Vie Sauvage et Survie

Catégorie Générale => Stages, sorties et aventures (récits ou projets) => Discussion démarrée par: thorgaal le 20 avril 2010 à 23:44:45

Titre: [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 20 avril 2010 à 23:44:45
EDIT : Comme le Topic devient très long et que vous êtes sans doute très pressés, voici un petit index interne :
-Pour le récit du trajet Besançon-Valence de septembre à décembre 2010, ça commence ici (http://www.davidmanise.com/forum/index.php/topic,32936.msg369163.html#msg369163).
-Pour Valence-Clermont-Ferrand (avril-mai 2011), c'est à partir de (http://www.davidmanise.com/forum/index.php/topic,32936.msg421677.html#msg421677)
.
-Et enfin pour Alès-Clermont-Ferrand (novembre 2011) c'est par ici (http://www.davidmanise.com/forum/index.php/topic,32936.msg435870.html#msg435870).


Bon, ça fait un moment que je me demande si c'est une bonne chose de parler de ça ici et maintenant, cette fois je me lance, on verra bien.

Dans un peu plus d'un an, j'aurai mon BTS agricole, après, à terme j'aimerais bien reprendre une toute petite ferme dans la banlieue de Trou-en-Cambrousse pour y mener une petite vie tranquille. Mais en même temps, ça me ferait chier de me retrouver "coincé" là-dedans à 20ans et des poussières sans avoir jamais voyagé ou presque.

Donc le projet est simple, je veux partir découvrir le monde, à pied, pour une durée indéterminé, sans itinéraire prédéfini, sans argent ou presque, et surtout sans me presser.
En bref, la liberté totale au jour le jour.

J'ai pas encore choisi le matos, mais j'aimerais faire en sorte de ne pas dépasser 12kg + eau + nourriture, donc 18kg grand maximum.
Je pense emmener une ou deux brebis, pour avoir du lait le matin, et surtout pour faciliter les rencontres...
Pour la nourriture, je compte en majorité sur la cueillette, en achetant des féculents de base si nécessaire (farine, riz, patate).

Je n'exclus pas de demander l'hospitalité de temps en temps, mais seulement si je peux rendre service en échange (travaux agricoles en particulier).

Je précise que j'ai déjà pas mal de kilomètres au compteur, et que je n'ai nullement l'intention de me mettre bêtement et volontairement en situation de "survie".

Alors oui, c'est un rêve de gosse, oui j'ai lu trop de romans d'aventure quand j'étais ado (les Enfants de la Terre :love: pour n'en citer qu'un...), et alors?
Il y a un moment dans la vie, faut décider si on veut passer sa vie à bosser dans l'espoir d'une hypothétique retraite bien méritée, ou si on veut faire tout ce qu'on veut tant qu'on est jeune et aviser après... Eh ben, à bien y réfléchir, la deuxième solution est pas forcément la moins raisonnable!

Voilà pour la présentation rapide du projet, mais il n'y a pas vraiment besoin de plus : j'en ferai peut-être un roman un jour, mais pas tout de suite  ;).

Ce que je cherche, ce n'est pas des conseils : je peux trouver tout ce dont j'ai besoin en farfouillant sur le forum  :up:
En fait je suis plutôt à la recherche de quelqu'un d'un peu timbré - comme moi - et qui serait éventuellement partant pour m'accompagner, un coéquipier ou -mieux 8)- une coéquipière... et mon petit doigt me dit que, si on peut trouver ça sur internet, c'est forcément ici.  :]]

Bien sûr je finis quand même mon BTS avant, donc le grand départ est envisagé à l'automne 2011 ou au printemps 2012.
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Leif le 21 avril 2010 à 11:07:35
tu sais dans la vie il y a ceux qui se laissent porter par le système et les autres :)

il y a plein de façons de voir la vie et si cela se trouve tu auras une retraite magnifique car tu realises ton futur , personne ne le fais pour toi.

tu veux une retraite qui te corresponde et une vie que tu aimes fais la.

pourquoi ne pas fouiller du coté de celui qui a bien marche partout en europe , impossible de remettre le nom kenton je crois :-[ et pourtant j'ai tout lu même le coupe ongle que lui a offert se soeur :lol:

bon courage a toi et fais toi plaisir

pour moi par exemple cela fait pas mal d'année que je cherche a ne travailler que la ou il n'y a pas de porte.


ciao

jeff
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: lambda le 21 avril 2010 à 11:11:53
sur le forum, Chris Kenton et aussi Mrod qui a fait des trucs sympa un peu dans le genre.

Contactes les si tu veux, ca peut être intéressant pour toi.

a+,
Lambda
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: nemesys le 21 avril 2010 à 11:23:17
Tout d'abord,  comme l'a dis lambda, Chris Kenton et Mrod ont fait des voyages similaires, et ont écris quelques post ...
Tu peux aussi les contacter !

...
Je pense emmener une ou deux brebis, pour avoir du lait le matin, et surtout pour faciliter les rencontres...
...

Ne penses tu pas que cela risque aussi de t'empêcher de prendre certains types de transport ?
De plus il n'est pas dis que cela soit si bénéfique que ça: cela peut aussi excité la jalousie, t'empêcher de déguerpir en catastrophe...
A cela, il faut rajouter le transport de l'eau supplémentaire ( pour le fourrage, ça doit dépendre des coins ou tu iras, mais de toutes façons, je n'ai aucune connaissance en la matière ).
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: lambda le 21 avril 2010 à 11:28:20
Peut-être aussi une piste de dialogue et d'info intéressante pour toi Thorgaal...
Un jeune qui il y a quelque temps a parcouru les routes de France et de Navarre à pied avec sa vache.
Tu sembles vouloir aller "plus loin", mais l'idée est là aussi je trouve...

http://lci.tf1.fr/insolite/2008-07/vache-bachelier-4893709.html

a+,

Lambda
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: vik le 21 avril 2010 à 12:27:27
Salut Thorgaal! ;)
J'envisage les choses un peu comme toi à vrai dire, à savoir voyager/vagabonder après des études courtes se déroulant en deux ans ou quatre, je verrais ça quand je serais sortie du lycée..

Perso, ton idée d'emmener deux animaux avec toi, est je pense beaucoup plus intelligente qu'elle en a l'air
Du coté pratique, tu auras du lait, voir de la viande, mais en hors de ça, le "public" du bord du chemin te verras plutôt d'un bon œil s'il voit tes deux brebis, je pense. De plus, cela fait une compagnie non négligeable quand même ;)

J'ai entendu dire qu'il n'y avait pas de problème de consanguinité chez les chèvres ou les brebis, je ne me rappel plus, si c'est vrai, pourquoi ne pas emmener un couple si tu n'es pas pressé et avoir ton troupeau qui s'agrandit peu à peu? c'est élégant comme idée je trouve :) (même si plus compliqué que ça à mon avis :D )

Je serais toi, je garderais quand même un peu d'argent sur mon compte (du type 500/1000€, je sais c'est pas non plus aussi simple que ça ;D ) au cas ou pour ce qui est vivre, transport etc, dans le cas ou ça merdoie un peu, à utiliser en dernier recours histoire de ne pas se retrouver à faire la manche si un imprévu arrive

En tout cas, j'espère que tu arriveras à réaliser ton projet! ya des moments ou je pense, il est bon de foncer tête baissée sans trop réfléchir à l'avenir pour se lancer dans ce type de mode de vie! :)
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Madudu le 21 avril 2010 à 18:24:30
Salut Thorgaal  :)
 
Je suis moi aussi en première année de BTS agricole, PA  ;)

Comme toi j'envisage de partir en vadrouille après le BTS, pour une durée indeterminée et ensuite...bah... de m'installer dans un bled paumé au fin fond de du gros intestin du monde  ;#
J'ai déjà la baraque, et un tout petit peu de terrain. Sans doute de quoi me nourrir moi et un animal pas trop gourmand (brebis, chèvres, Jersiaise...).

Par contre mes connaissances sont très limitées en culture vivrière, et encore plus s'il s'agit de ne pas user de produits phytosanitaire. Du coup j'envisage de faire du woofing ; je me dis que des mecs assez tarrés pour ne pas utiliser de machines agricoles ne doivent pas êtres du genre à répandre du poison sur leurs plantes  ;D, et que c'est lors de ce voyage que je vais compléter ma formation.
j'avais jamais pensé à trouver un compagnon, et il faut dire que je n'ai jamais rencontré de prétendant ni, et c'est bien malheureux, de prétendante  ;D à une virée de ce type. De même, je n'avais jamais pensé à prendre un animal avec moi ; c'est beaucoup de contrainte, sans doute aussi une manière différente de voir le voyage, de communiquer, de partager. Maintenant que j'y pense ça me plait  :-[

Enfin bref, nous avons des aspirations similaires, et ça me plairait beaucoup qu'on en parle ensemble. Et si ce n'est pas forcément pour faire le voyage à deux, car c'est encore prématuré, mais ne serait-ce que pour partager nos découvertes, nos connaissances et tout le reste.


 :)
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Nävis le 21 avril 2010 à 19:37:46
En parlant d'animal de compagnie, je me souviens d'une présentation d'un voyage: un couple qui avait traversé je ne sais plus quel continent avec un un mini-équidé, un shetland ou un truc du genre. Rustique et un peu original. Et cela leur avait ouvert bien des portes!
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Madudu le 21 avril 2010 à 20:13:02
Il me semble évident qu'il n'est raisonnable de s'accompagner d'un animal que s'il porte une partie du matos. S'il peut produire du lait en plus, c'est encore mieux.
Je penserais plutôt à une vaches, dont le cahier des charges serait :
-pouvoir se déplacer tous les jours sur de longues distances --> de très bonnes pattes
-se contenter d'herbe et, à la limite, de bon foin --> une capacité d'ingestion maximum pour un gabarit minimum
-être docile --> choisir une race particulièrement réputée pour sa docilité
-Si ça peut faire du lait, c'est l'idéal.

En gros, il faut une rustique : Aubrac, Salers, Maraîchine...
Mais ce ne serait pas évident de se procurer une bonne bête jeune et vigoureuse. Les éleveurs gardent leurs bonnes bêtes, à moins qu'on achète une génisse...mais c'est pas ce qu'il y a de plus docile  ;#


Ce serait beaucoup plus simple de se procurer deux ou trois brebis, mais je ne pense pas qu'il puisse s'établir le même genre de lien entre des brebis et des hommes qu'entre une vache et un homme. Je dis ça je dis rien.
Une brebis ça ne peut rien porter, ou pas grand chose, donc c'est avant tout une contrainte. Même si ça donne du lait.

Si ça peut faire avancer le projet  :)
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: jeantroovpa le 21 avril 2010 à 20:50:03
le tours du monde (ou même eurasie) c'est des climats très disparates, du cagnard, du froid, du soleil, de la pluie. Autant protéger un bonhomme (ou une madame) sous un tarp, une casquette et un sac de couchage c'est faisable mais pour la bestiole ?
Je n'y connais rien en animaux d'élevage mais ca ne serait pas aussi quelque chose à prendre en compte ?

Je sais pas mais je vois mal une vache faire 20kms par jours par 40°, sans compter la quantité de flotte que ca boit...
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: éclipse le 21 avril 2010 à 20:57:00
Question c*nne, peut-être : une ânesse ?
'clips
Titre: Re : Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Madudu le 21 avril 2010 à 21:34:28
le tours du monde (ou même eurasie) c'est des climats très disparates, du cagnard, du froid, du soleil, de la pluie. Autant protéger un bonhomme (ou une madame) sous un tarp, une casquette et un sac de couchage c'est faisable mais pour la bestiole ?
Je n'y connais rien en animaux d'élevage mais ca ne serait pas aussi quelque chose à prendre en compte ?

Je sais pas mais je vois mal une vache faire 20kms par jours par 40°, sans compter la quantité de flotte que ca boit...

Si, c'est une chose qu'il faut prendre en compte. Les ruminants n'ont pas de problèmes avec le froid. Enfin, tant qu'il ne fait pas -30 ^^
Par contre il est vrai qu'une vache bois énormément d'eau en cas de grosses chaleurs.
Pour être honnête je n'y avais pas pensé  ;#
Mais ça ne remet pas en cause l'accompagnement par une vache. Par contre ça ajoute un bon lot de contraintes en cas de chaleur excéssive :
-Dans tous les cas, qu'il fasse chaud ou non, il faut prévoir de passer la nuit non loin d'un point d'eau. Pour la vache comme pour l'homme.
-En cas de grosses chaleurs il ne faut pas chercher les limites de la bête : passer les heures les plus chaudes à l'abri du soleil et, si possible, à proximité d'un point d'eau. Quit, d'ailleurs, à décamper très tôt le matin et à marcher jusque tard le soir si on veut couvrir de la distance. Mais il me semble que ce n'est pas du tout l'objectif, bien au contraire.

Concrêtement, une vache passe 8H par jour à dormir, 8 autres à manger et les 8 dernières à digérer tranquil. Ca veut dire que 20 bornes par jour, ça me semble énorme. La vache pourra se nourrir sur les bords de chemins à condition que le chemin borde des pâtures, faudrait pas l'empoisonner.  Ca fait beaucoup de contraintes, la première étant qu'il faut impérativement prévoir l'itinéraire à moyen voir long terme. Et prévoir des stocks de fourrages si une nourriture sûr ne peux pas être assurée (dans les grandes plaines céréalières par exemple). Je suppose que ça ne doit pas être trop difficile de s'en procurer si on s'y prend suffisemment à l'avance.
Donc, en gros, faut adapter le voyage à la compagnie animale et une région sans point d'eau, par exemple, ne pourra pas être traversée. Il faudra contourner ou faire demi-tour. Il faut donc éviter toutes les régions où la culture de vente domine et où les points d'eau de sont pas accessibles ou trop éloignés les uns des autres.
Après, je dis ça, mais je n'ai pas du tout évalué les besoins hydrique et calorique d'une vache qui marche une bonne partie de la journée.

Ces problèmes se retrouveront aussi avec les brebis, mais sans doute moins.

Comment tu vois les choses Thorgaal ?

EDIT : je vais questionner mes profs  :closedeyes:
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 21 avril 2010 à 23:01:54
Houlà, je m'attendais pas à avoir autant de succès, moi qui voulait faire un truc discret dans mon coin, je vais commencer à regretter  :-[...

J'ai entendu parler d'Adrien et de sa vache, c'est super ce qu'il a fait, mais contrairement à lui je ne cherche pas franchement à faire avancer la science, il est hors de question que je demande des bourses, et encore moins que je passe sur TF1  :bheurk:

Merci beaucoup pour toutes vos remarques. Pour ceux qui sont intéressés, je vais les contacter dans les prochains jours mais je manque un peu de temps, désolé si ça tarde.

Pourquoi avec 2 brebis?
D'abord parce que j'adore les moutons, c'est déjà une bonne raison en soi.
Ensuite parce que j'en ai justement 2 à la maison depuis la semaine dernière, une brebis Blanche du Massif Central de 5ans et sa petite agnelle croisée Noire du Velay qui a tout juste une semaine. J'étais en stage dans une coopérative agricole quand elle est née, je l'ai trouvée trop jolie alors j'ai acheté la paire  ::)

Ce sont deux races rustiques et très bonnes marcheuses, pas de souci de ce côté-là.

Bon c'est sûr que c'est pas elles qui vont porter toutes mes affaires, mais ce n'est pas impossible de leur attacher deux petites sacoches sur le dos.

Après l'intérêt au niveau contact social est évident, quand je randonne seul les gens que je croise me regarde de travers, et ne répondent pas toujours au "bonjour" rituel...
Alors qu'avec 2 bêtes aussi jolies je suis sûr d'engager la conversation avec tout le monde  8)

Et puis concrètement une brebis, ça mange pas grand chose et ça boit encore moins.

@ nemesys : je ne compte pas prendre de transport!

Le seul risque que je vois c'est les chiens.

Sinon je préfère éviter de me trainer un mâle, beaucoup moins docile et sympathique, si j'ai besoin de faire saillir mes brebis je trouverai facilement des béliers sur la route...

Personnellement j'ai rencontré, au hasard d'une transhumance dans les Cévennes, un vieux Maghrébin qui m'a dit avoir fait dans sa jeunesse un tour de France avec trois chèvres, il m'en a parlé pendant près d'une heure avec des yeux scintillants de nostalgie...

Autrement, pour ce qui est du climat, j'ai le temps de voir venir, je vais probablement commencer tranquillement par la France, l'Europe, et après on verra.

(http://img687.imageshack.us/img687/3787/dsc08463s.jpg)

Voilà Éthiopie, une petite agnelle qui deviendra peut-être célèbre, allez savoir...

(http://img707.imageshack.us/img707/8830/dsc08467e.jpg)

Et sa mère en cours de tonte, avec les moyens du bords... faut pas être pressé!
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: vik le 22 avril 2010 à 09:54:40
En parlant d'animal de compagnie, je me souviens d'une présentation d'un voyage: un couple qui avait traversé je ne sais plus quel continent avec un un mini-équidé, un shetland ou un truc du genre. Rustique et un peu original. Et cela leur avait ouvert bien des portes!
Le Shetland c'est bien ça! ;)
maintenant que tu le souligne, ça peut être quelque chose de vraiment utile et sympathique à emmener avec soi!
Il peut sans problème porter 40 kilos de matos (j'irais jusqu'à 50 maxi si marche toute la journée etc) dont des suppléments alimentaire pour lui s'il a besoin (granulées) même s'il peut ne se nourrir que d'herbe
Après c'est assez variable comme caractère, mais ça reste des chevaux, et à moins qu'il y ait eu des problèmes avec ce cheval, ils sont très sympathiques et feront une bonne compagnie! ;)
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 22 avril 2010 à 19:20:08
C'est vrai c'est intéressant, les chevaux ça m'a jamais vraiment inspiré mais faudra que j'y réfléchisse.
Sinon un âne ou un lama ça peut-être sympa aussi...
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Schnickschnack le 23 avril 2010 à 10:13:04
Le Shet est assez rustique pour servir d'animal de bât... Générallement, ils ont des caractères .... disons bien trempés mais gentil  :D

Par contre, il faut que tu fasses attention au matériel additionnel qui pése assez vite mais qui peut être porté par l'animal : pharmacie avec vermifuge, granulés voire une ou deux ration d'avoine au cas où... Système d'attache : en prévoir plusieurs plus une longe longue 3m et de 8mm 1 cm de diamètre qui peut aussi servir de licol de fortune. Les dispositifs de portage coûtent  :ohmy: :ohmy: € donc n'hésite pas à "bricoler" un peu  :doubleup:

Pour moi le plus important, c'est un animal qui va marcher donc il faut faire attention à ses pieds. Donc, si tu retiens la solution shet pense aussi à faire un stage chez un bon maréchal qui pourra t'expliquer comment faire un parage en complément du naturel.
Et crois moi cela ne s'apprends pas en 15 jours  ::)
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Schnickschnack le 23 avril 2010 à 11:11:43
Pour compléter le propos, j'ai fait quatre mois l'année dernière en itinèrant avec un super shet... Pas de souci pour négocier le paturage avec les agriculteurs... Par contre le ravito posait problème : je faisais mes courses à l'extérieur des épiceries : à cause des odeurs chevalines prononcées... En fait on ne se rends pas compte  :D
Autre point de vigilance est la gestion des points d'eau pour abreuver la bête : j'ai pas eu trop de difficulté grâce à la bienveillance d'agriculteurs et de retraités bien sympas... Mais je pense que dans certaines régions il faut faire super attention. Bref, on ne pense plus son itinéraire de la même façon.

Sinon il faut éviter de croiser des groupes d'enfants car c'est oh il est trop mignon... heu c'est une dame etc.. etc... Donc ça fait vite chuter la moyenne kilomètrique, mais côté rencontre c'est trop génial  :doubleup: Moralité je pensais me faire un trip solo avec une chouette compagne, je n'ai jamais autant rencontrer de monde  :D

Par contre les bivouacs au clair de lune allongé contre elle...  :love:

 Personnellement je ne recommande pas trop l'âne : je connais quatre personnes qui se sont fait hospitalisée pour bottage intempestifs... Dont un coma avec perte de vue presque complète sur l'oeil gauche.... Mais bon les goûts et les couleurs  :glare:


Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Madudu le 23 avril 2010 à 18:38:40
Ton expérience m'intéresse beaucoup !

Comme l'a judiciseusement recommandé Jpdelx, as-tu pris le temps de faire connaissance avec l'animal avant de partir ?
Que la réponse soit oui ou non, si tu pouvais commenter...  :)

Tu dis que dans certaines régions il faut faire très attention pour l'eau et la nourriture destinée à la bête, quelle genre de région ? Et quelles solutions ?

Combien d'heure, et combien de kilomètre, en moyenne, faisais-tu par jour ? Dans quelles conditions (chaleur, froid, pluie...) ?

l'animal as-tu maigris ou souffert ? Si oui, dans quelles conditions (région, climat...) ?

A quels moment de la journée l'animal faisait-il ses repas ? Quelle influence cela a dans le quotidien d'un tel voyage ?

C'est tout pour l'instant  ;D, au plaisir de te lire longuement  ;)

Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Criss Kenton le 23 avril 2010 à 19:02:14
Salut Thorgaal :)


Je ne peux t’encourager dans la réalisation de ton projet (dans le cas contraire, je serai le dernier des faux culs  ;#)


Compte tenu de ton orientation professionnelle, la période allant de l’obtention de ton BTS à ton entrée dans la vie active est à AMHA la plus indiquée pour te lancer dans ce type d’aventure (le métier d’agriculteur est souvent synonyme d’abnégation…)


Ton projet, bien qu’un poil utopique, est franchement sympa. Si bien que j’y ai un peu réfléchi aujourd’hui au boulot :


L’idée émise de faire le périple en compagnie d’un animal de bât (poney, âne, mule, lama, etc.) en plus des deux brebis est pertinente.

Perso, comme Jpdelx je verrai plutôt un âne ou mieux une mule ou un mulet : animaux rustiques, relativement sobres, intelligents et puis l’activité de bât est un peu leur raison d’être :)
De plus ils s’entendent normalement bien avec les ovins, d’ailleurs dans le monde de nombreux bergers conduisent leurs troupeau juchés sur des mules ou mulets (vu  en Bulgarie et au Kirghizistan par exple).

L’avantage est indéniablement au niveau de la capacité de portage :

-   Moins de matos dans le sac = plus de liberté de mouvement et moins de fatigue
-   Au niveau du matos (tente, duvet, popotte, réchaud, etc.) : plus de problème de poids et d’encombrement => tu peux te permettre de choisir du matos plus rustique et d’un rapport qualité/performance/poids moindre, d’où pas mal des économies !
-   Idem pour la quantité de nourriture : possibilité d’acheter en plus grosse quantité (format éco, familial, promos) = économie ; A la campagne on voudra surement te filer des légumes frais ou autre (d’autant plus vrai si tu donnes des coups de main dans des fermes et exploitations), difficile avec un sac sur le dos, pas avec un animal de bât ;)
-   Possibilité de transporter de la nourriture, de l’eau et de quoi soigner les bêtes
-   T’es pas obligé de tirer à courte paille pour savoir quel bouquin emporter !
-   Etc.


Dans le cas d’une rando longue durée, l’itinéraire s’articule forcément sur les possibilités de ravitaillement en nourriture, voire en eau pour les régions où les points se font rares.

Dans ton cas, comme dit par Schnickschnack, tu dépendras en plus obligatoirement du ravitaillement des bêtes. C’est un facteur à prendre en compte sérieusement avant de planifier sa route !

En outre, le fait de voyager à pied avec des bêtes va te limiter pas mal au niveau du type d’axes à emprunter. Les grands axes sont à proscrire, certaines départementales aussi. Il vaut mieux privilégier les routes communales, de campagne, petits sentiers, pistes et chemins agricoles. Question de sécurité et de plaisir.


En gros l’idéal serait de rester dans les campagnes : rencontres plus sensibles à la démarche, confort et plaisir lors de la « transhumance », paysages plus sympas, calme, possibilité de ravitaillement pour les bêtes voire pour le bonhomme aussi, compétences en agriculture et coups de mains appréciés et parfois bienvenus, etc.
En France il y a de moins en moins de petites épiceries dans les villages du coup en se cantonnant aux petits patelins il est difficile de faire ses courses et il faut parfois faire un détour dans une petite ville. Dans ton cas il serait AMHA possible de laisser une paire d’heure tes bêtes chez un agriculteur en périphérie le temps de faire le plein.


Pour ce qui est de l’eau, outre la possibilité de voir avec des particuliers, il n’y a pas trop de problème en France et en Europe occidentale : sources, fontaines, cimetières, etc. Si tu prends un animal de bât, un seau ou une bassine pliante pour faire boire les bêtes, voire en plus un bout de tuyau avec embout fileté et tu es le roi du pétrole ;)




Sinon, j’ai eu cette idée concernant ton voyage. Je suis peut être aux fraises et elle vaut ce qu’elle vaut mais bon :


Vu que la compagnie des bêtes va irrémédiablement de pousser à sillonner les campagnes et que tu te destines à être berger ou du moins à vivre de l’agriculture, pourquoi ne pas en profiter pour forger un objectif à cette aventure ?

Tu me sembles passionné par ce que tu fais, sensible aux valeurs et au savoir faire des métiers de la terre et des bêtes, tu vas avoir la chance de rencontrer tes pairs, des jeunes et des moins jeunes, des gars et des nanas pleins d’expérience, riches de savoirs faires et savoirs êtres dont certains se perdent faute de transmission… pourquoi ne pas en profiter pour donner encore plus de sens à ton périple en recueillant des témoignages, des savoirs faires, en questionnant l’évolution de ton futur métier, en interrogeant et en observant ses acteurs ?


Je sais que tu souhaite voyager sans itinéraire prédéfini au fil des rencontres, sans objectif précis, mais ça pourrais être enrichissant dans tous les domaines en l’inscrivant dans une démarche et une orientation précise, en luis donnant un but quoi !

Pour toi ce serai enrichissant d’un point de vu personnel et professionnel. En tant que « relève » et nouvelle génération tu es d’autant mieux placé pour recueillir la parole des anciens !


Pour être un peu plus concret, plutôt que de partir à l’aveuglette, tu pourrais planifier ton périple de façon générale avec pour fil conducteur le pastoralisme : «  à la rencontre des bergers de France et de Navarre » en gros. Tu peux déjà dégrossir un itinéraire en sélectionnant les régions où le pastoralisme a encore cour, les dates et lieux de transhumance, tu définis un peu les coins ou tu aimerais aller, tu regarde un peu la faisabilité de la chose à pied avec des bêtes, tu prends deux où trois contacts pour articuler un peu l’itinéraire et le reste se fera sur le terrain avec les rencontres, le bouche à oreille, etc.


Sérieux quand on voyage à pied, c’est mieux d’avoir un objectif ou un fil directeur, même vague ;) On ne peut pas faire des sauts de puces ou décider de changer de région du jour au lendemain. Un objectif permet de garder la motivation et de savoir où on va.

De plus dans ton cas (peux d’argent, hospitalité contre aide), inscrire ton projet dans une démarche qui a un sens, une démarche cohérente et intelligible pour les autres est un gros plus pour les rencontres. Cela t’évitera d’être perçu pour un jeune branleur, parasite ou pire jeune branleur parasite et illuminé ;D
Par contre si tu dis que tu es un jeune berger (la « relève ») qui prend une année pour rencontrer ses pairs, faire un état des lieux de la profession et engranger de l’expérience en hésitant pas à retrousser les manches, une sorte de compagnonnage à l’ancienne en gros, ben là je peux te garantir que les portes vont s’ouvrir, les regards vont changer et les mains se tendre :)



Attention, après je ne parle pas d’objectif dans le but de retenir l’attention des médias, d’avoir des subventions ou de se faire mousser mais vraiment de donner un sens au périple et surtout de profiter de l’occasion offerte.

Les témoignages recueillis pourraient surtout avoir un avantage pratique : recueil ou expos pour/dans les lycées, présentation dans des classes, articles ou correspondances pour des journaux type « la France agricole » ou autres publications régionales.

Si tu a pour ambition d’écrire un livre à terme sur cette aventure, il y aurait vraiment matière à exploiter, ne serait-ce que pour étoffer ou enrichir le périple.

Et même si tu souhaite faire un périple libre, sans cadre, au feeling, un petit dictaphone, un APN et des notions d’écriture journalistique (exple :  Le guide de l'écriture journalistique  (http://www.amazon.fr/guide-l%C3%A9criture-journalistique-Jean-Luc-Martin-Lagardette/dp/2707156671/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1272041812&sr=8-1)peuvent être utiles


Il y a quelques années j’étais tombé sur le descriptif d’un voyage en vélo sur les traces du pastoralisme en Europe. Faudrait que je retrouve ça, le mec a du écrire un bouquin depuis… par contre de mémoire il n’était pas dans le métier donc le point de vue était surement celui d’un néophyte ou du moins extérieur…


P*tain, j’ai encore écris un pavé ! Ca vous fera les pieds tiens !


Criss Kenton, prolixe depuis 1983
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Madudu le 23 avril 2010 à 19:18:40
Heureusement que la Manitou a poussé une gueulante, sinon qu'est-ce que ce serait  ;D
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Criss Kenton le 23 avril 2010 à 19:29:51
J'ai retrouvé la référence du périple dont je parle plus haut, pour ceux que cela intéresse:

Transhumance: 14000 km à vélo à la rencontre des bergers d'Europe (http://books.google.fr/books?id=TgQNAQAAIAAJ&printsec=frontcover&dq=lecacheur,+marc+-+transhumance.+14+000+km+%C3%A0+v%C3%A9lo+%C3%A0+la+rencontre+des+bergers+d'europe&source=bl&ots=fX79GPRzCD&sig=CnhAIXe3QF2GAeHhXT8F5vTIZIY&hl=fr&ei=ANjRS7OYGYaanwObnf2zDw&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CAYQ6AEwAA#v=onepage&q=lecacheur%2C%20marc%20-%20transhumance.%2014%20000%20km%20%C3%A0%20v%C3%A9lo%20%C3%A0%20la%20rencontre%20des%20bergers%20d'europe&f=false) - Lecacheur Marc

Présentation de l'auteur ICI (http://chasseurdaventuriers.over-blog.com/article-11182311.html)

 ;)
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: force999 le 23 avril 2010 à 20:27:28
Bonsoir, jeune homme, pour tout dire j’y connais pas grand-chose à l’ élevage , à l’ agriculture , et tout le reste ( remarque des ânes j’en connais pas mal , mais ceux là je te conseil pas de partir avec  ) mais je voudrais te dire combien je t’encourage à poursuivre tes rêves, à monter ton projet et je souhaite qu’il devienne réalité . Les rêves de gosses il ne faut pas les rejeter bien au contraire, continue à lire des romans d’aventure, laisse aller ton imagination mais n’oublie pas que nous vivons dans un monde pas toujours facile et qu’il faut savoir affronter les contraintes que la vie place sur notre chemin. En conséquence, fais-toi plaisir, mais avec un minimum d’organisation, de prudence, ne compte pas trop sur les autres, assure tes arrières et écoute bien les conseils de ….. tes parents.
Bon courage
Bien à toi
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Schnickschnack le 23 avril 2010 à 22:03:00
Je vais essayer de répondre aux questions posées du mieux que je peux
Citer
Comme l'a judiciseusement recommandé Jpdelx, as-tu pris le temps de faire connaissance avec l'animal avant de partir ? Que la réponse soit oui ou non, si tu pouvais commenter...


En effet, j’ai oublié de préciser qu’un travail préalable est indispensable avant de partir. J’avais commencé celui-ci  à la fin de l’hiver. Dans un premier temps, travail « d’approche » la jument n’avait connu que des femmes et les seuls hommes qu’elle avait vue était des vétos ou des maréchal… Bref, c’était pas gagné… J’en ai profiter pour se familiariser avec les soins pour l’animal. Au bout de deux mois, j’ai commencé un travail de désensibilisation avec mon matériel. Les bâches ou les ponchos qui claquent au vent créent une réaction de fuite… Mais ce qui m’a surpris c’est qu’au début elle refusait de s’approcher de moi parceque j’avais mon sac à dos … par contre le poncho… pas de problème…

Citer
Tu dis que dans certaines régions il faut faire très attention pour l'eau et la nourriture destinée à la bête, quelle genre de région ? Et quelles solutions ?

Mon principal problème était les axes routiers  et les zones fortement urbanisées… Car elles sont par natures hostiles pour l’animal. Il faut prévoir son trajet en amont : donc si vous pensez partir sans un minimum (maximum !) de préparation et sans vous prendre la tête… Oubliez cette option !
Pour l’eau j’avais préalablement reconnu les points d’eaux public : rivières, lavoirs… Par contre j’utilisais fréquemment ma longe pour « pêche » de l’eau donc peut être prévoir 10 m de paracorde moins lourde à cet effet ?  Par contre le plus dur c’est de trouver un coin pour héberger l’animal le temps d’aller faire quelque courses…
Mais heureusement j’ai croisés des propriétaires de chevaux. Par contre, il faut prévoir une heure non pas pour négocier un bout de champs avec un autre cheval mais pour papoter… Ce sont des passionnés ;)
Faire attention au problème d’odeur : on vous prend pour un SDF !! Un jour j’ai même dû agiter une liasse de billet de 20 euros sous les yeux d’un vigile pour qu’il me laisse entrer >:(
La nourriture n’était pas un problème, puisqu’à la saison où j’ai entrepris mon petit voyage l’herbe était grasse et abondante. Bien sûr, je complémentais à la fin de la journée. Par contre, c’est sûr que pour un voyage a une autre saison il doit falloir prévoir le ravito en foin…

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Combien d'heure, et combien de kilomètre, en moyenne, faisais-tu par jour ? Dans quelles conditions (chaleur, froid, pluie...) ?

Disons entre deux heures et trois heures le matin puis généralement deux heures l’après midi et on devait faire quelque chose entre 15 et 25 km dépendant des rencontres.
Je n’avais pas de thermomètre mais rien de bien extrême je dirais entre 15 et 20°c la journée. Plein soleil et une fois une brume de chaleur et une petite ondée matinale… Rien de bien méchant.

Citer
l'animal as-tu maigris ou souffert ? Si oui, dans quelles conditions (région, climat...) ?

J’avais contacté plusieurs véto équin de la région pour me faire connaître au cas où… Par acquis de conscience (le poney ne m’appartenant pas je voulais pas faire de bêtises) j’avais prévu un rendez-vous avec le véto à mi parcours et un contrôle une semaine après que la petite soit retourné dans sa pâture… Faut-il préciser qu’il faut prévoir le budget de ce côté-là ? Selon le véto elle tenait une forme olympique… 


Citer
A quels moment de la journée l'animal faisait-il ses repas ? Quelle influence cela a dans le quotidien d'un tel voyage ?
En fait je pensais faire un voyage pour me retrouver seul avec mes pensées, c’est plutôt la jument qui a profité :lol: En fait l’animal conditionne TOUT... Je ne regrette rien mais je ne le referai pas. Le matin lever à l’aube pour granulé, départ deux trois heures après pour profiter de la fraicheur. On avançait un peu puis pause de deux heures le midi. On se remettait en route tranquillement et pause broutage le soir ;) Il faut aussi une équipe de soutien pour le ravito en granulé et en bétadine ;)

Désolé d’avoir mis autant de temps à répondre mais je tape le clavier avec deux doigts  :-[
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Madudu le 24 avril 2010 à 13:10:23
Tu vas quand même pas t'excuser ! Ton post répond clairement à toutes mes questions, et ne s'est pas fait attendre  :up:

Merci beaucoup à toi  :)
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Madudu le 24 avril 2010 à 22:47:20
Voilà le premier jet de la liste du matos qu'on compte emporter, hors vêtements. Oui, "on"  :) Thorgaal et moi, qui en avons longuement discuté hier soir. On ne sait pas encore si on partira ensemble, mais on fait comme si. De toute façon c'est un bon exercice pour un néophyte en matière de matos comme moi.

Citer
Animaux :
- une jersiaise
- 2 brebis

Couchage :
- 2 duvets 15
- 2 duvets 0
- 2 sursacs imperméables
- 2 draps sacs en coton

toilette :
- 2 savons d'Alep
- 2 serviettes
- rasoirs

cuisine :
- 1 petite marmitte en inox
- 1 petite casserole en inox
- couteaux pas cher
- 2 assiette creuse (ou bols) en bois
- 2 mugs
- louche + cuillères à soupe
- cuillères à café
- 2 torchons

feu :
- boite d'allumette
- briquet
- firesteel
- bloc magnésium
- un réchaud à bois

pharmacie :
- bouteille d'alcool fort bétadine  ;#
- pince à épiler
- coupe-ongle
- 1 brosse à dents
- anti-histaminique
- 2 couvertures de survie
- micropur
- sparadra
- ciseaux

divers :
- sacs poubelles
- sacs en toile
- ficelle
- fils, aiguilles
- fil de pêche - hameçon
- licols


accessoires :
- boussole
- carte
- frontales
- machette
- pelle
- brosse


livres :
- guide des plantes sauvages comestibles, Couplan
- guide des champignons
- Ainsi parlait Zarathoustra  ;D
- l'ancien testament  ;D


Cette liste a plus ou moins pour objectif de dégrossir le domaine de ce dont nous aurons besoin. Il reste encore beaucoup d'inconnus, et beaucoup de lacunes. Si vous avez des remarques, n'hesitez pas, c'est fait pour. Même si c'est une liste si grossière qu'il n'y a peut-être pas grand chose à en dire.

Voilà voilà  :)
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 24 avril 2010 à 23:00:36
PS : il manque les vêtements, c'est normal, on part à poil  ;#
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Madudu le 04 mai 2010 à 20:40:31
Du nouveau  :)

Finalements je laisse tomber l'idée de prendre une vache, c'est trop compliqué de trouver ce que je veux en France : une génisse jersiaise de souche rustique.
Du coup je vais plutôt opter pour des brebis ou des chèvres. Dans tous les cas de race rustique. Thorgaal m'a parlé de la Thône et Marthod (http://ferm.chez.com/animaux/thone%20marthod.html), et elle me plait beaucoup  :love: . Elle est extrêmement rustique, semble avoir bon caractère et puis...elle est belle  ::) . D'autres caractéristiques m'intéressent chez elle, mais pas pour le voyage  ;)

Le plan, c'est qu'après le BTS je vais dans la maison de campagne de mon père où je fais les préparatifs pour le voyage. J'y passe l'été et on part à l'automne. Mais tous ça n'est pas encore fixé, car se pose le problème de l'hiver et des régions dans lesquelles nous irons. Donc, disais-je, je ramène, par je ne sais quel moyen, les brebis/chèvre dans le trou de mon père. Là, j'apprend à les connaître, histoire qu'elles aient confiance en moi et de faire passer la période de stress que sera le changement d'environnement.

Il faudra que j'ai déjà une bonne partie du matos à mon arrivée là-bas, parce que c'est vraiment très paumé et que je risque de devoir faire pas mal de route si je veux me fournir en matériel. Ca me donnera aussi l'occasion de tester le matériel, d'apprendre quelques trucs&astuces du quotidien dehors, et d'en changer s'il le faut. Dans cette optique la liste du matos doit être plus ou moins bouclée à la rentrée prochaine, histoire que j'ai le temps de trouver ce que je veux et de pas partir à l'arrache.



On a fait une ébauche sur ce qu'il nous faut en fringues, mais pour être honnête je suis complétement largué dans ce domaine : matériaux, tissages, densités, modèles et tout le reste...
Du coup, j'ai consulté les tests matos officiels du forum. Tous ça c'est très nouveau pour moi, alors ce que j'ai retenu :

Les matériaux
-Le coton c'est bien, mais ça sèche mal et ça tient pas chaud, donc quand c'est mouillé faut l'enlever.
-La laine et la polaire ça tient chaud, même mouillé, mais si y a du vent ça vaut plus grand chose.
      -Il existe des tissages de laine très dense qui sont pas mauvais contre le vent, après faut voir les prix.
-La pluie, si elle dure, on n'y échappe pas : soit on a une couche imperméable et on mouille de l'intérieur, soit on mouille de l'extérieur... J'ai pas vu de solution : simplement un truc qui tient chaud même mouillé ?
-Le gore-tex, c'est un truc imperméable. Mais j'ai pas bien compris ce que ça a de plus, je vais chercher sur le forum.

Ordre dans lequel on met les couches, toussa...
-D'abord un truc qui tient chaud, ensuite un truc coupe-vent/imperméable. Pas dur  ;D
-Dans les couches chaudes, on met les plus hydrophiles sur les autres. Faut que je vois lesquelles sont plus hydrophiles que les autres.
-Pour les chaussettes, je sais pas vraiment en fonction de quoi les choisir, à part leur pouvoir isolant.

Les modèles
-Pour les jambes : pantalons, sur-pantalon imperméable. Mais j'ai vu sur le post de Bubartopho que le Kilt pouvait avoir son intérêt. Si quelqu'un pouvait m'éclairer sur les fonctions pour lequelles le kilt est conçu, ça m'intéresse  :) D'autant plus que j'y ai découvert qu'à l'origine il est fait d'une seule pièce de laine enroulée autour de la taille : plus pratique pour le sécher et c'est versatile.
-T-shirt manche longue + manche courte : les manches longues pour les saisons à tique et parce qu'ils offrent plus de possibilités que les manches courtes. Par contre, elles, en été, sont difficilement remplaçables.
-Les chaussettes, j'avais vu dans un post de Berthramm que l'on pouvait en faire par un simple pliage d'une pièce de tissu. Même principe que le kilt, c'est plus versatile et rapide à sécher. Après niveau confort, je sais pas...
-Les caleçons : j'aime bien sans, mais Thorgaal n'a pas l'air convaincu  ;D Par contre je sais pas si c'est top confort quand on marche toute la journée.

Les agencements classiques
J'ai vu que pour beaucoup d'entres vous, vous avez des habitudes vestimentaires et que ça vous va bien dans les conditions dans lesquelles vous évoluez. Moi, par contre, je suis complétement ignorant là-dedans et votre expérience me serait précieuse  :-[


Coté cuisine
-On compte manger pas mal de végétaux, sous forme de soupes essenciellement. Donc un genre de marmitte/casserolle. Je sais pas trop la contenance nécessaire, Thorgaal doit mieux savoir que moi.
-Thorgaal m'a aussi parlé de manger de galettes, mais je sais pas trop de quoi il parle  ;# Une poelle ?
-Pour contenir la bouffe : assiette creuse, bol, je sais pas exactement. Les matériaux, j'en sais rien non plus. Sans doute plastique dur.
-La vaisselle : eau + cendre ?

Feu
- boite d'allumette : plus pratique que le briquet
- briquet : fiable, et puis je fume
- firesteel : pour jouer aux survivors  ;# en cas de besoin, aussi  ::)
- bloc magnésium : en cas de grosse douche des flammes à 3000°c devraient aider un peu
- un réchaud à bois, le F!re profil à l'air drôlement bien.

Couchage
-On a prévu un duvet 15°c confort et un autre 0°C confort. On s'est dit que ça couvrirais l'essenciel des températures qu'on va devoir affronter et que si il faut on met des couches à l'intérieur.
-Drap de sac, pour l'hygiène et le confort.

