Retex à chaud
8 décembre
10h départ de Karlobag (Croatie)
Il a plus toute la nuit mais le temps est maintenant sec. On a à peine fait 400 m que la pluie se met à retomber. Au début c'est une petite pluie légère, on s'arrête sous un grand pin qui nous abrite le temps d'enfiler nos habits de pluie. On repart, la pluie s'intensifie légèrement. Je trouve même que c'est agréable de rouler sous la pluie quand elle est légère. Tout vas bien on est encore sec et il pleut pas trop fort.

Quelques kilomètres plus tard, le vent commence à souffler. Un forte rafale puis plus rien. Puis encore une autre. C'est la Bora, ce vent violent dont les croates nous ont déjà beaucoup parlé...
Ce vent vient des montagnes et déferle vers la mer avec violence. Des rafales ont déjà été enregistrées à plus de 250 km/h.

Mais pour l'instant pas de quoi m'inquiéter.

La côte croate est en dent de scie. Chaque fois que nous nous dirigeons vers l'intérieur le vent souffle de face et chaque fois qu'on se dirige vers la mer on a le vent dans le dos.
A partir du kilomètres 5 le vent commence à être très violent, et il semble être amplifié par la forme du relief. Les cordes qui tombent maintenant n'arrange rien. On decide de s'arrêter au prochain abris. Quelques kilomètres plus loin (km 9) le premier «abris» est en vue. Il s'agit d'un tunnel. On s'y abrite quelques instants pour ajuster nos tenues de pluie et essorer nos gants de vélo. On décide de poursuivre malgré la météo. Le tunnel n'est pas idéal pour s'abriter. Certes on est à l'abris de la pluie mais un fort courant d'air froid le traverse, et les voitures qui traversent à pleine vitesse ne rendent pas cet endroit très sûr.

À l'extérieur c'est maintenant la tempête. Le vent souffle très très fort. Je dirais facilement plus de 100 km/h. Il devient urgent de trouver un bon abris. Le long de la route, des bâtiments se suivent mais malheureusement ils sont tous fermés. Puis nous arrivons dans un long tronçon dans l'axe du vent. La force du vent est phénoménale. J'entends ma copine crier d'effroi plusieurs fois. La puissance des éléments semble la terrorisé. Je suis obligé de mettre pied à terre. Le vent m'a stoppé net. Je pousse mon vélo de toutes mes forces. Le compteur indique 2km/h. Les éléments déchaînés sont terrifiants mais étrangement je suis calme voir même de bonne humeur. Quelque fois je me surprend à fredonner une chanson. Soudain sur la gauche une ruine apparaît. Le porche semble fournir un abris de fortune. Je m'y précipite tête baissée en suivant la ligne blache de la route pour m'orienter. Il est actuellement impossible de rester droit face au vent. La pluie est tellement forte que j'ai l'impression que c'est des grêlons qui s'abattent sur moi.

J'inspecte rapidement la ruine et je décide qu'on va s'arrêter un moment pour souffler. Je cours aider ma copine qui lutte avec son vélo. On s'abrite sous le porche qui est sur la face opposé au vent. Il y a une porte fermée, je frappe plusieurs fois, pas de réponse. Cette maison est abandonnée depuis longtemps. On a froid, toute nos couches sont trempées. Je décide d'essayer de forcer la porte avec les bouts de métal qui traînent devant mais pas moyen. Le porche nous abrite bien mais ce n'est pas suffisant pour bivouaquer. D'un violent coup de pied, je défonce la porte.

On rentre à l'intérieur et on inspecte les lieux. Les propriétaires semblent avoir déserté les lieux depuis longtemps. Une épaisseur couche de poussière recouvre le plancher. Le bâtiments est en très mauvais état. Des pans de plafonds menacent de s'effondrer et le vent semble souffler à travers les murs. Trop risqué de dormir ici surtout avec un vent pareil à l'extérieur. J'ai défoncé la porte pour rien... j'essaie de la refermer tant bien que mal.

Il nous faut trouver un autre abris. Le village est encore à 4 kilomètres. On décide d'essayer de le rejoindre. Nos gants sont trempés, et on a froid aux mains. On décide d'essayer de rouler sans. Mauvaise idée, très mauvaise idée en moins de deux nos mains sont gelées. Le vent souffle à présent à plus de 150 km/h. On remet nos gants puis on enfile des sachets de congélation. La différence est instantané. Nos mains commence à reprendre de la chaleur.

Plusieurs fois je me retrouve plaqué à la glissière de sécurité par une rafale. À ce moment précis ma copine me dira ceci :«Puta!n on va mourir dans ce puta!n de pays de m*.
En plus il y a personne qui nous aide c'est horrible.»

Je la console comme je peux, je lui dit que tout vas bien aller qu'il reste plus beaucoup de distance jusqu'au village, qu'il faut qu'on bouge car on est en plein dans un couloir où le vent est extrêmement puissant.
Puis vient la descente, les vélos freinent à peine à cause de l'eau qui sature les jantes. Ma copine freine avec ses pieds. Le vent me fait avancer à 25 km/h sans que je touche les pédales. Finalement nous arrivons au village... pas de bol c'est un maudit village fantôme... personne ne semble vivre ici à cette période de l'année. Je trouve quand même une sorte de garage où l'on s'abrite pour manger et enfiler des habits chaud et sec. Il est 13:30 nous avons parcouru 16 kilomètres seulement depuis notre départ. Malgré ça je tremble encore de froid. Il nous faudra encore plusieurs heures pour nous sentir à nouveau confortable.
Aujourd'hui j'ai réalisé à quel point les éléments pouvait être violent. J'ai senti aussi au fond de moi cet animal sauvage qui nous fait survivre quand c'est vraiment la M... Je suis fier d'avoir réussi à rester positif pendant toute la journée et de n'avoir jamais désespéré.
Désolé pour le pavé...

A plus
Jolan