SamediLe jour est levé, 8h. Il faut sortir du sac. J’enfile ma doudoune (bergaus) puis mes chaussures puis j’ajuste le bas de pantalon qui se fixe aux lacets. Les guêtres (coton VC) sont gelées et je mets un temps avant que tout soit en place. Je plie le matelas. L s’est levé et est content d’être là, il le dit bien fort. Le paysage est magnifique. La neige givrée se colle aux branches et scintille au soleil.

Je sors, le vent est toujours là. Par contre en sous bois leur tarp est à l’abri. Le BB nous réchauffe de quoi boire chacun une tasse. C’est déjà ça. Je pense à Demaison coincé sur sa paroi de face nord en plein hiver.
Le grand confort aurait été le réchaud à gaz, mais cela aurait été trop facile pour une simple sortie de trois jours (en fait une nuit, un jour plein et une matinée). Echange de pain d’épices.
Pliage du camp, chargement du sac et en avant plein Est. Il faut traverser ce sommet plateau recouvert de 50cm de neige par endroit.

L ouvre avec ses raquettes puis J derrière avec sa luge. De temps en temps le soleil apparaît et là c’est encore plus beau. Les sommets du massif central sont néanmoins bouchés, dommage.
Nous descendons du sommet et là illusion. J s’assoie sur sa luge et descend la pente, nous l’envions un instant. Comme nous passons non loin du village il est encore temps de renoncer à la luge. J ne renonce pas à sa luge. Erreur.
Le chemin continue à descendre la neige est un peu tassée et donc l’objet se tient à peu près.
Mais
la progression réelle est bien plus lente que prévue, il faut écourter un peu et prévoir un autre lieu de campement pour la nuit. Le vent nous souffle à la figure de la neige fine.
Nous traversons un hameau en granit rose. Une habitante nous voit passer et nous échangeons quelques mots. Elle s’affaire à sa cheminée, elle à la moitié du visage tartiné de suie!
La luge tombe souvent, L trouve le truc de pousser derrière avec ses deux bâtons.
Je me concentre sur l’orientation. Je vais en reconnaissance car toute trace de chemin est effacée par la neige. Je fais un point gps. Je pensais avoir été plus vite mais non. L’équipe me rejoint et nous arrivons à la tourbière du longeiroux. En 2008 il y a eu le roncier, en 2013 ce sera la tourbière. Un chemin la traverse, nous l’empruntons sur sa première moitié et passons le pont sur la vézère qui n’est qu’un ruisseau ici. Puis le chemin disparaît. Nous prenons un cap et tout droit.
Galère de galère. L qui ouvre tombe plusieurs fois, je pense qu’il plaisante. Non, il s’enfonce bien jusqu’aux cuisses. Et nous y passons tous. La luge est maudite plusieurs fois. Ces 500 m n’en finissent pas. Epuisante fin d’après-midi. Nous avons en vue une hauteur qui marque la fin de l’épreuve de la journée.
L’heure tourne, nous qui voulions arriver de bonne heure pour chercher du bois sec ! Enfin c’est la libération, nous sortons de l’enfer. Ta mère la luge. Cris de joie.
Nous repérons un endroit pour le camp sous un grand conifère et entouré de feuillus. Les toiles sont tendues. Le tipi, je le suspends à une cordelette lancée autour d’une branche haute.
Et puis les mêmes corvées qu’hier.
L lance :
- vous pensez au boulot ?
- Euh, non !
- c’est bien ce qui me plait ici. Dit-il la machette à la main en train de débiter son bois.
J a trouvé un bon paquet de résine. Je l’ajoute à du feuillu réduit en fine brindilles plus de petites baguettes, deux allumettes. Et c’est parti. Course à fendre du petit bois. Il faut se caler sur le type de bois, la longueur et sec ou pas. On y arrive : deux heures de travail pour avoir un feu qui brûle les chaussures et les bas de pantalon à 1 mètre. Maintenant le feu accepte tout même du sapin gorgé d’eau.
On fait fondre la neige pour le thé, le bouillon et la soupe chinoise. On mange. Sauf J qui est rincé d’avoir tiré sa luge. Curieusement le vin reste là, bouché. Du vin de Corrèze pourtant (!). Nous sommes bien un peu déshydratés et sans se concerter chacun pense que boire ce vin va aggraver les choses. La corvée de faire fondre la neige est fastidieuse. Nous avons deux gamelles dont une petite et une moyenne d’un demi litre qui une fois remplie de neige va donner généreusement une tasse d’eau.
Et puis on va se coucher plus tôt.
La neige tombe encore, elle nous éteindra le feu.