Voilà voilà  :)




Titre: Re : Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: nemesys le 04 mai 2010 à 22:06:32
...

Les matériaux
-Le coton c'est bien, mais ça sèche mal et ça tient pas chaud, donc quand c'est mouillé faut l'enlever.
-La laine et la polaire ça tient chaud, même mouillé, mais si y a du vent ça vaut plus grand chose.
      -Il existe des tissages de laine très dense qui sont pas mauvais contre le vent, après faut voir les prix.
-La pluie, si elle dure, on n'y échappe pas : soit on a une couche imperméable et on mouille de l'intérieur, soit on mouille de l'extérieur... J'ai pas vu de solution : simplement un truc qui tient chaud même mouillé ?
-Le gore-tex, c'est un truc imperméable. Mais j'ai pas bien compris ce que ça a de plus, je vais chercher sur le forum.

Ordre dans lequel on met les couches, toussa...
-D'abord un truc qui tient chaud, ensuite un truc coupe-vent/imperméable. Pas dur  ;D
-Dans les couches chaudes, on met les plus hydrophiles sur les autres. Faut que je vois lesquelles sont plus hydrophiles que les autres.
-Pour les chaussettes, je sais pas vraiment en fonction de quoi les choisir, à part leur pouvoir isolant.

Tu as un excellent article dans Carnet d'aventure...
Sinon, relis les post de Killbith, c'est une vrais mine d'or !
Titre: Re : Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: raphaelh le 23 juillet 2010 à 16:59:47
-Thorgaal m'a aussi parlé de manger de galettes, mais je sais pas trop de quoi il parle  ;# Une poelle ?

j'imagine qu'il parle de chapatis (cf les bouquins de François Couplan)

emporte une réserve de farine complète, d'huile d'olive et de sel pour agrémenter tes cueillettes et préparer de bonnes recettes :)
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Lemuel le 23 juillet 2010 à 17:58:22
Salut !

Vous pensez plutôt dormir sous les moutons ou plutôt prendre un abri ?  :)
Titre: Re : Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: philippe13 le 24 juillet 2010 à 09:26:20
Question c*nne, peut-être : une ânesse ?

Une ânesse ne produit de lait que si elle a son ânon a coté d'elle. Pour ce qui de voyager avec une vache il y a eu un film dans les années 50 qui reprenait cette idée avec Fernandel : "La vache et le prisonnier"
Un soldat français prisonnier en Allemagne constatant que personne ne lui demandait ses papiers et aussweiss  quand il trimbalait vache et seau à lait s'évade vers la France avec sa bête en laisse...

http://www.dailymotion.com/video/x1idqq_la-vache-et-le-prisonnier_shortfilms

Un cheval à la peau fragile et le bâtage est un art délicat sur ce point. L'âne et le mulet lui sont bien supérieur coté rusticité, le mulet peut porter à taille égale bien plus lourd qu'un cheval.
Titre: Re : Re : Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Foucret le 24 juillet 2010 à 11:46:53
Un soldat français prisonnier en Allemagne constatant que personne ne lui demandait ses papiers et aussweiss  quand il trimbalait vache et seau à lait s'évade vers la France avec sa bête en laisse...

http://www.dailymotion.com/video/x1idqq_la-vache-et-le-prisonnier_shortfilms
L'histoire vraie, et plus compliqué que cela, et franchement très éloignée du film qui s'en inspire. Par exemple ce n'est pas moins de trois vaches que le prisonnier a utilisé pendant son évasion, aucune ne survécût.

Donc je ne sais si la vache est vraiment l'idéal pour un très long trajet à pied. :(
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: canardvécé le 24 juillet 2010 à 13:55:37
http://www.autourdubio.fr/?post/Hadrien-%3A-tour-de-France-avec-sa-vache-Camomille
 ;)
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: belfeuil le 24 juillet 2010 à 15:50:16
Je n'ai ni les compétences, ni les connaissances, ni l'expérience pour être un bon conseiller "technique", je me contenterai donc de vous encourager à fond  :doubleup:

Foncez, allez toujours de l'avant, faites ce dont vous avez envie, ce qui correspond à vos valeurs. Ne laissez personne briser votre projet, vivez cette expérience pleinement sans écouter les rabat-joies jaloux et les supérieurs bien-pensants. Cependant, prêtez l'oreille à ceux qui vous proposent des critiques constructives. (Tiens c'est marrant, j'ai entendu kif kif le même speech sur la Nouvelle star d'M6 y'a pas longtemps, comme quoi ils disent pas que des conneries hein!)

Votre situation vous permet de partir sur les routes sans contrainte professionnelle ou familiale, ça sera donc plus facile de vous lancer "rapidement" que plus tard dans votre vie.

Et aussi, tenez-nous au courant de l'avancement des préparatifs mais surtout du déroulement de l'aventure.

Encore mille encouragements, faites nous rêver...

Jérôme aka Belfeuil

Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Madudu le 31 juillet 2010 à 18:24:15
Merci belfeuil  ;)

On prépare un bon gros post : nos -pathétiques- péripéties de la semaine qu'on a passé ensemble cet été et du lourd coté projet  :)
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Schnickschnack le 18 octobre 2010 à 01:51:58
Bonjour Madudu, je suis de retour à la civilisation avec son Internet  :D
J'aurais aimé savoir ...  :-[
Où en es-tu de ton sympathique projet ?
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 04 janvier 2011 à 18:51:12
Salut,

Bonne année à tous !  :)

Je me motive pour déterrer ce fil et donner enfin des nouvelles, en fait j'aurais très bien pu le faire plus tôt, sauf que c'est une longue histoire, et je n'avais pas le courage de me lancer. Ceci dit, elle n'est pas terminée, alors plus j'attends et plus l'histoire est longue  :-\.

D'ailleurs, je ne vous raconterai pas la semaine passée fin juin avec Madudu, c'est trop loin, on en retiendra juste qu'on était d'accord pour partir ensemble, en principe à l'automne 2011.

Finalement, fin août, les choses s'accélèrèrent, j'étais alors en stage dans une coopérative agricole dans le cadre de mon BTS, sois-disant pour faire une étude sur "l'utilisation de l'échographie dans les élevage ovins franc-comtois" (déjà pas passionnante en soi), mais (comme c'est le cas de beaucoup de stagiaires), je faisais en fait office d'homme à tout faire, et à fortiori le boulot de m*rde. Tout ça ne m'enchantais pas, mais j'étais quand même plus ou moins résigné à aller au bout.
C'est de Madudu qu'est venu l'idée de partir tout de suite, lui disait ne pas pouvoir attendre plus. Après 2 jours de réflexion, j'ai accepté, mais j'ai quand même insisté pour attendre 2 semaines, comme ça j'arrivais au bout de ma période de stage d'été et pouvais espérer une bonne prime pour ces deux mois de galère. Je me fourrais le doigt dans l'oeil... 500€, soit environ 1.25€/h. Mieux que rien dites-vous? Certes, mais si j'avais su...

Bref, mes deux brebis étant alors chez mon grand-père, à Torpes, dans le Doubs, il fut décidé que c'est de là qu'on partirait, on a commandé pas mal de matos, Madudu est arrivé en train le 6 septembre il me semble, mais, ironie du sort, nous devions encore attendre sa carte de crédit avant de partir, nous en avons donc profité pour passer en revue notre équipement, entrainer les brebis à marcher en laisse, et leur fabriquer un bât.

Au départ, je portais 11kg de matos (hors eau et nourriture), Madudu 14kg, et la plus grande des brebis portait ma toile de tente (1.2kg), équilibrée avec le même poids en farine pour les chapatis.
Chacun de nous deux devant avoir tout le matos nécessaire dans le cas d'une éventuelle séparation (qui d'ailleurs fut plus qu'éventuelle... mais ça, c'est pour plus tard).

Voici ma liste de matos au départ (n'en déplaise aux MULs, j'arrondi à l'hectogramme :o):

Abri :
- double-toit et arceau de tente D4 "T2 ultralight pro" 1.2kg  , échangée fin décembre contre un Arklight X-Tarp (0.6kg avec cordelette et sardines)

Couchage :
- D4 "S0 ultralight" 1,8kg , fin octobre contre un ansabere 600 (1kg) -> testé à -12°C : ya encore un peu de marge
- sac à viande coton 0.3kg
- tapis therm-a-rest 0.4kg

Cuisine :
- marmitte alu 3L 0.3kg, échangé fin décembre contre une casserole inox à fond cuivre 2L 0.3kg (avec couvercle)
- moulin à légume inox 0.5kg -> abandonné
- cuillère à soupe inox 0.05kg, échangé contre une cuillère bois 0.03kg

Vêtements :
- 2 pantalon treillis 2x0.5kg -> j'en ai renvoyé un au bout de 10j
- 1 short 0.3kg
- 3 T-shirt coton 3x0.2 -> actuellement 1 coton et 1 synthétique : 0.3kg
- 4 caleçon 0.2kg -> plus que 3 -> 0.15kg
- 4 paires de chaussette (2 laine, 2 coton) 0.4kg
- 1 gros pull en laine 0.7 kg (c'est sentimental, c'est ma mère qui l'a tricoté  ::))
- 1 pull en polaire 0.5 kg que je vais probablement remplacer par une doudoune de 0.7kg, beaucoup plus chaude
- 1 grande cape de pluie 0.4kg
- 1 pantalon imper 0.1kg

Divers :
- 2 bouteilles d'1.5L
- 1 sac en toile pour les récoltes -> maintenant 3, c'est plus pratique (1 pour l'allume-feu, 2 pour la bouffe)
- seau plastique avec couvercle (pour lessive etc) 8L 0.2kg
- glaive massai (=machette) : 0.4kg
- poignard massai 0.2kg, remplacé par un mora, plus facile d'entretien...
- opinel n7

+ Kit de survie et trousse de secours basiques 0.5kg

le tout dans un sac D4 forclaz 70 : 2kg


Le 20 septembre, la carte n'étant toujours pas arrivée, nous décidâmes, excédés, de partir quand même, nous apprîmes par la suite qu'elle est arrivée le lendemain... (nous ne communiquerons pas le nom de la banque, mais nous n'en pensons pas moins)


Le 20 septembre donc, nous partîmes à l'aube à 16h  ;#

Nous traversâmes sans encombre le bois qui sépare le hameau de la Piroulette du petit village de Torpes, où nous traversâmes le Doubs sur un pont au trottoir pour le moins étroit, les brebis ne furent pas très rassurées par ce passage au-dessus de l'eau, et avait encore peur de la circulation (elles s'y habituèrent très vite).
Nous arrivons ensuite au-dessus du village de Boussières, d'où nous gagnons un pré visiblement inexploité jouxtant la cabane de chasse, probablement une jachère destinée au gibier.
Le ciel étant clair, nous décidâmes de dormir à la belle étoile, la cabane était fermée mais elle disposait d'un auvent qui aurait pu nous abriter au cas où.

Le lendemain matin, nous nous réveillâmes... détrempés par la rosée, première leçon : ne jamais dormir à découvert dans une prairie :down:
Heureusement les matinées étaient encore assez chaude en ces derniers jours d'été, tout l'équipement fut sec en moins de 2h.

Je fais une pause le temps d'upper mes photos. En attendant, je vous mets le fichier .kmz du voyage (thorgaal = Pierre, madudu = Baptiste)

Edit : c'est reparti!

(http://img27.imageshack.us/img27/2849/p1010001iq.jpg)
Madudu en train de contrôler l'humidité de son sursac

Alors que nous retraversions Boussières, sous un soleil de plomb, pour rejoindre le GR59, Madudu me demanda une petite pause pour aller se ravitailler en substance légale indispensable à sa survie, je lui accordai volontier et lui proposai de l'attendre à l'ombre d'un muret. Quand soudain, alors que nous posions nos sac, surgit... une très vieille dame, qui observa les moutons avec une joie non dissimulée, et nous invita à les faire rentrer dans son jardin et à partager un thé, j'acceptai avec plaisir. Elle me raconta son enfance dans une petite ferme en Lozère et nous discutâmes politique agricole... Puis Baptiste revint du bureau de tabac, nous bûmes le thé, du thé indien, insista-t-elle, un excellent thé en tout cas.
Finalement les cloches sonnaient 11h quand nous repartîmes, mais comme nous n'étions pas pressé, cela ne nous dérangea pas le moins du monde.
Nous suivîmes le GR59 jusqu'à Quingey et un peu au-delà, puis, arrivé sur une colline boisée et voyant le soleil décliner nous nous mîmes en quête d'un endroit agréable pour bivouaquer, cela devait devenir une routine. Nous nous arrêtâmes donc dans ce petit coin sympathique à l'écart du chemin, et nous préparâmes une excellente compote avec les fruits sauvages récoltés dans la journée.

(http://img87.imageshack.us/img87/9707/p1010010n.jpg)
(http://img718.imageshack.us/img718/240/p1010006yp.jpg)

Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: jeantroovpa le 06 janvier 2011 à 02:38:39
 ;D
Les projet long cours sabordés par quelques imprévus, ça me rappel des choses  ;)

Allez si tu manques de motivations pour continuer ton post, je t'en donne un peu; les feedbacks sont toujours super intéressants (je trouve) même si c'est pas facile à raconter.
Faudrait que je fasse le mien un jours d'ailleurs...

amitiés
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: floproteus le 06 janvier 2011 à 04:43:05
J'ai vraiment hate de lire la suite thorgaal ! ;)
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: VieuxMora le 06 janvier 2011 à 08:58:34
+1  :up:
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 06 janvier 2011 à 19:08:31
Merci pour vos réponses, en fait c'est pas tant la motivation qui manque, c'est que là je suis en wwoofing sur une ferme et ça le fait pas trop si je passe toutes mes soirées sur l'ordi plutôt qu'au coin du feu avec tout le monde, donc j'avancerai le récit tranquillement à chaque fois que j'aurai un petit moment, soyez patients  ;)

Ce soir par exemple je suis tout seul donc pas de soucis, je vais pouvoir vous en faire quelques tartines  ::)

Je reprends donc le récit au matin du 22 septembre, premier jour de l'automne (à moins que ça ne soit le dernier de l'été? je ne sais jamais...).
Après un petit déjeuner fait de chapatis secs de la veille, qu'une bonne couche de compote rendit mangeable, nous reprîmes le GR. N'ayant pas juger utile de nous encombrer de cartes (au 1/25000, il en aurait fallu des dizaines, et une plus grande échelle n'est pas très utile), nous nous raccrochions comme à un fil d'ariane à ce marquage blanc et rouge qui devait nous conduire jusqu'à Pont-d'Ain, à près de 250 km de notre point de départ, aussi n'avions nous pas trop réfléchi à ce que nous ferions une fois là-bas, à chaque jour suffit sa peine.

Le 22 septembre donc, nous reprîmes le GR, qui nous conduisit à travers une interminable forêt d'épicéas par une succession de sentiers, tantôt carrossables, tantôt trop étroit pour qu'un homme et une brebis y marche de front. Je scrutais les alentours à la recherche de champignons comestibles, car des champignons il y en avait, des centaines d'entonnoirs jaunes gluants larges comme des assiettes (des lactaires je pense), pas très ragoutants, mais je me rendis vite à l'évidence, il n'y avait rien d'autre, tant pis.

En fin d'après-midi, nous débouchâmes "enfin" sur une petite route forestière, non loin du village d'Alaise, l'occasion de faire une petite pause, et de nous mettre... Non, c'est trop facile  ;# L'occasion en revanche de prendre une petite photo de groupe grâce à un tas de bois judicieusement placé.

(http://img510.imageshack.us/img510/705/p1010014f.jpg)

La suite après la pub le repas


Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Erikson le 06 janvier 2011 à 21:34:44
Salut

Ton projet est très intéressant...
Pour se qui est des préparatifs et matos il y a de bons posts sur http://www.toutenmarchant.com/

A+
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 06 janvier 2011 à 22:22:31
Une fois dans le village, nous cherchâmes un moment le marquage GR suivant, en vain. Ce balisage capricieux allait passablement nous taper sur les nerfs par la suite, mais pour cette fois ça ne nous retarda guère, nous savions devoir passer par Myon, à quelques kilomètres de là, et nous demandâmes donc notre chemin. On nous indiqua un sentier et nous ne tardâmes pas à retrouver nos fameux traits rouges et blancs. Nous dormîmes en bordure de pré, sous un large auvent naturel formé par des branches de charmes taillées à hauteur de vache, d'une telle épaisseur que nous ne prîmes même pas la peine de monter la tarp.

Le jour suivant, nous arrivâmes à Myon dans la matinée, profitant des commodités qu'offre ce bourg pour faire quelques emplettes, téléphoner à la famille ainsi qu'à un hôte wwoof chez qui nous devions faire notre première étape. Puis nous repartîmes après un passage rituel au cimetière... pour faire le plein d'eau potable.
La nuit nous trouva sur un petit plateau boisé, et pour la première fois, à l'abri sous la tarp, car un fort vent d'ouest présageait une perturbation.

Le 24 septembre allait être un des jours les plus éprouvant de tout le voyage. A peine avions nous remis nos sacs qu'il nous fallut entamer une descente abrupte, sur un sentier étroit et glissant bordé par un à-pic d'une bonne vingtaine de mètre.

(http://img291.imageshack.us/img291/4367/p1010015e.jpg)

(http://img508.imageshack.us/img508/8707/p1010017g.jpg)

Certes pas de quoi inquiéter une brebis. Elles déambulaient au bord du vide avec une assurance déconcertante, par contre nos genoux furent sérieusement incommodés par ces 200m de descente délicate. Nous atterrîmes finalement au fond d'une gorge verdoyante où coulait un joli ruisseau, que nous suivîmes jusqu'à un petit pont dominant une cascade.
Madudu s'y lava pendant que je surveillai les brebis, mais au moment d'échanger les rôles se mirent à tomber les premières gouttes de pluie du voyage, qui nous invitèrent à ne pas nous attarder plus.
Une fois de l'autre côté de la gorge, il fallu bien évidemment remonter tout ce que nous venions de descendre, et bien plus encore puisque le GR59 nous menait jusqu'au sommet du mont Poupet, point culminant des environs. L'ascension fut longue et éprouvante, sous un léger crachin qui, s'il ne nous mouillait pas réellement, rendait cependant les roches glissantes. A chaque embranchement, je devais convaincre Madudu qu'il valait mieux rester sur le sentier balisé, et ne pas nous aventurer sur d'hypothétiques "contournement", certes moins pentus, mais dont nous n'avions aucune idée de l'aboutissement. Et puis, quitte à en baver, je tenais à monter jusqu'au belvédère.

Mais, dans les derniers mètres, le ciel se déchira, des rafales de vents soulevaient nos imperméables, et une pluie torrentielle détrempait toute partie exposée.
Nous trouvâmes un certain refuge dans une forêt de sapins en rangs d'oignon, où nous restâmes un moment en position fœtale sous nos ponchos. La pluie ne semblait pas vouloir s'arrêter de si tôt, Madudu commençait à grelotter, quant à moi, j'étais encore bien réchauffé, mais dans une position assez peu confortable, et je pris donc l'initiative de monter la tarp, ce qui se révéla salutaire.

(http://img339.imageshack.us/img339/9095/p1010021go.jpg)

La pluie ne cessa pas, mais se calma néanmoins suffisamment pour que l'on envisage d'allumer un feu, nous trouvâmes facilement du bois sec à cœur, et même quelques lépiotes à faire griller.

(http://img508.imageshack.us/img508/5420/p1010027b.jpg)

Le brouillard persista encore de longues heures, mais avec un bon feu, nous pouvions attendre le temps qu'il fallait.
Pendant ce temps, les brebis se régalait à quelques mètres de là.

(http://img833.imageshack.us/img833/7225/p1010025z.jpg)

A suivre
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: supernomade le 07 janvier 2011 à 23:21:25
Génial !! Je viens de m'inscrire sur le forum et quelqu'un m'a montré le lien de votre sujet car je suis très vadrouilleur, j'étais parti l'été dernier faire un voyage en stop du coup je vais peut être raconté mon périple aussi sur ce forum ça m'a inspiré. Je repars bientôt moi aussi (mais pas en stop cette fois) et je disais (dans ma présentation) que mon rêve aurait plus été de partir à cheval (ou un autre animal) mais je pensais ça limite impossible de nos jours (à cause des villes, routes...), la preuve que non avec vous ^^

Enfin j'ai hâte de lire la suite de votre histoire ! :D
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Benjamin le 07 janvier 2011 à 23:55:18
Super sympa le récit!  :love:

J'ai juste une question, concernant les brebis. N'y connaissant rien, je me demandais si vous pouviez les laisser en liberté comme ça à chaque bivouacs? Aucun risque de fugue? Ou vous les attachiez?

En tous cas continues d'écrire ;)

A+

-Benjamin
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 08 janvier 2011 à 18:56:15
Citer
J'ai juste une question, concernant les brebis. N'y connaissant rien, je me demandais si vous pouviez les laisser en liberté comme ça à chaque bivouacs? Aucun risque de fugue? Ou vous les attachiez?

Par mesure de prudence j'ai toujours pris soin d'en attacher une des deux, très rarement les deux. L'instinct grégaire fait qu'elles ne s'éloignent pas à plus de quelques dizaines de mètres l'une de l'autre, donc sauf risque immédiat (route, stock de nourriture sans surveillance), une seule à l'attache suffit, toujours la blanche car elle a plus l'habitude, ça évite de se casser la tête pour qu'elles ne s'emmêlent pas.

Après, je pense que pour la majorité des bivouacs j'aurais pu les laisser carrément en liberté sans risque de fugue volontaire, car ma présence les rassure, en fait je craignais surtout qu'un chien errant ou une quelconque bête sauvage leur fassent peur et les fassent fuir.

Je referme la parenthèse et je reprends le récit...
 :popcorn:

Le soleil était déjà assez bas quand le temps se dégagea, nous continuâmes notre chemin, qui rejoignit très vite une petite route. Quelques centaines de mètre plus loin, un panneau indiquait le belvédère, en haut d'un sympathique escalier en partie taillé dans la roche. Nous décidâmes de prendre le temps d'y monter, malgré l'heure tardive, afin de récompenser nos efforts de la journée. Et le ciel qui s'offrit à nous ce soir-là les valait largement...

(http://img814.imageshack.us/img814/9162/p1010030n.jpg)

(http://img202.imageshack.us/img202/4338/p1010033z.jpg)

Et un petit retardateur -pas très droit  :-[- pour immortaliser cette instant, avec vue sur Salins-les-Bains en arrière-plan.

(http://img521.imageshack.us/img521/5262/p1010031t.jpg)

Nous entamâmes ensuite la longue descente vers Salins, par un chemin parfaitement rectiligne dont l'extrémité se perdait déjà dans l'obscurité croissante. Nous y observâmes sur quelques centaines de mètres la bagatelle de sept salamandres, trahies par leur mouvements plus que par leur couleur vive mais, étonnament, peu tape-à-l'œil (question de motif certainement).
Arrivés au bout du chemin, il faisait presque nuit noire, nous débouchâmes sur une route et nous ne réussîmes pas, même avec la frontale, à repérer la balise GR suivante.
Nous fûmes donc contraint de suivre la route, étroite et relativement passante, qui serpentait vers la ville en contrebas. J'enfilai mon gilet fluo sur la brebis de tête, alors que Madudu signalait notre présence à chaque véhicule avec la frontale.

Fatigués, nous guettions de chaque côté de la route un endroit propice à un bivouac de fortune, mais il n'y avait que des prairies pentues, détrempées, et proprement clôturés, qui firent place aux maisons, de plus en plus serrées, quelques kilomètres plus loin. Nous ne pouvions plus éviter la traversée de la ville ce soir-là, alors, tant qu'à faire, nous tenions à en profiter pour manger copieusement. Avec les brebis, difficile de manger sur place, nous cherchâmes donc quelque chose à emporter. Évidemment, nous apprîmes en nous renseignant dans un café que les deux kebabs de la ville étaient exceptionnellement fermés, et que la pizzeria fermait à 20h30, il était 45... Murphy quand tu nous tiens...
Le clocher venait de sonner neuf coups quand nous aperçûmes une lueur d'espoir : celle d'une boulangerie encore éclairée. Madudu pousse la porte, c'est ouvert...
De la pièce voisine d'où parviennent des voix joviales surgit un homme, un vrai, un tatoué...
"-Vous êtes ouvert? demande Madudu d'une voix hésitante.
- Ben oui c'est ouvert! Ca se voit pas?! J'suis avec des potes alors je laisse ouvert!"
Madudu lui expose brièvement la situation, et fais un signe vers la porte où j'attends avec les moutons.
Un grand sourire illumine le visage du bonhomme, il nous proposent des sortes de croque-monsieur. Nous lui en prenons deux. Il nous en offre deux autres ainsi qu'un pain de campagne, deux croissants et deux pains au chocolat pour le petit déjeuner, bénit soit-il!

Il nous indiqua aussi comment rejoindre Arbois par les petites routes. Puis nous nous abritâmes sous un porche à quelques pas de là pour nous rassasier, tandis qu'il recommençait à pleuvoir.
Avec nos moutons, nous attirâmes bien quelques curieux, plutôt sympathiques, puis l'averse passa et nous repartîmes en direction d'Ivory.
Un petit chemin obscur et raide nous amena sur le plateau de l'autre côté de la ville. Il y eut encore quelques bruines, puis le ciel se dégagea complètement et fit place à la pleine Lune.
Réalité où simple impression dûe à l'épuisement, nous nous sentîmes plus léger et décidâmes de continuer jusqu'à trouver un lieu de bivouac confortable.
Nous traversâmes en silence quelques hameaux endormis fait de fermes monumentales (ou "pastorales", comme on les appelle en Franche-Comté), côtoyâmes quelques troupeaux de Montbéliardes curieuses et encore éveillées.
Minuit devait être largement passé quand enfin nous trouvâmes une forêt accueillante où nous montâmes le camp à tâtons.

Toute la journée du lendemain, il plut à verse et nous restâmes au lit à fainéanter, ne nous levant que deux ou trois fois à tour de rôles pour faire brouter les bêtes à l'occasion d'éclaircies, sur le bas côté de la route toute proche.

(http://img801.imageshack.us/img801/348/p1010037rr.jpg)

Cependant, nous étions attendus à Saint-Maur trois jours plus tard, et nous décidâmes donc de reprendre la route vers 17h, alors que le temps s'arrangeait.
Nous arrivâmes à Arbois à la tombée de la nuit, continuâmes jusqu'à Pupillin par le vignoble, non sans goûter quelques grappes de raisins au passage, Dieu nous pardonne...
La pluie avait entre temps repris, et nous nous arrêtâmes un moment sous un porche à Pupillin. Puis nous continuâmes vers le Sud à la boussole, quittâmes la route et tendîmes la tarp quelques centaines de mètres plus loin contre une table de pique-nique, le seul endroit plat et pas trop humide qui s'offrit à nous.

à suivre

Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 10 janvier 2011 à 20:58:28
Le 26 septembre, nous arrivâmes à Chamole vers midi, et une petite coopérative de Comté attira notre oeil affamé. Madudu alla voir de plus près, elle était fermée, bien sûr, c'était dimanche.
Dans la nature il ne faut pas longtemps pour perdre le fil des jours et des semaines...
Un homme avait apparemment compris notre embarras, il vînt à notre rencontre et nous invita à manger au chaud chez lui.
"-Vous avez un casse-croute, nous demanda-t-il.
-Oui oui, répondîmes-nous timidement."

Il nous laissa disposer librement de la cuisine. Nous avions effectivement quelque chose à cuisiner : du maïs à bestiaux glâné dans un champ la veille...
Pas très appétissant, même longuement bouilli... ou peut-être n'avions-nous pas assez faim.
Quand il revînt et constata notre menu, il nous proposa une plâtrée de nouille, nous ne refusâment pas...
Il nous indiqua ensuite le moyen le plus simple selon lui d'atteindre Saint-Maur, notre objectif du lendemain, ainsi qu'un endroit où passer la nuit : une cabane de l'ONF à disposition des promemeurs.
Après une douzaine de kilomètre sur une petite route forestière où une ribambelle de 4x4 n'a cessé de faire des allées et venues à la poursuite de quelques malheureux sangliers (vive la chasse au téléphone!), nous atteignîmes effectivement cette fameuse "cabane", mais le terme n'est en fait pas très aproprié.

(http://img267.imageshack.us/img267/2333/p1010041xk.jpg)

La "cabane" était d'une propreté étonnante, mais dénuée de tout aménagement, comme si la construction venait d'être terminée, le rez-de-chaussée était divisé en deux pièces, dans la première il y avait un four à pain à moitié effondré, et dans la deuxième un gros poële à bois rouillé, mais il n'y avait pas de conduit de cheminée.

Nous le déplaçâmes dos à une fenêtre en espérant que la fumée parte à l'extérieur, mais la fumée est toujours capricieuse... le poële resta quand même allumé le temps de réchauffer notre maïs, que nous finîmes tout de même par avaler, puis, mes poumons non fumeurs étant un peu plus sensible que ceux de Madudu, je sortis respirer de l'air, certes froid et humide, mais pur! Quand la fumée se dissipa suffisament pour que j'ose remettre mon nez à l'intérieur pour aller me coucher, la cabane était aussi froide que si nous n'avions pas chauffé. Et je me demande d'ailleurs si je n'aurais pas mieux dormi dehors sous la pluie qu'à l'intérieur sur ce sol en pierres glacial.
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 13 janvier 2011 à 15:16:41
Le 27 septembre, la matinée est brumeuse, mais nous tentons quand même de partir de bonne heure, car l'étape du jour est longue (oui, je passe au présent de narration, le passé simple ça va bien 5 minutes, mais à deux ça fait beaucoup de ^  ;#, fin de la parenthèse grammaire).

La journée ne sera faite que de petites routes banales de villages en villages, tellement banales d'ailleurs que nous comptons les kilomètres...

D'abord 3 ou 4 kilomètres de forêt, nous somme à Le Fied vers 9h, puis 3km pour Fay-en-Montagne, 6km jusqu'à la Marre, 8km pour Crançot, jusque là tout va bien.

Encore 2km et nous arrivons en vue de Vevy. Mais soudain, la brebis blanche, qui d'habitude prend plaisir à mener la marche, n'avance plus, elle freine de toutes ses forces.
Rendu irritable par cette marche forcée, je commence par m'énerver et la faire avancer de force, mais quelques mètres plus loin, je dois me rendre à l'évidence, quelque chose ne va pas, je l'examine rapidement : elle saigne au bout de la patte arrière droite, les onglons sont rabottés presque jusqu'à l'os, l'arrière gauche ne vaut guère mieux. Pourtant, jusqu'à maintenant, nous n'avions pas eu de problèmes, mais il faut dire aussi que jamais nous n'avions fait autant de route, et le bitume, ça use les onglons aussi efficacement que du papier de verre... Tant pis nous ferons une étapes plus longue pour laisser tout ça repousser, mais en attendant, nous devons arriver à Saint-Maur. Je désinfecte la blessure avec un mélange d'huiles essentielles, et la protège avec un bout de sparadrap qui, contre toute attente, tiendra jusqu'à l'arrivée. La brebis souffre un peu, mais avec quelques mots gentils, elle avance courageusement. Quant à Ethiopie, la brebis noire, elle n'a pas ce problème, ces onglons sont en corne noire, réputée plus dure.

Nous passons Vevy, puis atteignons Publy après encore 4 laborieux km, nous quittons la route pour longer une colline en direction de Saint-Maur. Sur ce chemin de terre, la brebis reprend son rythme habituel, c'est donc bien le goudron qui la fait souffrir.
Saint-Maur s'étend sur la colline d'en face, nous nous rendons plus exactement à Bio-Lopin, un éco-hameau, nous demandons notre chemin dans un bar-sandwich-boite-de-nuit-location-de-quad en bordure de route, où on nous apprend que ce n'est pas vraiment à côté de Saint-Maur, mais à encore quelques kilomètre de là, sur la route d'Orgelet.
Nous prenons donc la route en question, une grosse départementale empruntée par un flux ininterrompu de camions. La nuit commence à tomber, les brebis sont terrorisée par tout ce vacarme. Nous sommes à bout de nerf, prêts à nous effondrer sur le bas côté et à dormir là si nous ne trouvons pas ce foutu hameau dans les 10 minutes!
Il fait presque nuit noire et nous prenons des phares en pleine tronche toutes les 3 secondes, malgré tout, nous apercevons enfin un petit groupe d'étranges maisons à quelques centaines de mètres, de l'autre côté de la route. Ni une ni deux, nous traversons et coupons à travers champs, c'est bien là, nous y resteront 3 jours et 4 nuits.
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 13 janvier 2011 à 15:51:25
Nous repartons le 1er octobre vers midi, n'en pouvant plus du goudron, nous rattrappons le GR59 vers Saint-Maur, celui-ci fait un crochet vers le Nord jusqu'à Lons-le-Saunier, où Madudu descend faire quelques courses.

(http://img267.imageshack.us/img267/9129/p1010047n.jpg)

Nous campons sur une petite butte tranquille en plein milieu de Montaigu, au réveil, la vue sur le village de Rouget de Lisle, auteur de la Marseillaise, est pittoresque :

(http://img84.imageshack.us/img84/3489/p1010043vr.jpg)


Nous suivons le GR toute la journée sur les crêtes du Jura, panorama magnifique à 360°, et cela pendant des heures et presque sans dénivelé! Le rêve.

(http://img152.imageshack.us/img152/4480/p1010055j.jpg)
(http://img593.imageshack.us/img593/3605/p1010056j.jpg)
(http://img688.imageshack.us/img688/4839/p1010058b.jpg)

En fin de journée, nous traversons Saint-Laurent-La-Roche, nous y croisons une sympathique vieille dame qui nous invite à boire un verre, nous remplit nos bouteilles d'eau
et nous donne même un paquet de petits écoliers, que nous apprécions à sa juste valeur  :love:

Le jour suivant est moins agréable, nous perdons une nouvelle fois le GR (p#t#*n de balisage de m&^d€!), et la boussole nous emmène plus d'une fois dans un cul-de-sac. A part ça tout baigne.
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Madudu le 13 janvier 2011 à 16:05:09
Mon ami, tu oublies la bouteille de pinard qu'elle nous a donné !  ;D
Je suis étonné par ta mémoire, je ne me souvenais de presque aucun détail  :o Mais bon je suis comme ça, je ne retient pas grand chose des choses qui passent  :(

Je tient à préciser que la photo sur laquelle on me voit poser à la napoléon (main dans la poche au niveau du buste) à, bien entendu, était prise dans un contexte ironique  ::)
Titre: Re : Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 13 janvier 2011 à 16:29:20
@Madudu : tes commentaires sont bienvenus, je me souviens de pas mal de détails, mais effectivement, j'avais oublié la bouteille de pinard, chacun son truc  ;D

Le 4 octobre, nous n'avons toujours pas retrouvé le GR, mais nous avançons tant bien que mal vers le Sud, de hameaux perdus en trous paumés...

Dans la matinée, il pleut quelques gouttes, mais rien d'embêtant. En revanche, en début d'après-midi le temps se gâte sérieusement, bourrasque, pluie forte, etc...

Nous cherchons refuge dans une ferme, mais il n'y a personne, il y a pourtant une voiture dans la cour et deux béliers dans un petit parc, à part ça tout pousse à croire que l'endroit est abandonné.

Tout est fermé, nous trouvons refuge sous un petit auvent en tôle, mais il est bien attaqué par la rouille et fuit de toutes parts, nous tendons la Tarp tant bien que mal, le vent ne cesse de tourner, mais nous sommes au seul endroit où le sol est encore à peu près sec, alors pas question de bouger.

Dans la prairie face à nous, l'agriculteur voisin épand successivement 5 bennes de fumier sous une pluie battante :o.

Nous restons la plusieurs heures à le regarder en attendant que la pluie se calme. Au bout d'un moment, il s'arrête et entreprend de rentrer ses vaches pour la traite, celle-ci doivent passer sur la route juste devant nous, mais elles ont l'air effrayés par mes moutons. Je sors les cacher derrière une haie, les vaches, à peine rassurées, passent devant nous au petit trot, une à une.
Le paysan les suit, nous saluons, il nous dit un rapide "bonsoir" et continue son chemin en nous ignorant totalement. Nous en sommes presque frustrés : nous sommes là, au bord de la route depuis des heures, assis sous un abri de fortune par un temps épouvantable, et il ne nous a pas posé la moindre question, c'est tout juste s'il nous a regardé.

La pluie se calme un peu, nous décidons de retenter notre chance en allant lui acheter du lait. Pas de problème, c'est 50c le litre, nous en prenons 3. Sa femme nous sert avec un sourire rituel. Pas un mot de trop, nous repartons avec notre lait, mais nous aurions bien aimé qu'on nous propose de nous mettre au chaud, ce qui paraissait quand même assez naturel vu les circonstances. Mais bon, les traditions se perdent...

La pluie est maintenant très faible nous repartons pour trouver un endroit où dormir, la nuit tombe très vite et la frontale n'a presque plus de piles, nous sommes forcés de nous installer dans un pré clôturé, c'est contre nos principes mais c'est notre seule chance d'être à peu près bien installés...
L'herbe y est bien rasée et il y a des bouses partout, mais pas de vaches en vue, ce pré ne va probablement plus être utilisé cette saison, après un tout rapide pour vérifier qu'il n'y a vraiment plus de bétail nous nous installons en vitesse dans l'obscurité croissante.

Pendant la nuit, je suis sujet à quelques problèmes intestinaux, tandis que la pluie à bien évidemment repris de plus belle. Après réflexion, j'ai assez vite fais le lien avec les noix fraîches dont je me goinffrais la veille, sans prendre la peine d'enlever la peau. Il me fallut bien ça pour comprendre qu'éplucher les noix fraiches n'est pas vraiment une perte de temps, à la fin on s'y retrouve  ::)
Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 13 janvier 2011 à 17:09:35
Pour ceux qui l'aurait zappé, je vous redonne le .kmz du voyage, à ouvrir avec google earth, vous pouvez désactiver les repères pour y voir plus clair (pour ceux qui n'ont pas GE ça marche aussi en ligne avec gpsvisualizer).
Je précise que j'ai pas de GPS donc j'ai refait la trace de mémoire en m'aidant des notes prises pendant le voyages, si je me suis pas planté ça doit coller avec le récit.

trace.kmz (http://www.davidmanise.com/forum/index.php?action=dlattach;topic=32936.0;attach=12359)
Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Madudu le 13 janvier 2011 à 17:10:11
Le lendemain matin, nous sommes réveillés par... une vache  ;#
Je sais pas d'où elle sortait, j'avais fait le tour de la pâture la veille   :huh:
Mes boyaux vont mal, de même que Thorgaal, mais pour ma part il s'agirait plutôt du lait qui fût ma seule nourriture de la journée précédente. Et comme un malheur ne vient jamais seul, j'ai un terrible mal de dos, sans doute dû à la position dans laquelle j'ai dormi. D'une manière générale j'ai du mal à dormir sur du dur, et ce n'est pas le therm a rest qui rend la chose confortable...
Le mal de dos passe à mesure que je bouge, mais la douleur subsistera encore un moment (plus d'un journée me semble-t-il).

Pour la suite, Thorgaal ?  ;#
Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 13 janvier 2011 à 17:43:59
Y faut tout faire ici !  :wife:

Madudu, tu penseras à mettre ta liste de matos et son évolution, de mémoire j'étais pas sûr alors je l'ai pas donné.

Le lendemain donc, la pluie n'ayant pas cessé, ce fut grasse mat' pour tout le monde, malgré la vache qui, après avoir fait le tour de la tarp en la reniflant avec curiosité, et en prenant heureusement soin d'enjamber les haubans, s'en fut dans la partie haute du pré, et on ne la revit pas.

Pendant ce temps les brebis profitait elles aussi des quelques touffes d'herbe grasse restantes.

(http://img593.imageshack.us/img593/5975/p1010060p.jpg)

Vers midi, la pluie cessa et nous pliâmes finalement bagages (ça y est je suis reparti dans les "âmes"  :glare:).

(http://img254.imageshack.us/img254/9346/p1010059d.jpg)

Un fois sortis du pré, Madudu jeta un oeil à la boussole, et fut pris d'un affreux doute... "Dis-moi Pierre, le côté rouge de l'aiguille, ça indique le Nord ou le Sud?"
"Heu, le Nord, il me semble"
"Eh m*rde..."
Nous étions en train de nous rendre compte que la veille au soir, nous avions marché dans la mauvaise direction pendant près d'une heure. Je précise que je suis autant en cause que lui, puisque j'avais parfaitement remarqué que nous laissions le soleil couchant sur notre gauche, sans que cela me choque le moins du monde.
Mais passons, cette erreur fut vite rattrappée. Et nous retombâmes même très vite et par le plus grand des hasard, sur le balisage du GR.
Et ce fut à nouveau un chemin de crête magnifique, d'où nous entrevîmes même le Mont Blanc (petit point au milieu de la photo), et qui nous mena jusqu'à Coligny.

(http://img402.imageshack.us/img402/1199/p1010061n.jpg)

à suivre
Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Ishi le 13 janvier 2011 à 17:53:28
Votre périple fait chaud au coeur.  :love:
 :akhbar:
Steph
Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: bushiben le 13 janvier 2011 à 17:54:37
Une p'tite question en passant, Madudu quel est l'objet qui dépasse de ton sac (là ou tu as attaché le sac de châtaignes je présume), un gourdin ?, un moulin a poivre ?, un sexto...? heu!! non je m'égare la...  ;)

Peut être un manche de pelle non ?

CS je parie?
Titre: Re : Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 13 janvier 2011 à 18:22:45
Peut être un manche de pelle non ?
CS je parie?

Bien vu  :up:
Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Madudu le 13 janvier 2011 à 21:14:18
En parlant de matos, et pour répondre à la demande de Thorgaal : pour être parfaitement franc, le matos a évolué pas mal, et je ne sais pas vraiment dans quelle direction  ;#
Hem...je posterais ça demain, une fois le sac vidé et son contenu identifié. Je vais faire des découvertes, c'est un peu n'importe quoi ma liste de matos actuelle  ;D

D'ailleurs j'ai un peu travaillé ça cet aprem', et il faut vraiment que je mette de l'ordre là-dedans  :closedeyes:

La pelle CS va probablement jarter, même si elle est bien pratique dans certaines situations, ça ne justifie pas ses 800g. En gros elle ne me sert guère qu'à racler le sol sous le tarp et à enfouir mes crottes... ce qui est relativement limité, même si accessoirement elle me permet de faire du petit bois pour le réchaud. Ce dernier risque de jarter aussi, pas pour son poids, mais pour sa faible utilité et la difficulté que j'ai à lui trouver une place dans le sac ou à l'extérieur (dans ce cas il a une fâcheuse tendance à s'agripper à tout ce qui lui passe sous les griffes). Et puis, pour être honnêtes, la performance n'est pas au rendez-vous. Il ne saurait trouver d'utilité que pendant l'été dans les coins où un feu de camp, même petit, comporterait des risques non-négligeables. Coins dans lesquels je ne prévois pas de me trouver en été. Bon, après, j'ai un peu du mal à lacher ces deux items, parce qu'ils sont parfois pratique. Faut savoir faire des concessions  :closedeyes:

Sinon, je pense sérieusement à changer de sac. Le mien est pas super bien foutu, il tire vers l'arrière plutôt que de ramener le poids sur les hanches... En plus y a plein de trucs que je dois faire pendre à l'extérieur ou bien que j'attache comme je peux, ce qui ne permet pas d'ouvrir le sac sans tout démonter. Et ça, à la longue (même au début en fait), c'est chiant  :glare:

Ce dernier problème devrait être résolu par mon Grand Projet de Veste/Kilt/Sac de couchage... encore faut-il que je l'achève, ou pour dire plus franchement, que je le commence  ;# J'en suis encore à la conception, et je piétine un peu.

