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Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: Un Poulet dans la jungle  (Lu 37463 fois)

06 janvier 2012 à 11:42:52
Réponse #75

merydine


euh ...

J'ose ... comme on est tous accros et que personne lève la main  :love:

On attends (un peu beaucoup) la suite    ;#

06 janvier 2012 à 12:13:56
Réponse #76

guarocaliente


euh ...

J'ose ... comme on est tous accros et que personne lève la main  :love:

On attends (un peu beaucoup) la suite    ;#


Après 3 semaines d'AM, j'ai repris le boulot lundi. Donc beaucoup moins dispo.

Alors ça va venir, mais au compte goutte. J'ai pas que ça à f...  ;)
Ici et Maintenant.

06 janvier 2012 à 12:41:09
Réponse #77

merydine



06 janvier 2012 à 21:56:36
Réponse #78

guarocaliente


Mercredi 17 août 17h58


Le meilleur moment de la journée !

Les grillons, la nuit qui tombe, à poil sur mon def 4, sec, repus.

Ce matin, nous sommes partis vers 8h20 vers le rio Verde qui est plus bas. Plus loin que prévu.

On y descendra pas tous les jours. (on y descendra plus, assez d'eau de pluie) (P'lèt vient de me remercier pour la première fois pour ce voyage. Ça fait plaisir. Le confort retrouvé provisoirement pendant cette fin de journée à du jouer un peu)

On y arrive vers 9h. Lavage des gamelles, remplissage des nalgènes, des gourdes et de la vache à eau-bouée de sauvetage.

La remontée a pris une heure. On est crevé et affamé. Avant qu'il ne pleuve, je veux améliorer le confort du campement. J'organise une séance de bûcheronnage.

P'lèt a réussi à se planter la pointe de sa machette dans la cuisse gauche à travers l'épais coton de son moleskine ! Rien de grave, écorchure. ( De l’intérêt de porter un pantalon aussi épais en montagne. Hyper solide.)

On attache un arbre (entre 10 et 15cm de diamètre) horizontalement entre deux gros arbres pour nous servir de banc avec des lianes. Sait pas ce que j'ai foutu de ma paracorde. P'lèt entoure son Ridge Rest (inutile à cette altitude, finira peut être sa vie comme allume feu) autour.

Je monte sur le banc et attache de la même façon un petit arbre en travers d'où je fais partir la bâche en laissant dépasser d'une trentaine de cm pour pouvoir avoir un petit toit au dessus du banc.

P'lèt s'est plaint de ses pieds, m'a demandé s'il pouvait enlever ses bottes et se mettre en tongues quand la pluie est tombé à 12h15 (pas longtemps).

La peau de ses pieds était blanche et commençait à cloquer. Plus de chaussettes sèches.

Suis allé prendre mon grand morceau de pertex (un matériau, tissu synthétique, très léger qui a la propriété d'absorber l'humidité comme une éponge et de la diffuser rapidement pour qu'elle s'évapore vite.), lui ai séché les pieds et les ai mis dans les manches de son blouson en polaire.

Quelques temps après, quelques gouttes sont tombées d'un arbre très proche du campement avec une ou deux petites branches.

Hurleurs au dessus de nous.

Lance-pierre, 3 ou 4 billes dans la poche et je retente ma chance. Entre 20 et 30 mètres dans les branches. Encore raté. P'lèt, en tongues, tire à partir du camp.

Raté aussi. Je m 'éloigne toujours un peu pour éviter qu'ils ne bombardent le campement. Le gros arbre à droite de notre banc a de très grosses racines qui forment une cavité abrité.

Pas écolo mais j'ai jugé que ça ferait un endroit bien abrité pour un feu. P'lèt et moi sommes fatigués et affamés. Et l'état de ses pieds me décide à essayer de faire du feu.

Je gratte le sol de la couche de feuilles pourries, dispose des bûches bien mortes sur le sol en tas de 50 cm de haut. Dessus, je fais mon feu. 2 Esbit et ça marche.

