Nous poursuivons et rencontrons ici et là les vestiges du chemin de fer, ruines de maisons des ouvriers d'entretien, remblais, déblais. Le parcours en train devait être plaisant en ce temps là.
Nous traversons la rivière sur un pont de granit, en cela nous changeons de région et de département. La Corrèze pour le Puy de dôme.
La pluie ne cesse de tomber, nous faisons une halte non loin d'un tunnel, les lieux sont abondamment recouverts de mousse et de fougères. Nous échangeons du saucisson, du quatre quart maison, de la coppa, et autres fromages de nos régions. Le réchaud à bois de
Jérôme chauffe et bientôt nous avalons un thé.
Quelques sacs à dos sont mal ajustés, les bretelles font déjà mal. Nous les réglons en faisant bien reposer la charge sur les hanches et en serrant la ceinture très fort.
La pluie a commencé à percer les ponchos de PVC sur lesquels les sacs ont été enfilés.
Nous continuons la progression et entrevoyons des ossements d'un imposant mammifère. La viande a disparue ainsi que les poils. Les feuilles en dessous ont été noircies, sans doute par le sang de la bête. Un peu plus loin un crâne nous indique qu'il s'agit probablement d'un cerf. Nous accrochons le crâne au milieu du chemin histoire donner à ces lieux encore plus de mystère.
Plusieurs tunnels se succèdent, des pancartes "défense d'entrer" avertissent des dangers d'éboulements. Les contournements longent le torrent et sont plaisants. Comme les bois sont humides à cœur nous ramassons du bois sec dans le dernier tunnel.
Nous approchons du camp, bientôt l'embouchure du Chavanon dans la Dordogne, sur la carte le lieu paraît séduisant. La réalité est autre, un barrage en travers et deux tunnels détournent le courant. Un site qui ressemble plus à un chantier d’autoroute qu'un lieu sauvage. Nous revenons sur nos pas vers un endroit plus proche de nos attendus.
Une accalmie de pluie nous permet de tendre les tarps. Nous suivons la même technique que la veille. Cependant nous ne voyons pas que nous sommes moins abrité que la nuit précédente. Un peu plus de vent et plus proche de la rivière.

La pluie tombe moins à la verticale et demanderait à ce que nous abritions mieux nos emplacements. De plus les parties moins recouvertes sont la tête qui offre prise aux éléments. Certains le comprendront en milieu de nuit.
Nous allumons le feu rapidement et commençons à sécher les vêtements. Conversations d'atour du feu : les nanas (il n'y en a pas cette fois ci), pas le boulot, la marche sous la pluie. Commentaire de
Fred "là c'est très roots ce que vois faites. Je ne savais pas qu'il existait des fondus pour ça". Est ce un compliment de sa part?
Le feu sèche tout et le danger est même de ne pas fondre les gants et les semelles de chaussures. Tous ont suivi le conseil de prendre des chaussures à membrane et tous ont les pieds à peu près secs? Sauf lorsque l'eau a coulé par le pantalon et entré par le haut. Les guêtres ont bien fonctionné mais le pantalon en coton non traité a fait éponge.
Se confronter de cette façon aux éléments regorge de découvertes pour tous et plus encore pour les moins habitués. C'est un style de vie différent de celui que nous vivons comme citadins ou habitants des campagnes civilisées. Cette vie nécessite des savoirs faire que nous pouvons acquérir à force d'expérience, et donc difficile d'en faire le tour en trois jours de toutes façons.
Autour du feu, la chaleur engourdis un peu les esprits, c'est le moment choisi par
Jack L. pour demander à
Angeboite de nous trouver un jeu. Comme ceux qu'il proposait lorsqu'il était mono le mercredi. Nous voilà partis pour un "quart de singe", jeu pour les 6 - 8 ans. Le truc paraît simple au début, mais personne ne comprend à la première explication, un peu trop rapide sans doute. Il faut une deuxième explication pour approcher le concept. Malgré cela, certains buttent toujours sur le sens profond du jeu. Spécialement celui qui a lancé l'idée d'ailleurs. Nous renonçons à la quatrième explication et partons en fou rire général. Sont forts les 6-8ans! Tain régression générale pour les adeptes de la vie sauvage. Du coup nous partons rapidement nous coucher conscient de notre état de fatigue.