Enfin bon, j'arrête là, je mettrais ma liste ici demain  :)
Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 14 janvier 2011 à 11:45:25
Bon, revenons-en à nos moutons (facile  :-[).

Le 6 octobre au matin, c'est la première vraie gelée du voyage, ce qui nous permet de goûter enfin des cynorrhodons blêts, et même, ô miracle, de tomber sur un beau tapis de châtaignes en fin d'après-midi, peu avant Coligny. Etant donné que c'était la première fois du voyage que l'on voyait de beau chataîgners, et à fortiori de belles chataîgnes, nous en avons fait une sacrée provision (dont une partie seulement est visible sur le sac de Madudu...)

Nous traversâmes Coligny, y fîmes quelques emplettes, mais en arrivant à la sortie de la ville, nous nous souvînmes que nous n'avions plus d'eau. Nous étions alors devant une petite maison de lotissement, la dernière de la ville, où M. Bidochon (ressemblance frappante) venait de monter avec sa voiture, Madudu s'approcha pour quémander de l'eau, quand une voix de femme, méprisante, retentit :
"Ah, j'étais sûr qu'ils allaient venir chez nous ces deux-là!"
Madudu insista un peu : "on voudrait juste de l'eau"
Pas de réponse, c'est finalement leur fils, du haut de ses 1m20, qui sortit nous faire signe de partir...
Si j'avais un timbre à gaspiller, ces gens-là, je leur écrirais bien une carte de voeux, mais pas des meilleurs!

Bref, nous avons finalement trouvé de l'eau dans un garage automobile un peu plus loin, où les gens, même en plein travail, furent nettement plus sympathiques!

Nous remontâmes ensuite sur le plateau au Sud-Est de la ville, où nous trouvâmes une cabane à bestiaux bien à l'abri des regards.
La journée du lendemain s'annonçait magnifique, et nous décidâmes de rester là pour faire notre lesssive et prendre le temps de transformer des chataîgnes (il y en avait d'ailleurs d'autres dans le bois juste à côté).
Le lendemain, madudu redescendit en ville chercher du sucre pour faire de la confiture.

(http://img341.imageshack.us/img341/3163/p1010065am.jpg)
(http://img522.imageshack.us/img522/5157/p1010066h.jpg)

Nous descendîmes aussi laver notre linge au cimetierre du village voisin, juste en bas de la route (le plus pénible étant de remonter le seau de linge mouillé...).
Nous avons utilisé de la cendre bouillie en guise de lessive (à l'arrache, sans rien filtrer ni tamiser...), ce qui se révèla très efficace, avec même une surprennante odeur de lessive du commerce.
Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 14 janvier 2011 à 12:15:06
Le 8 octobre, le linge n'étant pas tout à fait sec, nous ne repartîmes que vers 10h. Nous reprîmes le GR qui nous emmena sur un petit sentier rocailleux le long d'une falaise, où une fois encore les brebis furent beaucoup plus à l'aise que nous. J'ai d'ailleurs oublié de préciser qu'elles n'avaient plus de bât depuis quelques jours, car les sangles leur irritaient trop le ventre, j'avais donc repris le seau et la tente dans mes affaires, ne voyant pas de raison de continuer à les emmerder pour 2 kilos que je pouvais porter moi-même sans en souffrir.
Nous fîmes une pause dans une petite niche très sympathique au milieu de la falaise, avec une vierge sculpté dans un cep de vigne et exposée derrière une petite fenêtre à côté d'une impressionnante cheminée naturelle.
Puis nous continuâmes et arrivâmes au pied du mont Myon en fin de journée.
Le ciel était magnifique et nous decidâmes de continuer et de dormir au sommet pour profiter des étoiles.

Nous y trouvâmes finalement un refuge, où un homme d'une quarantaine d'année s'était retiré pour le week-end afin d'y faire une cure de raisin...
Alors que Madudu passait la soirée à philosopher avec lui, je décidai de monter dormir à la table d'orientation, la nuit fut superbe, bien qu'un peu ventée.
Quant à la vue au réveil, je vous laisse en juger...

(http://img510.imageshack.us/img510/8841/p1010082c.jpg)

(http://img195.imageshack.us/img195/466/p1010076cj.jpg)

Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: ouroumov le 14 janvier 2011 à 12:28:47
Epatant.
Je poste histoire de voir les updates de ce post dans "Réponses à vos messages", désolé si ça manque de signal. \o/
Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: lapindu11 le 14 janvier 2011 à 12:39:48
j adore!!! vivement la suite!!
 :popcorn:
Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: VieuxMora le 14 janvier 2011 à 12:49:20
Les gars, vous êtes vraiment les "génies des alpages" !  ;) (facile, mais je n'ai pas pu m'en empêcher)
Votre récit est vraiment un grand bain de fraîcheur dans ces temps durs.
Pouvez vous nous faire parvenir le point de vue des brebis ?
Je suis étonné que leur présence à vos cotés n'ait pas amadoué les personnes qui vous ont refusé de l'eau. :down:

Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Madudu le 14 janvier 2011 à 13:15:19
Les brebis ont souvent amadoué les gens, mais ceux qui nous ont refuser l'eau -les seuls- nous prenaient sans doute pour des drogués-jeunes-clochards-bizarre-dangereux-parasite...

Bon, faut bien dire ce qui est, les brebis elles sont bien gentilles, mais elles sont aussi chiante ! D'ailleurs elles devaient se douter de mes mauvais sentiments à leur égard, elles prenaient soin de ne pas pisser ou chier sur les affaires de Thorgaal, pour moi elles faisaient moins attention  ;#

Et puis du coup les routes en deviennent vraiment relou, parce qu'il faut toujours faire attention aux brebis, à leur position. Puis des fois y a pas de place à coté de la route, auquel cas c'est encore plus chiant. Même si elles se sont assez vite habituées aux voitures, ça n'a pas été le cas avec les camions et les grosses départementales en deviennent encore plus insupportables, et je ne parle pas des nationales !  >:(
Sur les petits chemins, pas de problèmes. Sauf quand il faut surveiller la petite (la noire) parce qu'elle a décidé de ne pas avancer  ;D

L'autre problème, c'est que j'aime pas attiré l'attention outre mesure. Alors quand on tient des brebis en laisse dans les rues d'une ville ou d'un village...

C'est, entre autre, pour ça qu'on s'est séparer. Mais je n'exclue pas de me prendre quelques chèvres ou brebis pour la route. Ce ne sera pas pour tout de suite, mais ça pourrait venir. Je vais d'abord voir ce que ça donne via l'expérience de Thorgaal sur 4 saisons, et voir si la production de lait/viande peut être intéressante.
Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 14 janvier 2011 à 19:18:57
Arrête de raconter la fin, ça sert à quoi que j'entretienne le suspense !  >:(

Je reprends donc au Mont Myon, dont nous descendions d'un bon pas en ce joli matin du 9 octobre 2010.
Nous remontâmes ensuite sur une autre crête, dont l'étroit sentier balisé suivait l'arrête en serpentant entre les buis sur près de 15 km, une éternité quand on ne voit que des buis, des buis et des buis, et que nos réserves d'eau sont presques épuisées.
En fin de journée, nous perdîmes une nouvelle fois le GR sans comprendre ce que nous avons bien pu rater... nous continuâmes donc une nouvelle fois à la boussole, traversâmes le petit village de Montmerle où nous pûmes remplir nos bouteilles à une fontaine (où, chose de plus en plus rare, il était inscrit "eau potable").
Puis nous nous mîmes en quête d'un endroit où dormir sur les collines voisines, nous trouvâmes assez vite une zone de petits prés embroussaillés parfaits pour les brebis. En bordure de l'un d'eux quelques vieux buis formaient un abri accueillant pour les hommes, l'endroit idéal pour tout le monde!

Le lendemain matin, Madudu eut beaucoup de mal à se lever, il faut préciser qu'il n'est déjà pas vraiment du matin d'habitude, mais alors quand ça va pas, c'est pire que tout.
Bon, il faut dire ce qui est, Madudu il est bien gentil, mais, le matin, il est surtout chiant. C'est, entre autre, pour ça qu'on s'est séparés  ;).

Ce jour-là, nous partîment finalement vers 13h, depuis notre campement, nous coupâmes à travers bois pour éviter de revenir sur nos pas.
Ce ne fut certainement pas un gain de temps, mais le décors féérique vallait bien ce petit effort supplémentaire.

(http://img412.imageshack.us/img412/4599/p1010086q.jpg)

En bas de la colline, nous  longeâmes un champ de maïs au bord duquel se dressaient des chénopodes blancs en graines. Nous en récoltâmes une bonne quantité en très peu de temps :

(http://img403.imageshack.us/img403/350/p1010090i.jpg)
 
Nous arrivâmes péniblement à Villereversure vers 18h, dans la ville, il était indiqué : "Neuville-sur-Ain 14" (nota bene).
Nous dûmes continuer encore une bonne heure de nuit pour trouver un endroit où dormir, en l'occurence au bord d'une petite rivière, dans une prairie incroyablement vaste. (d'ailleurs je viens de voir qu'elle a même un nom sur la carte IGN : la prairie de Bohas).

Le chénopode fut un peu long à cuire (à deux eaux à cause des saponines qu'il contient, comme son proche parent le quinoa), mais j'ai trouvé ça assez bon, je crois que Madudu n'est pas de mon avis.

Le matin suivant, j'ai vainement tenté de pêcher pendant que Madudu se réveillait difficilement, puis j'ai préparé une confiture pomme-coin-sureau, notre récolte de la veille, pendant que Madudu travaillait sur la capuche de son projet de poncho-tarp.

(http://img844.imageshack.us/img844/2346/p1010093z.jpg)

(http://img593.imageshack.us/img593/7960/p1010096s.jpg)

En traversant le village voisin, un famille très sympathique nous invita à manger un reste de gratin dauphinois (un reste de leur repas car il était déjà 15h...), quand nous repartîmes de chez eux vers 16h, nous avions parcouru grosso-modo 500m depuis notre lieu de bivouac.

Une paire de kilomètres plus loin, nous rencontrâmes un vieux paysan, nous passâmes une bonne heure à refaire le monde avec lui, et il nous donna une énorme courgette (une grosse courge quoi...  ::)) dont il ne savait que faire.

Quand nous dressâmes le camp à la tombée de la nuit en bordure d'une rivière à sec, nous n'avions pas dû parcourir plus de 5 kilomètres...
Alors certes, "on est pas pressé", mais à ce rythme-là, on est pas près de faire le tour du monde... (d'accord, le but c'est pas non plus de faire le tour du monde -pas encore  :-\- mais quand même, ça m'a gonflé)
Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Madudu le 15 janvier 2011 à 01:18:04
Citer
Bon, il faut dire ce qui est, Madudu il est bien gentil, mais, le matin, il est surtout chiant. C'est, entre autre, pour ça qu'on s'est séparés  {$default_wink_smiley}.

Certes, il faut que je me fasse vraiment violence si je veux me lever de bonne heure, tout comme s'il faut que je me couche de bonne heure...

Il est temps de le dire, nous nous sommes séparés par ma faute essentiellement. Et une fois seul, étrangement, j'arrivais mieux à me lever. Même si, pas de miracle, ce n'était pour autant pas très tôt.

Le rythme de Thorgaal est bien mieux adapté à la vie dehors, et mon rythme est spécialement inadapté aux jours courts  :)
Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 15 janvier 2011 à 17:48:59
Citation de: arni
Bravo à toi de savoir reconnaitre cela

+1  ;)

Le 12 octobre, nous partîmes encore une fois très tard, mais cette fois Madudu n'y était pour rien, nous voulions en effet expérimenter une confiture de prunes sans sucre, simplement en les faisant très longuement réduire (au final, les brebis trouvèrent ça très bon  :bheurk:, d'ailleurs c'est un des intérêts des brebis : elles font la vaisselle  ;#)

(http://img291.imageshack.us/img291/260/p1010106y.jpg)

(admirez le système de suspension de la marmitte  8))

Nous atteignîmes Neuville-sur-Ain en fin de journée, et dormîmes en lisière de forêt, juste au-dessus de la ville.

Cette nuit-là, j'enrageais d'avoir mis trois jour pour faire 14 maudits kilomètres, quant à Madudu, il dormit mal lui aussi, et passa la nuit à donner des noms gentils à mes brebis chaque fois qu'elles approchaient de ses affaires (je ne répéterai rien pour ne pas heurter la sensibilité des plus jeunes d'entre nous, mais je dois bien reconnaître aussi qu'elles prennaient sans doute un malin plaisir à le faire).

Le lendemain matin, décision fut prise de nous séparer, en bons termes, dès que Madudu aurait pu retirer de l'argent et me rendre les quelques sous qu'il me devait, à priori juste après Pont-d'Ain.

Nous longeâmes donc l'Ain sur quelques kilomètres, et nous arrivâmes à la poste de Pont d'Ain vers 11h50, et comme elle fermait à midi, c'était évidemment fermé depuis 5 minutes.
Nous attendîmes donc la réouverture à 13h30 sur un banc au bord de l'Ain.
Commes il nous restait un peu de pain sec que nous avions récupéré la veille pour les brebis, nous tentâmes d'attirer quelques canards (sans aucune intention carnassière bien entendu), mais ces cona canards n'étaient pas vraiment apprivoisés, et refusèrent poliment l'invitation à notre dîner d'adieu...

Finalement, après un passage à la Poste, nous traversâmes l'Ain, continuâmes le long de la route d'Ambérieux jusqu'à un hypermarché où nous pûmes chacun acheter une lampe de poche (nous n'avions jusque-là qu'une vieille frontale pour deux). Pour le reste, chacun était en principe autonome.

Nous quittâmes ensuite la route dès que possible, en obliquant entre deux champs de maïs. Nous avancions alors au milieu d'une "affreuse plaine céréalière", qui, bien que sentant la pollution à plein nez, se révéla en fait très propice à la survie.
D'abord par la facilité à s'orienter entre les chemins agricoles rectilignes et souvent orientés N-S ou E-O, ensuite par l'abondance de céréales sauvages en bord de chemin (chénopodes, amaranthes, sétaires, panics...), et enfin par la possibilité de glaner dans les champs après récolte. Nous rammassâmes ainsi des graines de soja et de tournesol, qui, si elle n'étaient certainement pas bios, avaient l'avantage d'être gratuites, abondantes et savoureuses...

Nous atteignîmes Ambronay en fin de journée, mais ne trouvant nul endroit pour bivouaquer dans ces lotissement qui n'en finissaient pas de s'étendre, nous nous retrouvâmes directement à Douvres, et il faisait déjà bien sombre quand nous trouvâmes enfin un coin propice, dans un bosquet au milieu d'une prairie.

Le repas fut "festif", tournesol grillé, riz-lentilles et châtaignes.

Le lendemain matin, nous partageâmes les vivres et je partis le premier, nous ne nous sommes toujours pas recroisés  :blink:

A partir de là, je vais enchaîner sur le récit de mon aventure en solitaire (enfin presque en solitaire  ;)), Madudu en fait autant sur un nouveau fil : [récit de voyage long cours] côté Madudu (http://www.davidmanise.com/forum/index.php/topic,42615.0.html)
Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 16 janvier 2011 à 19:39:45
La séparation eu donc lieu en ce matin du 14 octobre, après tout de même 3 semaines de voyage en commun.
Voilà, j'étais seul (enfin débarrassé de ces fichus accents circonflexes ;D), et il ne me fallut pas longtemps pour comprendre que cette journée allait être laborieuse.
Premièrement, le ciel était voilé, ce qui m'embêtait un peu puisque je me retrouvais sans carte ni boussole (nous n'en avions pris qu'une pour deux, celle de Madudu en l'occurence).
Sur le coup je m'étais dit que je m'en passerais bien le temps que mes parents m'envoient la mienne, mais déjà, je me retrouvais planté à un croisement sans avoir la moindre idée de ma direction... au bout d'un moment, trouvant le ciel un peu plus clair d'un côté, je décrétai que ça devait être le Sud-Est (ou bien un nuage un peu moins épais que les autres...).
Quelques centaines de mètres plus loin, je croisai heureusement un vieux chasseur qui m'aiguilla plus précisément.

Deuxième mauvaise nouvelle, pas moyen de faire avancer correctement les brebis, elles freinaient toutes deux des quatre fers, cherchaient à faire demi-tour, et tournaient sans cesse la tête pour bêler, se demandant sans doute pourquoi nous n'attendions pas Madudu... comme quoi, elles te taquinaient, mais en fait, elles t'aimaient bien!  :lol:

Et comme si ça ne me suffisait pas de trainer deux brebis récalcitrantes, j'atteris, sans trop comprendre comment, en plein centre-ville d'Ambérieux-en-Bugey, et je dus suivre l'artère principale jusqu'à l'autre bout de la ville, je vous laisse imaginer le spectacle  ;#
De plus, nous étions à quelques semaines de l'Aïd, et je n'ai même pas compté combien de fois on m'a proposé de vendre mes bêtes. Et bon sang que ça me démangeait de le faire... J'eus beau les menacer de les céder au premier musulman venu si elle continuaient à refuser obstinément d'avancer, rien n'y fit. Attachées l'une derrière l'autre, je les tirais tantôt de la main droite, tantôt de la gauche, pour ne pas me vriller trop le dos. Mais j'ai tenu bon, ça aurait été con de s'en débarrasser après tout ce temps, et puis quand même, je les aimais bien...
Pendant ma traversée d'Ambérieux, j'ai aussi croisé 3 fois la gendarmerie, et, bizarrement, ils ne m'ont même pas contrôlé. Ca m'a beaucoup étonné, parce que je crois que moi, à leur place, je me serais embarqué ;#

Je parvins finalement, à bout de souffle, à la sortie de la ville, je traversai la voie ferrée, puis l'Albarine, sur des ponts particulièrement dangereux (deux murets métalliques sans visibilité, et juste la place pour que deux véhicules se croisent), où je dus courir entre deux voitures, toujours en trainant mes deux fardeaux.
J'adore ces endroits, à la périphérie des villes, où tu comprends très vite que les piétons ne sont pas les bienvenus  >:(

Je me retrouvai ensuite à Blettant, où un plan des randonnées me permis de rejoindre Vaux-en-Bugey par des chemins nettement plus tranquilles, j'y ai trouvé des noix et des belles châtaignes, de quoi me rassasier, et même acheter la motivation des brebis (qui marchent pas mal à la carotte).

(http://img148.imageshack.us/img148/5933/p1010111j.jpg)

Madudu étant un peu la Tentation incarnée, me retrouver seul me permit de retrouver une alimentation plus "roots", et par la même un budget alimentaire hebdomadaire plus soutenable.
Celui-ci était à la base de 10€ par personne, souvent un petit peu dépassé. Sur tout mon trajet en solitaire, je suis resté à 0€ de dépenses alimentaires, et des 500g de blé et 100g de lentilles que j'ai obtenus lors du partage, il me reste encore 300g de blé, et je dois bien avouer que je n'en suis pas peu fier  :-[.

Mais reprenons le récit.
Quelques gourmandises distribuées avec parcimonie convainquirent très vite les brebis d'oublier notre regretté compagnon et d'aller de l'avant (eh oui Madudu, désolé de te décevoir, mais les deux filles t'ont vendu pour quelques cerneaux de noix  :honte:)

Trouvant tôt un point de bivouac convenable, une petite jachère où poussaient de la moutarde et des topinambours, bordée par un joli bois.

(http://img404.imageshack.us/img404/9886/p1010112lu.jpg)

Je décidai de reprendre dès lors de bonnes habitudes, et quand la nuit tomba, j'étais déjà allongé près des restes du feu, à déguster une délicieuse soupe orties-moutarde-topinambours, et quelques châtaignes cuites dans la braise (c'est encore comme ça que je les préfère  ::))

(http://img716.imageshack.us/img716/1017/p1010113w.jpg)

A suivre.
Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: douyazen le 17 janvier 2011 à 19:10:47
Super récit , belles photos ....
Pourrais tu nous faire quelques photos des plantes que tu cueilles , mange , mais pas dans la gamelle  ;#, quand elles sont encore sur pied ( tu parle de topinambour toussa... )  ça serait cool de pouvoir en reconnaitre après t'avoir lu .

Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Madudu le 17 janvier 2011 à 21:57:09
Arriver à ne se nourrir presque que de cueillette, chapeau !  :)

Tu connais mes besoins caloriques, alors tu comprendras aussi que je me demande quelles étaient les bases de ta ration. Mais ne me parle pas de moutarde ou de topinambour, je veux savoir ce qui te nourrissais vraiment, ou plutôt ce qui aurait été susceptible de répondre à mes besoins élevés  ;D 
Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 18 janvier 2011 à 20:59:00
Citation de: Madudu
je veux savoir ce qui te nourrissais vraiment, ou plutôt ce qui aurait été susceptible de répondre à mes besoins élevés

Châtaignes, noix, amaranthe, chénopode, ça m'a suffit comme "base", après il faut un peu de détermination pour s'y tenir  ;)

Citation de: douyazen
Pourrais tu nous faire quelques photos des plantes que tu cueilles , mange , mais pas dans la gamelle  , quand elles sont encore sur pied ( tu parle de topinambour toussa... )  ça serait cool de pouvoir en reconnaitre après t'avoir lu .

Ok, là j'en ai pas, mais j'y penserai pour la suite, merci du conseil  8)

Edit : le topinambour c'est ce qu'il y a sur l'avant-dernière photo, le grand truc dans lequel la brebis a emmêlé sa corde. Ca ressemble à un tournesol, mais avec des petites fleurs (c'est une espèce proche). A la base chez nous c'est pas une plante sauvage, mais ça s'échappe facilement des cultures.
Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 19 janvier 2011 à 22:10:23
Le lendemain, le rythme etait pris, aux premières lueurs du jour, je pliai rapidement le camp, puis j'avalai prestement les restes froids de la veille (pas terrible mais ça passe).
Le temps que le soleil pointe le bout de son nez, j'étais déjà en vue de Lagnieu, et quelle vue! Friche industrielle, zone commerciale, routes partout...
Très vite le changement de cap se dessina, la traversée d'Ambérieu la veille m'avait déjà bien suffit, plutôt que de passer le Rhône à Lagnieu, j'allais le longer en direction de Grenoble. C'était un peu plus long, mais sans doute moins pénible.

Je contournai donc Lagnieu par les collines, et arrivai au-dessus de Saint-Sorlin-en-Bugey.

(http://img442.imageshack.us/img442/5665/p1010114e.jpg)

Le Rhône n'était pas très loin, et il semblait qu'une route s'y rende, je fis le pari qu'il existait un ancien chemin de hallage qui permette de le suivre peinard.
pari gagné, non seulement le chemin était peinard, mais en plus il était bordé de noyers  8)

Seul bémol, le bas-côté du chemin avait visiblement été tondu récemment, il n'y avait rien à manger pour les moutons. Après quelques heures, ceux-ci commencaient à s'impatienter, je scrutais les alentours, mais non, il n'y avait décidément rien à manger pour eux, j'accélèrai un peu le rythme afin d'arriver plus vite sur une section qui n'aurait pas été tondu.
C'est à ce moment-là qu'un couple de quinquagénères vint à ma rencontre, ils se mirent à marcher à ma hauteur et tentèrent d'engager la conversation, mais c'était au moins la cinquième fois que je racontais ma vie ce jour-là et je ne leur prêtai que peu d'attention, en plus je les trouvais un peu bizarres, j'essayai de m'esquiver poliment en expliquant qu'il fallait que je continue pour trouver de l'herbe pour mes moutons.
Nous arrivâmes à une intersection. "Notre maison est là, à 50m, si tu veux on t'héberge, et tes moutons auront de l'herbe." dit l'homme en me montrant le chemin qui partait sur la gauche.
La proposition était simple, presque évidente, et pourtant je tombai des nues, il faut dire que depuis le début du voyage jamais personne ne nous avait proposé l'hospitalité, et c'était pas faute d'avoir croisé des gens sympathiques, mais combien nous avaient laissé en galère de nuit et sous la pluie? je commençais à croire que ça n'était pas dans les moeurs... Alors qu'on me proposât ça en plein milieu de l'après-midi pour une fois que j'avancais d'un bon pas, qu'il faisait beau, que je n'avais ni faim ni soif... Pour un peu j'aurais refusé, mais la curiosité l'a emporté.

Une fois dans la maison, je compris que je n'étais pas le premier à être accueilli ici, ces gens, eux-même passionnés de grande randonnée, avaient en effet l'habitude de proposer l'hospitalité à tous les voyageurs de passage : cyclistes, randonneurs, cavaliers, mais ils n'avaient encore jamais eu de randonneur avec des moutons. Ils m'expliquèrent qu'ils m'avaient aperçu de loin et étaient venus spécialement à ma rencontre! A côté de l'indifférence ordinaire, tant de sollicitude me troublait.
Mais leurs bonnes intentions étaient évidentes, et (n'en déplaise à certains  ;)) j'abandonnai très vite toute méfiance.
Ils me proposèrent tout de suite une douche, puis de mettre mon linge sale à la machine sur le champ pour qu'il soit sec le lendemain, ainsi que de mettre en charge mon appareil photo, pour eux c'était une routine.
Comme il n'était que 16h, je proposai mon aide pour un travail quelconque, il me firent comprendre qu'ils n'attendaient rien de moi, mais comme j'y tenais, l'homme m'emmena finalement sur un côteau boisé au dessus de Villebois pour prendre des mesures pour son affouage.

Au retour, je lui montrai l'annuaire du WWOOF qui jusque-là ne m'avais pas servi, car, sans carte, je ne pouvais situer les villages mentionnés. De toute façon, il n'y avait pas d'hôte dans l'Ain, me justifiai-je.
Il me fit remarquer que de l'autre côté du Rhône, c'était l'Isère, et là en revanche, il y avait de quoi faire.
A commencer par une femme à Passins, à 20km de là, qu'il me poussa à appeler immédiatement, et qui accepta avec plaisir de m'accueillir le lendemain soir.

C'est ainsi que, le 16 octobre, je repartis propre, avec du linge lavé, un casse-croute pour le midi, un endroit où dormir le soir, et surtout, des photocopies de cartes routières jusqu'à Combovin, mon point de chute dans la Drôme, avec 4 "villages étapes" potentiels surlignés en rose. Pour un peu, le voyage devenait trop confortable...
Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Lemuel le 20 janvier 2011 à 01:33:50
Merci pour ce récit Thorgaal.
Vraiment !
 :)
Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Clemstout le 20 janvier 2011 à 07:18:53
 :love: Ca fait chaud au coeur des récits comme ça!

Merci Thorgaal, surtout ne t'arrêtes pas, très jolie façon de raconter!

Amicalement

Clemstout
Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 20 janvier 2011 à 12:30:03
Merci pour vos encouragements les gars, ça fait plaisir  :doubleup:

Je continuai donc mon chemin le long du Rhône sur une dizaine de kilomètre. Désormais, les berges n'étaient plus tondues mécaniquement, mais aménagées pour l'entretien pastoral, c'est nettement moins con, mais ça ne m'arrangeait pas forcément. En effet, chaque section de berge était ceinte de grillage à moutons, avec un passage canadien à chaque extrémité, pour laisser passer les randonneurs, mais pas les moutons...
Heureusement, le sentier des berges était doublé d'un chemin carrossable, qui m'évita de faire de trop de détours.
Vers midi, pensant être en avance, je me payai le luxe d'allumer un micro-feu au bord du chemin pour chauffer mon repas, un délicieux mélange de "céréales méditerranéennes", je pris bien sûr soin d'en effacer toute trace avant de repartir.
Peux après, je traversai le Rhône au pont de Briord, et passai donc en Isère.
A partir de là, je devais me référer au petit croquis que l'homme m'avait fait, et qui devait me faire prendre un raccourci pour rejoindre Passins...
Arrivé à Mépieu, j'étais sensé prendre un chemin qui partait entre les deux routes figurant sur ma carte, mais j'eus beau chercher, il n'y avait là qu'une maison...
Je pris donc finalement la route de gauche, qui semblait la plus directe, un chemin en partait sur la droite 200m plus loin, peut-être ce fameux raccourci, je m'y engageai...
Au début, le chemin fila bien plein sud à travers bois, puis il tourna une fois, deux fois, trois fois, devint de plus en plus étroit, coupa une multitude d'autres sentiers, si bien que je dus finir par me rendre à l'évidence, j'étais complétement perdu au milieu de ce fichu bois ; en plus, le ciel s'étant couvert, je n'avais plus aucune idée d'où se trouvait le Sud... et, pour ne rien arranger, il se mit à pleuvoir!  >:(

Il me fallut un petit effort pour garder mon calme, me poser sur une pierre, et réfléchir...
Au pire, rien ne m'empêchait de dormir là, si ce n'est qu'une hôtesse m'attendait "avant la tombée de la nuit", et que je n'avais pas moyen de la prévenir en cas d'empêchement, ce qui m'aurait un peu dérangé...

C'est à ce moment-là que j'entendis passer une voiture à quelques centaines de mètre au plus, je sautai sur l'occasion et coupai à travers bois, prenant des repères sur l'alignement des arbres pour garder le cap, j'arrivai bientôt devant une clôture barbelée, passai par dessus (les brebis par dessous), traversai un pré où il y avait apparemment eu des chevaux récemment, ressortai par une porte à l'autre bout, pris le chemin qui en partait, et débouchai finalement hors de la forêt, face à une colossale ferme fortifiée.
Ayant déjà eu quelque expérience du comportement des gros agriculteurs (ou "gros" tout court, comme on dit dans le milieu), je laissai sac à dos et moutons à quelques pas de la ferme avant d'aller demander mon chemin. L'accueil fut assez froid, mais j'obtins quand même quelques indications : prendre la route à droite pour arriver à Arandon, à 3km.

Une fois à Arandon, je passais devant le café du village quand un homme en sorti avec son fils, je les hélai poliment pour demander mon chemin, mais ils traversèrent vite la route en baissant la tête et s'empressèrent de s'enfermer dans leur 4x4... c'est le genre de comportement qui me fait bouillir.
L'arrière-porte du café était ouverte et je pus finalement demander directement mon chemin au patron, nettement plus serviable que certains clients...

Il me fallut encore faire 6km de petite route pour arriver à Passins, mais je n'étais pas au bout de mes peines. Mon hôtesse n'habitait pas le village même et j'étais sensé l'appeler une fois que je serais en bas de l'église, mais bien entendu, la cabine ne marchait pas...

Je montais donc vers l'église car il me semblait que c'était la direction qu'elle avait évoqué, et je me mis en quête de quelqu'un qui pourrait m'indiquer le "chemin de Douvent". Je ne trouvais qu'un homme, qui était nouveau dans le village, mais qui pensait que c'était vers le hameau de "la Brosse", à 2km de là. Comme il n'y avait personne d'autre, je n'eus d'autre choix que de suivre son intuition.
Arrivé à la Brosse, il commençait à faire nuit, j'étais donc déjà en retard, pas de chemin de Douvent en vue, et comme la rue était déserte, je fus obligé de sonner pour demander mon chemin.
A la première maison, un rideau bougea, puis toutes les lumières s'éteignirent une à une... j'adore qu'on me prenne pour un abruti.
A la deuxième, je voyais quatre personnes par la baie vitrée, mais j'eus beau sonner trois fois, personne ne daigna bouger du canapé, j'enrageais.
A la troisième, enfin, une jeune femme sortit, je lui demandai mon chemin, elle m'avoua qu'ils étaient eux aussi nouveau dans le village, mais elle me proposa d'aller chercher sur internet.
Quelques minutes plus tard, elle ressortit : "Vous avez de la chance, c'est pas loin, continuez tout droit, vous aller y arriver vite."
Je la remerciai chaleureusement et continuai donc tout droit, je quittai le hameau, et arrivai dans un autre un kilomètre plus loin, mais toujours pas de chemin de Douvent.
Je sonnai une nouvelle fois à la maison la plus proche, une porte s'ouvrit, quatre molosses déboulèrent et s'acharnèrent sur le petit portail devant moi, mais j'étais bien trop enervé pour en avoir peur.
Constatant que je ne bronchais pas, le propriétaire finit par sortir à son tour, je lui exposai mon problème, et je compris entre deux aboiements que c'était le chemin juste en face.

Effectivement, c'était là, mais j'avais raté le panneau qui était caché par un arbre.
Je me mis ensuite en quête du n° de la maison, qui bien sûr n'existait pas... mais une seule maison n'avait pas de n°, j'entrai donc par le portail ouvert, il y avait un vieux VW à fleurs dans la cour, pas de doute, ça ne pouvait être que là.  :)
Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Madudu le 20 janvier 2011 à 12:41:27
Je ne suis donc pas le seul à m'être fait accueillir comme un chien en Isère  >:(

J'ai vraiment pas aimé ce coin, l'ambiance est terrible  :(
Titre: Re : [récit de voyage long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 20 janvier 2011 à 14:31:23
J'ai finalement été très bien accueilli dans un petit loft aménagé façon "roulotte", même si elle commençait à se demander si ce n'était pas un canular, j'appris qu'en effet que de nombreux wwoofers téléphonaient et ne venaient jamais, et que ça commençait à gonfler plus d'un hôte...
Dans le cadre du WWOOF, je proposais de rester le lendemain matin pour travailler un peu, mais elle refusa, elle me dit qu'elle faisait aussi partie du Couchsurfing, et avait donc l'habitude d'accueillir gratuitement.

Citation de: Madudu
Je ne suis donc pas le seul à m'être fait accueillir comme un chien en Isère  

J'ai vraiment pas aimé ce coin, l'ambiance est terrible  

Personnellement, en Isère, j'ai vu tous les extrêmes...

Le prochain hôte WWOOF était à Saint-Savin, à 10km de là, fatigué par cette longue étape, je décidai de m'y arrêter aussi. Il s'agissait en fait d'Annick, la femme de l'ancien patron de mon hôtesse actuelle, qui s'était inscrite au WWOOF sur son conseil (le conseil de mon hôtesse actuelle à Annick, hein, vous aviez bien compris  :blink: - c'est compliqué de ne pas donner trop de noms). Elle insista pour l'appeler de ma part, pas de soucis, ils m'attendraient le lendemain dans l'après-midi.
J'insistai pour qu'elle m'explique bien le chemin pour s'y rendre. Précaution utile, car il ne fallait pas aller à Saint-Savin même, mais en fait vers Saint-Chef, puis continuer tout droit sans descendre dans le village, ce qui devait m'ammener dans un hameau agricole, où je n'aurais qu'à demander mon chemin, tout le monde les connaissait!

Je ne sais pas pourquoi, quand on m'explique un chemin, je trouve toujours que ça à l'air évident, et puis, au final, j'en chie...

Et c'est encore ce qui se passa ce jour-là... Je trouvai sans trop de problème mon chemin jusqu'à Saint-Chef, mais j'arrivai par un sentier en plein milieu du village, et non par la route comme dans les explications. Qu'à cela ne tienne, je remontai le village et suivis la route, jusqu'à un hameau composé de deux ou trois anciennes fermes.

C'est là que j'étais sensé demander mon chemin, sauf qu'il n'y avait pas un chat...
Je continuai donc en direction de Saint-Savin, pour ne pas partir à l'opposé. La route devint vraiment pénible : pas de bas-côté, pas de visibilité, beaucoup de passage. Je passai à côté d'une carrière, puis arrivai dans un autre hameau.
Là, il y avait trois hommes qui discutaient dans la cour d'une ferme, mais quand je leur fis signe, ils s'en allèrent. "Merci du coup de main!", leur criai-je  >:(.

Un peu plus loin, j'aperçu trois femmes un peu chics derrière un portail, j'approchai sans trop d'espoir, mais, à ma grande surprise, elles ne s'enfuirent pas.
Elles connaissaient mes hôtes de nom, Annick était apparemment aide-maternelle, ce qui expliquait qu'elle soit assez connue dans les environs. Elles m'expliquèrent qu'en gros, il fallait que je refasse toute la route merdique que je venais de faire, mais dans l'autre sens, puis que je tourne à droite, et je redemanderais là-bas...
Devant ma mine déconfite, l'une d'elle eut l'idée de me faire couper par une colline, au niveau de la carrière, c'était déjà nettement moins loin.
Arrivé en haut, je dus encore redemander mon chemin par deux fois, et quand enfin je suis arrivé à bon port, la tombée de la nuit était proche...
Je commençais à trouver qu'en fait, les journées où on ne sait pas où on va dormir, c'est beaucoup plus cool  8)

Epuisé, je demandai à rester une journée entière pour récupérer, accordé sans problèmes. Pour m'occuper, elle me fit égrainer du maïs pour ses poules à l'aide d'une ingénieuse machine à manivelle, puis nous allâmes cueillir des pommes et des coins pour faire de la confiture. Elle accueillait une poignée de sympathiques bambins de l'école voisine de 11h à 13h et de 16h à 19h, nous allâmes les chercher à l'école avec mes moutons, les gamins étaient ravis!

J'appelai aussi mes hôtes suivant, à Saint-Siméon-de-Bressieux, à une 50aine de kilomètres de là, dont la description sur l'annuaire du WWOOF laissait bien transparaître la bonne humeur et les idées anarchistes...
Enthousiasmé, je demandai à rester 3 ou 4 jours, mais, cette fois, donnait une incertitude d'un jour ou deux quant à ma date d'arrivée.

Le 19 octobre, je repris donc mon sac et je repartis sur de bonnes bases, c'est-à-dire sans avoir aucune idée de mon objectif de la journée...  :love:

(http://img831.imageshack.us/img831/433/p1010127n.jpg)
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Madudu le 20 janvier 2011 à 14:50:43
Citer
les journée où on ne sait pas où on va dormir, c'est beaucoup plus cool

Je te rejoint là-dessus. Je n'ai vraiment commencé à profiter que quand je me suis résolu à ne pas me donner d'objectif ou d'itinéraire.
Genre, je suis sur une route, elle est sympa et dans la direction approximative dans laquelle je veux aller. Mais y a un chemin qui part à droite vers des collines couvertes de bois, bah je vais y faire un tour. Ca peut me faire perdre ma journée ne terme de distance parcouru à vol d'oiseau, mais c'est en suivant ses envies qu'on se sent bien.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 20 janvier 2011 à 16:07:41
Ce jour-là, je suis arrivé en fin de matinée à Ruy, j'ai traversé la N6 en périphérie de Bourgoin-Jailleux, en pleine ambiance "manifs lycéennes", j'y ai croisé des groupes de jeunes chantant à tue-tête, et manifestement pas tous à jeûn... Mais mon passage a été plutôt bien accueilli par cette belle journée contestataire, et l'on m'a même proposé sérieusement de venir aux manifs de l'après-midi avec mes moutons  :up:.

J'ai toutefois préféré décliner, et continuer mon chemin. J'ai ensuite longé la N85 en passant par les parkings de la zone commerciale et, pour rester dans la contestation, j'ai même laissé paître mes brebis deux bonnes heures sur un terrain à bâtir, au bord de la nationale, entre deux garages automobiles. "Soyez le changement que vous voulez voir dans ce monde" comme disait l'autre  ;)

Puis j'ai traversé la route et j'ai cherché une rue pour monter sur le plateau voisin, afin de sortir un peu de l'agitation de la ville.

Une paire de kilomètres plus loin, une 4L s'arrêta à ma hauteur, un petit papi, qui semblait sorti tout droit des photos noir et blanc des livres d'histoire, me demanda où j'allais comme ça.

Petite parenthèse, depuis le début du voyage, les gens que nous avons croisés - et qui ont daigné nous adresser la parole - ont posé essentiellement trois questions :
- Où allez-vous?
- D'où venez-vous?
- Que faîtes-vous avec ces moutons? (voire "ces chèvres", pour les incultes  :huh:)

A la première question, la réponse fut pendant quelques jours "-de Torpes, près de Besançon", puis simplement "-de Besançon"
A la seconde la réponse à longtemps été "dans la Drôme", puis "près de Valence", puis "à Combovin", en fonction de la proximité de l'objectif.
Il est marrant d'observer comme les réactions des gens ont varié avec l'avancement du voyage :
A quelques dizaines de kilomètres de Besançon, nous passions pour des timbrés quand nous disions aller dans la Drôme.
A mi-chemin, nous étions pris beaucoup plus au sérieux.
Puis, en approchant de l'arrivée, mon objectif ne choquait plus personne ou presque, mais beaucoup mettaient en doute mon point de départ...

La dernière question est plus délicate, car les réponses sont multiples et plus ou moins exactes.
A la base, c'était pour avoir du lait au printemps, mais quand on ne sait pas de quoi demain sera fait, le printemps, c'est très loin. Alors je me perds dans des explications du type "j'avais des moutons chez mon grand père, parce que j'habitais chez mon grand père pour mes études, et je pouvais pas lui laisser, parce que c'était une charge, ils abimaient le verger, mais je voulais pas les vendre, parce que j'y étais attaché, alors comme je voulais partir à pied, je me suis dit que je pouvais les emmener, etc, etc..."

Et puis, quand j'ai pas envie de m'étendre, j'ai trouvé une réponse qui passe pour toutes les questions : "Je fais le tour de France à pied avec mes deux brebis"
Certes c'est franchement inexact, mais le "tour de France", c'est dans l'inconscient collectif un but qui se suffit à lui-même, et aucun moyen n'est trop original pour le faire, du coup ça élude beaucoup de questions.  :)


Je crois que c'est d'ailleurs cette réponse que j'ai servie à ce monsieur ce jour-là (tout ça pour ça   ;D)

Il me fit un sourire entendu, puis demanda : "Est-ce que tu veux dormir à Meyrié ce soir?"
J'avais plutôt un bon pressentiment, alors j'acquiesçai.
"Très bien, je t'héberge! Je vais faire une course, va au bout de la route, et attends-moi au rond-point, j'en ai pas pour longtemps."
Et ainsi fut fait. Je lui trouvais un drôle d'accent, mais je n'ai pas réussi à l'identifier, j'ai vu par la suite à son nom qu'il était d'origine italienne.
Il était garagiste à la retraite, et avait beaucoup voyagé en camping-car avec sa femme, dans toute l'Europe et même au-delà.
Je commence d'ailleurs à croire que seuls les gens qui ont eux-mêmes voyagés savent encore ce que c'est que l'hospitalité.
Lui m'assura que cette méfiance excessive était propre à la France, et me recommenda chaudement d'aller faire un tour en Italie. Je ne l'exclus pas pour l'avenir, même si je ne parle pas un mot d'Italien...

Comme il n'était pas très tard, je lui donnai un coup de main pour nettoyer son jardin, il mit d'ailleurs un moment à accepter mon aide. Loués soient les gens qui donnent sans rien attendre en retour, ça se fait rare...

Il m'emmena ensuite voir ses quelques hectares de prés, qui selon lui valaient maintenant une fortune : sur une pente exposée sud, truffés de sources souterraines qui formaient un ruisseau en contrebas, le tout dominé par un bosquet de châtaigner.

