Le garrot n'est pas un geste anodin, il peut être pratiqué mais si ses indications sont respectées ( lésion non compressible comme un arrachement de membre, hémorragie résistant à des compressifs bien menés ).
Prise en charge par une équipe SMUR et hôpital en moins de 6H (temps pour lequel le membre est nécrosé et irrécupérable) je n'y vois pas d'inconvénient.
Et bien moins que ça pour les lésions nerveuses. A partir de 2h d'ischémie les lésions nerveuses, parfois temporaire, mais parfois non, sont fréquentes, et augmentent en fréquence avec la durée de pose. Quelqu'un qui s'est fait poser 3h un garrot en montagne pour une mauvaise raison et qui se retrouve avec un déficit neurologique définitif du membre atteint, ne manquera pas de porter l'affaire en justice, et gagnera probablement son procès.
Un secouriste est légalement condamnable du moment que le moyen employé pour porter secours est disproportionné par rapport à la situation. Respectez donc les indications et ne mettez pas en place un garrot parce que vous en avez un dans la poche, sans avoir essayé un compressif bien mené sur une plaie classique.
Une artère qui saigne, c'est en jet..à partir de 750cl, le corps entre en choc hypovolémique, avec tout le bordel qui suit (conscience diminuée, froid, pouls rapide)..A vous de voir, car la compression directe sur la plaie, je serai curieux de savoir combien de temps on peut pousser dessus et forcer.
Le choc hémorragique survient pour une perte aux alentours de 35-40% de la masse sanguine totale d'un individu, c'est donc très peu chez un enfant, et beaucoup beaucoup plus chez un grand costaud, il n'y a pas de quantité fixe à partir de laquelle tout le monde passe en choc.
Une compression manuelle directe bien menée peut être maintenue longtemps, et en se relayant à deux ou plus, encore plus longtemps, surtout vu le délai d'arrivée des secours en France qui est généralement restreint.
Il n'y a pas de différence à faire entre veineux et artériel dans cette situation. Une veine centrale touchée sur une plaie béante très délabrante qui déverse un flot de sang, même non pulsatile, et qui ne s'interrompt pas sous des compressifs bien menés, sera sanctionné d'un garrot comme une plaie artérielle.
Pour la question sur la fémorale: Tout dépend de la portion touchée, suffisamment distale elle est garrotable, trop proximale dans le creux de l'aine, il n'y a qu'une pression directe très vigoureuse ( idéalement des compresses / un linge qu'on appuie avec le poing de toutes ses forces ), et en cas d'équipe médicale équipée, un bourrage à la combat gauze de type Quikclot.
La pince Kocher: Vraiment à déconseiller, une artère ( ou un paquet tissulaire comprenant l'artère ) clampée avec une Kocher, pour peu qu'elle le soit réellement et correctement ce qui est particulièrement difficile pour une personne sans connaissance en anatomie, qui va devoir le plus souvent se frayer un chemin dans la plaie entre muscles et autres structures pour trouver le vaisseau à l'origine et essayer de le clamper, cause très rapidement des dégâts importants sur les tissus fragiles du fait de sa force de fermeture.
Même en milieu spécialisé ce n'est jamais réalisé, et ne figure dans aucune recommandation pour les raisons sus-dites. C'est un outil de chirurgien qui doit rester au chirurgien.
Il m'est arrivé de le faire, sur des occasions se comptant sur les doigts de la main, et uniquement au bloc opératoire en présence d'un chirurgien en train de s'habiller derrière moi et près à prendre la suite immédiatement, jamais sur le terrain pour interrompre un saignement pour une durée indéterminée.
Pour ce faire, le secouriste comme le médecin spécialisé a déjà toutes les armes nécessaires et suffisantes ( compressifs, garrots, et pour le médecin spécialisé les combat gauze ).
En pratique en imaginant un profane l'essayer sur une hémorragie, j'imagine assez bien dans la plupart des cas un échec d'hémostase plus ou moins doublé de dégâts inutile sur des structures fines ( nerfs, tissus fragiles, autre ), pour une lésion qui part ailleurs aurait pu être contrôlée par les moyens classiques vu au dessus.
Pour illustrer ce post deux situations d'hémorragie massive:- Embuscade d'Uzbin 2008, Afghanistan: un marsouin ayant reçu une balle dans le bras occasionnant une plaie très hémorragique a mis en place son SOFT Tourniquet et a continué le combat, il a ensuite été évacué sur le nid de blessé puis le centre chirurgical, son garrot a été retiré 3h après la pose, lui a clairement sauvé la vie, et a laissé un déficit neurologique persistant, qui heureusement a complètement régressé en 3 mois ( ce qui n'est pas toujours le cas ).
- Premier jour de l'opération Serval 2013, Mali: le lieutenant Damien Boiteux est blessé par balle à la fémorale à travers la carlingue de sa gazelle, non garrotable à priori, sa position empêche toute manœuvre d'hémostase efficace, il parvient à rejoindre la base, pose l'appareil dans un état de choc hémorragique avancée, et décède hélas de ses blessures à la descente de l'appareil une fois arrivé sur le tarmac.
( Rappel: la pose de garrot en contexte tactique est plus systématique qu'en milieu civil pour des raison abordées sur un précédent post )