Troisième jourAu cours de la nuit ;
Jérôme rencontre rapidement des problèmes d'étanchéité.
Jérôme aime les défis, il est venu avec un superbe SDC mais sans tapis de sol et sans sursac.
Jérôme a tenté de leurrer la pluie avec un sac plastique et leurrer la condensation en faisant de gros trous dedans (merci aux conseillers du forum). Résultat
Jérôme est trempé, le double leurre n'a pas fonctionné. Bon à sa décharge
Jérôme s'est lancé dans le concept de la vie sauvage sans passer par la case camping ou randonnée et il a du s'équiper rapido, d'où quelques impasses. Je le laisse nous donner ses impressions. Quoi qu'il en soi, il s'abrite non loin du tunnel et ravive le feu vers 6h du mat.
Après il n'est pas le seul à souffrir de l'humidité,
Angeboite le rejoint à 7h content de trouver un compagnon d'infortune. Les autres sont moins touché par le fléau.
Analysant ensemble le problème des fuites, autour du petit dèj, nous arrivons à quelques causes probables.
En premier lieu nous avons monté nos tarps comme la veille en sous estimant l'effet du vent sur la pluie. Du coup nous avons manqué de surface couvrante. Pour la première fois en effet nous avons partagé un tarp pour trois. J'avoue ne pas voir vu venir le problème, à corriger donc.
En second lieu, certains d'entre nous étaient sous équipés, l'absence de sursac ne donne pas droit à l'erreur. A corriger aussi pour l'an prochain.
Enfin les deux tarp présentaient des faiblesses comme pour le D4 un manque d'attache qui aurait permis d'améliorer la couverture au sol.
Bon c'est toujours intéressant de faire ses retours d'expérience entre nous et à chaud. Sachant que de toutes façons nous opérons des compromis afin de limiter l'emport et le poids. Les sacs étaient tous en dessous de 15kg eau comprise, ce qui est raisonnable lorsque l'on fait en grande partie ses achats en surplus, chez D4, voir Emmaüs. Ou encore quand le matos date un peu : mon karrimor pèse 1,6kg et a plus de 20 ans.
Or donc, nous repartons gentiment sur notre chemin avec l'objectif d'arriver comme prévu à 12h30 au petit resto. J'allais oublier, la pluie redouble évidemment. Nous sortons des gorges en empruntant un large chemin, quand la pluie fait place à la neige.

La hêtraie devient toute blanche au fur et à mesure que nous gagnons en altitude (800m). Quelques balisages apparaissent à ce moment, nous vérifions néanmoins sur la carte afin d'éviter une galère.
Jackito distribue le gingembre confit, effectivement nous acceptons les entorses au dopage le troisième jour. Seulement le troisième jour. Ouais, en même temps
Jérôme a bien joué le
médecine man avec son vin chaud... Passons.
La flèche de l'église se laisse entrevoir entre les arbres, ça sent la civilisation. Aux voitures nous laissons quelques matériels, les premiers s'engouffrent dans le restaurant, tandis que
Jack L. et moi faisons durer le plaisir, en slip par 0°, nous changeons quelques vêtements.
Fred : "Ah! Une chaise. Ah du chauffage.
Jackito Ah! De l'eau chaude. Etc.
La patronne nous sert le pounti, ce qui n’engendre pas de protestation. Il est suivi d’un coq au vin, de fromage et d’une crème brûlée. Un côte du Rhône arrose le tout avec quelques litres de château la pompe.
Nous terminons donc sur des moments forts, ces trois jours en hiver soulignent le contraste entre la vie que nous menons quotidiennement et une autre vie, proche de celle que vivaient sans doute nos ancêtres plus confrontés aux éléments, ayant moins le temps de s'apitoyer sur leur sort, moins le temps de philosopher, dépourvus de smartphone, de fibre optique et de plein de trucs indispensables.
Pourtant nous ne regrettons pas de nous être caillés les meules!