Il me montra ses quelques brebis, dont il était très fier, d'énormes charollaises. Je me suis bien passé de lui dire ce que je pensais de cette race, en revanche, je remarquai qu'elles avaient toutes des sonnailles magnifiques.

Il m'expliqua qu'il en avait ramené beaucoup de ses voyages en Provence.

Le lendemain, quand nous nous séparâmes, il m'offrit une grosse sonnaille, très jolie. Je le remerciai chaleureusement, et l'enfilai à ma brebis blanche, qui n'en avait pas.
Je ne pus m'empêcher de lui demander si je pouvais le prendre en photo, sacré personnage!

(http://img153.imageshack.us/img153/3936/p1010129mod.jpg)
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Madudu le 20 janvier 2011 à 18:45:41
Waahh  :love:
Il me fait rêver le papi  :doubleup:
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 21 janvier 2011 à 18:19:15
Je fis donc mes adieux à mes hôtes, après avoir avoir noté leur coordonnées dans mon petit carnet, qui m'a permis récemment d'envoyer des cartes de voeux à tous les gens qui m'ont accueilli lors de ce voyage (heureusement qu'ils sont peu nombreux, sinon ça m'aurait coûté cher en timbres!  :honte:).

Bref, après m'être assuré que j'étais à bonne distance du village de Meyrié, je m'empressai d'arrêter les brebis au bord du chemin pour retirer le battant de la nouvelle sonnaille.
Autant le tintement léger de la petite clochette d'Ethiopie, achetée sur un marché Masaï au Kenya (en même temps que mon fidèle coupe-coupe), ne me dérangeait pas du tout, autant cette magnifique sonnaille provençale résonnait comme un jeu de vieilles casseroles trouées en plein tremblement de terre... et à peine l'avais-je enfilé à ma brebis que je comprenais déjà pourquoi il me la donnait de bon coeur  ^-^

Edit : Ethiopie c'est le nom de mon agnelle, parce qu'elle est noire, rien à voir la provenance de la clochette, sinon on comprend plus rien, ceci dit peut-être que tout le monde s'en  :branleur: de la provenance de cette clochette, bref  ;#

Je pouvais donc continuer tranquillement et silencieusement ma route en cette belle journée d'octobre, avec un ciel comme je les aime : parsemé de nuages tourmentés, transpercés ici et là par de chauds rayons de soleil  :love:.

J'avançais en direction de La Côte-Saint-André, dans un sympathique paysage de champs et de prairies, surveillés par de vieux châtaigners trapus et quelques rares mais généreux noyers (mes hôtes allaient m'apprendre le lendemain soir que j'avais pris de gros risques en rammassant des noix avant la Toussaint, fussent-elles sur une route ou un chemin public : en Isère, on ne plaisante pas avec les noix!  :cyborg:)

En milieu de journée, observant avec remord la sonnaille devenue muette, je décidai de tenter quelque chose : j'enveloppai le battant dans un petit carré de cuir, noué à l'aide d'un bout de ficelle, puis je le remis à sa place. La cloche n'en sonnait pas plus juste, mais le son était suffisament étouffé pour être supportable, tout en permettant de localiser sans hésitation la brebis en cas de besoin.

Je m'arrêtai bien avant le crépuscule à l'orée d'une petite clairière, à l'entrée du bois de Commelle. Le temps n'étant pas au beau fixe, je montai ma tente pour la première fois du voyage (à deux, nous n'utilisions que la tarp de Madudu), après avoir bien pris le temps de balayer du pied toute la litière forestière de l'emplacement choisi, bogues de châtaignes obligent...

J'allumai ensuite le feu, avec du châtaigner, puisqu'il n'y avait que ça à proximité. Le châtaigner - mais beaucoup d'entre vous ont déjà du en faire la douloureuse expérience - ça brûle très bien, mais ça pète pas mal... de quoi vous transformer une veste polaire en passoire le temps de le dire, la laine est donc de rigueur.

Malgré ce petit inconvénient, j'étais particulièrement bien installé ce soir-là...

(http://img715.imageshack.us/img715/5443/p1010130b.jpg)

... et les brebis n'étaient pas en reste!

(http://img222.imageshack.us/img222/1119/p1010132g.jpg)

Au menu, tout ce que je trainais depuis ces quelques jours et que je n'avais pas eu l'occasion de manger, puisque d'autres avaient fait la cuisine pour moi.
J'étais lassé de porter toutes ces réserves : 500g de blé, 500g de chénopode blanc, 200g de lentilles, autant de soja et d'amaranthe, un bon kilo de grosses châtaignes, et quelques beaux topinambours.
Réserves qui devaient donc bien dépasser les 3 kilos, ce qui, vu l'abondance des ressources naturelles, était plutôt stupide. Dès lors, je ne garderais plus sur moi que l'avance pour une journée ou 2, c'était largement suffisant pour la saison.

Au menu donc : une délicieuse potée amaranthe-lentilles-soja-châtaignes-topinambour longuement mijotée, avec juste une pointe de sel, certainement une des plus belles réussites culinaires du voyage  :love:

Je ne gardais donc dans mon sac que 500g de blé, autant de chénopode, et quelques châtaignes. C'était encore bien large, mais je n'aime pas balancer de la bouffe (en mode survie, ça serait quand même un comble!), je m'interdis cependant de récolter quoi que ce soit de plus dans les jours suivant.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 21 janvier 2011 à 19:56:59
Le lendemain, je me levai de bon matin, la brebis blanche était gentiment couché contre ma tête, sous l'auvent de la tente, l'autre était roulée en boule dans le foyer encore fumant...
Et pour cause, il avait bien gelé cette nuit-là. Je finis les restes du ragoût de la veille, remisé dans le fond de la tente, même glacial, il était encore bon!

Puis je pliai le camp. Je venais d'enfiler mon sac à dos quand un coup de feu retenti, alors qu'une purée de pois empêchait d'y voir à plus d'une dizaine de mètres.
Je n'étais donc pas du tout rassuré, malgré le gilet fluo que portait mon agnelle depuis un autre épisode, remontant au Jura, où un bonhomme comme un autre, la prenant pour un sanglier, avait tiré à balle juste à côté d'elle, et pas bien loin non plus de moi et Madudu...
Mais je ne m'attarderai pas plus que nécessaire sur le sujet que je sais tabou sur ce forum.

Quelque part dans le brouillard, j'entendais des grelots de chiens, il y eut encore une série de détonations.
"Ohé! faites-gaffe là! j'ai des moutons avec moi!", criai-je.
Le ridicule ne tue pas, lui...   :)

Quelques mètres plus loin, je croisai les empêcheurs-de-se-promener-tranquille en question, un bien pour un mal, j'en profitai pour leur demander mon chemin.
"-Excusez-moi, vous pourriez m'expliquer le chemin pour aller à Commelle sans prendre la route?
 - Oh là, sans prendre la route, c'tà dire que moi, j'y arriverais bien, mais bon, il faut connaître!"

Bon, c'est pas grave, merci quand même, je vais me démerder tout seul.

Une heure plus tard, j'arrivais sans encombre à l'entrée de Commelle, en étant allé à peu près toujours tout droit. Comme quoi, il ne fallait pas forcément connaître...

Dans Commelle, profitant d'une cabine téléphonique en état de marche (ô miracle!), j'appelai mes hôtes pour leur signaler ma position, et les prévenir que j'arriverais probablement dans la soirée.
Tandis que je continuais dans le village, un petite mamie me regardait venir depuis le pas de sa porte. A mon passage, elle m'invita à boire un jus de fruit, puis m'offrit quelques madeleines pour la route, merci encore :love:

Je repartis ensuite en direction de Saint-Siméon-de-Bressieux, en contournant La Côte-Saint-André par l'Ouest, mais j'arrivai très vite à un obstacle de taille : une très grosse départementale. Je ne devais pas l'emprunter sur plus de quelques centaines de mètres, mais c'était déjà du suicide... je pris donc la solution sécuritaire : marcher à travers champs à quelques mètres de la route. Je traversais d'abord péniblement un grand champ labouré, puis un champ semé de colza, je m'appliquais à passer en bordure du champ pour que les brebis n'abîment pas les jeunes plants, quand une Acadiane bleu lagune s'arrêta à ma hauteur, je voyais déjà un vieux paysan grincheux en descendre pour me virer de son champ à coup de chevrotine, mais il n'en était rien, c'était en fait un sympathique bonhomme, avec une pointe d'accent du Nord.
"Salut, moi c'est Alain, c'est chez moi que tu viens, je suis venu voir où t'en étais!" :)

Voyant ma situation, il me proposa de charger les brebis dans le coffre et de me ramener. Je refusai, "C'est de la triche!", il s'y attendait.
"Laisse-moi au moins ton sac alors!" Non plus, on sait jamais, si je me perdais et que j'arrivais pas dans la journée, j'aurais été bien embêté de ne pas avoir mes affaires...
Après réflexion, il me conseilla de passer plutôt par La Côte, ce serait moins pénible, il me montra une petite route sur la gauche, puis, voyant un chemin qui pouvait être un raccourci, il y fit un aller-retour en 2CV pour repérer. "Ca passe!"
Il me montra ensuite sur la carte comment arriver à Saint-Siméon par des petites routes tranquilles.
Pas de soucis jusque-là, si ce n'est que mon passage sema quelque peu la panique dans deux énormes bergeries industrielles le long de la route, à la deuxième, un paysan me regarda passer avec l'air suspicieux de celui qui se demande si ces deux brebis qui s'éloignent sont à lui...

En revanche c'était la première fois que je voyais aussi bien la Haute-Savoie.

(http://img141.imageshack.us/img141/5561/p1010138va.jpg)

J'atteignis finalement Saint-Siméon-de-Bressieux vers 16h, et y entrait par un quartier pour le moins inattendu, d'horribles résidences HLM en rase-campagne...

J'y croisai un groupe de jeunes de diverses origines.

"-Ho monsieur, tu les vends tes moutons?
 -Non, désolé
 -Aller s'il-te-plait monsieur, j'te donne 100€!
 -Bah, j'aimerais bien... mais elles sont pleines.
 -Ah ok, fallait le dire!"

C'était pas vrai, mais j'étais pas mécontent de ma trouvaille pour avoir la paix  8)
Ceci dit il fallait que je pense sérieusement à trouver un bélier pour les remplir, si je voulais du lait au printemps.

Mon hôté m'attendait un peu plus loin, dans le centre du village.
"Alors? T'as traversé Chicago! Ouaip, c'est comme ça qu'on appelle la banlieue de Saint-Sim'..."
Il m'accompagna ensuite jusqu'à sa petite ferme, "Le Moulin Ruel", à quelques kilomètres de là, juste en lisière de la forêt des Chambarans.
Le courant passa très bien entre nous, et j'y restai finalement 10 jours.

En milieu de séjour, mes parents passèrent me voir en rentrant de vacances, m'amenant une boussole, ainsi que le duvet Ansabere 600 que j'avais commandé juste avant le départ, nettement plus léger et moins volumineux que mon S0 Décathlon (nettement plus cher aussi  :-[).

Le samedi 30 octobre, avant-dernier jour avant le départ, nous allâmes aider une amie de mes hôtes pour la tonte de son troupeau Thônes-et-Marthod, une race ovine que j'aime particulièrement.

A mon grand regret, elle ne m'avait pas autorisé à laisser mes brebis quelques jours avec un de ses bélier.

Il est vrai que le risque sanitaire n'était pas négligeable, mais je pense que c'est un risque qu'elle aurait volontier pris si elle ne venait pas de perdre 40 brebis en estive (soit un tiers de son cheptel) suite à une attaque attribuée à des chiens errants (pour elle, l'implication du loup était évidente, mais les autorités l'avait niée pour éviter de l'indemniser).

Finalement, j'ai trouvé une autre solution, j'ai craqué sur un de ses adorables petits mâles qui devaient être vendus pour l'Aïd deux jours plus tard...
Et c'est ainsi que "Magnum", le petit Thônes-et-Marthod, se joignit (avec beaucoup d'enthousiasme d'ailleurs) à mon aventure.

(http://img814.imageshack.us/img814/8910/p1010139v.jpg)

(http://img529.imageshack.us/img529/1513/p1010144x.jpg)

(http://img220.imageshack.us/img220/9296/p1010155x.jpg)

A suivre
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: aquinatis le 21 janvier 2011 à 20:27:35
Chouette ce fil!
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 22 janvier 2011 à 11:46:40
La veille du départ, je téléphonai à mon dernier hôte potentiel, un maraîcher à Sait-Hilaire-du-Rosier, mais celui-ci refusa de m'accueillir, sans raison particulière, mais c'est son droit après tout.

Ma prochaine épreuve serait donc de traverser le massif forestier des Chambarans, réputé froid, humide, et surtout traître.
Mes hôtes tinrent à m'accompagner le premier jour pour me mettre sur la bonne voie, et pour voir comment je me débrouillerais avec un troisième mouton, mais eux-mêmes, bien qu'habitués à cette forêt, me firent tourner en rond dans une tourbière...

(http://img843.imageshack.us/img843/4609/p1010159dn.jpg)

je continue plus tard
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Baden le 22 janvier 2011 à 11:54:31
vraiment sympa :) , moi j'aime bien les parents qui viennent te voir, déjà les miens, je ne suis pas sure qu'ils accepteraient ...
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Elektro le 22 janvier 2011 à 12:26:55
Je me régale à te lire,c'est vraiment chouette  :doubleup:
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 22 janvier 2011 à 14:28:50
vraiment sympa :) , moi j'aime bien les parents qui viennent te voir, déjà les miens, je ne suis pas sure qu'ils accepteraient ...

Ca, je ne pense pas l'avoir volé, leur assentiment est le fruit d'un long combat...

Je continue

Vers midi, nous fîmes halte dans une clairière pour laisser manger les moutons, très vite le vent se leva, et la température chuta.
Frigorifiés, mes hôtes s'impatientaient, mais je tenais à ce que les bêtes se remplissassent correctement la panse avant de pénétrer à nouveau la forêt.
Finalement, ils décidèrent de me donner quelques points de repère pour la suite et de rebrousser chemin. Selon eux, il y avait une cabane où je pourrais passer la nuit au bord de l'étang Fouaty.

En suivant leur indications, j'arrivais effectivement, entre chiens et loups, à une petite étendue d'eau, mais pas de cabane en vue, peut-être n'était-ce pas la bonne.
Cependant, il y avait là une petite aire plane où un cercle de pierres délimitait un ancien foyer.
J'y montai la tente et, malgré l'humidité ambiante, quelques branches mortes de bouleau me permirent de démarrer un feu.

Je profitai de l'eau de l'étang, parfaitement limpide, pour cuire une partie de mes graines de chénopode, que j'assaisonnai avec quelques petits bolets trouvés le matin.
Hélas, j'avais dû ommettre les gouter tous, et certaines cuillérées me laissèrent en bouche une forte amertume. Je me forçai tout de même à absorber ma ration, par flemme de cuisiner autre chose (le bolet amer n'est pas vénéneux).

Je passai encore presque toute la journée suivante à traverser cette extraordinaire forêt, à laquelle la brume donnait des allures mystérieuses.
Le paysage était loin d'être monotone : une multitude de biotopes et d'essences se succédaient au gré des microclimats, parfois avec des transitions très nettes.
Sans ma boussole, cela aurait très vite pu devenir un cauchemard, et même avec, j'ai certainement fait quelques gros détours.

Il faut préciser aussi que ma boussole a un énorme défaut de conception : la pochette de rangement est fermée par un aimant, donc quand je n'y fais pas attention, je sors la boussole, je la pose sur la pochette, et l'aiguille s'immobilise immédiatement dans une direction aléatoire... il y a de quoi s'arracher les cheveux.  :bang:
Ceci dit, je me demande bien pourquoi je n'ai pas encore pris la peine de changer ce système de fermeture foireux.

En milieu d'après-midi, j'étais donc soulagé quand, redescendant par le versant sud du massif, je distinguai la vallée de l'Isère à travers les arbres, et, à l'horizon, les contreforts du Vercors  :)

De plus, comme j'étais enfin hors du brouillard, et que quelques rayons de soleil traversaient maintenant la cime des châtaigners, j'imposai à tout le monde une petite sieste...

(http://img146.imageshack.us/img146/3713/p1010161a.jpg)

Je bivouaquai ensuite quelques kilomètres après la sortie de la forêt, dans un petit pré broussailleux, peu avant Saint-Antoine-l'Abbaye.
Je me consolai de mon dernier repas raté en grillant quelques douzaines de châtaignes dans la braise  :love:
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Criss Kenton le 22 janvier 2011 à 16:26:44
Il me restait encore une page à lire, en un mot: Excellent !

Faire ça en s'alimentant principalement grâce à la cueillette, franchement chapeau bas ! Je crois que tu peux modifier le titre de ton fil maintenant: "une vie, une réalité, un accomplissement"  8) Concrétiser exactement ce que l'on avait en tête au départ, surtout quand c'est ambitieux comme ce que tu fais - à pieds avec des brebis moutons + cueillette, c'est très difficile mine de rien. En plus tu as l'air d'avoir un sacré mental et pas mal de discipline ! Avec ça si tu ne nous sors pas le deuxième tome des aventures de Thorgaal et ses moutons fringants version printemps/été 2011 ça va chauffer pour ton matricule ! Le lectorat l'exige  :D

Sinon je vois que toi aussi tu as mis le doigt dans l'engrenage vicieux du "Non, c'est de la triche ! Je fais tout à pieds ! Pas de compromis ! Ni Dieux, Ni Maître, Ni moyens motorisés !"  ;D  ;D

Citer
Dans Commelle, profitant d'une cabine téléphonique en état de marche (ô miracle!)
La preuve typique d'authenticité du périple longue durée dans les campagnes françaises ! L'instant magique où l'on décroche - sans trop attendre de miracle - le combiné d'une cabine téléphonique verte de moisissures alors même que l'on se demande ce que l'on fout là, et que l'on entend la tonalité annonciatrice d'un coup de fil salvateur. Alléluia!  ;#
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 22 janvier 2011 à 18:42:01
Merci Criss Kenton  ;)

Ok, je veux bien écrire la suite, mais n'en faîtes pas trop, hein, ça me gêne  :-[
Je préférerais avoir quelques critiques...

Bon aller, la suite...



Le lendemain matin, il n'était plus possible de continuer par des sentiers, et je dus emprunter une petite départementale pour poursuivre vers le Sud depuis Saint-Antoine, instant de vérité sur la faisabilité de la chose avec un troisième mouton...
Je les attachai à la chaine comme d'habitude : la boucle à l'extrêmité de la petite corde de Magnum coulissait sur la petite corde d'Ethiopie, dont la boucle coulissait elle-même sur la corde principale, dont un bout était attaché au collier de la brebis blanche, et l'autre était enroulé sur ma main.

Et contre toute attente, ça fonctionna plutôt bien, quand le convoi s'ébranla, la brebis blanche pris la tête comme d'habitude, tractant Ethiopie qui se laissa tanquillement trainer, comme d'habitude, et le petit nouveau, malgré ses courtes pattes, se maintint à hauteur des autres d'un petit trot élégant.

Le tout était tout aussi manoeuvrable, voire plus, que quand il n'y en avait que deux, le problème principal restait la forte tendance du système à s'emmêler en cas d'arrêt.

(http://img709.imageshack.us/img709/8103/p1010165u.jpg)

Vers 11h, j'avais déjà parcouru une dizaine de kilomètres, et faisait une pause au niveau d'une intersection pour réfléchir à la route que j'allais prendre : j'avais le choix, pour traverser l'Isère, entre le pont de Saint-Hilaire-du-Rosier, et celui de Saint-Lattier, aucune de ces solutions ne me satisfaisait vraiment.

C'est alors qu'un cycliste qui passait par là s'arrêta pour discuter, et trouva mon projet très sympa, il n'était pas de la région, et devait retourner chez lui, sur Marseilles, dans l'après-midi, mais il me conseilla d'aller dormir chez son ami à Saint-Lattier, qui, disait-il, m'accueillerait volontier. Il y mangerait à midi et pourrait ainsi le prévenir de mon arrivée.

Comme ce n'était pas très loin, je prenais tout mon temps, faisant même une longue pause au bord d'une petite route.

(http://img841.imageshack.us/img841/5968/p1010170a.jpg)

(http://img218.imageshack.us/img218/6072/p1010171i.jpg)

J'approchais ensuite de l'Isère au milieu de ses étonnantes monocultures de noyers, où, suivant les recommandations qu'on m'avait faites, je me gardais bien de mettre les pieds.

Une fois à Saint-Lattier, j'arrivais, suivant les indications du cycliste, dans le quartier où résidait son ami, que nous appellerons Georges Tartempion.
Voyant une dame agée assise dans une cour de maison, je m'approchai, et commençai à lui demander où habitait Georges quand j'entraperçu son nom sur la boîte aux lettres : Tartempion. J'étais donc tombée par hasard chez sa mère, qui s'avéra quelque peu gâteuse.
Arriva alors un jeune homme, qui n'était autre que le fils de Georges, et qui lui, pour ne rien arranger, était plutôt simplet.

"-Qu'est-ce que c'est ces chèvres, là? demanda-t-il.
 -Ce sont des moutons...
 -C'est le jeune homme qui les a amené, il dit qu'un cycliste lui a dit qu'il pouvait dormir chez Georges Tartempion.
 -Oh là là, mais c'est pas là qu'il faut aller, vous feriez mieux d'aller au parc, à la sortie du village, c'est eux qui ont dû perdre des moutons.
 -Mais ils sont à moi, ces moutons! Je voyage avec, et j'ai croisé ce matin un cycliste qui m'a dit que je pouvais dormir chez Georges.
 -Oh, mais connaissant ma belle-fille ça m'étonnerait bien qu'elle soit d'accord pour vous accueillir avec des moutons, vous devriez les ramener au parc!"

Et la discussion se poursuivit comme ça pendant plus d'un quart d'heure, aucun de mes interlocuteurs ne voulant admettre que ces moutons ne venaient pas de ce foutu parc à la sortie du village, et que ce cycliste ami de Georges dont, certes, je ne connaissais même pas le nom, n'était pas le fruit de mon imagination.
En bref, j'étais donc en train de m'évertuer à convaincre une vieille femme sénile et un grand benêt que je n'étais pas fou, mais croyez-moi, il y avait de quoi le devenir...
Finalement, je parvins à persuader la vieille d'appeler son fils, pour vérifier mes dires, elle croyait dur comme fer qu'il allait m'envoyer me faire voir, mais elle dut bien admettre qu'effectivement, il m'attendait. Ouf!

C'était une maison très chic en bordure du village, Georges me fit laisser mes moutons dans un pré voisin, qui n'était pas à lui, mais à "un gars que je connais, ça le dérangera pas."
Il me montra ensuite ma "chambre", une chaufferie au sous-sol de la maison...
"C'est pas du luxe, mais c'est chauffé et c'est propre, tu seras toujours mieux que dehors!"
Je n'en étais pas convaincu, dormir par terre dans une pièce presque aveugle, chauffée à 25°C (au moins) par une grosse chaudière qui, non contente de puer le fioul à plein nez, faisait un boucan du Diable toute les demi-heures...je ne voyais pas comment ça pouvait être mieux qu'un coin de pré bien moelleux...
Mais je me forçais à avoir l'air reconnaissant, car il venait de m'inviter à dîner.
Je ne me suis pas senti du tout à ma place dans cette maison, même s'ils étaient plutôt gentils, que j'ai pu prendre une douche, et que le repas était très bon. Quand ils m'interrogèrent sur mon voyage, j'ai dû user de toute mon habileté pour tourner mes réponses de manière à ne pas les choquer...
Bien entendu j'ai très mal dormi...
Bon, les coups foireux comme ça, à l'avenir, j'éviterai...

Cela dit, ils me donnèrent une information très précieuse : les récoltes de noix étant terminées, le ramassage des noix était désormais toléré pour la consommation personnelle...
et ma consommation personnelle, c'est pas rien  ;#
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 31 janvier 2011 à 14:42:35
Bon allez, il est temps que je boucle ce récit pour passer à ce qui m'intéresse le plus, l'aboutissement de ces 5 pages de blabla : l'auto-analyse et surtout le débat qui s'en suivra...  :popcorn:

Mais d'abord, suite et fin du périple : revenons à l'aube du 4 novembre 2010, passage de la dernière frontière :

(http://img337.imageshack.us/img337/2860/p1010174d.jpg)

J'ai donc traversé l'Isère à entre Saint-Lattier et Eymeux, puis l'A49 un peu plus loin, et je suis très vite arrivé à Hostun, au pied du Vercors.

(http://img408.imageshack.us/img408/1966/p1010187d.jpg)

Faute de sentier, j'ai suivi toute la journée une départementale relativement fréquentée, en faisant quelques "petites" pauses pour m'empiffrer de noix ici et là.

Au passage, une vue particulièrement belle sur Saint-Mamans :

(http://img202.imageshack.us/img202/6227/p1010194n.jpg)

En fin de journée, la route devint sinueuse, et la progression, beaucoup plus dangereuse et pénible.
Imaginez, une route limitée à 70, à l'heure où les gens sortent du boulot, avec des séries de petits virages sans visibilité, et évidemment sans bas-côté.

Avec mes trois bêtes, j'occupe la moitié de la route. Seule solution : anticiper à l'oreille l'arrivée des véhicules, si c'est en face, je serre à droite, si c'est derrière, je passe à gauche (et si c'est les deux, je prie...).

Il y a eu ce soir là quelques croisement miraculeux et je me demande encore comment il est possible que je n'y aie pas laissé un mouton...

C'est donc exténué par ces quelques kilomètres d'attention constante que je suis arrivé devant le camping de Rochefort-Samson.
Je suis quand même allé faire un tour à l'accueil, au cas où. Il n'y a personne,mais un panneau indique que c'est ouvert, le tarif est dissuasif : 12,50€ l'emplacement, ce n'est pas dans mes moyens, sans parler de faire accepter les moutons...

Repli stratégique, je suis monté sur le coteau au-dessus du camping, et j'y ai trouvé un petit emplacement plat, à quelques mètres à peine des derniers emplacements payants... mais néanmoins bien isolé du camping et de la route par quelques broussailles que le hasard - s'il en est un - avait judicieusement placé là.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 31 janvier 2011 à 14:49:08
Le lendemain est un très bon jour : des petites routes, des sentiers tranquilles...

(http://img827.imageshack.us/img827/2411/p1010196i.jpg)

...des noix à profusion, et ce n'est pas fini!

A Saint-Vincent-la-Commanderie, alors que je faisais une pose à l'entrée du village, un bonhomme en voiture s'arrêta pour discuter, puis continua et tourna à la première maison. Quelques minutes plus tard, il criait : "Hé! monsieur Moutons! tu veux venir manger avec nous?"
Je m'étais déjà bien goinfré de noix, mais moi je suis comme le loup, je peux me passer de bouffe pendant une semaine, mais quand il y a à manger, je mange! Et puis ça se fait pas de refuser ce genre d'invitation, hein  :-[

Et le soir, rebelote : je croise à la sortie de Châteaudouble un homme sympathique, la conversation s'engage, il m'offre des pommes, et comme il est tard, je lui demande si je peux planter la tente dans son jardin. Pas de problème. Il m'invite à manger.
J'accepte de rester le lendemain matin pour lui donner un coup de main sur un petit chantier, pensant payer ainsi ma pitance, mais au final, il insiste pour me rémunérer ces 3h de travail, et correctement en plus  :up:
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 31 janvier 2011 à 14:51:17
Je reprends donc la route vers 13h. Mon point de chute pour préparer l'hiver est la ferme d'un ami de mon oncle, à Combovin, à 3km de là, le voyage est donc terminé, enfin presque...
Car la ferme n'est bien sûr pas à Combovin même, mais sur le plateau, 10km de route et 550m de dénivelé positif plus loin  :blink:
(on m'avait seulement dit "2km à vol d'oiseau", il y a des fois, ça doit être cool d'être un oiseau  ;#)

Un panneau insolite à retenu mon attention au départ de cette route...

(http://img27.imageshack.us/img27/2178/p1010213um.jpg)

Et, après 4h d'efforts, l'arrivée à la ferme de Boussière, qui les valait largement (la ferme est traversée par un sentier de randonnée que je vous recommande d'ailleurs chaudement).

(http://img810.imageshack.us/img810/1697/p1010222q.jpg)

(http://img375.imageshack.us/img375/8697/p1010228t.jpg)

Depuis, je ne fais que me déplacer d'hôtes WWOOF en hôtes WWOOF, à moins d'une journée de marche les uns des autres.
Je découvre ainsi les différentes productions paysannes du département, tout en profitant d'une alimentation de qualité et d'une place au coin du feu, ce qui est franchement providentiel en cette rude période hivernale...

(http://img202.imageshack.us/img202/5407/p1010363th.jpg)

(http://img526.imageshack.us/img526/2979/p1010361a.jpg)

Fin du récit.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 31 janvier 2011 à 15:52:03
Petite synthèse :
- au niveau du matos, j'en avais pour beaucoup trop lourd au départ, j'ai pu descendre de quelques kilos en éliminant des choses que j'utilisais peu (moulin à légume, vêtements de rechanges superflus), et en investissant dans du matériel de qualité (duvet, tarp).

- niveau moutons, c'est sûr, ça pose quelques contraintes : pour leur entretien, il doivent manger au minimum 4h par jour, donc je fais 2h de pause en milieu de journée pour les laisser brouter et je m'arrange pour trouver un lieu de bivouac avec de l'herbe à proximité (sinon je fais 4h de pause le lendemain pour compenser), ensuite ils ont besoin de ruminer, mais ça je n'y fais plus trop attention, ils ruminent lors des petites pauses que je fais pour souffler, parfois en marchant quand le rythme est cool, et puis la nuit entre leurs périodes de sommeil et de repas.
En fait, le seul truc vraiment chiant à gérer, c'est les routes et les zones urbaines, pas toujours faciles à éviter.

- niveau alimentation, la cueillette m'a parue largement suffisante en automne (c'est clair que c'est la meilleure saison pour ça), j'ai juste perdu 3-4 kilos de gras, que j'ai d'ailleurs très vite repris dans les fermes  8).

C'est peut-être un peu rapide comme synthèse, en fait là je suis pas très inspiré...

Si vous avez des questions, des remarques ou des suggestions par rapport au périple automne hiver 2010, je vous encourage à les poster.

A présent je suis dans la réflexion en vue de la suite du voyage : printemps-été 2011

Il faut que je décide d'un itinéraire approximatif, pour l'instant je serais assez partant pour visiter l'Ardèche au printemps, faire en sorte d'être à la rencontre du forum dans les Cévennes, et peut-être continuer vers les Pyrénées...
Mais sur le long terme, je suis plus tenté par l'Europe de l'Est, donc je ferais peut-être juste un aller-retour dans le Sud du Massif-Central avant de repartir vers l'Est, à réfléchir.

Sinon, au niveau printemps-été, ça risque d'être plus dur pour l'alimentation, donc je compte assez sur le lait des brebis, enfin de la brebis en l'occurrence, puisque que j'ai décidé de ne garder qu'Ethiopie et Magnum.
Une brebis ne donne du lait que si elle garde son agneau un certain temps, hors je ne pense pas pourvoir gérer deux agneaux en bas-âge, donc il est plus commode de ne garder qu'une brebis.
La brebis blanche était à la fois dominante et indépendante, donc je suis obligé de la tenir en laisse tout le temps, sans quoi elle n'en fait
qu'à sa tête, en plus, j'ai pu le vérifier au printemps dernier, elle ne supporte pas que j'essaie de la traire.
Si je m'en débarrasse (en la donnant à un type sympa qui s'occupera bien d'elle), c'est Magnum qui domine, et lui me suis au pied comme un petit chien, donc plus besoin de laisse.

Je garde donc aussi Ethiopie, qui, elle, doit agneler en avril, et devrait se laisser traire plus facilement (je lui tripote les tétons depuis qu'elle est toute petite  ;#) ce qui devrait donc me permettre de mettre du lait dans la soupe d'ortie et du fromage frais dans les salades de pissenlit, non négligeable  8)

Et si ça ne suffit pas comme base, j'achèterai de la farine pour faire des chapati.

Voilou,

à vos claviers!
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Madudu le 31 janvier 2011 à 21:53:45
Il est clair que pour ma part, les lipides et l'amidon, je les achètes  :closedeyes: Trop galère de s'en procurer en grande quantité dans la nature.
Par contre au printemps j'espère être autonome en protéines et en vitamines.

Le bélier est castré ? Si oui, quel intérêt de le garder ?

La mère avait toujours des problèmes d'onglons ?

Tu as apparemment investi dans un Tarp, lequel ? J'y pense moi aussi, pour gagner du poids. Le D4 c'est lourd et encombrant...

T'as pensé prendre des guêtres pour la pluie, la neige et la rosée ?

Ptain, si t'as perdu 3-4kg, on a bien fait de se séparer. Parce que moi, je serais mort  :lol:

Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 01 février 2011 à 19:38:17
Citer
Le bélier est castré ? Si oui, quel intérêt de le garder ?

Oui le bélier est castré, j'y ai été contraint pour le mélanger à un troupeau.
L'intérêt de le garder, c'est que contrairement aux brebis, il me suis vraiment au pied, donc pas besoin de le tenir en laisse (sauf sur route, mais il ne devrait plus y en avoir beaucoup là où j'irai).
Et puis franchement, il est trop beau  :love:

Comme il divague peu, je réfléchis aussi à lui faire tirer une petite charette (quand il sera plus grand).


Citer
La mère avait toujours des problèmes d'onglons ?

J'ai plus eu de problèmes d'onglons avec la mère, par contre son caractère ne s'arrange pas...


Citer
Tu as apparemment investi dans un Tarp, lequel ? J'y pense moi aussi, pour gagner du poids. Le D4 c'est lourd et encombrant...

J'ai pris le X-Tarp d'Arklight, je ne l'ai testé qu'une fois donc pour moi c'est trop tôt pour juger de la qualité (le test du forum est très positif), mais en tout cas il est léger et compact.


Citer
T'as pensé prendre des guêtres pour la pluie, la neige et la rosée ?

Non, pas de guêtres, je bricole toujours avec mes sacs plastiques  ;#
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Madudu le 02 février 2011 à 14:08:56
Faut pas que je tarde à faire une commande chez Arklight, et j'hésite à prendre le X-Tarp aussi.
Le hic c'est qu'il est cher, le plus c'est qu'il pèse presque trois fois moins lourd que mon D4  :o

M'en vais voir la revue matos  :)
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 02 février 2011 à 20:01:41
Fais gaffe par contre, ya pas les cordelettes avec... pour moi ça rajoute à peu près 200g, et environ 12€ les 40m de ficelle nylon (100kg) en magasin de bricolage.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Madudu le 02 février 2011 à 23:58:16
Ca change la donne...  :-\

Merci de m'avoir prévenu, je vais fouiller un peu le forum pour trouver mon bonheur  :)
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: supernomade le 03 février 2011 à 11:04:14
Merci pour ce récit que tu nous a fait partager, j'espère te relire bientôt pour de nouvelles aventures ou mieux que l'on se croise sur les routes (ou chemins) ! @+
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 04 février 2011 à 12:33:34
Merci à vous aussi qui prennez le temps de me lire.

Citer
ou mieux que l'on se croise sur les routes (ou chemins) ! @+

A ce propos, j'aime bien marcher seul, mais si quelqu'un est motivé pour faire un bout de chemin avec moi, ce sera aussi avec plaisir!  :)
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: supernomade le 04 février 2011 à 12:48:31
Haa moi c'est pareil grand solitaire dans l'âme mais je ne suis jamais contre un peu de compagnie de temps en temps, ça fait du bien et il en faut ;)
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 19 février 2011 à 17:34:19
Coucou,

Je cherche une alternative à mon sac à dos d4 f*rcl*z 70, qui pèse 2kg à vide, et qui est en plus trop grand : je pense qu'en rangeant bien j'aurais assez d'un 50L, mais comme j'aime bien mettre des trucs en vrac dans le sac, 60L seraient confortables. Du coup je cherchais un sac à dos léger qui fasse entre 50 et 60L, quand je suis tombé sur ça :

(http://www.arklight-design.com/Files/27192/Img/03/mountainsmith-dog-pack-large.jpg)

Le Mountainsm*th Dog Pack (http://www.arklight-design.com/PBCPPlayer.asp?ID=522456)

Je n'ai pas de chien, par contre j'ai un jeune bélier, qui devient de plus en plus costaud en grandissant, et qui a à peu près la morphologie d'un gros chien.
Du coup je suis particulièrement intéressé par ce truc, qui annonce quand même 30L en taille L.

Je n'ai pas trouvé de retex, du coup je me demandais si quelqu'un possède le Dog Pack, l'a essayé (pas forcément sur un mouton  ;) ), et pourrait donner son avis sur la praticité du truc et la solidité à long terme.

Et si je commande ça, je pense que je prendrai en même temps un Wanderer 35 pour moi, du coup le bélier porterait 5-7kg et moi aussi (bouffe et eau comprises).
Sur le papier ça me paraît idéal, z'en pensez quoi?
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Ghaudik le 19 février 2011 à 21:15:59
Bonsoir thorgaal.

Par curiosité, est-ce que tu as essayé de mettre en place un système similaire sur ton jeune bélier pour tester ? Je ne connais pas le caractère de ces animaux, même si le tien a l'air docile. Ça permettrait de savoir s'il supporte l'idée de porter quelque chose sur son dos.

Ghaudik.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 20 février 2011 à 11:32:12
Sur lui je n'ai jamais essayé car il était encore petit, mais au début du voyage nous avions bricolé un harnais qui permettait de faire porter la tente et un peu de nourriture aux brebis.
Le problème venait du fait que le système n'était pas très stable, et du coup les sangles, non rembourrées qui plus est, irritaient sévèrement les aisselles des bêtes (non lainées).

Du coup j'avais abandonné l'idée du bâtage jusqu'à tomber sur ce "dog pack", qui m'a quand même l'air beaucoup plus confortable et pratique qu'un système homemade.

Enfin pour répondre à ta question, je n'ai aucun doute sur le fait qu'il supporte quelque chose sur son dos, et puis 5-7kg sur un bélier qui en pèse déjà environ 40, et devrait dépasser les 70kg dans quelques mois, c'est pas le bagne quand on connaît la robustesse de l'ossature de ces bestioles...

En fait mes interrogations porte plus sur la robustesse de ce sac qui va subir en permanence des frottements avec la végétation.
Titre: Re : Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: douyazen le 21 février 2011 à 10:35:48
Sur lui je n'ai jamais essayé car il était encore petit, mais au début du voyage nous avions bricolé un harnais qui permettait de faire porter la tente et un peu de nourriture aux brebis.
Le problème venait du fait que le système n'était pas très stable, et du coup les sangles, non rembourrées qui plus est, irritaient sévèrement les aisselles des bêtes (non lainées).

Du coup j'avais abandonné l'idée du bâtage jusqu'à tomber sur ce "dog pack", qui m'a quand même l'air beaucoup plus confortable et pratique qu'un système homemade.

Enfin pour répondre à ta question, je n'ai aucun doute sur le fait qu'il supporte quelque chose sur son dos, et puis 5-7kg sur un bélier qui en pèse déjà environ 40, et devrait dépasser les 70kg dans quelques mois, c'est pas le bagne quand on connaît la robustesse de l'ossature de ces bestioles...

En fait mes interrogations porte plus sur la robustesse de ce sac qui va subir en permanence des frottements avec la végétation.

Et en leur mettant une couverture de bât , ça donnerait quoi ?
Je me dis aussi que ça peut devenir très chaud dessous, même si ça évite les frottements , je sais pas .
Je dis ça comme ça , c'est juste une idée .
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 23 février 2011 à 08:43:43
Peut-être, mais pour tout avouer, j'ai plus vraiment la motivation pour essayer des bricolages, le temps qu'on a perdu avec Madudu pour fabriquer ce harnais qui ne marchait pas m'a quelque peu découragé... Alors si je peux avoir un truc qui marche pour 60€, ça me va.  :-[
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 05 mai 2011 à 16:29:42
Coucou,

J'ai pas le temps de mettre à jour le fil maintenant, juste pour signaler que je suis à Montusclat en Haute-Loire, et que j'en repars Lundi en direction de Thiers via GR40 puis GR3 (200km environ).
Si la balade vous intéresse vous avez 48h pour m'envoyer CV et lettre de motivation, et que ça saute!
(en fait un rapide MP suffira  ;))

Je signale que ça sera un rythme très lent car ma brebis est en fin de gestation, donc 10-15km/jour grand max, et sieste obligatoire aux heures chaudes.
Avec un peu de chance on aura même droit à la mise bas pendant le trajet...

Tchao
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Robin C le 05 mai 2011 à 20:56:48
Citer
ma brebis est en fin de gestation
Sérieux!? Héhé, bientôt du lait dans tes fourmis le matin alors!!  :lol:
Bonne route!
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: Ghaudik le 05 mai 2011 à 22:05:05
j'en repars Lundi en direction de Thiers via GR40 puis GR3 (200km environ).

Hello.
Tu vas à la capitale de la coutellerie faire des achats?   ;)
Je suis heureux que tu fasses un passage par notre belle région d'Auvergne. Je ne pourrai pas t'accompagner pendant toute la balade mais si je peux te rejoindre sur une journée quand tu seras dans les environs de Thiers, ce sera avec plaisir.
Tiens nous au courant.
Ghaudik.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Une vie, un rêve, un projet...
Posté par: thorgaal le 06 mai 2011 à 11:15:21
En fait je passe pas par Thiers même, je vais contourner la ville en restant sur le GR3, puis je pense traverser l'Allier à Maringues pour filer droit chez mes parents dans la plaine (Varennes sur Morge).
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 06 novembre 2011 à 18:54:12
Je m’apprête à ressortir mon petit carnet de voyage tout écorné pour vous raconter, comme promis, mon périple du printemps dernier. Je m'excuse de pas avoir trouvé le temps de le faire plus tôt, mais bon, vous savez ce que c'est, quand on peut le faire demain...

Seulement, comme je repars pour de nouvelles aventures en fin de semaine, il devient urgent de faire le récit de l'épisode précédent, qui, je pense, en vaut la peine. Je m'excuse d'avance auprès des lecteurs qui n'ont pas le haut-débit : le récit va être copieusement illustré.

J'en profite pour passer une annonce pour ceux qui souhaiteraient m'accompagner sur tout ou partie d'un périple Alès->Clermont-Ferrand via St-Flour, uniquement par des GR, avec ascension du Mt Lozère, du Plomb du Cantal et peut-être du Puy de Sancy (faut voir les condition qu'on aura là-bas fin novembre).
Je n'aurai qu'un seul mouton (le mâle) et j'espère faire 25km par jour, pour un peu moins de trois semaines au total.
Merci de m'envoyer un MP au plus vite, j’envisage de partir dès la fin de cette semaine ou en début de semaine prochaine.


Lundi 21 mars 2011

Ca y est c'est le printemps! cela fait un mois que je suis hébergé, via le réseau WWOOF, chez un couple de maraîcher de Montmeyran (26). Je viens d'avoir 21 ans et me suis fait offrir le Wanderer 35 d'Arklight et le Mountainsmith Dog Pack, que j'évoquais précédemment.
A première vue, mes deux compagnons se portent à merveille, mais auraient bien besoin d'un petit rafraichissement capillaire...


