont prêts à en payer le vrai prix, et beaucoup se contentent d'un ersatz de liberté jamais vraiment suffisant pour apaiser leur soif.
Inutile de philosopher longuement sur une définition de la liberté pour réaliser ce qu'elle implique. Si l'on s'arrête sur le concept simple et honnête de liberté qui veut qu'on puisse choisir en s'affranchissant des contraintes artificielles, on en vient à se demander deux choses : à partir de quand une contrainte est-elle artificielle, et qu'en coûte-t-il de s'en affranchir ?
Le vieux Maslow nous a proposé son célèbre modèle de pyramide pour classer les besoins humains. Tous ces besoins apportent leurs contraintes propres. Le besoin de manger implique de pouvoir se procurer régulièrement de la nourriture. Celui de sécurité amène à ne pas rester sciemment exposé en permanence à une menace trop précise. Et ainsi de suite. On doit pouvoir dire sans trop se mouiller que toutes ces contraintes ne sont pas artificielles, même les contraintes amenées par le besoin le plus abstrait, celui de l'accomplissement personnel.
Par contre, plus on monte dans la pyramide, plus les besoins sont abstraits, plus la panoplie de solutions qui s'offrent pour les satisfaire est large. Ainsi pour satisfaire son besoin de nourriture, il faut manger, ce qu'on trouve, en se le procurant de la manière la plus réaliste qui se présente (bienheureux que nous sommes, de pouvoir choisir entre la viande et le poisson). Alors que pour réaliser son accomplissement personnel, là... il serait artificiel de considérer qu'une voie est plus valable qu'une autre.
En acceptant que plusieurs options sont possibles (contexte : l'occident actuel, pas de régime totalitaire, pas de guerre, pas de peste noire ou brune, pas de ci et pas de ça...), que plusieurs solutions s'offrent à un besoin dont nous n'avons peut-être même pas conscience, qu'est-ce qui nous pousse plutôt vers l'une ou vers l'autre ? La raison ? Le sentiment ? Mais pourquoi pas, aussi, pour une large part, ces comportements plus ou moins sciemment induits par des gens qui trouvent un intérêt à ce que nous agissions d'une certaine manière plutôt que d'une autre ? Et tout simplement le mimétisme, les habitudes, et cette sainte volonté de ne pas détonner ?
Je ne sais pas.
Ce qui est sûr c'est qu'en société, un choix qui est souvent retenu c'est l'absence de choix. Faire comme les autres, c'est appliquer un modèle dont on connaît l'issue. Alors que choisir activement sa voie c'est plonger parfois dans l'inconnu et prendre des risques jusqu'aux étages les plus bas de la pyramide des besoins. Ca calme.
Mais surtout, chaque choix comporte sa part d'erreur. Lorsqu'on se laisse porter par le courant, on peut éventuellement râler quand on n'est pas content. Les erreurs viennent des "choix" des autres, de ceux qu'on imite, des institutions, des habitudes, des tiers, des idées reçues et des pentes faciles que personne ne nous reprochera d'avoir suivies. Râler ça soulage, et on repart pour un tour. Tandis que si on essaye de s'affranchir de ces solutions prêtes à porter (que d'aucun perçoit comme des contraintes artificielles), les erreurs nous incombent, à nous seuls. Et là, râler, ça ne soulage pas du tout, ça enfonce juste le clou. Et ça ça a de quoi faire peur comme perspective.
C'est ça, le prix de la liberté. Le fardeau des erreurs qui plombent notre vie quels que soient nos choix, dès lors que sont les nôtres.