Bon ben...
Je vais demander au coutelier si je peux le citer, j'éditerai selon sa réponse.
9 heures le dimanche matin, je suis accueilli par le chat :

On prend la matinée autour d'un thé pour un petit cours théorique sur la forge (avec des notes que je ramène chez moi), mais aussi pour se présenter : il m'explique son parcours, me montre un peu de sa production

et je lui explique mon intérêt pour les outils coupants. Ensuite on discute du couteau afin de cerner le besoin : je voulais un utilitaire qui puisse, pourquoi pas, servir en cuisine. Comme il faut une lame assez épaisse pour le bricolage, et que j'ai déjà des couteaux pour la cuisine, exit le couteau de cuisine. On retient l'acier 100C6, ç'aurait pu être du XC75 aussi.
J'étais venu avec un dessin, ayant déjà une idée précise de ce que je voulais réaliser (le street beat donne l'échelle) :

On choisit les matériaux : un roulement à billes pour la lame, de l'acacia pour les côtes. Cet artisan travaille beaucoup avec les matériaux de récupération, pour beaucoup de raisons (qui seront évidentes pour la plupart des lecteurs de ce forum

). J'ai eu le choix entre beaucoup de bois différents, chouette !

Dans l'atelier, il y a depuis le matin un autre jeune homme qui était en stage la semaine précédente, mais qui n'a pas fini ! Son projet est ambitieux : deux lames non coupantes pour l'escrime artistique qu'il pratique, sur soie, avec garde et pommeau, il n'a pas choisi le plus simple. Il lui faudra d'ailleurs revenir une troisième journée pour les finitions...bref, on ne compte pas le temps, on va au bout du projet quoi qu'il en soit, pas de souci de ce côté-là

On a le temps de déjeuner avant d'attaquer le travail manuel, en discutant gastronomie, je lui apprends quelques trucs sur la cuisine vietnamienne et il me raconte ses voyages...le courant passe bien.
On se met au boulot : pour commencer, soudure à l'arc sur un fer à béton pour éviter de mettre les mains dans la forge (attention aux yeux)

La forge : une bombonne de gaz ouvert avec matériau réfractaire dedans, et un chalumeau pour la flamme. On est loin de la forge à charbon...c'est une forge temporaire, l'habituelle est en prêt. On chauffe...


...et on tape ! Je regarde comment faire puis je fais moi-même. Le geste vient petit à petit. Il m'explique au fur et à mesure où l'on va : d'abord, aplatir pour supprimer le relief (là où se logeaient les billes), puis étirer jusqu'à l'épaisseur voulue : un marteau-pilon est disponible, mais on n'en a pas eu besoin. On vérifie régulièrement la forme générale par rapport au dessin, j'ai brûlé le premier en approchant trop la lame...
Pour réaliser la pointe, il faut en fait couper en tanto inversé car en martelant le tranchant, la pointe remonte.

Quand on y est, la lame est placée à refroidir dans un bac de sable. J'ai alors le temps de faire les plaquettes (j(ai tout fait moi-même comme un grand

). Je mets en forme la lame pour correspondre au dessin :

Ensuite, trempe sélective à l'huile tiède, plus fluide que l'huile froide et donc plus endothermique, puis recuit au four. On dîne...il fait froid et le thé servi toute la journée aide bien. Il fait nuit quand je finis les plaquettes. L'émouture de la lame est la seule opération que je n'ai pas réalisée : on gagne du temps, d'autant plus que c'est une opération délicate.
Avant de partir (à minuit...je me fais engueuler en rentrant), il ne reste qu'à monter les plaquettes, ce que je fais chez moi. Je retourne sur place le dimanche suivant pour riveter, pas de souci, ça me prend une bonne heure quand même pour fabriquer les outils, mater, et finir les finitions. Un coup de polissage à la cire pour le manche, et je suis amoureux

En conclusion, ce fut une expérience très enrichissante, vous vous en doutez, j'ai pu poser toutes les questions que je voulais et les réponses furent très claires, le coutelier n'a pas ménagé son temps, que du bonheur ! Qui sait, un pliant pour l'étape suivante ?