(http://img90.imageshack.us/img90/1733/201103193.jpg)
(http://img534.imageshack.us/img534/1206/201103192.jpg)

Aussitôt dit, euh... laborieusement fait, avec pour seul outil une paire de ciseaux...

(http://img683.imageshack.us/img683/9206/2011031911.jpg)
(http://img717.imageshack.us/img717/6388/201103202.jpg)

Et enfin, 6 heures (et quelques ampoules aux mains) plus tard, voilà mes deux bestiaux bien MULisés (les XULs ont-ils déjà pensé à s'épiler pour gagner quelques grammes?  :glare:)

(http://img694.imageshack.us/img694/792/201103209.jpg)

Avec le beau temps de ce début de printemps s'en fut donc la toison hivernale de mes moutons, en même temps que revinrent mes envies de voyage.
Ma présence étant attendue à une fête familiale mi-juin chez mes parents, je me suis assez vite décidé pour y aller à pied, tranquillement, avec éventuellement quelques étapes en WWOOF.

Il s'agissait donc de rejoindre Clermont-Ferrand, avec un passage obligé au Mont Mézenc (décision arbitraire de mon ego qui ne peut pas s'empêcher de monter sur tout ce qui dépasse un tant soit peu du sol pour se sentir plus grand  :down: . Notez que ce curieux comportement est partagé par les moutons...).

Voici donc approximativement l'itinéraire envisagé :

(http://img10.imageshack.us/img10/5610/trajetapprox.jpg)

Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 06 novembre 2011 à 20:16:39
Mercredi 23 Mars


Bonne surprise sur ma boîte mail :

Salut Thorgaal!
J'ai pour projet de faire du wwoof pendant quelques temps
en me déplaçant à pied pour me rendre chez les différents hôtes.
Cela pourrait être l'occasion de faire un bout de route ensemble si ça te dis?
De ton côté, dans quel secteur te situes-tu en ce moment?
As-tu déjà repris la route ou restes-tu chez un hôte pour l'instant?
Merci.
Peut-être à bientôt.

Les détails techniques sont très vite réglés, Bambo m'accompagnera donc une quinzaine de jours.
En cas d'embrouille, chacun a bien entendu tout le nécessaire pour être autonome.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: Ghaudik le 06 novembre 2011 à 21:42:55
Bonsoir Thorgaal.

Heureux de lire la suite de ton récit de voyage! Je craignais que tu ne le fasses jamais.
Bon, j'ai déjà fini les deux nouveaux posts... Je me mets en attente.   ;)

Ghaudik.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 06 novembre 2011 à 23:56:53
Mardi 29 Mars

Ca y est, c'est le grand redépart!

La première étape s'annonce pénible : pour rejoindre la tranquillité de l'Ardèche, il va inévitablement falloir traverser la vallée du Rhône. J'avais préalablement fait quelques repérages en vélo pour trouver un passage satisfaisant.

Voici donc l'étape du jour :

(http://img685.imageshack.us/img685/2592/293g.jpg)
(http://img263.imageshack.us/img263/9001/293pk.jpg)

Nous partons d'assez bon matin afin d'avaler avant la nuit les 23km de bitume qui nous séparent des premières collines ardéchoises, car il n'y a aucun endroit satisfaisant pour bivouaquer avant.
Le ciel est couvert, mais il ne pleut pas.

Je ne vous apprendrai rien en disant que faire de la route à pied, c'est chiant, et d'autant plus chiant quand elle est fréquentée, et encore plus chiant avec des compagnons à quatre pattes qui lorgnent sur l'herbe grasse du bas-côté... bref c'est très chiant ;#

A cela s'ajoute quelques problèmes pour le réglage du bât, que je n'avais essayé que très rapidement quelques jours avant le départ. Je me suis en particulier cassé la tête toute la journée pour positionner au mieux le Ridgerest sur le dessus du bât, j'avais équilibré les deux sacoches (environ 2kg de chaque côté), mais pas moyen de placer le tapis de sol au milieu du dos (600g avec la machette roulée dedans), j'ai bien essayé diverses positions : parallèle à l'échine, perpendiculaire, en biais, mais immanquablement il finissait par se déplacer d'un côté ou de l'autre, en butant contre le cou ou simplement contre les vertèbres un peu saillant, déséquilibrant du même coup tout le bât. Ce n'est qu'en arrivant à la Voulte que nous trouverons la solution au problème : déplacer l'élastique du bât de manière à ce qu'il ne soit pas tendu d'une sacoche à l'autre comme à l'origine, mais de la poignée centrale à la sacoche droite et donc prendre en compte le Ridgerest+machette dans l'équilibrage de la sacoche droite puisqu'il sera maintenant décentré.
Après coup c'est évident, pour équilibrer un bât, il ne faut rien mettre au centre!

Pour ce qui est de la journée, partis de Montmeyran, au Sud de Valence, nous arrivons vers midi à Etoile-sur-Rhône à 7km, c'est-à-dire un peu en retard au regard de la distance restante, mais en ayant déjà récolté au bord d'une petite route un sac d'ortie, ainsi que quelques panais, aulx et poireaux sauvages, permettant par la même occasion aux moutons de se repaître. Nous cassons la croûte sur une petite aire de repos à côté du rond-point qui précède le village, pas vraiment l'endroit rêvé, mais comme on a de la brioche et du bon saucisson, on oublie vit le reste...

Nous repartons, traversons le village d'Etoile aussi discrètement qu'il est possible de le faire avec une telle escorte, puis rejoignons un petit tunnel qui nous permet de passer d'un coup la N7 et l'A7, une bonne chose de faite!

Lentement mais sûrement, nous longeons ensuite le Rhône vers le sud jusqu'à La Voulte, où le pont tant attendu se profile vers 17h.

(http://img718.imageshack.us/img718/4686/201103292.jpg)

En fait un premier pont au-dessus d'un petit canal de dérivation avant un autre plus grand qui enjambe le bras principal du Rhône, entre les deux, nous longeons une aire d'accueil de gitans où une ribambelle de bambins derrière des grilles de 2m50 ouvrent de grand yeux sur notre étrange cortège, ils nous demandent de nous approcher. Troublante scène que celle de ces enfants parqués qui caressent à travers le grillage des animaux libres...

Nous montons dans les ruelles de la Voulte lorsque nous croisons trois commères qui discutent sur le pas de leur porte, très avenantes, elles tiennent à donner à boire à nos moutons, même si je leur soutiens qu'ils n'ont pas soif. Après avoir constaté par elle-même qu'un mouton qui mange de l'herbe fraîche n'a pas besoin de boire, l'une d'entre elles nous apportent finalement un énorme sac de pain sec, que cette fois-ci nos compagnons ne refusent pas...
Mais les moutons n'ayant pas plus besoin de manger du pain que les cochons de la confiture, il déjà évident pour nous qu'à peine tourné le coin de la rue, il n'en verront plus une miette... Et comme nous avons encore beaucoup de réserves de nourriture, nous ne prenons qu'une partie de l'énorme sac qu'on nous propose, afin de ne pas trop nous alourdir.

Encore quelques centaines de mètres et nous débouchons sur un chemin de terre au-dessus du village.

(http://img825.imageshack.us/img825/975/201103297.jpg)

Il ne reste plus qu'à trouver un lieu de bivouac ; tout en cherchant, nous passons devant un élevage canin qui nous oblige à faire quelques centaines de mètres supplémentaires afin d'avoir la paix.
Nous montons finalement nos deux tarps en bordure d'un bois, suffisamment cachés pour faire du feu sans attirer l'attention.
La soupe ortie-poireau-ail-panais n'est pas fameuse, mais finit par passer avec un peu de pain sec grillé, on fera mieux la prochaine fois...
La nuit est tombé, nous sommes épuisés, le sommeil ne tarde pas.  :closedeyes:

A priori, la pire journée est passée.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 07 novembre 2011 à 12:25:14
Mercredi 30 Mars

Il a plu un peu pendant la nuit, mais le matin le soleil est au rendez-vous.

(http://img683.imageshack.us/img683/7531/303bi.jpg)
(http://img38.imageshack.us/img38/2833/303pg.jpg)

Nous redescendons sur la vallée de l'Eyrieux, de l'autre côté de la ligne de crête escaladée la veille au soir. La pente est raide, suffisamment en tout cas pour comprendre que le Dog Pack ne tient pas en descente (pas de sangle à l'arrière), à plusieurs reprises je me retourne et vois que mon mouton peine à suivre, avançant courageusement avec les sacoches au niveau du cou et toutes les sangles emmêlées dans les antérieurs. Heureusement il ne m'en tient pas rancune et me laisse tranquillement réajuster sa charge.
Cette fois-ci, je n'ai réglé le problème qu'un mois plus tard, en comprenant l'utilité des sangles de compression des sacoches. En fait, en comprimant les sacoches, on évite qu'elle tombe plus bas que le poitrail de l'animal, ce qui permet de serrer convenablement les sangles sous le poitrail.
C'était alors indispensable car mon mouton était encore un peu petit pour remplir les sacoches à leur contenance maximale (15L).

A l'heure où j'écris ces lignes, il a suffisamment grandi et grossi pour que ce problème ne se pose plus.

Bref, nous arrivons sur le GR427 qui longe l'Eyrieux par une voie ferrée désaffectée.
Pensant que le mâle a dû un peu souffrir de la descente, et pour ne pas le traumatiser, j'essaie de transférer le bât sur la femelle :

(http://img18.imageshack.us/img18/1839/201103302.jpg)

Pour le coup, l'expérience semble réellement la traumatiser : elle commence par refuser de bouger, puis, comme nous faisons mine de l'abandonner, elle nous rattrape au triple galop avant de se planter à nouveau, oreilles rabattues en arrière comme si elle avait vu le loup...

Je lui enlève donc le bât immédiatement, et je ne retenterai même pas l'expérience tant Magnum (le mâle), semble porter avec fierté son sac à dos comme si c'était un article de mode!

Dans les bois humide et frais que nous traversons le matin, nous trouvons de véritables champs de magnifiques poireaux sauvages, une petite récolte s'impose.

Nous tentons ensuite une sieste sur la berge rocheuse de l'Eyrieux, mais une alternance incessante entre pluie, soleil, et vent nous oblige à constamment rentrer et sortir notre matériel humide.

Nous continuons ensuite jusqu'à St-Fortunat-sur-Eyrieux où nous nous ravitaillons en eau, avant de chercher un lieu de bivouac, ce qui ne fut pas une mince affaire en raison des fortes pentes et des nombreuses propriétés privées.

Au final, la nuit tombant, nous nous contenteront d'un petit replat en bord de route, sous une forêt de châtaigners, attention où on pose les fesses...

Magicien à ses heures, Bambo allume le feu d'un claquement de doigt  ;#

(http://img542.imageshack.us/img542/5866/2011033011.jpg)

Au menu : châtaignes à la braise et soupe lampsane-violette-pimprenelle un peu fade, mais en assaisonnant avec une soupe en sachet, ça s'est révélé délicieux (sauf qu'à priori il n'y avait plus que le goût de la soupe en sachet...)
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 07 novembre 2011 à 14:29:38
Jeudi 31 Mars

On rallume rapidement le feu le matin pour faire griller le reste de pain sec, et en route!

(http://img827.imageshack.us/img827/6035/313e.jpg)

(http://img43.imageshack.us/img43/6903/313pq.jpg)

En suivant la route, on arrive vers 9h à St-Vincent de Durfort, une camionnette s'arrête à notre hauteur, c'est un couple de babacools qui nous accueillerait volontiers chez eux, à quelques kilomètres de là, mais malheureusement ils doivent s'absenter plusieurs jours et nous souhaitons avancer.
Quoi qu'il en soit, ce genre de rencontre fait du bien au moral, voilà l'Ardèche dont on rêvait  :)

A partir de Saint-Vincent, nous suivons des sentiers communaux sympathiques et très bien balisés. Avec la carte routière de Bambo, cela nous permet d'avancer vite.

Alors que nous nous arrêtons dans une petite friche pour casser la croute, il se met à pleuvoir dru.
Nous montons les tarps.
Après l'averse, nous décidons de nous faire cuire un repas chaud (nous avons encore de la semoule et des pâtes en réserve). Les moutons semblent particulièrement pressés de repartir...

(http://img36.imageshack.us/img36/8606/201103315.jpg)

Bambo met au point un trépied high-tech pendant que je remplis ma Nalgene de fourmis rousses pour agrémenter la semoule... Ca donne un petit goût acidulé pas désagréable, mais sans plus. En revanche la Nalgène sentira l'acide formique pendant des semaines  :down:.

(http://img59.imageshack.us/img59/1733/2011033111.jpg)

Au final nous finissons de manger à 15h. Le camp étant déjà confortablement installé, nous ne jugeons pas nécessaire de le remonter 5 ou 6 kilomètres plus loin, et nous occupons donc le reste de l'après-midi à ramasser des châtaignes, à installer des collets merdiques et des pièges foireux dans l'espoir d'attraper des lapins dont il n'y a guère de traces, et bien sûr à fainéanter, ça fait pas de mal  8)

Le soir arrive vite, et avec lui l'appétit revient. Pendant que Bambo déchaine les flammes de l'enfer pour cuire la soupe, Magnum se gratte les c*u!lles d'une corne experte... Oui, Magnum a encore des c*u!lles, j'ai découvert pendant l'hiver que l'opération à la pince Burdizzo a clairement échoué, peut-être n'était-il pas assez mature.
Pour l'instant il ne montre aucun signe d'agressivité masculine, et je lui laisse donc un sursis.

(http://img16.imageshack.us/img16/2979/2011033114.jpg)

La soupe aux châtaignes et aux poireaux sauvages est délicieuse, comme à peu près tout ce qu'on peut faire à base de châtaignes  :love:
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 07 novembre 2011 à 22:23:48
Vendredi 1er Avril

(http://img819.imageshack.us/img819/3854/35577355.jpg)

(http://img821.imageshack.us/img821/2756/14ppy.jpg)

Il y a des jours, en Ardèche, où l'on a l'impression de faire du sur-place, celui-ci en fait partie. 16km au sol pour moins de 5 kilomètres à vol d'oiseau, on pourrait se croire en haute-montagne...

"On monte, on redescend, on remonte" (ai-je écrit sur mon carnet de bord), et des virages en épingle à cheveux qui n'en finissent pas...

Le balisage ne suit que des routes goudronnées, mais pas un véhicule à l'horizon, les hameaux sont déserts, seuls les vieux châtaigners alignés au cordeau qui paraissent bien entretenus témoignent d'une présence humaine dans les parages.

Vu l'époque, nous ne nous gênons pas pour récolter les précieux fruits encore consommables en fouissant dans les feuilles mortes à l'aide d'un bâton, les germes naissants permettent de les repérer facilement; mais au vu des clôtures barbelées entourant la plupart des parcelles, il ne doit pas faire bon traîner dans les parages au moment de la récolte.

A 14h, la chaleur nous oblige à ménager une pause pour les moutons qui commencent à tirer la langue.

(http://img600.imageshack.us/img600/1085/201104012.jpg)

Nous en profitons pour préparer d'avance la soupe du soir : châtaigne, ail et poireau sauvages.
A chaque pause, nous grignotons aussi quelques châtaignes crues pour profiter de leur forte teneur en vitamine C, le fruit miracle vous dis-je! (les bestioles ayant cherché refuge dans nos duvets ne vous en diront pas tant...  ;#)

Nous reprenons la route d'un bon pas.

(http://img585.imageshack.us/img585/2022/201104021.jpg)

Le soir venu, les châtaigneraies clôturées se succèdent au bord de la route sans laisser envisager la moindre ouverture.
Lorsque enfin, au détour d'un virage, nous trouvons une entrée de parcelle ouverte, nous n'hésitons pas longtemps à nous y engager.
Nous montons les tarps à même le chemin qui coupe la parcelle en deux, seul endroit plat des environs.
Nous pensons être invisible depuis la route, mais le passage d'une voiture juste au-dessus de nous nous montre le contraire : en montant sur la colline, la route fait un crochet pour repasser 20m au-dessus de notre campement... Pour la discrétion c'est raté. La voiture s'arrête plusieurs secondes à notre hauteur, puis continue sa route.
A l'évidence, nous sommes repérés, et nous décidons donc prudemment d'attendre une demi-heure pour voir si le propriétaire se pointe avant d'envisager de faire un feu, car c'est à priori le seul reproche qu'on pourrait nous faire.
En attendant, le nettoyage des bogues qui tapissent nos couchettes nous occupe un certain temps.
Celles-ci ne semblent pas en revanche incommoder les moutons.

(http://img200.imageshack.us/img200/2876/201104019.jpg)

Finalement un bon moment passe sans que nous n'ayons revu âme qui vive, et nous estimons donc raisonnable de cuire notre délicieuse soupe ainsi que quelques poignées de châtaignes pour reprendre des forces.

(http://img835.imageshack.us/img835/884/201104015.jpg)
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: ouroumov le 08 novembre 2011 à 05:44:46
Salut, juste un petit mot pour vous remercier.
Excellent récit dont je suis très heureux d'enfin lire la continuation.
Exactement ce qu'il fallait pour me donner un boost devant la journée qui s'annonce.
Bonne santé à vos douzes pattes.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 08 novembre 2011 à 22:20:51
Samedi 2 Avril

(http://img42.imageshack.us/img42/3266/78760636.jpg)

(http://img535.imageshack.us/img535/3088/24pn.jpg)


Les sentiers entre village sont toujours aussi bien balisés, nous suivons le balisage "sentier des Dragonnades" jusqu'à St-Pierreville, c'est un sentier historique! (de mémoire ça parle de répression sanglante ou un truc comme ça :really:)

Mais si, en fait, c'est très intéressant, on appelle dragonnades les répressions organisées par Louis XIV contre les fiefs protestants (merci wikipédia  8)), ce sentier correspond donc au parcours des cavaliers de Louis XIV en 1783 lors des Dragonnades en Vivarais.
Si ça vous intéresse, jetez un œil-là : http://fr.wikipedia.org/wiki/Dragonnades (http://fr.wikipedia.org/wiki/Dragonnades)
Et si ça ne vous intéresse pas, je vous rassure tout de suite, ça n'est pas nécessaire pour comprendre la suite.  :huh:

Ce matin-là, nous arrivons donc à St-Etienne-de-Serre par le sentier des Dragonnades (vous ai-je déjà parlé des Dragonnades?  ^-^)

Peu après le village, nous faisons une petite pause sur une colline verdoyante. Nos téléphones captent bien, nous en profitons pour contacter une ferme WWOOF qui nous intéresse à Dornas, à environ 2 jours de marche. La fermière nous demande de rappeler plus tard, elle doit en discuter avec son mari. Nous potassons la carte, il semble que nous devions passer par Dornas de toute façon, donc peu importe pour l'instant que nous ayons où non une réponse. Pendant que nous délibérons, les moutons, qui s'en contrefichent bien qu'on passe par Dornas ou non, grignotent des jeunes pousses d'églantier.

(http://img163.imageshack.us/img163/1795/201104024.jpg)

Le sentier serpente ensuite le long de collines noircies par des écobuages; nous ne sommes qu'à 700m d'altitude, mais ces crêtes dénudées donnent une fascinante impression de hauteur.

(http://img153.imageshack.us/img153/3376/201104028.jpg)

La chaleur de midi, très excessive pour la saison, nous force à faire deux bonnes heures d'arrêt. Nous les mettons à profit pour ramasser et décortiquer des châtaignes sous l'œil attentif des moutons qui, après avoir récolté quelques pichenettes sur le museau, attendent sagement qu'on leur donnent les morceaux abîmés...

(http://img839.imageshack.us/img839/8080/2011040214n.jpg)

Nous arrivons à St-Pierreville en fin d'après-midi, trop tard pour y chercher une épicerie, mais tant pis, nous sommes loin de mourir de faim.
Le balisage n'est plus très clair, sur la carte il paraît possible de remonter la rivière Veyruegne, nous tentons le coup.
Un vieil homme garde une dizaines de brebis sur la berge, lorsque nous passons à proximité, les bêtes s'aperçoivent, s'interpellent, c'est la panique des deux côtés... Le bonhomme nous observe d'un air intrigué. Nous accélérons le pas, pour réaliser 100m plus loin que nous sommes dans une impasse... pas moyen de longer la rivière de ce côté.
Nous demandons au vieillard s'il est possible de continuer dans cette direction (les brebis bêlent, les chiens aboient), il nous répond avec un épouvantable accent paysan qu'il y a un petite passerelle derrière ses terres.

Nous traversons la rivière, et nous la retraversons 5 minutes plus tard : il n'y a aucun passage de l'autre côté.

Nous retournons voir le vieillard (les animaux s'affolent une fois de plus), cette fois-ci nous allons droit au but :
- nous voulons aller à Dornas par les petites routes.
- charabia incompréhensible... puis une mot ressort nettement : Mézilhac! pour Dornas, il faut passer par Mézilhac!
... il appelle sa femme, il nous parle de la guerre d'Algérie (rapport au sac camo de Bambo il me semble).
La bonne femme arrive :
- ils veulent aller à Dornas.
- par les petites routes...
- à Dornas? Il faut passer par Mézilhac! (avec un accent tout aussi caricatural, ces gens-là n'ont pas dû quitter souvent leur village)
Bref, on se fait donc indiquer la route de Mézilhac, à l'évidence il nous indique la route à suivre en voiture, mais pour l'instant il nous faut sortir du village, on coupera plus tard.

Nous sortons donc de Saint-Pierreville par la route principale, direction Mézilhac (18km). Le temps tourne à l'orage, avec cette chaleur c'était prévisible.

La départementale est coincée entre une crête entourée de grillage à moutons et un ravin, les voitures roulent vite et la luminosité baisse dangereusement.

Après plusieurs kilomètres, nous tombons sur une porte d'enclos mal fermée, passant outre les panneaux "propriété privée" et "défense d'entrer" (en Ardèche il y en a partout), nous nous y engouffrons et nous escaladons une pente rocheuse jusqu'à un bosquet de châtaigniers sauvages, le vent violent nous oblige à soigner particulièrement le montage des tarps, même si au final il ne tombera pas une goutte.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 09 novembre 2011 à 20:31:12
Dimanche 3 Avril 2011

(http://img855.imageshack.us/img855/5240/20405051.jpg)

(http://img3.imageshack.us/img3/7360/34pv.jpg)

Le temps est toujours instable, de gros nuages noirs s'accrochent sur les montagnes qui nous font face, Eole déchaine sa fureur, mais la pluie nous épargne toujours.
Malgré tout, nous décidons de ne pas redescendre sur la route, et de tenter de suivre en hors piste la crête sur laquelle nous venons de dormir.
Choix osé mais finalement gratifiant, seules quelques étendues de genêts ras freinent notre progression, mais le paysage et grandiose, et le vent violent ne fait que renforcer l'impression de hauteur. Les clôtures à moutons auraient pu nous poser problème, mais l'éleveur a eu la bonne idée d'aménager des portes au sommet de la crête.  C'est tout de même plus agréable que de suivre une départementale, et c'est pas Magnum qui vous dira le contraire.  :)

(http://img194.imageshack.us/img194/4969/201104031.jpg)

Au point le plus haut de la crête, de gros rochers nous abritent du vent le temps d'une petite pause, j'en profite pour inspecter les moutons : Magnum est farci de tiques comme souvent... mais il faut croire qu'il les récolte toutes car nous n'en avons pas trouvé une seule sur nous, et très peu sur la brebis.
En tout cas c'est un bon détecteur : si Magnum n'a pas de tiques, c'est qu'il n'y en a pas à 10km à la ronde  :)

J'appelle l'hôte WWOOF de Dornas, cette fois-ci la réponse est claire : c'est non, pas négociable, pas assez de travail  :o
Ça ne m'était encore jamais arrivé d'être refusé ; en général, travail ou pas, il est au moins possible d'être accueilli une nuit.

Pendant ce temps, Bambo domine le monde (pas si facile avec le vent).

(http://img18.imageshack.us/img18/935/201104039.jpg)

Nous redescendons ensuite sur un col depuis lequel nous essayons deux cul-de-sac (enfin plutôt deux chemins, on ne savait pas avant que c'était des cul-de-sac, hein, sinon on ne les aurait pas essayé... pas si bêtes :blink:), il nous faudra en fait faire 200m dans la direction opposé pour rejoindre la petite route qui descend sur Marcols-les-Eaux. Nous traversons le village.

(http://img839.imageshack.us/img839/9001/2011040321.jpg)

Il n'y a pas d'épicerie dans le village (de toute façon c'est dimanche), mais on nous confirme qu'il y en a une à Dornas. Bonne nouvelle car nous n'avons plus de réserves, et nous sommes désormais trop hauts pour trouver des châtaigniers (dans les Mont d'Ardèche ils s'arrêtent vers 800m).
Après avoir traversé la Glueyre au pont de Marcols-les-Eaux, nous remontons sur un plateau de l'autre côté du village (~1000m d'altitude).

Vers 17h30, le ciel nuageux s'ouvre brutalement sur un soleil de plomb inattendu, nous sommes en nage lorsqu'à 18h nous trouvons, en haut d'une pâture, un lieu de bivouac convenable : un bois de pins et de bouleaux bien plat saturé de crottes de moutons en grande partie décomposées, pas facile d'y faire tenir des sardines tant le sol est meuble, mais au moins c'est confort 4 étoiles  :)

Bambo perce un bouleau pour recueillir la sève : il en remplit un mug dans la soirée, mais presque rien pendant la nuit, ce qui est probablement normal?

Une intuition nous réveille tous les deux en sursaut au beau milieu de la nuit : le vent s'est inversé et une bruine intense mais silencieuse s'est engouffrée sous nos tarps et a trempé les pieds de nos duvets, heureusement bien déperlants. Nous modifions en urgence le montage de nos tarps (pas très agréable de sortir à poil sous une bruine glaciale) et nous nous rendormons vite.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 09 novembre 2011 à 22:39:14
Lundi 4 Avril

(http://img833.imageshack.us/img833/2446/69190188.jpg)

(http://img155.imageshack.us/img155/2911/44pz.jpg)

Il fait très froid ce matin. Une fois n'est pas coutume, on allume un bon brasier qui, dans la semi-obscurité de l'aube, doit être visible à des kilomètres à la ronde, mais comme il n'y a personne à des kilomètres à la ronde, on s'en fout, ça réchauffe!  ;# (les enfants, ne faites pas pareil à la maison...)

Il faut préciser qu'autant nos sac de couchage sont très chaud (pour moi un ansabere 600), autant nos vêtements sont un peu limite pour rester immobile le matin (pour moi une petite veste polaire et un pull en laine).

Nous avons donc un peu de mal à nous détacher de ce bon feu, nous y grillons nos dernières châtaignes, et il est presque 10h lorsque nous nous décidons enfin à lever le camp...

Nous arrivons à Dornas par un étroit sentier mal entretenu : des arbres tombés le barrent en plusieurs endroit, contournés par de nombreuses pistes de sangliers qui semblent être les seuls à passer encore par là... il est pourtant approximativement balisé.
Il se transforme ensuite à l'approche du bourg en joli chemin empierré.

(http://img4.imageshack.us/img4/9972/201104042.jpg)

Nous trouvons effectivement une petite épicerie ouverte, nous y achetons de la farine pour faire des chapatis ainsi que deux ou trois extras (c'est Bambo qui a fait les courses, personnellement je suis contre les extras   :matrix:)
Il nous reste encore à trouver de l'eau, nous en demandons à une bonne femme pas franchement commode qui nous regardent passer à la fenêtre, elle nous envoie son mari avec deux bouteilles pleines. Celui-ci nous tape un peu la discute, il voudrait nous offrir une bouteille de rouge, mais il n'est pas sûr que sa femme soit d'accord, il nous dit d'attendre. 10 minutes plus tard il n'est pas redescendu, sa femme a du avoir le dernier mot  :down: Nous continuons.

La randonnée en Ardèche, c'est vite une routine : on monte sur une colline, on redescend dans un village pour traverser une rivière, et on remonte. Sauf que ce jour-là... c'est exactement ce qu'on a fait, mais en plus on s'est perdu dans les bois en remontant après Dornas  :lol:

Après quoi on a rejoint le GR420 dans le but de le suivre jusqu'au pied du Mont Mézenc, point culminant de l'Ardèche et de la Haute-Loire.
En fin d'après-midi, nous descendons d'une colline par un sentier qui serpentent entre des genêts, et soudain, nouveau problème : Magnum a disparu, d'une part je l'aime beaucoup, mais c'est aussi très embêtant en terme de survie car il transporte mon tarp, ma popote et mon tapis de sol...
Je l'appelle un moment en vain, puis je fais demi-tour et je remonte la colline jusqu'au dernier point ou je me rappelle l'avoir vu derrière nous, il n'y est pas.
Il faut dire que quand il est détaché, il traine souvent de ci de là pour brouter un peu, puis il nous rattrape au galop, je redescends en cherchant attentivement où il a pu se tromper : à un endroit, le sentier se divise en deux bras qui descendent presque côte à côte, il a dû prendre le mauvais, des traces de sabots dans la terre meuble confirme qu'il est passé par là, j'accélère le pas. Arrivé en bas, toujours pas de Magnum, je l'appelle : un bêlement étouffé me parvient sur la gauche, je le retrouve enfoncé de trois mètres dans un mur de genêts impénétrables. Quand je l'ai appelé d'en bas la première fois, il a bravement essayé de couper dans les genêts, mais le Dog Pack s'est coincé à mort, il n'y a plus qu'à sortir la machette pour le sortir de là...

Avec toutes ces émotions, nous n'avons pas beaucoup avancé ce jour-là!

Le GR rejoint ensuite une route, ce qui ne nous simplifie pas la tâche pour chercher dormir.

Au lieu-dit Prabus, une vieille femme étonnée nous salue.
"On a vu de tout sur ce sentier : des ânes, des chevaux, des chèvres, mais des moutons jamais!"
Elle nous mets ensuite en garde contre le froid, et s'étonne que nos moutons soient déjà tondus :
"Chez nous, on ne tond jamais avant le mois de mai!"

Nous en prenons bonne note, mais nous continuons vers notre objectif, pour l'instant...  ;)

Le village de St-Andéol-de-Fourchades se profile devant nous, mais nous trouvons un petit coin tranquille juste avant (en fait dans les bois juste derrière le cimetière).
Ce soir-là j'expérimente les chapatis aux fourmis, c'est pas fabuleux au goût mais c'est très marrant à faire :
- former un chapati épais en pressant une boule de pâte entre vos paumes
- poser le chapati sur une grande feuille (charme, hêtre, érable...)
- poser la feuille avec le chapati sur une fourmilière (la feuille évite de coller tous les matériaux de la fourmilière sur le chapati)
- si nécessaire, exciter un peu les fourmis
- maintenant, le plus drôle : à l'aide d'une brindille, enfoncer dans la pâte toutes les fourmis qui passent sur le chapati
- replier le chapati, l'aplatir et recommencer autant de fois que vous le souhaitez
- cuire sur la braise quelques minutes de chaque côté

Ah... martyriser les fourmis, ça me rappelle mon enfance tiens, mais là ça se justifie, je fais ça pour manger  ;D
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 09 novembre 2011 à 23:50:08
Mardi 5 Avril

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Le froid nous réveille peu avant le lever du jour, le vent s'est arrêté, tout semble figé : il gèle. Nous rallumons le feu, les moutons sont frigorifiés...

(http://img31.imageshack.us/img31/954/201104047.jpg)

En marchant, nous faisons le point de la situation : en jeunes arrogants, nous avions presque ignorés les commentaires de la vieille femme de la veille, mais force est de constater que nous aurions dû prendre ses mises en garde un peu plus au sérieux. Il est peut-être un peu trop tôt en effet pour s'attaquer au plateau de Haute-Loire.

A la pause de 10h, nous prenons la carte et le guide WWOOF pour voir si nous ne pourrions pas faire une halte dans les environs.
Au 3ème coup de fil, nous obtenons une réponse positive d'un écolieu à Montpezat-sous-Bauzon, à 15km environ vers le Sud. Il est, de plus, facile d'y arriver via le GR7 que nous allons croiser en milieu de journée.

Nous continuons donc toute la matinée sur le GR420 en direction du Mont Gerbier de Jonc. Après une longue montée à travers bois, nous avons droit à un panorama splendide sur les Alpes (permis par une visibilité exceptionnelle ce jour-là  :love:)

(http://img716.imageshack.us/img716/5449/201104052.jpg)

Peu après, nous passons devant une montagne que nous prenons pour le Gerbier de Jonc (en réalité le Suc d'Ourseyre), nous nous prenons d'ailleurs fièrement en photo devant :

(http://img37.imageshack.us/img37/7182/201104059.jpg)

Oui je sais, ça ne ressemble absolument pas au Gerbier de Jonc, mais comme on ne l'avait jamais vu, on ne pouvait pas le savoir... hein?  :-[ On se moque pas quoi!

Nous tournons ensuite en direction du Sud sur le GR73, entre l'herbe sèche et le soleil de plomb, on croirait faire un trek en Australie, dépaysement garanti! (en fait, je dis ça, mais j'ai jamais mis les pieds en Australie...)

(http://img811.imageshack.us/img811/2368/2011040514.jpg)

Les moutons sont vite assommés par ce soleil aggressif, c'est en fait la seule chose qu'un mouton ne supporte pas.

(http://img148.imageshack.us/img148/627/2011040518.jpg)

Après 8km à bon rythme, le premier ruisseau rencontré est bienvenu!

(http://img5.imageshack.us/img5/1451/201104061.jpg)

Nous bivouaquons à 5km de Montpezat\Bauzon, en bordure d'une jolie hêtraie envahie de myrtilles.
Nous mangeons des chapatis agrémentés de graines de chénopodes qui trainent dans mon fond de sac depuis l'automne, c'est très bon et ça débarrasse!
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 10 novembre 2011 à 18:42:46
Mercredi 6 Avril

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(http://img4.hostingpics.net/pics/51649064p.jpg)

En théorie, l'étape du jour aurait pu être bouclée en moins d'une heure, mais comme souvent dans ces cas-là, c'est pas si simple.

Nos indications étaient pourtant claires :

1- aller jusqu'au lieu-dit "le Pal"
2- continuer tout droit jusqu'au panneau "Forêt de la Fontaulière" (vu de dos)
3- tourner à droite au niveau du panneau et tracer tout droit jusqu'au lieu-dit "Chambis"


Après avoir levé le camp, nous suivons donc la direction "le Pal" (balisée), au bout de quelques centaines de mètres, nous croisons un panneau "Forêt de la Fontaulière", vu de face.
Bambo a un doute, ça pourrait être là. J'argue qu'il y a sûrement un panneau à chaque extrémité de la forêt, impossible de savoir si c'est le bon.

Nous continuons donc 4km jusqu'au lieu-dit "le Pal", mais il n'est pas évident de voir par où on est sensé continuer tout droit.
C'est à ce moment-là que nous croisons un couple de marcheurs qui comptent rejoindre les sources de la Loire pour descendre le fleuve en canoë jusqu'à l'embouchure, ce sont les premiers randonneurs que nous croisons depuis le départ de Montmeyran  :o

Malheureusement il ne peuvent pas nous aider, mais nous comprenons vite que le chemin par lequel nous aurions du continuer tout droit en arrivant par la route est en fait celui par lequel nous sommes arrivés, et le panneau était donc le bon : retour à la case départ! 8km pour rien...
En descendant sur le mas de Chambis, nous profitons d'une vue imprenable sur les Mont-d'Ardèche, nous arrivons sans plus de retard en début d'après-midi.

(http://img812.imageshack.us/img812/575/201104065.jpg)

Nous passons ensemble une semaine à Chambis, Bambo ayant ensuite des obligations, je repars seul le 14 avril, bien décidé cette fois à attaquer le Mont Mézenc.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 10 novembre 2011 à 19:46:15
Rappel : je pars ce lundi de Vézénobres (Gard, près d'Alès), à destination de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) via Saint-Flour (Cantal), un peu moins de 500km au total, soit trois semaines environ au rythme de 25km par jour (je n'emmène que Magnum).
Je suivrai uniquement des GR (ya pas un chat en cette saison).
Ça s'annonce froid mais très sympa : grandes étendues sauvages et beaux panoramas, si ça vous dit d'en être, vous avez jusqu'à demain soir pour m'envoyer un MP.


Je me rend compte que je ne vous ai pas parlé de ma liste de matos depuis un bout de temps, c'est un tort. En fait elle a tellement bien fonctionné que je n'ai même pas eu besoin d'en parler pendant le récit... Je me rattrape donc ici :

Presque toujours sur moi :
- pantalon treillis : 500g
- t-shirt coton : 200g
- caleçon : 50g
- chaussettes rando D4 (100g)
- pull en laine (tricoté par maman) : 700g
- opinel n°7


Contenant 1 : sacoche banane Eastp*k :
Total : environ 1kg

Contenant 2 : sac à dos Arklight Design Wanderer 35 : ~350g (malheureusement trop fragile, je l'ai bousillé cet été)
Malgré l'étanchéité du sac, tout est rangé dans 3 sacs poubelles par sécurité et pour des raisons pratiques.

Total : minimum ~4 kg, maximum ~9kg (avec 3L d'eau, 1kg de farine et 1kg de récoltes)
-> le pied  :)



Contenant 3 : Mounta*nsmith Dog Pack L : 800g (sur Magnum)
Mercredi 13 Avril


Je passe un coup de fil pour un WWOOF chez des maraîchers à Montusclat, en Haute-Loire, juste derrière le Mézenc : réponse positive.


Jeudi 14 Avril

(http://img11.hostingpics.net/pics/974206144.jpg)

(http://img11.hostingpics.net/pics/274708144p.jpg)[/list]

Je pars de Chambis vers 9h, il est tombé quelques flocons dans la nuit, mais vraiment trois fois rien.
Après longue montée qui me ramène sur le plateau, au niveau du fameux panneau "Forêt de la Fontaulière", je fais une petite pause : je vais m'assoir sur un tronc en limite des arbres, pendant que les moutons mangent dans un pré de l'autre côté du chemin.

Je reste immobile quelques minutes. Soudain, un chevreuil sort du bois à une dizaine de mètres de moi, il s'approche tranquillement des moutons, viens renifler la brebis. Les moutons sont intrigués mais ne bouge pas. Sans bouger d'un sourcil, j'observe émerveillé la scène qui se passe à 5 m de moi, tout en me maudissant intérieurement : j'ai posé la sacoche contenant mon appareil photo à 3 mètres de moi, de l'autre côté du chemin.  >:(
Comme le chevreuil s'éloigne tout doucement, j'essaie de récupérer mon appareil discrètement, mais il me voit et disparaît vite derrière des buissons, voici donc une photo de la scène, mais sans le chevreuil, ce qui est beaucoup moins extraordinaire  :(

(http://img98.imageshack.us/img98/8210/201104145.jpg)

Notez que Magnum fixe l'endroit où l'animal vient de disparaître.

Météorologiquement, la journée ressemble à toutes celles que j'aurai presque jusqu'à la fin du périple : grand soleil, très froid le matin, très chaud en milieu de journée, et frais le soir...

Je refais donc en sens inverse tout le chemin jusqu'au pied du prétendu Gerbier/ suc d'Ourseyre, et j'arrive au pied du Gerbier de Jonc, le vrai, vers 17h.

(http://img593.imageshack.us/img593/6277/2011041426.jpg)

En approchant, je ne sais toujours pas si je vais le gravir ou non, il n'est pas vraiment trop tard (les journées ont beaucoup rallongé depuis le départ quinze jours plus tôt). Je n'aurai pas à hésiter longtemps : je passe devant le Gerbier au même moment que le débarquement d'un car de touriste 3ème âge...
Trop tard, je suis repéré, je suis bon pour raconter ce que je fais là, séance photos avec les uns et les autres, et même, malgré mes protestations, un tour de chapeau spontané pour soutenir mon voyage, bilan 5€  :lol:

Dépité, j'achète un "Rocher du Gerbier" (meringue chocolat-amandes) à la pâtisserie-boutique-souvenir-billeterie.
Oui, vous avez bien lu "billeterie", la montée au fameux Gerbier de Jonc est payante  :o
Je n'ai même pas regardé le prix, rien que d'y penser ça me donne envie de gerbier.

Bien remonté, je fuis cette machine touristique et continue sur plusieurs kilomètres en direction du Mont Mézenc.

Au crépuscule, je finis par m'arrêter dans une forêt. Sans le vouloir, j'ai sacrément bien avancé ce jour-là : près de 25km.

Voici mon bivouac du jour, avec, comme vous pouvez le voir, un feu très discret (bois résineux humide  :glare:).

(http://img825.imageshack.us/img825/1527/2011041432.jpg)

Au menu, soupe campanule-épilobe-violette-ortie-feuilles de hêtre : (avant cuisson)

(http://img24.imageshack.us/img24/9859/2011041430.jpg)
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 11 novembre 2011 à 10:53:45
Vendredi 15 Avril

(http://img11.hostingpics.net/pics/530997154.jpg)

(http://img11.hostingpics.net/pics/934153154p.jpg)


En bougeant pendant la nuit, j'ai fait un accroc à mon duvet  >:(
J'y mets aussitôt un bout de sparadrap, puis je recouds par-dessus, c'était assez expérimental mais au final cette réparation viens de résister à un passage en machine à laver.

Ensuite, je plis bagage rapidement et je repars, ce n'est qu'en sortant de la forêt de sapins où je m'étais réfugié pour la nuit que je me rends compte qu'il fait froid : le GR traverse ensuite un pré silloné par de petits filets d'eau qui sont entièrement gelés. D'ailleurs, peut-être trop occupé à contempler les reflets de l'aurore sur la glace, je perds le sentier...

Qu'à cela ne tiennent, je monte jusqu'en haut de la bosse pour prendre de la hauteur, le Gerbier de Jonc dépassé la veille au soir est déjà loin derrière, ça fait plaisir.

(http://img812.imageshack.us/img812/5693/201104154.jpg)

Mais surtout, le Mont-Mézenc est droit devant (tout au fond sur la photo), GR ou pas, difficile de se perdre!

(http://img64.imageshack.us/img64/228/2011041511.jpg)

Je retrouve de toute façon le GR en redescendant de l'autre côté de la bosse, j'ai en fait coupé dans le pré alors qu'apparemment le GR faisait le tour. Soit j'étais mal réveillé, soit c'était mal balisé, mais passons.

En montant vers le Mézenc, ma priorité est maintenant de trouver de l'eau potable, je n'en ai presque plus, et les ruisseaux qui coulent des prés à vache ne m'inspire pas entièrement confiance (et je suis encore loin de souffrir de la soif).

Je passe devant un refuge-buvette autour duquel broutent quelques chèvres d'une race étrange que je n'ai pas pu identifié (je n'ai pas pris de photos non plus car j'étais occupé à me débarrasser d'un cheval, pas vraiment méchant, mais particulièrement gros et collant, qui menaçait d'écraser mes compagnons par excès de curiosité). Malgré la présence de tous ces animaux et de 2 patous (heureusement attachés), il n'y avais personne sur les lieux, et aucun robinet en vue.

Je fais une pause au col de la croix de Boutières, au pied du Mont Mézenc, pour aérer mon couchage et manger les quelques chapatis que j'avais conservé de la veille.

(http://img59.imageshack.us/img59/1732/2011041522.jpg)

Une voiture s'arrête au parking, je demande de l'eau mais l'homme n'en a pas avec lui, en revanche il me conseille de passer par l'autre versant pour monter, le sentier est plus joli, de plus il croise une source.

Je l'écoute et contourne donc la montagne par l'Ouest, remplissant mes bouteilles au passage, avant de commencer l'ascension.
Pris d'une illumination stupide, je complique la chose en décidant de monter pieds-nus, chaussures à la ceinture. J'adore marcher pieds nus, mais sur un sol boueux, froid, et même encore gelé par endroit, c'est pas ce qu'il y a de plus agréable.
Mais bon, quand je décide de faire volontairement un truc stupide, ya pas grand chose qui peut me raisonner. Donc j'ai eu froid aux pieds, mais je l'ai fait.
Arrivé au sommet (1753m), je suis déçu, l'horizon est très brumeux, et en plus il y a un vent glacial.
Je jette un œil au deux tables d'orientations (très jolies d'ailleurs), mais je ne m'attarde pas plus.

(http://img52.imageshack.us/img52/6154/2011041543.jpg)

Redescente, en chaussures cette fois. 200m plus loin, je perds à nouveau le GR, mais je ne m'affole pas, j'ai déjà randonné sur le plateau de Haute-Loire, et je pense m'y repérer facilement (c'est sans compter sur mon sans de l'orientation déplorable).

Après avoir fait quelques kilomètres sur des sentiers de plus en plus petits en suivant mon intuition, je me retrouve le soir à faire du hors piste dans des prés et des bois humides, voire marécageux. Epuisé, je profite de la première bosse pour installer le tarp, malheureusement il n'y a que des genêts, ce qui ne me permet pas une installation très confortable, mais comme il ne risque pas de pleuvoir, je ne m'en formalise pas.

(http://img828.imageshack.us/img828/2355/2011041554.jpg)

Cela devrait suffire à parer la rosée.


Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 11 novembre 2011 à 18:49:54
Samedi 16 Avril

(http://img11.hostingpics.net/pics/619169164.jpg)

(http://img11.hostingpics.net/pics/292829164p.jpg)

Le matin, ce qui devait arriver arriva, je me réveille avec la toile givrée pendant à 2cm de ma figure, je dois jouer les contorsionnistes pour sortir de mon duvet et m'habiller sans faire vibrer le tarp...

(http://img163.imageshack.us/img163/4174/201104162.jpg)

Mes bouteilles d'eau, restées dehors, sont prises en bloc, il faudra attendre un peu pour boire...
Comme l'illustre ce commentaire anonyme trouvé sur le tarp, il fait vraiment froid!

(http://img695.imageshack.us/img695/4301/201104167.jpg)

Mes hôtes me diront le soir qu'ils ont eu -7 à 1000m, j'ai dormi à 1400. C'est sûr, c'est pas le pôle nord, mais à part pour le duvet, je ne suis équipé qu'en 3 saisons.

Je passe ensuite la journée à faire usage de mon exceptionnel sens de l'orientation pour rejoindre Montusclat (voir la carte), et encore, j'ai sûrement oublié des détours. Au final plus de 20km alors que je n'aurais pu en faire que 10. Perdu, moi? Non, j'ai fait du tourisme  :)

C'est très joli le plateau de Haute-Loire.

(http://img535.imageshack.us/img535/6969/2011041612.jpg)

En plus, avec les moutons, on peut couper sous toutes les clôtures à vache.

J'arrive donc à Montusclat à la tombée de la nuit, j'y suis très bien accueilli.

Le 20 avril, je me fais embaucher 10j comme animateur BAFA au centre de loisir de St-Front, le village voisin.
Je laisse mes moutons à la mini-ferme du centre, au bout d'une semaine, Magnum pète un câble et se mets à charger tout ce qui bouge...
Aussitôt revenu à la ferme, je vais chercher une pince à castrer chez un voisin pour réitérer l'opération. Cela le calme tout de suite, en revanche il a toujours tendance à charger les gamins... mais en même temps, vu les cas qu'il a dû supporter pendant la colo, je le comprends, moi aussi j'avais envie de les envoyer paître  >:( Il a simplement rangé tous les humains de petite taille dans la même case  ;#

Début mai, ma brebis commence à "mettre du pis", comme on dit dans la profession. (elle a les mamelles qui gonflent, signe que la mise bas est proche).

Je repartirai de Montusclat le 9 mai. Je n'ai pas le temps de raconter la suite maintenant, ça sera pour une prochaine fois.

Je remercie mes fidèles lecteurs sans lesquels j'écrirais tout ça pour rien...Euh...Ya quelqu'un?

Si vous avez des questions, c'est ce soir ou jamais dans très très longtemps.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: romrom51 le 11 novembre 2011 à 19:26:55
salut
moi j'ai tout lu et je dis respect ... :up:

profite bien de ton prochain voyage....


romain
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: Djeep le 11 novembre 2011 à 19:42:42
BJR merci de nous faire vivre cette aventure à travers ton récit  :doubleup: HN
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: Karto le 11 novembre 2011 à 21:06:22
Salut Thorgaal.

C'est un super voyage que tu as fait là. Et original en plus. J'ai trouvé l'idée carrément géniale, et on constate la détermination. Ce n'est pas parce qu'on ne réagit pas qu'on ne lit pas avec plaisir ! Merci pour ce partage !

Sur une petite note personnelle, je vois avec une pointe de nostalgie que tu as traversé mon village. C'est bien la preuve que le Voyage peut se trouver à deux pas de la maison, et que les terres éloignées et exotiques sont aussi des chasses aux illusions si on ne prend pas le temps de les vivre face-à-face.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: Ghaudik le 11 novembre 2011 à 22:08:04
Salut Thorgaal.

Merci d'avoir pris le temps de mettre par écrit ton voyage. J'espère que nous aurons le plaisir de lire la suite de cet épisode, et de découvrir celui que tu t'apprêtes à vivre.

Bonne route.

Ghaudik.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 11 novembre 2011 à 23:00:29
Merci pour vos encouragement !

Citer
Ce n'est pas parce qu'on ne réagit pas qu'on ne lit pas avec plaisir !

Certes, mais je ne peux pas en être sûr, d'autant que selon l'état d'esprit dans lequel j'écris, j'ai parfois l'impression de faire de la m*rde illisible ou rébarbative (ce qui est sans doute vrai par moment, non?)

Citer
J'espère que nous aurons le plaisir de lire la suite de cet épisode, et de découvrir celui que tu t'apprêtes à vivre.

Je promets que je le ferai tôt ou tard si j'en reviens vivant ; dans le cas contraire, je ne m'engage à rien  ;#

Pour les projets à long terme, j'ai un tour d'Europe (et au-delà?) qui me trotte dans un coin de la tête, toujours avec Magnum.
Et après ça j'envisage éventuellement d'écrire un bouquin, mais pas un bête récit de voyage comme ceux que je peux faire sur le forum, c'est trop banal pour être vendable. En fait je verrais bien une pseudo-autobiographie de Magnum, ce qui me ferais donc immanquablement revenir sur mes aventures mais avec Magnum comme narrateur omniscient, ça pourrait donner lieu à de truculantes réflexions moutonnesques... (j'ai déjà plein d'idées :love:)

Ça pourrait être un peu inspiré du bouquin de Matthieu Monceau : http://tourdumondeenbent.free.fr/livre_cadres.html (http://tourdumondeenbent.free.fr/livre_cadres.html)
Si vous ne connaissez pas je vous le conseille : l'auteur donne la réplique à son vélo couché, baptisé Eole. C'est drôle et très bien écrit.  :up:

Z'en pensez quoi?
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: VieuxMora le 11 novembre 2011 à 23:22:12
J'ai attendu que tu aies fini ton récit pour ne pas l'interrompre par des  :doubleup: trop tôt.
Tu m'as vraiment fait voyager dans ces contrées magnifiques.
La ballade avec tes bêtes ajoute un sacré plus et la présentation texte +photos + carte + graphique rend le tout très agréable à lire.

Bon prochain voyage et j'attends maintenant avec impatience de connaître le point de vue de Magnum ! ;D
Titre: Re : Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: guillaume le 13 novembre 2011 à 16:40:40
Super voyage :akhbar:


Bambo perce un bouleau pour recueillir la sève : il en remplit un mug dans la soirée, mais presque rien pendant la nuit, ce qui est probablement normal?

Peut-être parce qu'il n'y a pas de photosynthèse la nuit mais respiration et donc qu'il n'y a pas de descente de sève ?

a+
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: gmaz87 le 14 novembre 2011 à 04:08:04
Salut,
Moi également j'ai pris plaisir à te lire, un bon style, bien narratif, un peu d'auto dérision, attentif à tes bêtes.
Bref, que du plaisir  :)
Merci
Gérard
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: Leif le 14 novembre 2011 à 08:01:12
Citer
Je remercie mes fidèles lecteurs sans lesquels j'écrirais tout ça pour rien...Euh...Ya quelqu'un?

mais oui il y a du monde.
super style et tres tres pro dans la mise en forme, c'est un plaisir de te lire et d'avoir des nouvelles de magnum

si tu passes en Touraine, tu es le bienvenu.

a++
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: Berhthramm le 14 novembre 2011 à 23:08:22
oui y a du monde (c'est un aspect déconcertant ici : des fois on a l'impression d'écrire dans le vide mais en fait non... y a juste une écoute et une absence de bruit... pour pas troubler le signal... un peu comme quand on écoute le silence dans la nature).

:)

Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: incube42 le 15 novembre 2011 à 20:55:18
ça fait du bien un peu d'air frais. M E R C I
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 30 décembre 2011 à 01:35:56
Bon, je m'étais promis de mettre à jour mes récits de voyage cette année, mais je crois que ça va être dur...
Ceci dit, je vais essayer de me sortir les doigts du cul et de commencer maintenant. En plus j'ai pas grand chose à faire pour l'épisode qui suit, j'avais tout bien consigné dans mon petit carnet, il n'y a plus qu'à remettre ça au propre!

Par contre il faut que je me dépêche pendant que j'ai encore en tête ma dernière aventure, puisque là en revanche, j'ai fait l'impasse sur le carnet de voyage :down:

C'est reparti donc :

Lundi 9 Mai 2011

(http://img15.hostingpics.net/pics/476130905.jpg)

(http://img15.hostingpics.net/pics/352274905p.jpg)

Je repars de Montusclat vers 9h30 avec mes deux (et demi  :)) compagnons à quatre pattes, le temps est estival.

J'ai préalablement repéré la suite par internet (je n'ai toujours pas de carte) : à priori c'est très simple, je n'ai qu'à rejoindre le GR40 à Boussoulet, le village voisin, le suivre jusqu'à Vorey, où mes hôtes m'ont donné l'adresse d'une ferme en bord de Loire où je pourrais passer quelques jours. Puis je n'aurai qu'à suivre le GR3 vers le Nord jusqu'à Thiers, et de là il me resterait trois jours de marche en terrain à peu près connu pour rejoindre le village de mes parents dans la Limagne.

Il reste au moins une inconnue importante : la date de la mise bas de ma brebis.

En guise de réserves de nourriture, j'ai un peu moins de 2kg de farine de blé semi-complète, et je remplis déjà un sac de chénopode bon-henri sur le petit sentier qui mène à Boussoulet, vive le printemps!

Cette petite séance de cueillette ne m'a pas pris plus de quelques minutes, mais déjà le soleil chauffe fort, je ne peux pas résister à l'envie de m'alléger de mes chaussures, et d'en alourdir Magnum   ;#

Vers 11h, j'entre dans les premières forêts du Massif du Meygal, et il faut déjà faire une première pause : au soleil, la chaleur est déjà excessive, surtout pour une brebis noire et en fin de gestation, d'ailleurs ce petit répit ne déplaît pas non plus à Magnum...

(http://img36.imageshack.us/img36/553/201105092.jpg)

Pour ma part, je lis un roman d'Arto Paasilinna récupéré par hasard quelques jours plus tôt : "le bestial serviteur du Pasteur Huuskonen", le genre de livre que je n'aurais jamais choisi en temps normal, mais quand on est seul avec un livre, les goûts et les couleurs importent peu... et puis finalement il est pas si mal ce bouquin.

Et en même temps, je regarde l'heure et je cogite : il est midi, j'ai marché une heure ce matin, à rythme de mouton ça va chercher dans les 3 kilomètres, si j'attends que la température soit agréable, ça ne sera probablement pas avant 17h30, hors il fait nuit à 19h30, donc à ce train-là ça va être dur de faire plus de 10 bornes par jour... Bon il faut avouer aussi que je ne suis pas parti à l'aube ce matin-là, il me faut trouver un meilleur rythme.

Sur ce, je décide de repartir à 13h, quitte à marcher tout doucement et à faire une petite pause toutes les heures, mais au moins j'avancerai un peu.

A 15h, j'arrive devant un refuge, au pied du mont Testavoyre : le ciel s'est couvert rapidement et l'atmosphère est lourde, je choisi de faire une pause à proximité de l'abri pour voir comment évolue la situation. J'en profite pour préparer la pâte pour les chapatis, en expérimentant une nouvelle recette : j'ai gardé un peu de pâte quelques jours auparavant pour démarrer un levain, je veux essayer de maintenir ce levain en préparant la pâte des chapatis quelques heures avant la cuisson et en conservant toujours un morceau de pâte d'une fois sur l'autre, de la même manière que pour le pain au levain, sauf que là les conditions de développement du levain sont beaucoup plus aléatoire. L'objectif étant de rendre les chapatis plus savoureux, mais aussi plus digestes, une partie de l'amidon étant prédigérée par les levures.

Finalement le temps se dégage et se rafraichit un peu, je peux partir l'assaut du Testavoyre : un énorme tas de pierres volcaniques entre lesquelles poussent des myrtilles, mais malheureusement pour moi, ça n'est pas encore la saison... elles commencent juste à fleurir. Cela dit, les fleurs de myrtilles, c'est très bon aussi, avec leur petite goutte de nectar sucré  :love:
Du sommet, la vue est belle, bien qu'elle ne porte pas très loin.

(http://img810.imageshack.us/img810/7646/201105098.jpg)

Je redescends de l'autre côté sur une intersection de GR, où je rencontre un couple de bretons en vacances qui marchent dans la même direction que moi, nous faisons donc un petit bout de chemin ensemble : l'homme, sélectionneur en poule pondeuse, est très avenant, mais sa femme à l'air franchement gênée, voire répugnée par la compagnie d'un va-nus-pieds et de deux moutons... Pendant que le bonhomme me raconte sa vie, je ris intérieurement de la situation, car il ne semble pas remarquer que ça femme tente de lui signifier plus ou moins discrètement qu'elle aimerait s'éloigner de moi... j'imagine bien la conversation qu'ils vont avoir en arrivant à leur voiture  ;D.

Je parcours encore quelques kilomètres en lisière de forêt, le coin est joli mais je ne trouve pas de bivouac vraiment satisfaisant, pour l'instant rien ne presse.

(http://img710.imageshack.us/img710/9351/2011050911.jpg)

Je ne m'arrête finalement que vers 19h15 en pleine forêt mixte de sapins et de hêtres, cela me laisse juste le temps de monter le tarp et d'allumer un feu avant la nuit, comme je n'ai pas très faim, je fais simplement cuire le chénopode à l'eau et garde la pâte pour le lendemain matin.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: oliv0808 le 30 décembre 2011 à 05:02:42
Citer
Puis je n'aurai qu'à suivre le GR3 vers le Nord jusqu'à Thiers, et de là il me resterait trois jours de marche en terrain à peu près connu pour rejoindre le village de mes parents dans la Limagne.

tu peut être plus précis sur ce village?  :love:
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: VieuxMora le 30 décembre 2011 à 09:51:50
Suggestion à Thorgaal: Infos à donner en MP  ;)

Sinon toujours aussi sympa de te lire  :up:
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: floproteus le 30 décembre 2011 à 10:00:11
Je lis ce fil avec ferveur depuis le début. Merci de nous faire partager tes aventure, c'est vraiment, vraiment, agréable à lire et à voir :love: !

PS : une gratouille à tes moutons de ma part :)
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 30 décembre 2011 à 15:19:56
Merci pour vos encouragements  :)

Mardi 10 Mai

(http://img4.hostingpics.net/pics/963608105.jpg)

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Je me lève un peu avant l'aube pour rallumer un petit feu avec le reste du bois ramassé la veille, et je démonte le camp pendant que la braise se forme, à 6h les chapatis sont cuits et je suis prêt à partir.
L'avantage de faire un petit feu, c'est qu'il s'éteint très vite quand on arrête de l'alimenter, après la cuisson des chapatis, la vidange du matin suffit largement à achever les braises qui subsistent.

Je passe le col du Pertuis de bon matin, la présence d'une voie rapide très chargée dans un endroit en apparence aussi rural et tranquille me parait presque indécente. Comme la veille, le soleil tape durement dès 10h, et je marche maintenant dans un paysage de prairies joliment fleuries mais très peu ombragées.
Ethiopie, la brebis commence à trainer dès l'apparition du soleil, mais je la force quand même à avancer jusqu'à midi, où l'on s'arrête à l'ombre d'un gros chêne. Je suis moi-même complétement en sueur d'avoir dû la trainer par le collier pendant plus d'une heure, mais comment faire autrement? Certes je ne suis pas pressé, mais il faut bien avancer un peu, et je ne peux pas marcher de nuit car je dois me fier au balisage GR qui n'est déjà pas toujours évident en plein jour...

Il fait encore plus chaud que la veille, et nous sommes contraint de rester à l'ombre jusqu'à 17h, j'ai donc 5h à "tuer", je commence par rallonger la pâte des chapatis, puis me mets en quête d'un autre apport alimentaire... la prairie voisine est riche en grillon, mais j'abandonne vite la chasse car l'herbe est trop haute pour repérer leurs terriers ; ensuite une petite sieste, un peu de lecture et on est reparti!

A 18h, je suis sur une colline couverte de sapins quand le ciel s'assombrit brutalement, premiers coups de tonnerre quelques minutes plus tard, je m'éloigne au maximum du sommet et je trouve rapidement un emplacement plat, toujours sous des sapins mais à priori avec un risque de foudre beaucoup plus faible.

J'ai finalement largement le temps de m'installer et les chapatis finissent de cuire au moment où les premières gouttes tombent.
Quelques éclairs semblent s'abattre non loin de là et je ne suis pas franchement rassuré, mais la masse nuageuse s'éloigne très vite. Alors qu'il faisait presque nuit l'instant d'avant, à 19h le jour semble se lever!

(http://img217.imageshack.us/img217/4864/2011051019.jpg)

J'en profite pour raccommoder mon short dont l'entrejambe craque de partout, mais le tissu est tellement usé que la réparation risque de ne pas tenir longtemps...

Ce soir-là, les chapatis sont presque immangeables, il ont un gout âcre, à l'évidence dû à la combustion du sapin, je saurai pour la prochaine fois que s'il n'y que du résineux à disposition, il vaut mieux éviter les chapatis cuits sur la braise...
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 30 décembre 2011 à 16:36:14
Mercredi 11 Mai

(http://img4.hostingpics.net/pics/7218981105.jpg)

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La journée commence mal avec 6km de bitume, le genre de truc qui me mets bien de mauvaise humeur le matin. En traversant St-Julien-du-Pinet, j'en profite quand même pour récupérer de l'eau à la fontaine du village : pourquoi les clients du café d'en face me regardent comme si j'étais un extra-terrestre? A oui, c'est vrai je suis toujours pieds-nus, et j'ai deux moutons avec moi.
Eh ben rien à foutre, aujourd'hui j'ai envie de voir personne, c'est toujours pareil après deux jours de marche, j'ai une période où je suis très bien tout seul, du coup je me fiche pas mal de mon apparence, en général ça ne dure que deux ou trois jours, après ça je fais l'effort de remettre des chaussures dans les villages et je reprends du plaisir à avoir des conversations avec des humains. (mais c'est quand même malheureux d'avoir besoin de chaussures pour discuter...)

Je m'arrête à midi comme la veille, mais ce jour-là l'orage arrive dès 13h, qu'à cela ne tienne! je monte le tarp au-dessus du muret où je m'étais assis, et je continue de bouquiner peinard malgré l'averse...
Une nouvelle fois, l'orage s'en va aussi vite qu'il est arrivé, et je peux repartir vers 15h avec une température un peu plus fraiche, mais pas pour longtemps...

Grosse prise de tête dans le village suivant : le GR entre dans le village par une ruelle, tourne à droite dans la rue principale, je la suis jusqu'à la sortie du village, et là, plus de balises...
Après une recherche plus attentive, je trouve une balise à 50 m sur la droite, le balisage continue tout droit sur 100m, puis tourne encore à droite dans un sentier... là j'ai déjà comme un mauvais pressentiment. (trois virages à droites coup sur coup...)
Et effectivement je retombe 200m plus loin au milieu de la ruelle par laquelle je suis arrivé dans le village... en language courant, c'est ce qu'on appelle tourner en rond!
A ma grande surprise, il y a une balise croix derrière moi alors que je suis bien arrivé là par un sentier balisé :huh:

Je commence à comprendre : l'itinéraire à du être modifié et je dois être sur une section abandonnée, je fais demi-tour en espérant trouver rapidement où passe le nouveau tracé. J'essaie d'attirer l'attention d'un vieil homme que j'aperçois dans son potager, mais il ne daigne pas m'adresser la parole. En revanche je l'entend clairement marmonner pour lui-même : "pfff! encore un qui cherche le GR", sur un ton franchement méprisant. J'en suis même venu à me demander si par hasard le GR n'aurait pas été dévié à cause de lui.
Finalement je rejoins la route, je la longe sur 100m, et c'est là que je retrouve le vrai GR, qui tourne à gauche un peu plus loin.

Pour me remonter le moral, j'ai droit en fin de journée à une succession de petits sentiers vraiment magnifiques...

(http://img18.imageshack.us/img18/917/201105114.jpg)

(http://img830.imageshack.us/img830/1963/201105117.jpg)

(http://img43.imageshack.us/img43/5034/201105118.jpg)

Et pour finir un bivouac dans une forêt claire à l'atmosphère féérique :

(http://img828.imageshack.us/img828/1033/2011051112o.jpg)

Là aussi, le bois est essentiellement résineux, mais ça ne m'empêche pas de faire cuire les graines de vesce que j'ai récolté dans la journée.

(http://img4.imageshack.us/img4/4748/2011051117.jpg)
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 04 janvier 2012 à 11:11:15
Bon je crois qu'il va falloir que je change de mise en page et que je résume un peu plus, sinon j'aurai encore une aventure de retard la prochaine fois que je partirai...
Je vais garder le style actuel actuel jusqu'à la prochaine étape, question de cohérence, et après je ferai autrement.

Jeudi 12 Mai

(http://img4.hostingpics.net/pics/8190211205.jpg)

(http://img4.hostingpics.net/pics/1926931205p.jpg)

Je n'ai plus du tout de farine, mais normalement je devrais arriver à l'étape en milieu de journée... en tout cas j'y croyais, je me suis même payé le luxe de dormir jusqu'à ce que la pluie cesse, vers 8h.

En principe la ferme est facile à trouver, la consigne était en tout cas on ne peut plus simple : "faut longer la Loire vers l'aval depuis Vorey, tu peux pas rater!"
Le problème c'est que si je ne trouve pas, je n'ai pas leur numéro de téléphone.

La journée commence par une sacré descente pour arriver au niveau de la Loire, je progresse lentement car la pluie nocturne a rendu les pierres glissantes.

(http://img231.imageshack.us/img231/3418/201105128.jpg)

Une bonne heure plus tard, le sentier débouche sur la Loire au niveau d'un pont, que je traverse pour entrer dans Vorey.

(http://img840.imageshack.us/img840/4727/2011051210.jpg)

Je reprends la première rue à droite pour arriver au bord de la Loire, il y a une petit sentier qui la longe... mais pas longtemps, ça se termine en cul de sac au milieu d'un méandre... ça commence bien!

Demi-tour, je remonte dans Vorey, je vais jusqu'à la sortie du bourg et je reprends le bord de Loire, cette fois il y a une petite route qui la longe, c'est meilleur signe

La route s'arrête au niveau d'un station d'épuration, mais elle est prolongée par un sentier que je suis sur plusieurs kilomètres...

(http://img827.imageshack.us/img827/2759/2011051212.jpg)

C'est très joli, mais, certains d'entre vous doivent s'en douter rien qu'en voyant la photo, ça grouille de tiques  >:(

Pour finir, le sentier disparaît au milieu d'un pré, que je traverse, je suis pris en entonnoir entre la Loire à droite et la voie ferrée à gauche jusqu'à arriver à un étroit taillis qui sépare les deux, j'emprunte une coulée de sanglier, et je débouche d'un coup sur un petit potager au bord de la voie ferrée, ou un gros bonhomme aux allures de Jean-Pierre Coffe est en train de buter des patates...

Comme il ne m'a pas vu arriver et que ma présence ici avec deux moutons est plus qu'improbable, je m'éclipse aussi discrètement que possible pour lui éviter l'infarctus.

Il faut donc que je revienne en arrière jusqu'à un passage sous la voie ferrée, heureusement il y en avait un pas très loin, mais je n'ai pas d'autre choix ensuite que de longer une grosse départementale, ou je retrouve d'ailleurs le GR.

Au bout de quelques centaines de mètres franchement dangereux, le GR monte sur la gauche vers le plateau, vu qu'il est déjà presque 18h, je passe au plan B : j'abandonne l'étape, je suis le GR, et je monte le bivouac sur le plateau. Pas moyen de se cacher, alors je m'installe au bord du chemin.

(http://img6.imageshack.us/img6/3548/201105131.jpg)

J'ai tout juste fini de monter le tarp quand une 205 passe par là, c'est deux paysans plutôt sympa qui font le tour de leurs terres, on discute un peu, mais ils ne m'invitent pas. Tant pis, c'est pas mon genre de m'imposer, même si j'ai rien à bouffer. En plus, si j'avais été plus malin et moins sûr de moi, j'aurais pu acheter à manger à Vorey...

Heureusement il me reste encore une carte à jouer, il y a une ferme WWOOF à Retournac, où je peux arriver le lendemain, je l'appelle immédiatement, et c'est ok !

Pour ce soir, je profite des derniers rayons de soleil pour chasser des grillons et des criquets dans le pré voisin, j'en attrape laborieusement trois petites brochettes.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 04 janvier 2012 à 11:21:50
Vendredi 13 Mai

(http://img4.hostingpics.net/pics/5864021305.jpg)

(http://img4.hostingpics.net/pics/507276135p.jpg)

Le paysage matinal est magnifique, et me confirme que j'ai bien fait de sortir des gorges de la Loire avant de monter le bivouac...

(http://img13.imageshack.us/img13/5304/201105133.jpg)

Mauvaise surprise au bout d'une heure de marche environ, je tombe sur un panneau "Retournac 14", alors que je pensais avoir moins de 10km à faire, d'autant plus que la ferme n'est pas à Retournac même, mais quelques kilomètres plus loin. Même sans trop trainer, il va me falloir de la chance pour arriver avant la nuit, d'autant plus que c'est encore une très chaude journée qui s'annonce. En plus on est vendredi 13, mais je ne suis pas superstitieux, ça porte malheur  ;).

A Roche-en-Régnier, je passe devant la ferme des gars avec qui j'ai discuté la veille, j'en profite pour leur demander de l'eau, et comme c'est l'heure de la traite et que j'ai faim, je leur achète un litre de lait frais... mauvaise idée! Je vais vite m'apercevoir que le lait de vache cru quand on est à jeun, c'est pas franchement digeste...  :bheurk:

Bon j'ai pas vomi, mais j'ai été ballonné toute la journée, et j'ai eu une sacré ch***** après... je ne retenterai pas l'expérience  ;#

Mais pour l'instant, je fais une petite pause pour siroter tranquillement ma bouteille de lait en compagnie d'une petite troupe de génisse...

(http://img12.imageshack.us/img12/109/201105138.jpg)

Vu la chaleur, je suis obligé de faire une deuxième pause à l'ombre vers 12h, en redescendant vers la Loire, mais alors une petite pause, je n'enlève même pas les sacoches de Magnum.

(http://img706.imageshack.us/img706/6480/2011051318.jpg)

Un peu plus tard, je traverse la Loire au niveau de Chamalières.

(http://img854.imageshack.us/img854/3849/2011051322.jpg)

Il est 14h, et il faut déjà faire une nouvelle pause...

(http://img14.imageshack.us/img14/5073/2011051324.jpg)

Franchement, il sont pas mignons?  :love: Ca donne pas envie de les réveiller pour repartir, j'en profite pour faire une orgie de délicieuses fleurs d’acacia.

Un peu plus loin, le sentier passe sous une arbre assez impressionnant que je n'ai pas pu identifier car il n'avait pas de feuilles visibles (peut-être en avait-il plus haut que les frondaisons des autres arbres).

(http://img843.imageshack.us/img843/1667/2011051325.jpg)

J'arrive finalement à l'entrée de Retournac vers 16h, nouveau pont sur la Loire, et il y a la deux estafettes de la gendarmerie nationale en train de faire des contrôles  :o

Je passe comme si de rien était devant une bonne douzaine de gendarmes hilares, mais il ne me demande rien, ce qui m'arrange bien d'ailleurs car même si je n'ai rien à me reprocher, j'ai quand même un Mora à la ceinture, et une machette, certes assez bien cachée sur le mouton, mais qui pourrait peut-être quand même m'attirer des ennuis...

En traversant Retournac, la malchance du vendredi 13 vient à ma rencontre, sous la forme d'un journaliste   >:(
Et pas des meilleurs, reporter pour le journal à potins locaux "La G*zette de la Haute-Loire", malheureusement j'ai eu la mauvaise idée d'accepter qu'il fasse un petit article sur moi avant de lui demander où il travaillait... A priori je suis donc dans La G*zette du 19 mai, avis aux abonnés (même si je doute fort qu'il y en ait ici), je serais quand même curieux de savoir ce qui y est raconté.

Après ça, nouvelle pause à l'ombre, puis nouvelle traversée de la Loire, cette fois sur un petit pont submersible (la 4ème traversée en deux jours  :ohmy:, et il faudra encore que je repasse de l'autre côté pour reprendre le GR la semaine suivante...

Encore quelques kilomètres au bord de la Loire et j'arriverai finalement bien à destination juste avant la nuit, pour dévorer une bonne plâtrée de nouilles, bios et faites maison en plus  :love:

Je resterai là une semaine en espérant qu'Ethiopie mette bas, mais finalement son état reste stable et je choisis donc de repartir le samedi suivant, en espérant que ça tienne encore deux semaine de plus.


Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: Baden le 04 janvier 2012 à 15:56:53
tout bonnement géniale ! Ce n'est pas la première fois que je commente tes aventures et c'est réellement toujours un plaisir de te lire.

Né en moins une question, tu es à la carte, mais tu achètes tes cartes au fur et à mesure ? si oui quelle échelle ?

Continue comme ça !
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 05 janvier 2012 à 13:19:46
Citer
Né en moins une question, tu es à la carte, mais tu achètes tes cartes au fur et à mesure ? si oui quelle échelle ?

En fait jusque là je n'achetais pas de carte du tout : je repére les points de passage et les sentiers balisés via géoportail à chaque étape, si nécessaire je fais un croquis sur un bout de papier, à quelques occasions j'ai pu imprimé un morceau de carte au 25 000 pour les passages délicats, mais rien de plus.

Sur des distances pareilles, si à un moment on passe pas exactement là où c'était prévu, en général c'est pas très grave, on finit toujours par retomber sur ses pieds un peu plus loin.

Néanmoins, pour être moins dépendant d'un accès régulier à internet, j'ai fait l'acquisition lors de mon séjour à Retournac de la carte IGN "Itinéraires de Grandes Randonnées en France", au 1:1 000 000 .

Comme généralement le balisage des GR est assez clair pour pouvoir se passer de carte précise (avec une certaine habitude quand même  :bang:), je trouve cette carte au million largement suffisante pour la grande randonnée en France, désormais je n'utilise plus que ça.

Il est maintenant temps de vous raconter la suite et fin de cette aventure : six jours de marche à travers le massif du Forez, un heureux évènement, et un pépin compromettant...

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Pendant ces six jours, j'ai en particulier eu plaisir à marcher dans des forêts mixtes parmi les plus belles et les plus vastes qu'il m'ait été donné de traverser jusqu'à maintenant, et aussi l'occasion de quelques extraordinaires rencontres animalières.

D'ailleurs à ce propos, je viens de lire sur wikipédia que le rut du chevreuil se situe entre le 15 juillet et le 15 aout, hors pendant cette marche du 21 au 26 mai, j'ai entendu d’innombrables aboiements de chevreuil (vous savez, ces fameux aboiements semblables à ceux d'un chien enragé qui terrorisent le randonneur ignorant  :lol:) , et j'ai même pu observé deux affrontements entre mâles. Quelqu'un aurait une explication? méprise de ma part ou erreur de wikipédia?

La première rencontre marquante a eu lieu cinq minute après le départ, un lapin lièvre un peu cinglé a jailli d'un pré pile entre moi et les moutons, et il est resté là tétanisé, j'aurais pu l'avoir d'un coup de bâton (si j'avais eu un bâton), les moutons ont eu peur et sont passés derrière moi, puis le lapin lièvre et reparti très lentement, comme s'il voulait être discret  :huh: (photos prises au grand angle !!)

(http://img221.imageshack.us/img221/4735/201105213j.jpg)

J'ai ensuite fait mine de le suivre, il a retraversé et s'est arrêté en bordure du pré, croyant sûrement être caché...

(http://img15.imageshack.us/img15/9171/201105214u.jpg)

Puis il est parti en courant sur le chemin, et s'est arrêté dans un autre pré un peu plus loin.
Bref, ce lapin lièvre m'a bien fait rire, mais je ne donne pas cher de sa peau en période de chasse  ;#

Un soir, quatre jours plus tard, alors que je venais d'installer le bivouac en pleine forêt, deux chevreuils mâles en plein combat son arrivés droit sur moi en courant tête contre tête, j'étais assis en tailleur devant mon feu de camp, et ils arrivaient d'en face, de telle sorte qu'il y avait le feu entre eux et moi.
Malgré cela, il a fallut que je crie au dernier moment pour qu'il me remarque, il se sont arrêtés nets à moins de 2m du feu, côte à côte, nous nous sommes tous observés pendant quelques longues secondes, puis l'un deux est reparti en sens inverse en courant et en aboyant, et l'autre s'est élancé immédiatement à sa poursuite, malgré la petite frayeur initiale, j'ai adoré cette rencontre  :doubleup:


Les 21, 22 et 23 mai ont été encore très chaud et orageux le soir, effet soporifique sur les moutons garanti, ce qui m'a à nouveau contraint à faire de nombreuses pauses en milieu de journée...

(http://img23.imageshack.us/img23/5060/201105228.jpg)

...et parfois à m'arrêter de bonne heure en raison des quelques orages parfois assez violents qui ont croisé mon chemin.

(http://img4.imageshack.us/img4/185/2011052214.jpg)


Sur ce sentier, j'ai croisé quelques pèlerins en route pour Compostelle, en moyenne 2 ou 3 par jour, entre autres un couple de Hollandais partis d'Amsterdam 40 jours plus tôt !!! Ce fut l'occasion pour moi aussi de visiter quelques lieux de pèlerinage, ici l'église de Montarcher...

(http://img14.imageshack.us/img14/7162/2011052312.jpg)

Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: buchbass le 05 janvier 2012 à 13:46:07
Super Récit.
J'ai hâte de savoir comment c'est passé l'accouchement et de voir le petit agneau  :love:
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 05 janvier 2012 à 14:07:07
Et voici maintenant venu le moment que vous attendez tous   :)

Le matin du mardi 24 mai, Ethiopie traine plus qu'à l'accoutumée, mais elle n'a plus faim dès 8h, alors qu'elle mange habituellement jusqu'aux environs de 9h.
8h25 : on distingue nettement les premières contractions, la brebis freine des 4 fers et voudrait se coucher là où elle est, sauf que l'endroit n'est pas très adapté : nous sommes sur une route forestière au milieu d'une forêt d'épicéas très dense où il n'y a pas moyen d'installer un campement, je l'encourage donc à continuer une centaine de mètres jusqu'à une petite clairière, où elle peut s'allonger tranquillement à l'écart du chemin.

(http://img841.imageshack.us/img841/5451/201105242.jpg)

Elle se relève de nombreuses fois, mange un peu, se recouche dans un sens, dans l'autre... il faudra patienter plus d'une heure pour arriver aux choses sérieuses.

9h50 : Ça y est, on voit les pattes !!

(http://img832.imageshack.us/img832/9565/201105246.jpg)

Déjà une bonne nouvelle, il est dans le bon sens : les pattes antérieures d'abord, suivies de près par la tête.
A partir de là, je me suis dit que c'était plus sympa de poser l'appareil photo et de lui donner un coup de main...

Deux petites minutes, et voilà le travail :

(http://img202.imageshack.us/img202/8863/201105248.jpg)

Un bel agneau, mais malheureusement pour lui, c'est un garçon. Je l'ai quand même baptisé... Kebab  :lol:
La jeune maman s'empresse de le nettoyer.

(http://img836.imageshack.us/img836/4338/201105249.jpg)

A peine une demi-heure plus tard, il tient déjà sur ses pattes!

(http://img94.imageshack.us/img94/4650/2011052411.jpg)

Et aidé par sa mère, il trouve très vite le bon endroit...

(http://img560.imageshack.us/img560/7144/2011052416.jpg)

Magnum, qui était parti brouter un peu plus loin, est très intrigué par ce nouveau venu tombé du ciel et qui n'est vraisemblablement pas de lui ;D

(http://img823.imageshack.us/img823/4056/2011052413.jpg)

Pour se remettre de toutes ces émotions, une journée de repos s'impose.

(http://img819.imageshack.us/img819/8681/2011052423.jpg)

J'en profite pour mettre au point un système de transport adapté, et le mieux que j'aie trouvé, c'est de le porter en écharpe dans ma veste polaire.

(http://img64.imageshack.us/img64/5849/2011052425.jpg)

Le soir je monte le bivouac à proximité, l'agneau est déjà bien dégourdi, mais il ne s'éloigne pas encore à plus d'un ou deux mètres de sa mère.

(http://img200.imageshack.us/img200/8276/2011052433.jpg)





Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: philippe12 le 05 janvier 2012 à 14:13:00
bonjour a toutes et a tous


 :doubleup: merci thorgall

tres sympa tes photos de naissance , un bel exemple  de vie minimaliste



bonne chance pour cette année

amicalement
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: François le 05 janvier 2012 à 16:22:39
Un vrai régal ton récit, Thorgaal !
Merci, et bon courage pour la suite (de la rédaction du récit :D )
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: gmaz87 le 05 janvier 2012 à 16:40:35
Bonjour
Merci pour le partage, tes photos sont de plus superbes et ta plume plus que plaisante à lire  :)
Gérard
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: Baden le 05 janvier 2012 à 16:55:17
enfin LE moment ! c'est juste géniale d'avoir pu vivre ça lors de ton voyage !
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: oliv0808 le 05 janvier 2012 à 18:40:59
un seul mot : FA BU LEUX!! vivement la suite  :up:
Titre: Re : Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 05 janvier 2012 à 19:05:00

Juste un truc, le "lapin" vu un peu plus haut, c'est un lièvre. Ils sortent des élevages, c'est pour ça qu'ils sont complètement déboussolés.


Merci pour la remarque, j'ai corrigé ça, et j'en ai profité pour réviser les différences entre un lapin et un lièvre  ;D

Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: StormX le 05 janvier 2012 à 19:34:58
C'est con, mais ça ma ému profondément cette naissance  :love:

J'trouve ça vachement symbolique et fort comme moment.

Et puis les Monts du Forez, ça fait un moment j'me dis qu'il faut que j'aille les visiter, ça me permet de les découvrir avec toi.  :D

Bravo et merci !  :)
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: Ghaudik le 05 janvier 2012 à 21:40:24
Salut Thorgal.

Un grand merci pour le temps que tu prends pour faire partager ton voyage.

Petite question :  qu'est ce que tu as mangé durant ce séjour? Tu utilisais beaucoup de plantes sauvages dans le précédent voyage (châtaignes, chénopode, etc.) Est-ce que cela a aussi été le cas?

Ghaudik.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 08 janvier 2012 à 19:23:34
Salut Thorgal.

Un grand merci pour le temps que tu prends pour faire partager ton voyage.

Petite question :  qu'est ce que tu as mangé durant ce séjour? Tu utilisais beaucoup de plantes sauvages dans le précédent voyage (châtaignes, chénopode, etc.) Est-ce que cela a aussi été le cas?

Ghaudik.

Effectivement j'ai manqué de précision sur ce point.

En fait il faudrait commencer par dire que pendant toute la dernière partie du voyage (depuis Montusclat), j'ai assez peu mangé car il me restait un petit surplus de gras hivernal à brûler. De plus en raison des fortes chaleurs du printemps dernier, je n'avais presque pas faim.

En général je faisais uniquement du feu le soir pour cuire environ 500g de chapatis (soit un peu plus de 300g de farine de blé semi-complète), j'en mangeais la moitié avant de me coucher et je gardais le reste dans mes poches pour grignoter le lendemain au cours de la journée.

Je complétais ce régime en grignotant des salades en tous genres le long du chemin (pissenlits et autres rosettes, jeunes feuilles de hêtre...), et en ajoutant parfois quelques légumes sauvages dans la pâte des chapatis (bistorte, orties, bon-henri...).

Au final j'ai du perdre un ou deux kilos.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: Margot le 08 janvier 2012 à 19:44:31
Comme tant d'autres, comme autant de pensées sur ce post, encore une fois, bravo. :D

Le rêve est donc possible, et se melera à notre réalité?! Oui!
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 09 janvier 2012 à 14:26:58
Le lendemain de la naissance, je prends donc l'agneau en écharpe dans ma veste polaire sous le regard intrigué de sa mère, mais à peine me suis-je mis debout qu'elle panique complétement et l'appelle derrière. Je me rebaisse pour lui montrer, elle est rassurée, mais dès que je me remets debout elle ne comprends plus où il est.
Malgré de multiples tentatives pour lui faire comprendre que son agneau ne disparaît pas quand je me relève avec lui, rien n'y fait, je pense avoir atteint là la limite du cerveau d'une brebis...
L'agneau, lui, ne se plaint pas, il dort profondément. Je tente quand même d'avancer ce jour-là malgré les bêlements incessants de la brebis (quel plaisir de marcher en forêt dans le calme  >:(), mais il faut de toute façon que j'aille au moins jusqu'au prochain point d'eau car je n'en ai presque plus.

Je fais une pause vers 11h pour me reposer les oreilles, et aussi parce qu'il fait trop chaud, surtout avec une bouillotte collée contre ma poitrine, je m'empresse donc de la rendre à sa mère.

(http://img714.imageshack.us/img714/7425/201105253.jpg)

Nouvelle pause un peu plus loin sous le regard intrigué de quelques Salers.

(http://img856.imageshack.us/img856/4545/2011052510.jpg)

En fin d'après-midi, je fais plusieurs kilomètres sur une route goudronnée très chaude et je suis donc obligé de mettre mes chaussures, sauf que ma chaussure droite, déjà bien usée (je les ai depuis le départ à l'automne 2010), choisi ce moment pour se déchirer complétement à l'avant, laissant sortir la moitié de ma chaussette tandis que la moitié de la semelle pend lamentablement à chaque pas...
Heureusement le prochain chemin forestier n'est pas loin, et je trouve assez vite un endroit pour me poser.

(http://img190.imageshack.us/img190/2673/2011052516.jpg)

Mais là franchement, entre le fait que je n'ai plus de chaussures, et la brebis qui est toujours aussi insupportable dès qu'il faut porter le petit, je vois mal comment je vais faire les 100km qui restent...
C'est donc dès le lendemain matin que je suis passé au plan B : appeler ma mère  ;D

J'ai quand même avancé un peu ce jour-là, mais cette fois en laissant l'agneau courir derrière sa mère jusqu'à ce qu'il se fatigue, ce qui m'a permis de faire 5-6 km dans la matinée pour arriver au col de Baracuchet, où j'ai trouvé une petite clairière tranquille pour attendre ma mère (elle ne pouvait pas venir me chercher avant le lendemain matin).

(http://img829.imageshack.us/img829/8906/201105273.jpg)

Le lendemain matin je peux, pour la première (et dernière) fois, tremper mes chapatis dans du lait de brebis frais :love:

Ma mère arrive vers 11h, le coffre rempli de bâches, de cartons et de papier journal, fin de l'aventure !

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(http://img4.hostingpics.net/pics/453055finmai242.jpg)
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 12 janvier 2012 à 19:44:13
Allez chapitre suivant  :)

Je vais maintenant vous raconter ma traversée du Massif Central de cet automne, pour résumer vite fait ce qui s'est passé avant, j'ai bossé tout l'été comme berger pour un élevage bio du Gard : d'abord un mois sur place, puis en estive en Haute-Savoie (massif de la Balme) de juillet à mi-octobre, puis encore trois semaine dans le Gard.

Magnum est resté avec moi tout l'été, tandis qu'Ethiopie est resté à la ferme avec son agneau et les autres bêtes "dispensés" de montagne (brebis vieilles ou malades et agneaux trop jeunes).

Début novembre je me suis accordé une semaine de repos, et c'est à ce moment-là que j'ai décidé de rentrer chez mes parents à pied avec Magnum.

Au départ le dimanche 13 novembre, nous étions Magnum et moi dans une condition physique optimale, et même si le but n'était pas de faire une performance sportive, ce trajet relègue mes précédents voyages au rang de promenade du dimanche aprèm' .

Il faut dire aussi que j'ai eu de la chance, car je ne m'étais pas équipé pour marcher dans la neige, jouant sur le fait que si l'hiver arrivait trop tôt, je pourrais toujours trouver refuge quelque part le temps que les conditions s'améliorent ou rentrer par un autre moyen.

Ce qui est extraordinaire, c'est que je n'avais jamais respecté d'aussi près mes prévisions, et encore moins sur une distance pareille! Pour mémoire, je m'autocite p7 de ce sujet :
Citation de: thorgaal
un peu moins de 500km au total, soit trois semaines environ au rythme de 25km par jour

Résultat :

Distance parcourue : 495.56 km (promis, j'avais pas mesuré avant!)
Durée : 18 jours de marche + 3 jours de repos = 21 jours  :doubleup:
Moyenne : 27.5 km / jour de marche

(http://img15.hostingpics.net/pics/1836771111.jpg)

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Dénivelés :

Denivelé positif cumulé : 13912 m
Denivelé négatif cumulé : 13714 m
Altitude maxi : 1885 m (Puy de Sancy)
Altitude mini : 92 m
Altitude moyenne : 971 m



Dans ce contexte de fin d'automne, j'ai tout de même légèrement modifié mon matériel :
- un sac plus grand : mon vieux forcl*z 50 à la place du wanderer 35
- 2 sacs étanches sea-to-summit pour les fringues et le duvet
- une doudoune générique (20€ dans un hyper)
- des gants polaires et une cagoule canadienne en polaire en plus de mon sempiternel bonnet péruvien (en poils de lama  8))
- un ensemble imperméable Dri Ducks
- un parapluie Euroschirm - Swing Liteflex Alu
- un deuxième pantalon treillis au lieu de mon habituel short
- des chaussures de rando montantes en cuir "Altex Trekking" à 70€ chez G*mm' Vert --> même gogole connais pas ce modèle mais franchement ya rien à dire pour le prix!
- 4 paires de chaussettes laine mixte au lieu de 2 laine + 2 coton
- un gilet fluo orange, indispensable en période de chasse : c'est un code, tout ce qui n'est pas orange est une cible potentielle  :down:
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 12 janvier 2012 à 21:53:07
Jour 1 :

Je pars de la bergerie vers 9h avec un temps plutôt beau : avant de partir, j'ai attendu que la météo annonce une amélioration car il a plut tous les jours depuis le 1er novembre.
Je commence par rejoindre le GR7 à Vézénobres, sauf que je trouve moyen de le prendre dans le mauvais sens et de ne m'en rendre compte qu'au bout de presque 10 kilomètres! il faut dire pour ma défense qu'à cet endroit-là, le GR fait un grand méandre qui ne correspond pas du tout à la direction globale indiquée par ma carte au 1:1 000 000.
Grâce aux indications de quelques habitants fort sympathiques, je rattrape finalement le sentier dans le bon sens vers 13h après un bon raccourci, ce qui fait que je n'ai pas dû perdre beaucoup de temps sur ce coup là.

Bon ce qui saute aux yeux quand on suit le GR7 dans ce coin-là, c'est qu'on est vraiment pas au pays de la randonnée : le GR est très mal balisé et emprunte régulièrement des routes dangereuses, certains passages sur route départementale sont même carrément suicidaires  :o, et étrangement, les gars n'ont pas mis de balises à ces endroits-là, il faut aller jusqu'à l'autre bout de la zone à risques - parfois plusieurs centaines de mètres - pour être sûr qu'on ne s'est pas trompé  :down:

Bien sûr je ne critique pas les bénévoles de la fédé, mais plutôt les administrations qui auraient pu se bouger un peu pour sécuriser un GR (qui plus est doublé d'un sentier européen!).

En fin d'après-midi, je rencontre une autre difficulté : le tracé du GR le long du Gardon d'Anduze a été en grande partie inondé ou recouvert de branchages par la crue de la semaine précédente, et il me faut donc improviser en plusieurs endroits, ce qui fait que je n'atteins même pas Anduze ce jour-là, je dois m'installer à l'arrache presque en bord de route pour être le plus loin possible du Gardon, planqué derrière un mausolée au milieu des vignes. Je mange quelques provisions emportées le matin (pain, jambon, pomme).

Jour 2 :

L'entrée dans Anduze est probablement le passage à pied le plus suicidaire que je n'aie jamais vu, de quoi convertir un athée convaincu à toutes les religions en même temps  ;#
Pour vous mettre dans l'ambiance : route étroite très fréquentée, limitée à 90, ligne pointillée, un mur de chaque côté : l'un directement contre une barre rocheuse, l'autre au-dessus de 5m de vide, et pas un cm de libre entre la route et le mur.
En gros, si la voiture qui arrive à toute allure derrière vous ne passe pas sur la voie d'en face pour vous éviter, vous êtes mort, si une voiture tente de dépasser un camion au mauvais moment, ou que deux voitures arrivent à votre niveau dans les deux sens au même moment, souvent trop vite pour s'arrêter, vous n'avez plus qu'à prier.
Non, vous ne rêvez pas, vous êtes sur un GR  :down:, et ce sont les 500m les plus longs de votre vie!!!

Hors qu'est-ce qu'on voit en regardant une carte précise : c'est qu'il y avait sans problèmes la possibilité de faire passer le sentier ailleurs, alors c'est quoi le but là, on cherche à tuer des randonneurs?

J'avoue que j'étais vraiment pas fier en m'engageant là-dedans avec mon mouton, malgré le gilet fluo bien en évidence. On se sent vraiment pas grand chose quand un poids lourd doit piler derrière vous pour en laisser passer un autre qui arrive en face...

Finalement, au bout de 300m, je trouve une alternative : via un tunnel sous la route, j'arrive vers des courts de tennis qu'il me suffit de contourner pour retomber sur une voie ferrée désaffectée qui longe la route jusqu'au centre ville.

Dans mon empressement à quitter cet endroit maudit pour les marcheurs, je rate l'embranchement avec le GR67 que je voulais prendre. Mais au final ça ne change pas grand chose vu que les deux GR se rejoignent à Florac après une distance équivalente, je ne fais donc pas demi-tour.

Dans l'après-midi, je parcours près de 15km, essentiellement sur des routes, heureusement de plus en plus petites et désertes...
Les haies sur les côtés sont couvertes d'arbouses, je m'en empiffre gaiement.

Vers 16h, je tombe sur un gars sympa dans son jardin qui me fait volontiers le plein d'eau et me charge de pommes et d'oignons doux des Cévennes.  :love:

Je me pose vers 17h30 dans une forêt de pins et chênes verts, la nuit tombe très vite et je dois finir de ramasser du bois à la lampe torche, c'est pas cool...
Je mange des pommes et des oignons passés à la flammes, et je fais cuire quelques chapatis pour le lendemain --> il sont mauvais, dans le feu j'ai dû mettre par erreur des branches de pin, à moins que ça ne soit le chêne vert qui donne mauvais goût?.

Désolé pas de photos ce jour-là, j'étais pas de bon poil...

Jour 3 :


J'arrive à Colognac en début de matinée, n'ayant pas bien digéré les chapatis au fort goût de fumée âcre, je suis attiré par la boulangerie-épicerie qui est malheureusement encore fermée.
Je n'ai pas parcouru 200m que l'église sonne 9h ; par acquis de conscience, je demande donc à un passant à quelle heure ouvre la boulangerie, eh bien à 9h justement.

Je fais donc demi-tour pour aller m'acheter un baguette, un pot de pâté et une boîte de sardine à l'huile d'olive : 3€

J'ai découvert ce jour-là que quand on a bien faim, il suffit d'un bout de baguette trempé dans l'huile d'olive des sardines et c'est l'orgasme  :up:

Et, juste après Colognac, les voilà! les Cévennes des cartes postales : une petite draille qui serpente à flanc de crête jusqu'à l'horizon, des forêts de châtaigniers sous les pâtures à moutons, et pas un village à l'horizon, tout juste quelques hameaux de ci de là qui semblent pour la plupart inhabités. Et tout ça à 2 petits jours de marche de la côte surpeuplée, c'est irréel!

Il fait gris ce jour-là, mais ça n'enlève rien au spectacle...

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Magnum est heureux, il peut enfin rester détaché, et il me suit volontiers.

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En fin de journée, je discute avec un vieux berger qui garde une centaine de brebis sous les châtaigniers, il me pose un tas de questions (qui je suis, où et pour qui je travaille, combien de bêtes je garde, quelle race, combien de temps, d'où vient ce bélier, quelle race c'est, qu'est-ce que je vais en faire...), mais ne m'offre hélas rien en échange de mes réponses, un peu frustrant quand on discute entre chiens et loups, perdant de précieuses secondes pour trouver un endroit confortable... mais c'est le jeu quand on refuse de s'imposer.
Faute de terrain assez plat (je suis toujours à flanc de crête), je dois dormir à même le sentier 200m plus loin, sous un gros chêne vert. Ce qui n'est d'ailleurs pas vraiment un problème vu que je n'ai croisé qu'une seule personne pendant la journée, c'est fort improbable que je sois dérangé dans la nuit.

Je fais tout de même du feu ce soir là, malgré la difficulté à trouver du bois (je dois me rabattre sur un gros églantier mort et quelques branches de bouleau, pas terrible pour faire de la braise), mais j'arrive tout de même à cuire des chapatis, cette fois plutôt bons, et je grille encore quelques oignons.

Il tombe quelques gouttes dans la soirée, mais rien de bien méchant, puis le ciel s'éclaircit dans la nuit, faisant tomber la température autour de zéro : l'humidité du sol a gelé sous la feuille de polycree tout autour de moi.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 13 janvier 2012 à 12:24:45
Jour 4 :

Je chemine toujours le long des crêtes sur la draille qui mène à l'Aigoual, parfois le chemin descend vers un col pour remonter de l'autre côté, c'est le monde à l'envers... Globalement je continue à monter en altitude : 100m le premier jour, 400m le 2ème, 900m le 3ème, et près de 1200m aujourd'hui. Je suis d'ailleurs surpris de tomber sur quelques chênes verts poussant dans des rocailles au-dessus de 1100m.
Le retour du beau temps est quant à lui fort appréciable.

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Malheureusement, il sera de très courte durée. Vers 9h, quand j'arrive au lieu-dit l'Aire-de-Côte, le sommet de l'Aigoual est déjà caché par les nuages, je m'épargne les 6km aller-retour pour y monter, et je continue sur le GR43 à travers une jolie forêt d'épicéas et de hêtres.
Un 4x4 déboule sur le sentier, c'est un chasseur qui cherche un de ses chien, je l'informe que j'en ai croisé un vers l'Aire de Côte. Il y repart en trombe, puis repasse tout aussi vite quelques minutes plus tard, apparemment bredouille, je l'entends ensuite essayer tous les chemins des environs, quel bonheur de se promener dans le calme!

Quelques kilomètres plus loin, je dois cette fois traverser une battue au sanglier, qui était pour une fois convenablement signalée même sur le sentier, je ne peux de toute façon pas facilement contourner la zone, mais un homme averti en valant deux, je me prépare en conséquence, gilet orange bien en évidence, visible de tous les côtés, et je retire le bouchon de mousse de la sonnaille de Magnum, qui a en plus un sac rouge avec des bandes réfléchissantes, cela devrait suffire pour notre sécurité.

Effectivement, je passe successivement devant une douzaine de types en orange adossés à d'énormes 4x4 aux pare-buffles chromés, fusil dans une main, téléphone dans l'autre, et pour la plupart malpolis en plus. J'ai été par ailleurs outré de tomber sur une belle clôture traversant la forêt 50m plus loin, mais le sujet étant sensible, je ne ferai pas de commentaires (je n'en pense pas moins...)

Je passe un nouveau col qui marque le passage en Lozère, pour remonter cette fois sur une crête dénudée, qui a visiblement été tondue tout l'été par un troupeau de moutons, une vrai moquette!
Il y subsiste une ingénieuse série de baignoires-abreuvoirs, ainsi qu'un parc de nuit, tout en palettes  :up:

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Nouveau col peu de temps après, j'y fais une courte pause pour manger ma demi-baguette restante de la vieille avec le pot de pâté. Puis je remonte dans une pente rocailleuse ou ne poussent que quelques genêts et des pins rabougris, pour déboucher d'un seul coup sur un plateau verdoyant où pâturent des vaches et des chevaux, dépaysement garanti! j'ai eu l'impression de passer en 20m des Cévennes au Jura!

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J'arrive ensuite au hameau de l'Hospitalet ou j'ai failli m'arrêter dans un gîte d'étape bon marché qui avait l'air sympathique, je dis bien failli car j'ai eu beau sonner et téléphoner, je n'ai pu avoir personne alors que le gîte était manifestement ouvert. Tant pis, j'ai repris la route pour m'arrêter dans une friche un peu plus loin, petit feu, chapatis et soupe à l'oignon.
Je commence à trouver les chapatis peu pratiques pour la saison froide, car pendant qu'ils cuisent sur mon petit tas de braise, moi je me refroidis. Ou alors il faudrait faire un plus grand feu pour que je puisse me réchauffer en même temps, mais du coup ça fait plus de travail pour ramasser le bois, moins de discrétion, et puis je ne trouve pas ça passionnant de passer la soirée tout seul près d'un feu...


Jour 5 :

Je suis un peu frustré par les journées trop courtes en cette fin de moi de novembre, et ça ne va pas aller en s'arrangeant.
Ceci dit, je n'en perds pas une miette, sur les 10 à 11h de lumière dont je dispose (grosso modo de 7h à 17h30) je ne m'arrête qu'une petite heure au zénith pour aérer mon couchage et mes chaussures.

Cela me laisse presque 10h pour marcher, mais 10h de marche, ça passe très vite, surtout que je garde un rythme assez tranquille (environ 3km/h sur terrain plat) pour permettre à Magnum de manger (il s'arrête pour brouter et me rattrape en courant quand je m'éloigne trop, et ce environ 5h par jour).
Ce qui n'est finalement pas une grosse contrainte vu que je n'ai pas besoin de le tenir en laisse ni de faire attention à lui (le son de la clochette me permet de savoir à quelle distance il est), et il suffit que je l'appelle et que je le prenne par le collier pour traverser les routes (de plus en plus rares). C'est beaucoup plus pratique qu'avec la brebis que j'étais obligé de tenir presque tout le temps attachée car elle ne suivait pas bien et venait rarement quand je l’appelais.

Pour gagner du temps, j'ai essayé à partir de ce jour-là de démarrer la journée de nuit : couché à 18h30, je me réveille sans problème vers 6h (ça fait déjà une sacrée nuit  8)), avec l'habitude je n'ai aucun mal à ranger mon matériel dans le noir sans rien oublier, et je peux partir tranquillement vers 6h30, ce qui me permet de faire 1 ou 2 km avant les premières lueurs du jour. En cas de doute sur le balisage, je n'ai qu'à attendre quelques minutes pour y voir plus clair (c'est le cas de le dire!).

C'est beaucoup plus pratique dans ce sens-là que si je cherche à marcher plus tard, car après ça peut-être galère pour trouver un lieu de bivouac et s'installer dans le noir.

Et puis observer l'aurore en marchant, c'est du bonheur !!!

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Cela dit, ce matin-là, je me suis trompé de chemin, et me suis retrouvé à Barre-des-Cévennes via une variante GR qui ne figurait pas sur ma carte... Petit détour inutile de 5km environ.
Après un douloureux plongeon de 400m de dénivelé, j'arrive à Florac vers 14h, avec une sacrée fringale, je serais bien partant pour me payer un bon truc à manger, histoire de fêter le 5ème jour, ou le 100ème kilomètre, ou même simplement parce que j'ai très faim  ;D

Problème, pas si facile de trouver à manger à Florac en novembre, la première boulangerie que je trouve est fermée, un peu plus loin je trouve une épicerie qui ne rouvre qu'à 15h30, et bien sûr il me faut quelque chose à emporter, pas facile de manger au resto avec un mouton...

J'arrive sur la place principale de la "ville" (avec ses 1921 habitants, Florac est la plus petite sous-préfecture de France), ou je suis interpellé par deux bonhommes de prime abord fort sympathiques assis à la terrasse d'un café. On discute un peu, je leur demande ou je peux acheter à manger, j'apprends qu'ils sont tous deux vendeurs sur le marché de Florac qui vient de se terminer, l'un d'eux, qui vends des produits régionaux, se propose d'aller rapidement me chercher un assortiment chez lui, à 5min de là. Et il revient effectivement très vite avec 1kg de pain au levain, une pile de chèvres secs, un radis noir et un gros saucisson sec, et il me fait en plus un prix d'ami.
Pendant ce temps, le 2ème me proposait un plan pour dormir au chaud, il fait partie d'une ferme collective qui se trouve à environ 10km au Nord (donc sur ma route), et où on m'accueillerait d'après lui volontiers, bien que lui même n'aie pas l'intention de rentrer ce soir (et effectivement à 15h il était déjà bien parti pour ne pas rentrer  :lol:).

Proposition très intéressante bien sûr, j'ai bigrement envie de me prendre une bonne douche, mais ça pue quand même pas mal :
- primo, toujours se méfier des propositions d'un mec qui a déjà bien attaqué l’apéro
- secundo, toujours se méfier des gens qui vous envoie dormir à un endroit où ils ne seront pas en vous promettant que vous serez bien accueilli...
- tertio, quand un gars qui fait le trajet en voiture vous dit "environ 10 bornes", faut au moins compter 20 pour être tranquille

Ceci dit, même en prenant en compte toutes les règles que je viens de citer, si c'est vraiment sur la route, ça ne coûte rien d'essayer, quitte à dormir ailleurs si ça se passe mal ou à dormir avant si c'est trop loin.
J'insiste par contre pour me faire expliquer clairement le meilleur moyen d'y aller à pied, et je prends des notes!
Le gars fait appel une autre cliente du café pour me donner les explications, car lui-même ne se souvient plus exactement du chemin (juste que "c'est pas loin!").

Il me propose ensuite une bière, que j'aurais accepté bien volontiers en d'autres circonstances (c.a.d si je n'avais pas été à jeun depuis 18h et si je n'avais pas 10 bornes (minimum) à faire avant la tombée de la nuit dans 2h  :down:

Je me remets donc rapidement en route en suivant les instructions, pas de problème pour la première partie, j'arrive comme indiqué sur le sentier des Gorges du Tarn que je dois suivre jusqu'à Ispagnac, c'est bien sûr loin d'être une ligne droite, je presse un peu le pas pour me donner une chance d'y arriver : à 16h30, je tombe sur un panneau indicateur : <- Florac 5,1km | Ispagnac 5,6 km -> , déjà ça fera plus de 10 bornes  :glare:

J'accélère encore, ça ne semble pas trop déranger Magnum, tant mieux, Magnum c'est un vrai mâle (bien que...), il marche et il ne se plaint pas  :up:

Je suis à 17h30 à Ispagnac, le ciel s'assombrit, et je suis loin d'être arrivé. Je dois ensuite traverser le Tarn, prendre la route direction Florac sur 500m, puis je suis sensé trouver un sentier qui monte jusqu'au lieu-dit Nozières.

Pas de problème jusque là, si ce n'est que quand je commence à monter par ce fameux sentier il fait déjà bien sombre, et qu'il n'y a aucune lumière en vue.

Je décide de continuer quand même, je ne suis normalement plus très loin, au pire je monterai le bivouac de nuit, le temps est stable, je suis en pleine forêt, il ne peut pas m'arriver grand chose.

18h30, il fait maintenant nuit noir depuis un bout de temps et le sentier monte toujours, je n'ai toujours pas ralenti le pas, je n'ai d'ailleurs même pas pris le temps de manger, mais la faim peut toujours attendre un peu, le plaisir n'en sera que plus intense. La température doit maintenant tourner autour de 0 mais je supporte à peine mon T-shirt, je plains Magnum qui ne peux pas enlever son épaisse toison quand bon lui semble, mais il ne râle toujours pas.

Au bout d'une multitude de virages et de quelques petites intersections où, faute d'instructions et d'y voir clair, je suis toujours resté sur le chemin principal, je débouche sur une route de montagne flambant neuve, mais apparemment déserte.

Ce n'était pas au programme, mais je n'abandonne pas encore, la route est en pente, je continue de monter. Une voiture arrive au loin, je passe sur la voie de gauche, gilet fluo bien en vue, et je fais des signes avec ma lampe torche, à priori je suis bien visible, et Magnum, que je tiens maintenant encordé juste derrière moi, a de larges bandes réfléchissantes sur son sac.

Il passe ensuite une poignée de voiture à intervalles assez longs, puis un semi-remorque, là ça commence à sentir mauvais...
Je tente d'ailleurs d'arrêter un véhicule pour demander mon chemin, sans succès. Ce qui est bien avec les automobilistes c'est qu'on sait que le jour où on sera vraiment dans la m*rde il ne faut pas compter sur eux pour nous aidez à en sortir, la voiture individuelle rend individualiste  :down:
J'abandonne au bout de 5 ou 6 tentatives.

Puis, dans un virage, un panneau indicateur me fais l'effet d'une décharge électrique : ce que je prenais pour une petite route de montagne récemment rénovée
n'est autre que la N106  :o

Au même moment, j'aperçois la lumière d'un lampadaire près d'une maison, au bord de la route, à quelques centaines de mètre de là, j'en fais mon dernier espoir : "je vais jusque là-bas, et s'il n'y a personne pour m'aider, je dors dehors au premier endroit sécurisé que je trouve.

Bien sûr, c'est à ce moment-là que la mince bande d'arrêt d'urgence disparaît, et que le trafic s'intensifie nettement, alors que je dois encore passer trois virage sans visibilité.

Pour ne pas infirmer la loi de Murphy, il a fallut que deux camions arrivent face à face dans un virage en épingle bien étroit alors que je me trouvais en situation aussi périlleuse qu'improbable là au milieu... Mais il n'y a en fait aucun suspense, puisque je suis là pour vous raconter ça!  :blink:

L'un des camions à quand même du faire marche arrière pour pouvoir croiser l'autre sans me passer dessus  :huh:

Après ce virage de la mort, le relief s'adoucit nettement, permettant à priori d'escalader facilement la pente boisée au-dessus de la route, au pire, si la lumière maintenant toute proche ne donne rien, je pourrai toujours m'échapper par là.

Encore un virage et je tombe, non pas sur une lumière isolée, mais sur un gros hameau, et je n'en crois pas mes yeux en éclairant le panneau : "Nozières" , je ne l'espérais même plus. (j'ai appris ensuite qu'il y avait en réalité un petit sentier parallèle juste en-dessous de la nationale, mais de nuit il était improbable que j'arrive à le suivre sans connaître)

J'arrive finalement à la ferme à 19h30, mais ce n'est pas gagné, l'endroit semble inhabité. En cherchant bien, j'aperçois une lumière de lampe torche dans les bois un peu plus bas, j'y fonce. Le gars est franchement surpris de me voir là, mais il m'invite sans hésiter dans sa yourte. J'ai finalement eu beaucoup de chance, car 5 minutes plus tard je n'aurais trouvé personne  ^-^

Je suis finalement resté le lendemain pour me reposer un peu et surtout voir la ferme de jour (en donnant un coup de main bien sûr) et puis aussi le surlendemain car il pleuvait des cordes.

Au final ça valait bien tout ce que j'ai enduré pour y parvenir, mais si j'avais eu toute les donnés en main dès le départ, je pense que j'aurais monté tranquillement le camp à 17h30 au-dessus du Tarn et que je ne serais arrivé à la ferme que le lendemain... sauf que ça aurait été sans doute moins passionnant à raconter (encore qu'il faut en revenir pour le raconter  ;))
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 04 février 2012 à 17:33:12
Désolé pour l'interruption, mais j'ai eu un imprévu : ma patronne avait besoin en urgence d'un berger pour avoir le temps de semer ses blés avant qu'il ne soit trop tard, du coup elle m'a ramené dans le Gard avec Magnum, en 4h seulement  :bang:
En fait c'est plutôt une bonne nouvelle, je suis très content de travailler un peu, simplement le projet de faire le retour sur Alès au printemps via le Puy-en-Velay tombe à l'eau puisque j'y suis déjà...
Fin de la parenthèse, je continue le récit.

Dimanche 20 Novembre : 6ème jour de marche

Je quitte la ferme un peu avant l'aube, tous les occupants dorment encore, je laisse simplement un message de remerciement sur la table.

Magnum est content de repartir, il n'aime pas ce genre de pauses qui me forcent à le délaisser une grande partie de la journée pour m'intéresser à mes hôtes, il manifeste sa joie par des cabrioles chaque fois qu'il doit courir pour me rattraper.

Après avoir traversé la nationale et suivi une petite route sinueuse sur 3km, je m'extrais des gorges du Tarn et rattrape le GR43 qui passe sur le plateau.
De là, on m'a assuré que la vue serait magnifique, mais un autre jour peut-être, car le ciel est très bas. Des bosquets sombres s'entrouvrent sur des marais brumeux parsemés de menhirs, de quoi réveiller des croyances ancestrales... j'adore!

Un peu plus loin, en revanche, j'apprécie beaucoup moins de devoir traverser une battue au sanglier avec une visibilité très réduite, typiquement le genre de chose qui me file les chocotes, mais je suis quand même passé en prenant toute les précautions utiles pour être vu et entendu.

Un vieux chasseur de bécasse avec lequel j'ai discuté deux jours plus tard m'apprendra qu'au même moment, un randonneur de 24 ans était tué d'une balle dans la tête en traversant une autre battue à quelques kilomètres de là, j'en ai eu des frissons pendant tout le reste du voyage à chaque fois que j'ai entendu un coup de feu. :o

Après être passé au pied du Mont Lozère sans même l'apercevoir, je redescends sur Bagnols-les-Bains en milieu d'après-midi pour la traversée du Lot.

Dans la soirée, le sentier est bordé par des grillages à moutons sur des kilomètres, et il fait déjà très sombre quand je trouve enfin un petit bois de pins qui déborde à l'extérieur d'un parc. La bonne nouvelle c'est que j'ai du bon pain, du bon fromage et du bon saucisson, donc pas besoin de faire de feu, la petite heure ainsi économisée me permet désormais de faire aisément 27 à 30km par jour sans forcer l'allure. Vue la longueur des journées en cette fin de mois de novembre, je considère que c'est un très bon rythme.

Au final, j'ai trouvé très confortable le fait de supprimer la contrainte du feu tous les soirs, car je ne prends pas particulièrement plaisir à rester seul devant le feu, je préfère marcher un peu plus le soir, ou rentrer un peu plus tôt dans mon duvet.
Celui qui en a le plus souffert, c'est le porte-monnaie : en faisant ce choix je suis passé brusquement de 5€/semaine à 5€/jour. Bon ça va, c'est encore pas la ruine.

J'ai quand même continué à faire de la cueillette, mais uniquement sous forme de grignotage tout au long de la journée pour trouver tous les éléments essentiels que le pain et le saucisson n'apporte pas  ;)
Fin novembre en Lozère, j'ai trouvé essentiellement des baies : des cynorhodons à la pelle, des prunelles, des cenelles d'aubépine, et même encore quelques mûres.

Magnum, lui, il mange vraiment tout ce qui lui passe sous le nez, et même beaucoup de plantes qui expédieraient un homme 6 pieds sous terre le temps de le dire (ciguë, chélidoine...)!
Il sait ce qu'il fait quand même, j'ai remarqué en particulier qu'il ne touche pas à la digitale pourpre, ainsi qu'à beaucoup de champignons.
Ses péchés mignons, c'est les glands, les châtaignes, et les cynorhodons ; dès qu'il en trouve, il s'en empiffre jusqu'à ce qu'il me voit disparaître à l'horizon, et là, il tape un tel sprint que je me demande toujours comment les coutures du Dog Pack font pour tenir le coup, et comment il fait pour ne même pas être essoufflé après ça  :huh: Fabuleuse bête!

Jour 7 :

A partir de là, le GR43 emprunte le tracé du GRP Tour de la Margeride, qui, comme son nom l'indique, n'est pas spécialement une ligne droite.
Ce jour-là, j'ai donc eu franchement l'impression de marcher dans toutes les directions sauf vers le Nord, et je n'étais pas loin de la vérité.
Mais ce fut surtout l'occasion de découvrir le magnifique Lac de Charpal, sans le moindre touriste pour me déranger, pas étonnant un lundi et par ce froid de canard.

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Et là c'est Magnum qui prend la photo  8)

J'ai vraiment adoré la traversé de la Margeride, c'est un endroit qui semble être hors du temps et de l'espace, quasiment pas de routes, quasiment pas d'hommes, en bien des endroits on peut très facilement s'imaginer 20 000ans en arrière ou bien au fin fond de la taïga sibérienne. Je crois que c'est un endroit où j'aimerais beaucoup habiter, et il y en a peu.

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Jour 8 :

C'est la première fois que je bivouaque au-dessus de 1400m en cette saison, il a bien gelé, je dirais un petit -5 ce matin-là, c'est le premier jour où j'ai besoin de mettre ma doudoune.

Quelques jours après l'homme, le cheval! décidément...

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Des Aubracs! les premières et, il me semble, les seules que j'aie vu durant ce voyage.

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Encore près de 30km ce jour-là et je n'ai traversé qu'un seul hameau, le reste n'étant qu'une succession de pâtures, de tourbières et de forêts plus enchanteresses les unes que les autres.

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Une fois n'est pas coutume, je n'ai que l'embarras du choix pour bivouaquer, choix qui se porte finalement sur un sous-bois bien abrité et bien sec, où pousse une herbe abondante et appétissante : tout le monde est content!

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Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 04 février 2012 à 18:33:18
Jour 9 :

Après avoir obliqué plein Ouest sur le GR4, je traverse Saint-Eulalie de bon matin, des panneaux destinés aux touristes vantent la réintroduction de bisons d'Europe en semi-liberté sur le territoire de la commune.
Il faudrait que quelqu'un m'explique le concept de "semi-liberté"  :huh:
Il sont en liberté dans un grand enclos? Ou alors ils sont vraiment en liberté, mais ceux qui ont essayé de sortir du territoire qui leur est alloué, ils ont eu des problèmes?

Autant de questions qui restent en suspens, de bisons je n'ai point vu, ni de Sainte-Eulalais d'ailleurs... à 8h, le village est désert.

A La Roche, un peu plus loin, j'aperçois une femme sans âge dans la cours d'une maison qui n'en a pas plus, j'en profite pour demander de l'eau, car bien qu'en altitude, l'endroit est assez plat et les ruisseaux sont rares.
Elle m'indique une fontaine accolée à la maison : "je sais pas si elle est potable, mais nous on la boit!"
Pas de problème, le lieu ne me donne aucune inquiétude quant à la qualité de l'eau!

La vieille femme semble très intriguée par mes Nalgènes couleur neon vert, qui, il est vrai, paraissent presque anachroniques en ce lieu.

En continuant mon chemin, je réalise que je n'ai plus grand chose à manger non plus, je ne suis pas très loin du Malzieu-Ville (enfin, un gros cm sur ma carte au million), je pourrais donc à priori y arriver avant la fermeture des commerces, en espérant qu'il y en ait...
Je n'aime pas devoir accélérer, mais quand il s'agit de nourriture, je suis prêt à faire un petit effort!

 Je crois que cette après-midi-là marque le début de la lassitude, après l'extase de la Margeride, je retrouve un paysage agricole banal, des villages et des hameaux sans caractère, des chiens qui aboient, des gros bâtiments d'élevage en tôles ondulées, des clôtures barbelées partout. Et on peut maintenant apercevoir le Mont Mézenc encore loin au Nord, signe que la route est encore longue, bien que je ne passe pas par là cette fois-ci : je n'ai même pas fait la moitié de la distance... Je crois que c'est dans ces moments-là que la solitude pèse vraiment, qu'il manque un compagnon de route pour deviser, chemin faisant... et se remonter le moral mutuellement.

Alors bien sûr, il y a Magnum, qui a toujours le moral! mais Magnum n'est pas d'une grande conversation...

L'exploit, c'est d'avoir su continuer, ce jour-là comme tous les suivants, avec des hauts et des bas, car la lassitude guette ensuite le moindre signe de faiblesse, car c'est si facile de baisser les bras.
Pour la première fois de ma vie et pendant toute la fin de ce voyage, la solitude m'a pesé. Moi, le solitaire, l'antisocial même, j'ai enfin compris, ce jour-là, le dernier point de la règle des trois...

EDIT : Au passage, j'ai oublié de mentionner les 3km sur lesquels le GR65 (sentier de Compostelle) et le GR4 se chevauchent, ce qui donne lieu à un feu d'artifice de panneaux publicitaires pour des gîtes d'étape au beau milieu d'un sentier forestier! Ce qui, en plus de me choquer, m'a définitivement convaincu, si ce n'était déjà le cas, du triste caractère commercial qu'a pris le sentier de Compostelle...

Mais j'ai continué, donc, et j'ai atteint le Malzieu-Ville, et j'y ai trouvé une petite épicerie récemment estampillée "8 à 8", devant laquelle j'ai pu attacher Magnum à un vieil anneau rouillé jadis prévu à cet effet sous le regard étonné des quelques passants. J'ai acheté deux gros pains de campagne, un "saucisson d'auvergne", 300g de Cantal-vieux et autant de Salers, je mange équilibré  ;#


Jour 10 :

Encore et toujours des hameaux plus banaux les uns que les autres, je mise avant chaque traversée sur le nombre de chiens débiles qui vont m'arriver dessus, je suis blasé.
Pour pimenter la journée, il y a quelques passages à gué pas franchement prévu pour être traversés en cette saison, ce qui donne lieu à quelques numéros d'équilibre sur des pierres glissantes et une traversée en caleçon avec de l'eau glacée jusqu'aux genoux, mais rien d'insurmontable.

Encore moins pour Magnum qui préfère la baignade à une passerelle incertaine (put**n le matos!  >:( , heureusement je ne lui confie rien qui craigne l'eau...)

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Un peu avant midi, je passe la frontière Lozère-Cantal, et j'entre donc dans la région Auvergne, ce qui ne change rien du tout au paysage dans l'immédiat, mais il faut bien que le moral se raccroche à quelque chose!

Je traverse l'A75 en fin de journée, et je m'arrête derrière la colline suivante pour être au calme.

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Je suis donc plus ou moins dans un trou, et je vais m'en rendre compte pendant la nuit... avec le froid intense et l'humidité, qui commençaient à transpercer mon duvet à l'approche de l'aube, mais rien d'alarmant.

Jour 11 :

Le lendemain, la traversée de Saint-Flour et de ses environs me semble durer une éternité, et je découvre que la ville haute, très jolie et seule visible depuis l'autoroute, est en réalité un ilot au milieu d'une agglomération cachée dans les fonds de vallons, et dont la laideur n'a rien à envier à celle de toute autre ville.

Ce joli château au Sailhant est ma seule photo de la journée, il n'y avait vraiment pas grand chose d'autre à voir.

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En fin de journée, j'arrive sur un plateau à 1000m, et je découvre avec stupeur la "désertitude" des monts du Cantal (ouais, il y a des fois comme ça, on a besoin de mots qui ne sont pas dans le dictionnaire  :-[), je n'étais jamais venu dans ce coin-là du Cantal, et je ne m'imaginais pas ça aussi pelé : pas un arbre à l'horizon, que de l'herbe rase à perte de vue!

Tout ça c'est bien beau, mais la nuit tombe, on est le 25 novembre, il y a un vent glacial, et je cherche à poser un tarp... Là je commence à m'inquiéter un petit peu.

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Au final je le trouve mon petit coin, il y a un petit bosquet de pins, le seul des environs, au beau milieu d'une pâture dûment clôturée. Ce petit bosquet avait presque l'air d'un oasis en plein désert, et comme un paysan passait par-là avec son tracteur, je me suis empressé de lui demander l'autorisation d'y dormir tellement l'endroit semblait sacré...

Autorisation accordée, et ce qui m'a le plus étonné, c'est que le gars, lui, n'avait même pas l'air étonné que je lui demande l'autorisation de dormir dans son bois avec mon mouton bâté, en plein mois de novembre, il m'a répondu "bien sûr" avec le naturel d'un guichetier de la poste auquel on vient de demander une plaquette de timbres...
Pour une fois ça m'a fait vraiment plaisir de ne pas être pris pour un timbré justement.

Ce petit bosquet un peu trop clairsemé ne m'a finalement pas abrité de grand chose, mais psychologiquement ça donne un peu moins l'impression d'être à découvert, et puis c'est toujours plus pratique de monter le tarp en canadienne entre 6 arbres.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 05 février 2012 à 11:38:02
Jour 12 :

Il fait plus chaud ce matin que la veille au soir, le vent a tourné plein Sud dans la nuit. Ça me parait mauvais signe...

A Valuéjols, le village suivant, j'ai la bonne surprise de trouver une boulangerie et une fontaine, je prends trois miches de 400g et un pain au chocolat (là ya du relâchement  ;D) et je refais le plein d'eau. Autant en prendre ses précautions car après cela ma carte n'indique rien avant deux jours de marche.


Je suis en vue du Plomb du Cantal, mais il est régulièrement masqué par un front nuageux qui passe à l'Ouest, ça m'inquiète un peu car je suis sensé y monter dans l'après-midi.

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Dans le doute, je passe un coup de fil à mes parents pour me renseigner sur la météo : normalement le temps devrait se dégager ; pendant que je suis au téléphone, je tombe nez à nez avec un chevreuil acculé dans l'angle d'une clôture, mais il prend la tangente avant que j'aie le temps de raccrocher et de sortir mon APN. Tant pis, c'est le genre de petit bonheur qui donne un coup de fouet au moral!

Effectivement, à 13h au col de Prat de Bouc, le ciel est presque limpide, et le soleil chauffe!

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Une heure plus tard, je suis au sommet du Plomb, 1855m, deuxième plus haut sommet du Massif Central, le point de vue valait largement le détour!

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Côté Nord, le Massif du Sancy - prochaine étape - est à l'horizon, et la table d'orientation indique même le Puy-de-Dôme, et bien qu'il ne soit pas visible ce jour-là, le fait d'être presque en vue de l'arrivée me rend toute ma motivation.

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Il me faut ensuite redescendre plus de 600m de dénivelé par une piste de ski pour arriver à la station de Super-Lioran, ville fantôme à cette période...
Par contre, les balisages de randonnée ont déjà laissé la place aux installations de ski, et je me retrouve complétement perdu au milieu de la station.
Je finis par retrouver des sentiers balisés GR mais rien n'indique aux intersections s'il s'agit du GR4, du GR400 ou de leurs nombreuses variantes.

Je tombe finalement sur des promeneurs à Font d'Alagnon qui sont en mesure de me renseigner, ils m'indiquent que le GR4 passe en fait au col de Rombière, 300m plus haut ; je peux y accéder en montant sous le télésiège de Rombière (sacré pente).
Il est déjà 17h, mais je refuse de dormir au pied d'une pente pareille, je grimpe torse nu, aussi vite que mes jambes peuvent me porter, en espérant trouver un petit replat pour m'installer juste avant la limite des arbres, mais je n'en vois pas, il y a vraiment trop de pente.
Au niveau du col, il y a du plat et une rangée de piquets de clôture, je décide de m'installer-là, à 1600m, face au Puy Griou, j'ai quelques difficultés à monter le tarp à cause d'un fort vent de Nord qui est en train de se lever. Après quelques montages infructueux (trop de vibrations), je finis par y arriver en utilisant mon parapluie comme piquet d'appoint. Tout est tendu comme un string, la résistance du X-tarp m'impressionne vraiment! Au pire, si ça m*rde, il y a une petite cabane de téléski un peu plus bas avec juste une vitre à briser pour rentrer à l'abri.

(http://img15.hostingpics.net/pics/432370P1010083.jpg)

Jour 13 :

J'ai finalement très bien dormi, le tarp m'a parfaitement abrité du vent glacial qui a sévit une bonne partie de la nuit. A l'aube il n'y a plus de vent, mais pas la moindre rosée non plus.

Je suis maintenant des crêtes en direction du Puy Mary.

(http://img15.hostingpics.net/pics/301103P1010090.jpg)

J'ai eu le plaisir d'observer un groupe de chamois qui crapahutaient dans une barre rocheuse un peu plus haut, mais comme souvent, les photos n'ont rien donné.

Un peu plus loin, je me trouve nez à nez avec une petite difficulté technique, la Brèche de Rolland, un petit passage d'escalade. Certes facile pour un homme, mais un mouton ne peut pas grimper une paroi verticale, même avec de bonnes prises!

Heureusement j'ai trouvé moyen de faire le tour, ça aurait été con de se retrouver bloqué là...

(http://img15.hostingpics.net/pics/343255P1010095.jpg)

Juste après, le sentier se divise en deux, il y a le choix entre monter au Puy Mary et passer en-dessous. Gros coup de flemme, je prends la deuxième option, je n'ai pas jugé intéressant de faire un sommet à 1783m après en avoir gravi un plus haut la veille.
Sauf qu'en prenant le contournement, je vais rater une intersection et me retrouver sur le GR400, je ne m'en rends compte qu'à 13h, après avoir fait 600m de dénivelé négatif, je tombe sur une carte où je peux voir clairement mon erreur : je suis dans la mauvaise vallée. Et paf, 600m de dénivelé à remonter pour avoir eu la flemme d'en faire 200 de plus le matin, bien fait pour ma gueule  ;#
A 15h, après une bonne suée, je suis de retour à 100m de là où j'étais à 10h du matin  >:(

Bon ce coup là je suis dans la bonne direction, pour la première fois depuis que je suis sur le GR4, me voilà reparti plein Nord, sur le plateau du Limon.

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Pas de sentiers, juste une balise de temps en temps sur les clôtures, je marche en ligne droite au milieu de cette immensité, le Sancy est droit devant, là j'ai l'impression d'avancer!

La question maintenant, c'est où est-ce que je vais bien pouvoir dormir? D'autant plus que l'atmosphère se refroidit sérieusement à mesure que l'heure avance.

Vers 16h, je croise un chasseur de lièvres sympa, on discute un peu. "Le mieux, ça serait de trouver un buron."

Pas con, mais ceux que j'ai vu jusqu'à maintenant étaient dans un état de décrépitude avancé.

Vers 17h, j'hésite à élire domicile dans une ruine dont la voute tiens encore debout, il y a des ossements divers et un cadavre de fouine dont la peau n'est qu'à moitié décomposée, ça ne m'inspire pas.

Je continue. Il fait presque nuit noire quand je tombe finalement sur un buron en parfait état, la porte n'est fermé que par un épais fil de fer torsadé, j'entre.
L'endroit semble avoir été abandonné du jour au lendemain des années plus tôt, il y a 2cm de poussière partout, sur une des tables, des bouteilles de vin plus ou moins pleines dégagent une odeur infecte, je les mets dehors. Il y a deux pièces, la première à un plafond en planches, sûrement un grenier à foin à l'étage, la deuxième est une grande cave avec une voute de pierres, il y a la de nombreuses bouteilles non identifiables ainsi que deux cadavres de canidés en partie décomposés, peut-être des renards rentrés par le petit soupirail et qui se sont retrouvés pris au piège, pauvres bêtes...

Je laisse la cave dans l'état, me contentant de verrouiller la porte, j'utilise un vieux balai en foin pour dépoussiérer vaguement la plus plate des grandes tables, puis j'y étend le Polycree et je m'installe dessus. Magnum reste dehors bien sûr.

Jour 14 :

Le matin, il ne fait pas excessivement froid dans le buron, qui doit être tempéré par la cave. A l'extérieur par contre, le froid humide est saisissant, j'empile toutes les couches disponibles et je me dépêche de marcher pour me réchauffer.

Au premières lueurs du jour, le buron est déjà loin.

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De l'étendu vierge, je me retrouve sur une petite route déserte et verglacé, je croise tout de même un randonneur motivé qui monte au Puy Mary malgré l'épais brouillard matinal, ce dernier a quand même finit par se dissiper dans le courant de l'après-midi, je ne sais pas si l'homme aura attendu jusque-là.

Un peu plus loin, une troupe de Salers me fait la fête.

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La route qui venait de nulle part devient finalement un chemin de terre à l'approche du premier hameau, mystères de l'urbanisation...

Au premier village traversé, je trouve une épicerie où je rachète un bon saucisson, une boîte de sardines, un gros morceau de cantal, et quelques poires car je n'ai rien trouvé de frais à manger ces derniers jours.

Je continue toujours en direction du Sancy par des petites routes de campagnes où je ne croise absolument personne, ni véhicules ni piétons.

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Des arbrisseaux en fleur non-identifiés attirent mon attention au bord d'un chemin.

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Ça ressemble fort à des ajoncs, mais quelle espèce d'ajonc pousse à 1000m dans le Cantal et fleurit fin novembre? pour la floraison, c'est peut-être aussi dû aux après-midi anormalement chauds pour la saison.

A part ça rien de spécial ce jour-là, je traverse Condat en fin de journée, j'en profite pour racheter du bon pain.

Le soir, je suis une petite route au milieu des prés, parsemée de petits hameaux qui ne laisse guère d'opportunité pour bivouaquer, le ciel est dégagé et la nuit s'annonce encore froide et humide. Je salue toutes les personnes que j'aperçois dans les cours de ferme, mais de toute évidence mon sort n'intéresse personne, je trouverai finalement refuge entre trois gros sapins bien touffus à 2m de la route, parfaitement dissimulé sous leurs branches et confortablement installé sur un épais tapis d'aiguilles.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: Aleksi le 05 février 2012 à 13:38:56
Ca fait plaisir de revoir des images de ce coin ! J'ai moi même découvert cette région (plus précisément la causse Méjéan) lors d'une traversée azimut sud hors sentiers à partir de Paris jusqu'à la mer méditerranée, en me nourrissant, comme toi, exclusivement des offrandes de pacha mama. Je crois que j'ai été le plus depaysé dans cette région, plus encore que dans les volcans d'Auvergne. Dans mon carnet de route, je l'ai décrit comme étant "un désert de steppes Celtes parsemés de dolmens et de menhirs". J'ai fais ma traversée de St Enimie à Meyrueis, hors GR, et n'ai croisé personne en empruntant les chemins de bergers qui font faire des détours, mais à quoi bon gagner du temps quand on ne va nul par ?
Je n'ai pas non plus croisé de point d'eau comme tu le disais ( sauf lavognes), et ma gourde de 1l, j'ai due la rationné. J'ai exprimé un maximum de fois le jus des chardons que je mangeais en marchant, les repas étaient composés de soupes de fourmis et divers plantes.
Pour l'eau cependant on croise parfois des lavognes (eau de récup' des eau de pluies pour les bêtes, petites dépressions crées par les bergers). Je filtrais l'eau dans mon sac en toile (destiné à la cueillette) que je remplissais de gravier, sable et charbon. Je portais ensuite cette eau filtrée à ébullition.
Lors de ce voyage qui a finalement été prolongé jusqu'à dans les Pyrénées Orientales, je suis tombé totalement amoureux de la France, que j'aimais déjà tant.
Un départ est également prévu pour moi sans date de retour précise, je vais vers l'Est. J'ai des choses à terminer avant et je partirais début septembre. Lire ton récit me fait tourner en rond dans ma chambre !!
Continu
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 05 février 2012 à 16:01:38
@Aleksi

Pour moi le GR est une solution facile pour voyager avec un animal en évitant au maximum les routes. C'est sûr qu'en été la fréquentation importante des GR doit être gênante, mais hors saison on ne croise pas âme qui vive alors c'est pratique pour faire de beaux sentiers sans avoir besoin d'acheter et de trimballer des cartes précises.

Tu n'avais qu'1L de réserve? ça me paraît vraiment peu, personnellement j'ai toujours au moins 3L de capacité, même si c'est vrai qu'en novembre je me contentais souvent d'en remplir 2.

Citer
les repas étaient composés de soupes de fourmis et divers plantes.

Tiens, j'ai déjà essayé deux trois trucs avec les fourmis, mais jamais la soupe  ::) Merci pour l'idée!

Je n'ai plus le temps pour l'instant, mais je continuerai avec plaisir le récit à la prochaine occasion, en plus il me reste une sacré mésaventure à raconter!
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: VieuxMora le 05 février 2012 à 16:05:44
Merci Thorgaal, toujours autant de plaisir à redécouvrir cette région à travers ton récit
Titre: Re : Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: Aleksi le 05 février 2012 à 17:09:58
@Aleksi

Pour moi le GR est une solution facile pour voyager avec un animal en évitant au maximum les routes. C'est sûr qu'en été la fréquentation importante des GR doit être gênante, mais hors saison on ne croise pas âme qui vive alors c'est pratique pour faire de beaux sentiers sans avoir besoin d'acheter et de trimballer des cartes précises.
Salut !
Ca n'étais pas du tout une critique et je suis entièrement d'accord avec toi. Juste que pour cette escapade j'avais choisi de faire que du hors piste, pour voir  ;)

Tu n'avais qu'1L de réserve? ça me paraît vraiment peu, personnellement j'ai toujours au moins 3L de capacité, même si c'est vrai qu'en novembre je me contentais souvent d'en remplir 2.
Trop peu, mais c'était intéressant car je devais y penser sans arrêt et ne rater aucune occasion. En fait je suis parti avec ce que j'avais chez moi sans rien acheter, encore une foi pour voir.
Tiens, j'ai déjà essayé deux trois trucs avec les fourmis, mais jamais la soupe  ::) Merci pour l'idée!
Je les fais griller, en fait une sorte de poudre et hop ! à mélanger si possible avec des plantes c'est top.
Bon au final ce sont tes dernières photos qui m'ont donné envi de poster (j'ai lu tout le récit), mais je vais pas raconter ma life ici.
Bonne continuation à toi !

Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: jeanjacques le 05 février 2012 à 18:55:17
Certain ont trouvé le récit du poulet dans la jungle représentatif du forum, et bien personnellement c'est ce récit que je trouve emblématique ;)
Bravo :)
Titre: Re : Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: Jérôme A le 05 février 2012 à 23:25:20
je pense avoir atteint là la limite du cerveau d'une brebis...

 :lol: j'Aaadore :lol:



Certain ont trouvé le récit du poulet dans la jungle représentatif du forum, et bien personnellement c'est ce récit que je trouve emblématique ;)
Bravo :)

Pas plus l'un que l'autre hein ! quand tu vois le taf que demande de retranscrire une aventure moi je dis juste merci... ;)
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 14 février 2012 à 23:45:12
Citer
Pas plus l'un que l'autre hein ! quand tu vois le taf que demande de retranscrire une aventure moi je dis juste merci...

Non, c'est pas du taf, le taf par définition c'est pénible, alors que raconter une aventure sur ce forum, c'est un plaisir!  :up: peut-être même plus que de la vivre d'ailleurs... j'irai pas jusque là, mais en tout cas c'est intéressant de constater que les pires moments sur le terrain sont aussi les plus amusant à raconter après, et ce qui va suivre l'illustre parfaitement. Mais je vais devoir vous faire poiroter encore un peu, j'ai pas le temps ce soir.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 15 février 2012 à 20:01:14
Allez je reprends.

Mardi 29 Novembre : 15ème jour de marche

Après avoir dormi d'une seule traite jusqu'à 6h, je me lève en pleine forme pour attaquer cette nouvelle journée près d'une heure avant l'aube.

Je continue donc sur la petite route de la veille qui serpente encore entre une poignée de fermes où vrombissent les machines à traire, puis le GR emprunte enfin un sentier plus pittoresque tandis que le soleil point à l'horizon.

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Photo collector, non? Et en voici une autre quelques minutes plus tard, où le reflet de l'astre dans une mare illumine la forêt par dessous.

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Toute la matinée, le sentier traverse des pâtures où paissent de nombreuses Salers. Dans les enclos occupés, j’essaie de me faire le plus discret possible afin d'atteindre la porte suivante avant d'aiguiller leur curiosité, mais arrive un passage où je me retrouve nez à nez avec une trentaine de ces mesdames sans possibilité de les contourner.  :o
Oh, c'est pas que leurs intentions soient mauvaises, mais la Salers est une vache qui possède un tonus impressionnant, aussi impressionnant que l'envergure de ses cornes en fait... alors se retrouver au centre de l'attention de toutes ces bêtes de près d'une tonne qui viennent renifler ces deux visiteurs inconnus, puis se mettent à tourner en rond au galop en ruant et en caracolant à une distance un peu trop réduite à mon goût, et ce sur près de 500m, ça demande une bonne dose de sang froid pour pas faire dans son froc (d'ailleurs Magnum à tout largué, mais lui il peut se le permettre...).

Heureusement la plupart se sont lassées avant la fin, mais une douzaine de motivées m'ont quand même escorté d'un bout à l'autre.
Je les aime beaucoup ces vaches, elles sont magnifiques, mais je les préfère quand même de l'autre côté de la clôture  :-[

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A la pause de midi, je suis à 11km de Super-Besse, j'ai envisagé de dormir en gîte d'étape pour me laver, mais mère n'a rien trouvé d'ouvert, tant pis.

J'ai du mal à trouver mon chemin dans Egliseneuve-d'Entraigues, après avoir un peu erré à la recherche des fameuses marques rouges et blanches, je croise une femme hollandaise qui me propose spontanément de l'aide, elle m'emmène frapper au salon de coiffure où trois autres personnes m'indiquent d'abord des itinéraires incohérents, pour finalement se mettre d'accord sur une direction, sans toutefois avoir l'air sûrs que le GR4 passe bien par là.
Je retrouve effectivement un balisage GR un peu plus loin, mais un détail me dérange, ma carte a beau être peu précise, je vois bien que je ne suis pas du bon côté de la route, je suis en fait sur le GR30.

Pour rattraper le GR4, je n'ai qu'une bonne côte à grimper à travers champs, cela ne me prends que quelques minutes après avoir ôté mes vestes.
Mais arrivé en haut, je me rends compte que je n'ai plus la corde de Magnum dans la main, je l'ai posée pour me déshabiller et je l'ai oubliée en bas.
Zut, je pose toute mes affaires, j'attache Magnum à un piquet avec une ficelle de mon tarp et je redescends en courant.
Le temps de remonter, je me retrouve nez à nez avec un paysan armé qui se demande ce que fait cette drôle de bête attachée dans son pré. Je me fais une bonne frayeur, mais le bonhomme n'est en fait pas méchant pour un sou, par contre mon histoire de corde oubliée en bas de la côte le laisse un peu perplexe, mais je ne peux pas lui en vouloir pour ça  ;#.

Je peux donc continuer sur le bon chemin et me remettre de mes émotions.

Vers 15h, je passe au bord du lac Chauvet, le ciel se couvre.

(http://img15.hostingpics.net/pics/599854P1010120.jpg)

Un peu plus loin, il faut traverser une tourbière, le panneau à l'entrée de la passerelle me fait bien rire.

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Pas de problème, Magnum ne risque pas d'abimer la passerelle, en revanche les planches plus ou moins disjointes font un peu l'effet d'un passage canadien. Un mouton ordinaire ne s'y serait pas aventuré, mais Magnum n'est pas un mouton ordinaire  ;)

Il m'a donc suivi tant bien que mal, en se coinçant un peu les pattes de temps en temps ; mais comme il n'est pas du genre à paniquer, le risque de blessure est assez faible.

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A 16h30, je suis en vue de Super-Besse.

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Le temps de trouver mon chemin dans la station, il est plus de 17h, je commence ensuite à monter en direction du Puy de Sancy.

Mais j'ai un gros problème avec les montées, ça me coûte beaucoup de m'arrêter avant le sommet  :down:.

Je croise quelques ouvriers en quads et autres engins de terrassement qui redescendent des pistes pour la nuit, tous me regardent comme un extra-terrestre, mais personne n'aurait l'idée de me demander pourquoi je monte le sentier à cette heure.

Il y a beaucoup de vent qui semble chasser les nuages. A 17h45, je passe le col du Couhay (1686m), il fait presque nuit noire, j'ai maintenant bien envie de m'arrêter, mais l'endroit ne s'y prête pas. Je m'arrête finalement un peu plus loin, à 1750m, sur l'arête qui mène au Puy Gros, ce dernier étant parfaitement dans l'axe du vent, qui soufflait Sud-Ouest à ce moment-là. Je suis donc pour l'instant dans un étroit couloir où l'air est immobile.

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Je monte le tarp à l'aide d'un panneau indicateur et d'un gros rocher, en englobant en bordure de la toile une rigole naturelle profonde de 30cm environ et qui fait presque tout le tour de mon couchage. Je suis plutôt content de mon montage qui, en théorie, devrait suffire à me mettre à l'abri des intempéries quelles qu'elles soient car les rebords du tarp arrive de fait plus bas que mon matelas. Mais la Nature se rit bien des théories  :'(

Déjà, je ne suis pas couché depuis un quart d'heure que le vent tourne plein Ouest, et se met à jouer méchamment sur la tension de la toile, je me relève pour tendre tout ça comme il faut et ajouter quelques sardines aux points sensibles. Pour l'instant le ciel est dégagé, je m'endors l'esprit tranquille.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 16 février 2012 à 23:51:55
Bon, je suis pas sympa, je vous ai laissé une journée entière avec ce suspense insoutenable, allez on continue...

Jour 16 :

Je suis réveillé un peu avant 2h par l'humidité presque palpable. L'obscurité est totale, je ne vois absolument rien, je trouve ma petite lampe solaire à tâtons et l'allume, je ne vois que le faisceau des LEDs qui tente de tracer son chemin dans le brouillard le plus épais que je n'aie jamais vu... Le vent souffle encore très fort, un filet d'air surchargé d'humidité parvient à s'engouffrer sous le tarp et crée de la condensation sur tout objet laissé à découvert, je m'empresse de ranger mes chaussures à l'abri sous mon sac à dos et mes vêtements dans le duvet.
Je suis vite confronté à un problème plus grave : le vent froid et humide ne se contente pas de mouiller la surface déperlante de mon duvet, j'ai la sale impression qu'il traverse aussi le tissu et mouille directement le garnissage... Or le duvet d'oie 000 à 800 cuin, quand il est mouillé, il marche beaucoup moins bien... d'ailleurs le duvet commence à dégonfler à vue d’œil, et il ne doit pas faire très loin de 0°C à l'extérieur...

Pour l'instant je suis encore bien au chaud à l'intérieur, et il serait tentant de retourner illico me réfugier dans le monde des rêves, mais la flemme a déjà failli me tuer une fois dans une situation similaire, et je m'applique en général à ne pas faire deux fois les mêmes erreurs.

Allez on se secoue et on passe à l'action, je commence par m'habiller chaudement sans sortir du duvet.
Après réflexion, il serait complétement stupide de partir dans la montagne à 2h du matin par ce temps, il me paraît donc plus sage de prendre mes dispositions pour attendre à l'abri sous le tarp.

Un quart d'heure plus tard, je commence à avoir froid dans mon sac de couchage, je ne perds pas de temps pour réagir : je sors du duvet et je le range, j'enfile mes chaussures, ma doudoune, mon ensemble imperméable, je déballe ma couverture de survie toute neuve, puis je me recouche sur mon Ridgerest tout en m'enroulant dans la couverture.
Je ne risque pas de tomber en hypothermie, mais j'ai quand même trop froid pour dormir.

Il est 2h20, et je suis à plat ventre sous mon tarp, dans l'atmosphère moite de ma couverture de survie, seul dans la montagne par ce temps épouvantable, je viens de passer 10 jours et 10 nuits dehors, et là je commence sérieusement à rêver d'une vraie douche et d'un vrai lit, mais il ne faut pas craquer maintenant.  :'(
Allez, c'est pas un peu de mauvais temps en montagne qui va me faire peur, sinon il faut que je change de boulot!  :honte:

Il me faut d'urgence trouver moyen de tuer le temps pour ne pas broyer du noir. J'ai amèrement regretté de ne pas avoir eu un roman avec moi, je suis désormais convaincu que cela doit faire partie du matériel de base.

J'ai commencé par lire deux fois en détail l'aide-mémoire de survie imprimé sur ma couverture ; je n'ai pas appris grand chose, mais j'ai tué 40min.
Ensuite j'ai ouvert ma sacoche banane, j'ai sorti mon portefeuille, examiné toutes les cartes, trié toutes les pièces par valeur dans les différents compartiments (ce qui ne sert à rien puisqu'elles passent d'un compartiment à l'autre dès qu'on secoue un peu le portefeuille, mais on s'en fout), puis j'ai sorti mon chéquier et j'ai lu avec attention toutes les petites écritures que j'ai pu y trouver, j'ai examiné en particulier toutes les petites photos de Yann-Arthus Bertrand imprimées au coin des chèques et leur description (merci la Poste).

Il est maintenant 4h, l'atmosphère se refroidit encore un peu, la pluie fine qui tombe sur le tarp est maintenant mêlée de neige.

Je regarde ensuite longuement ma carte.
Puis il me viens une autre idée : je sors mon appareil photo (pour lequel j'ai encore une batterie de rechange) et je me mets à examiner et trier tous mes clichés, ça occupe!

Pendant tout ce temps, une pensée m'obsède et me remonte le moral : "quand je vais rentrer, j'aurai un sacré truc à raconter sur le forum!"  :)
Bon, soyons clairs, c'est pas pour autant que je recommencerais ce genre de bêtises exprès pour les raconter après, je ne suis pas con à ce point... ou du moins je l'espère.

A 5h30, je n'en peux plus, je m'extrais de la couverture et je range toutes mes affaires, puis je mets en boule le tarp trempé, je l'essore vaguement et je le bourre dans le sac du mouton, ainsi que ma veste polaire que j'avais placé entre le tarp et le rocher pour éviter l'abrasion.

Magnum proteste un peu quand je lui attache son sac, qui est bien plus lourd que d'habitude ; il n'a pas l'air motivé, mais ce n'est pas à cause du froid ou de l'humidité (pour lui il n'y a pas trop de risques de ce côté-là), il a plutôt l'air de se demander ce qu'il me prend de partir si tôt alors que lui dormait très bien!

Je me retrouve donc sac au dos deux heures avant le lever du soleil, je suis suffisamment habillé et je n'ai donc aucune raison de paniquer.
Avec ma petite lampe à LEDs, je vois péniblement à 2 ou 3m devant moi (sans la lampe, je ne vois même pas mes mains bouger devant mon visage  :o).
Pour ne rien arranger, ma boussole a perdu le nord (en fait je m'en suis rendu compte dès le début du voyage, mais cela ne m'avait pas posé de réel problème jusqu'à maintenant).
J'avance donc prudemment, en cherchant un maximum de points de repère sur le bord du chemin.

En plusieurs endroits, je trouve des petits panneaux avec des cartes de randonnée, mais elles sont très peu claires et souvent en partie effacées, j'erre pendant près d'une heure avant de trouver le chemin qui monte au sommet du Sancy, je pensais alors que le GR4 redescendait de l'autre côté, mais en fait non.
Je me retrouve donc sur le plus haut sommet du Massif Central, un vent en furie me fouettant le visage avec des gouttelettes en partie gelées, c'est tout juste si j'arrive à voir mes pieds, alors pour le panorama, je reviendrai!  ;#

En revanche, la table d'orientation m'est d'une grande aide, non pas pour nommer les sommets alentours que je ne risque pas d'apercevoir, mais justement pour m'orienter, comme son nom l'indique.
En ajoutant cela à un panneau indicateur plus clair que ceux que j'ai vu jusqu'à maintenant, cela me permet, une fois redescendu par le même chemin, de repartir dans la bonne direction pour continuer.

Notez que j'ai hésité plusieurs fois cette nuit-là à redescendre vers Super-Besse et à abandonner, mais ça m'aurait fait trop mal au cul après tout ce chemin parcouru.

Je ne saurais pas dire à quel moment j'ai commencé à voir "clair", mais la nuit m'a semblé s'attarder pendant une éternité.
Je distingue enfin les reliefs proches, c'est à dire pas grand chose, je marche sur une crête qui paraît tout droit sortie du néant infini...

(http://img15.hostingpics.net/pics/858109P1010128.jpg)

Bon, ce qui devait arriver est arrivé, j'ai fini par perdre le GR, mais j'ai continué à descendre dans la même direction, un léger halo lumineux à l'Est me permettant de garder le cap.

Un petite heure plus tard, le brouillard commence à se dissiper, et là, j'ai droit à une surprise extraordinaire, magique! Du haut d'une crête rocailleuse, un couple de bouquetins m'observe. C'est la première fois de ma vie que j'en vois  :love:

(http://img15.hostingpics.net/pics/847211P1010129org.jpg)

J'arrive au col de la Croix St-Robert vers 10h, il fait froid, il y a du vent, mais le ciel est magnifique  :love:

Une mauvaise nouvelle quand même, dans ma descente en hors-piste, mes chaussures ont pris l'eau...

Je n'ai plus l'habitude de marcher pieds nus par temps froid, je passe donc à la solution système D: une triple épaisseur de sac poubelle dans chaque grole, et des chaussettes sèches. L'inconvénient, c'est que ça ne respire plus beaucoup...

Après une première montée bien réchauffante, le sentier emprunte ensuite une crête parsemée de puys qui donnent l'impression de monter et descendre sans arrêt, mais d'avancer peu. Cependant les paysages sont magnifiques.

(http://img15.hostingpics.net/pics/839792P1010130.jpg)

(http://img15.hostingpics.net/pics/935479P1010131.jpg)

Sur la suivante on aperçoit La Bourboule dans le fond, tandis que la ville du Mont-Dore est cachée dans la vallée au centre :

(http://img15.hostingpics.net/pics/319953P1010136.jpg)

Et là le Puy de Sancy tout à gauche. C'est con, si j'avais attendu trois heures de plus là-haut, j'aurais eu une vue superbe. Qu'à cela ne tienne, on y retourne!  :lol:

(http://img15.hostingpics.net/pics/403134P1010137.jpg)

Droit devant, le lac de Guéry...

(http://img15.hostingpics.net/pics/829561P1010138.jpg)


Pendant la pause casse-croute, mon unité de calcul tourne à plein régime.

Sachant que :
- mes chaussures sont mouillées
- mon duvet est humide

Est-il envisageable de bivouaquer la nuit prochaine?
-> A priori non.

Et maintenant, sachant que :
- j'ai un point de chute plus ou moins sûr à Orcival
- j'ai déjà fait une randonnée dans ce coin-là il y a 3ans au mois de juillet, je me souviens avoir bivouaqué vers Orcival un soir et vers Bord-les-Orgues le soir suivant
- la distance Bord-les-Orgues->Orcival équivaut sur ma carte à un peu moins de deux fois et demi la distance Puy de Sancy->Orcival  :)
- ce jour-là j'avais marché 16h à bon rythme, soit environ 70km  :o (j'étais encore jeune et fou  :trash:)
- 70/2.5=28

Quelles sont mes chances d'être hébergé à Orcival ce soir?
-> A priori 50/50, mais je décide de tenter le coup, je n'ai guère le choix.


Vers le col de la Croix Morand, je surprends quatre autres bouquetins au milieu du chemin, décidément, ça pullule par ici  :up:

(http://img15.hostingpics.net/pics/242132P1010140.jpg)


15h, d'un seul coup Magnum est hyper-motivé, il prend la tête, je presse le pas, il presse le pas pour rester devant, l'endroit semble vraiment lui plaire.

Et puis je le vois enfin, le Puy-de-Dôme, qui se détache sur l'horizon avec sa majesté habituelle.

(http://img15.hostingpics.net/pics/732671P1010143.jpg)

Mes parents habitent à peu près à égale distance de l'autre côté.

A 17h je suis au lac de Servières.

(http://img15.hostingpics.net/pics/530499P1010146.jpg)

Observation inhabituelle : des ronces en fleur le 30 novembre...  :huh:

(http://img15.hostingpics.net/pics/678584P1010147.jpg)

Après avoir galérer un peu pour trouver l'adresse exacte (j'ai encore essayé dans succès d'arrêter des voitures pour demander mon chemin), j'arrive finalement à bon port juste à la tombée de la nuit, pour prendre une douche, manger chaud et dormir dans un vrai lit  :love:
Je reste toute la journée du lendemain pour finir de faire sécher mes affaires.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: Robin C le 17 février 2012 à 09:20:32
Qu'est ce que ça fait du bien de s'évader grâce à ton récit, surtout quand on est coincé derrière un bureau..
Merci, bon vent et à bientôt j’espère!  ;)
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: Wla le 17 février 2012 à 09:51:24
Salut Thorgal,
Est-ce qu'après ta mésaventure nuit humide/brouillard, tu as pris la décision de rajouter dans ton équipement un sursac de couchage et une "vraie" lampe en plus du roman?

wla
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: Aleksi le 17 février 2012 à 11:32:22
Ralala, bravo bravo, ca fait plaisir à lire ! J'aime tes réactions, ta manière de poser les choses à plat et de prendre des décisions (quelles qu'elles soient, après ça ne regarde plus que toi). C'est à mon sens la bonne manière de faire.
Il est très amusant de constater qu'il m'étais arrivé quasiment la même mésaventure que toi à peu près au même endroit : Le puit de Dome.
Je vais pas re-décrire la météo etc, tu l'as très bien fait (j'ai pris une bonne claque et une leçon d'humilité de plus, avec cette petite montagne du massif centrale...).
Mais voilà comment j'ai tué le temps si. A un moment, mon moral était très bas. Très mal équipé et mouillé jusqu'aux os, je savais que ma nuit allait être un calvaire. Je me pose sous mon poncho rapidos pour m'habriter et me laisser le temps de broyer du noir dans ce mauvais temps avec ma solitude. Bref, nul, et au bout d'un moment je me suis "regardé de l'extérieur" et je me suis trouvé ridicule. A quoi bon ce plaindre car c'est moi qui ai choisi d'être ici ? "Never complain...".
Et je me suis occupé pendant 3 bonnes heures en mettant en oeuvre beaucoup de choses que je connais pour passer une nuit au chaud.
Je me suis redescendu et me suis planqué dans des bois plus bas, ai fais un super abris "lean to" avec en face réflecteur et un méga feu parallèle. Ensuite je me suis amusé à faire plein de petits trucs de la nature, puis cueillettte, puis etc, et très rapidemment il était l'heure de rédiger mon journal et dodo  ;). Malgré mon sac de couchage nul et humide, mais synthétique, j'ai passé une excellente nuit et avec le sourire de la satisfaction !

En tout cas tes photos me font total rêver, merci ! Et bonne continuation.
Titre: Re : Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 17 février 2012 à 12:58:21
Salut Thorgal,
Est-ce qu'après ta mésaventure nuit humide/brouillard, tu as pris la décision de rajouter dans ton équipement un sursac de couchage et une "vraie" lampe en plus du roman?

wla

Un sursac oui, je pensais pouvoir m'en passer tant que le traitement déperlant de mon duvet restait efficace, mais après cet expérience effectivement je vais revoir ma copie. Je pencherais pour le X-bivy qui n'est pas disponible pour l'instant.

Par contre je n'envisage pas de prendre une "vraie" lampe, je ne pense pas que ça aurait été d'une grande aide dans un brouillard pareil, et pour le reste j'ai l'habitude de faire sans, une fois mes yeux habitués à l'obscurité je suis bien plus à l'aise qu'avec une lampe, qui supprime la vision périphérique. Une petite LED d'appoint me suffit amplement pour lire ma carte et les panneaux.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: raphael le 17 février 2012 à 13:11:31
merci pour ces récits  :up:. Cela me rappelle le séjour que j'avais fait dans le coin au mois d'avril. C'est impressionnant comment on peut se retrouver au milieu de nulle part sans croiser âme qui vive dans ce coin de France.

Comment fais tu pour relater tes journées abec tant de détails ?

tu prends des notes le soir ?
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 17 février 2012 à 15:12:04
merci pour ces récits  :up:. Cela me rappelle le séjour que j'avais fait dans le coin au mois d'avril. C'est impressionnant comment on peut se retrouver au milieu de nulle part sans croiser âme qui vive dans ce coin de France.

Comment fais tu pour relater tes journées abec tant de détails ?

tu prends des notes le soir ?

Merci de prendre le temps de me lire.  :up:

Je prends plus ou moins de notes selon mon humeur, mais sur ce trajet je n'en avais pas pris du tout, la flemme.

Avant de me mettre au récit je commence toujours par essayer de retrouver le chemin que j'ai emprunté en utilisant editgpx, et là en général rien qu'en regardant la carte tous les détails reviennent, je visualise très bien le truc, je me souviens que je me suis arrêté à tel endroit, et il s'y est passé tel événement. Je me sers aussi de mes photos, j'essaie de toutes les resituer sur la carte. Et puis j'ai bonne mémoire, ça aide.  8)

Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 20 février 2012 à 23:38:24
Bon, il ne manque plus grand chose pour arriver au bout.

Jour 17 :

Je repars d'Orcival avec du fromage et du saucisson, mais pas de pain (le boulangerie était fermée).

Je sais ce que vous pensez : revenir aux sandwiches Saint-Nectaire - sauciflard après les soupes de consoude et autres brochettes de grillons des précédents épisodes, ça ressemble un peu à un régression brutale. Rassurez-vous, c'est temporaire, je l'ai déjà dit mais je le répète, j'étais pas vraiment dans une optique survie cette fois-ci, par rapport à la longueur des journées, je préfères passer 2 heures de plus à marcher que 2h à faire bouillir des glands ou décortiquer des faînes. Et il s'est avéré que ce choix était judicieux car le mauvais temps qui s'est installé pendant mes deux derniers jours de marche a duré ensuite plus d'une semaine. Le temps gagné en mangeant des sandwiches m'a donc évité quelques jours de galère, en particulier un épisode neige en montagne.

Et pour ceux qui se demandent pourquoi je mange aussi peu équilibré, et bien tout simplement parce qu'en Auvergne, du moins à ce que j'en ai vu, il est bien plus facile de trouver une boucherie/fromagerie qu'un marchand de fruits et légumes ou une épicerie.

C'était donc le cas à Orcival où je n'ai pu trouver que du fromage et du saucisson. Ce matin-là, je remets donc le cap sur le Puy-de-Dôme, mais en espérant croiser une boulangerie d'ici là.

(http://img15.hostingpics.net/pics/255940P1010149.jpg)

Il ne me reste que deux villages à traverser avant de me retrouver au cœur de la Chaine des Puys. A l'entrée du premier village, il y a un troupeau inhabituel...

(http://img15.hostingpics.net/pics/678971P1010150.jpg)

Pas de boulangerie, mais une auberge, je m'arrête pour demander si par hasard ils ne vendraient pas du pain. Ils n'en vendent pas vraiment mais l'aubergiste m'échange gracieusement une demi-baguette contre un petit cliché de moi et Magnum...

Une demi-baguette industrielle, c'est pas grand chose, mais c'est toujours mieux que rien si je ne trouve pas de pain ailleurs.

Pas de boulangerie au deuxième village, il faudra donc me contenter d'un quignon de pain pour mes deux derniers jours.

Lorsque j'arrive au pied du Puy-de-Dôme, vers 15h, le temps hésite en la pluie et la neige, des nuages bas défilent, je décide sans hésiter de faire le tour de la montagne que j'ai déjà gravie plusieurs fois par beau temps ; d'autant plus que le sentier Nord est fermé pour cause d'érosion, et il me faudrait donc de toute façon redescendre par le Sud et faire le tour.
J'apprends au passage par un panneau géant qu'un grand projet de train à crémaillère est prévu pour gérer l'afflux de visiteur : le Puy-de-Dôme est le premier site naturel d'Europe par sa fréquentation, ce qui est compréhensible car le panorama est tout simplement extraordinaire, mais c'est aussi très problématique dans un milieu aussi sensible.

Je suis donc de retour en terrain connu, je retrouve mes bien-aimés taillis de noisetier autour du Grand Suchet :

(http://img15.hostingpics.net/pics/221379P1010152.jpg)

Il y a de véritables tapis de noisettes cette année, de quoi en manger pendant des semaines, mais je ne m'accorde qu'une courte pause pour me remplir les poches.

J'oublie toujours à quel point les forêts de la Chaîne des Puys sont belles. Des essences variées, des sentiers de pouzzolane bordés d'herbe verte, c'est à se demander pourquoi je m'embête à partir toujours si loin alors que ces forêts parmi les plus enchanteresses que je connaisse sont à moins de 30km de chez moi!

(http://img15.hostingpics.net/pics/184155P1010156.jpg)

A partir de là je laisse tomber le GR, je connais les sentiers par cœur jusque chez mes parents, c'est quand même vachement agréable de pouvoir rêvasser sans avoir à se secouer toutes les 5 minutes pour chercher les balises sur les arbres.

Il pleut toujours et je commence à vraiment apprécier l'ajout d'un parapluie à mon matos, mon imperméable est encore presque sec.

Cette fois je n'hésite pas à pousser jusqu'à la nuit noire, car je connais déjà les bons coins pour bivouaquer.


Jour 18 :

Pas de problèmes d'humidité cette fois-ci, je suis bien sec malgré la bruine qui est tombée toute la nuit, avec du vent par intermittence.

Après un petit dèj fromage-saucisson-noisettes (plus de pain  :bheurk:), je continue à marcher plein Nord dans la forêt et j'arrive au-dessus de Volvic vers 10h.

(http://img15.hostingpics.net/pics/530500P1010157.jpg)

Je contourne Riom par des chemins agricoles que j'ai pris cent fois en vélo quand j'étais au lycée.
Je ne suis pas particulièrement heureux de retrouver cette hideuse plaine agricole que j'ai tant maudit du temps où j'y étais coincé toute l'année, mais passons, j'arrive sans encombre chez mes parents à 15h précises.

Nous sommes le samedi 3 décembre 2011, cela fait précisément 20 jours et 6h que je suis parti de la bergerie dans le Gard, mais j'ai vu tellement de choses que j'ai vraiment l'impression d'avoir marché plusieurs mois!

THE END  :)
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: Wla le 20 février 2012 à 23:59:14
Respect
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 21 février 2012 à 00:14:00
Ca y est, je suis enfin à jour dans mes récits  8), et je vous préviens tout de suite, il n'y en aura pas d'autre avant un sacré bout de temps.

Mon prochain départ avec Magnum est prévu pour l'automne 2012, pour une durée indéterminée, j’envisage pour l'instant de partir du Gard en suivant l'E7 en direction de la Roumanie (France->Italie->Slovénie->Hongrie->), mais rien n'est encore bien défini.

Pour cette fois et comme il s'agirait réellement de long terme, ce qui va impliquer pour moi, je pense, un réel problème de gestion de la solitude, j'aimerais beaucoup partir avec un(e) coéquipiEr(e) motivé(e), n'hésitez pas à me contacter par mail ou MP si vous êtes intéressés.

Voilà c'est tout, merci à tous ceux et toutes celles qui m'ont suivi au cours de ces récits.  :)

Maintenant si vous avez des remarques ou questions, ne vous gênez pas!
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: floproteus le 21 février 2012 à 01:35:52
Salut Thorgaal !

Encore bravo et merci pour ce récit, c'était toujours un réel plaisir de voir que tu avais fais une mise à jour ! :love:

En ce moment je suis à fond sur les ours car je pars en Slovénie d'ici un mois et un truc viens de me sauter aux yeux :

Citer
(France->Italie->Slovénie->Hongrie->)

Ca serait pas un peu dangereux pour Magnum les pays de l'Est ? En Slovénie, on trouve quand même des ours bruns, des loups et des lynx... C'est à propos de ces derniers que l'idée d'une ballade en forêt avec un kebab gratuit (désolé Magnum ;#) me laisse perplexe...

Au fait, on est voisin, je suis à Clermont-Fd :) ! Bienvenue au pays  :)!
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: oliv0808 le 21 février 2012 à 11:05:22
c'est marrant la dernière fois que j'ai vu ce paysage
(http://img15.hostingpics.net/pics/530500P1010157.jpg)
y avait pas de mouton de l'espace dessus  ;#
 sinon merci pour ces récits  ;) :up: :up:
Titre: Re : Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 21 février 2012 à 13:07:10
Ca serait pas un peu dangereux pour Magnum les pays de l'Est ? En Slovénie, on trouve quand même des ours bruns, des loups et des lynx... C'est à propos de ces derniers que l'idée d'une ballade en forêt avec un kebab gratuit (désolé Magnum ;#) me laisse perplexe...

A partir du moment où il est toujours avec moi, je ne pense pas à priori qu'il y ait plus de risques avec les ours et les loups en Slovénie qu'avec les chiens errants en France, non?
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: philippe12 le 21 février 2012 à 13:22:46
Bonjour a toutes et a tous

merci Thorgaal  :doubleup:

pourquoi partir ..à l'automne ? pour le passage des alpes ? apres le 15 aout y a des coins qui peuvent devenir chaud  :-[

bonne préparation

cordialement
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: floproteus le 21 février 2012 à 15:18:04
Citer
A partir du moment où il est toujours avec moi, je ne pense pas à priori qu'il y ait plus de risques avec les ours et les loups en Slovénie qu'avec les chiens errants en France, non?
C'est ce que je me suis dis aussi, je voulais juste porter ce fait à ton attention ;).
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: thorgaal le 21 février 2012 à 15:35:31

pourquoi partir ..à l'automne ? pour le passage des alpes ? apres le 15 aout y a des coins qui peuvent devenir chaud  :-[


Je bosse en estive à Vallorcine jusqu'au 15 octobre, donc je ne peux pas partir avant. Après, en fonction de l'arrière-saison qu'on aura, si c'est trop tard pour traverser les Alpes je ferais du wwoofing en Provence jusqu'au printemps, je ne suis pas pressé.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: Ghaudik le 21 février 2012 à 21:49:12
Bonjour Thorgaal.

Vraiment merci pour ce voyage assis que tu m'as permis de faire.  :akhbar:
Ton récit m'a convaincu d'aller faire un tour dans le Forez aux beaux jours.

Encore bravo et merci pour ce récit, c'était toujours un réel plaisir de voir que tu avais fais une mise à jour ! :love:
Alors j'étais pas tout seul à attendre chaque fois avec impatience la suite du récit!  :D

Au plaisir de te relire, même si cela doit se faire dans plusieurs mois.

Amicalement,

Ghaudik.
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: anipatchen le 12 mars 2013 à 18:33:45
Bonjour,
j'anime un petit forum sur les moutons dits d'agrément et en faisant des recherche gogol pour trouver une illustration d'onglons de moutons (que je n'ai pas trouvée) il s'est trouvé sur la page un lien conduisant à ton récit de voyage avec des moutons . J'ai commencé par les photos puis à lire ça et là et finalement j'ai tout lu :D.
En plus de mon interêt pour les moutons et leur aventure à eux aussi j'ai été passionnée par ton expérience. Bravo vraiment !
Je me suis permis de mettre le lien sur mon petit forum dans un sujet qui t'est consacré du coup...Visiblement tu as déjà d'autres fans et Magnum n'en parlons pas !!!!.
Voilà c'était juste un mot pour que tu saches . :)
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: VieuxMora le 12 mars 2013 à 19:01:43
Bonjour et bienvenue anipatchen.
Ton forum est très sympa  :up:
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: camoléon le 12 mars 2013 à 22:05:27
Salut,

Je viens de me refaire tout le fil.
Chapeau, respect à vous et aux moutons, :love: et merci pour le partage et pour nous avoir fait autant rêver!

 :up:
Titre: Re : [Récit de voyage au long cours] Voyager avec des moutons
Posté par: Buffalo le 13 mars 2013 à 14:43:25
Salut valeureux marcheur
Etant actuellement cloué à la maison suite à une double fracture du bassin j'ai enfin pu m'évader en dévorant ton récit de voyage avec un compagnon atypique, toute mes félicitations pour tes retours sensibles et on voit que tu aimes ton bélier de bât, encore merci et j'espére te lire bientôt dans de nouvelles aventures