Avec P'lèt et nos souffles de non-fumeurs on se relaie pour l'alimenter en oxygène. Il part bien. Gros tas de bûche dessus. Très beau feu qui ne risque pas de s'éteindre.



La bâche commence à fondre alors j'enlève du bois. Royal. Feu énorme, peu de pluie. 2ème visite des singes quand on soufflait dessus. J'ai laissé P'lèt 5 minutes.

On a mis les ponchos par terre pour être face au feu. J'ai enlevé mes bottes et chaussettes pour constater que la plante de mes pieds est dans le même état.

Le feu est très chaud et l'arbre nous renvoie beaucoup de sa chaleur. J'ai fini en boxer et tongues et P'lèt en pantalon. Exceptionnel, aucun moustiques !

Alors qu'hier soir nous devions soulever la moustiquaire à chaque bouchée de pâtes froides.

Soupe de poisson pimentée pour moi, crème d'asperge pour P'lèt. Délicieux chaud.

Penne aux 4 fromages pour les deux. Ensuite thé à la menthe très sucré.

Pendant que mon quart chauffait, les p'tits cons noirs et roux sont revenus. Un a fait tomber sur mon tarp un paquet de mousse ! Aurait pu être une grosses branche !

Suis reparti en tongues et en slip à la chasse au singe autour du camp. Bille passée très prêt. Il s'en est aperçu et ils sont repartis.

Après les infu, gavés, on s'est encore partagé une penne tomate mozza. Moyen.

On a 4 types de pâtes : penne tomate mozzarella ou 4 fromages et fusilli carbonara ou bolognèse.

On peut manger les fusilli froides. S'hydratent suffisamment en une heure. Pas les penne. Du coup on garde les fusilli pour le retour et les jours sans feu.

Me reste peu d'Esbit. Les miens ont fondu pendant ma quasi noyade malgré la boite sensée être étanche (non, elle n'est pas sensée être étanche, l'ai appris depuis) et ceux de P'lèt itou. Boite mal fermée.

En faisant gaffe j'ai une bonne douzaine de feux possibles sans compter les tongues et les ridge rest. Ça ira largem.

Gavés, séchés, « débuggés » (sans insectes) le moral est excellent.

Pour la première fois depuis longtemps, les pantalons et vestes sont secs. J'ai conseillé à P'lèt de les plier et de les ranger dans les poches de son hamac pour les retrouver secs demain matin.

Le bonheur.

Avant d'aller aux hamacs, vers 17h20, nous avons mis à sécher face au feu les chaussettes et quelques fringues. Demain, corvée de bois, réparation de la bâche et on continu d'améliorer le confort.

Ai prévu une chasse de nuit bientôt. Et P'lèt a préparé des collets pendant que je préparais le feu.



Mercredi 17 juillet août :


Lever un peu tardif : on est si bien au chaud dans les sacs de couchage...

Nous nous équipons ! Pantalons, vestes, gants (1 seule paire en cuir pour moi), bottes, guêtres, chapeau et ceinturon qui comprend une machette chacun, un lance-pierre chacun et une seule trousse à pharmacie.

Alors, nous prenons les gourdes et les nalgènes, ainsi que les gamelles. Nous descendons laver et remplir tout ça au Verde, que nous atteignons après 40 min de descente et quelques 300 mètres bien abruptes.

Nous restons 20 min au fleuve pour remonter vers 9h30, avec, j'allais oublier, une « vache » à eau de 15 litres (10l). 1h pour remonter.

Nous déposons nos 23 litres (18l) de flotte sous la bâche (4 litres chacun +15l (10l)) puis nous nous empressons d'améliorer le camp, toujours le ventre vide.

Avec une machette chacun, le travail 1h pour 5 arbres abattus. Nous avons d'abord construit un banc. En fait un tronc d'une bonne dizaine de cm de ø que nous avons attaché solidement entre deux gros arbres, et ce à l'aide de lianes solides.

Un tronc très utile pour nous asseoir à 60 cm du sol. On y enroule un tapis de sol pour être plus confortablement installés.

Puis nous faisons de même avec un 2e tronc, 1m70 environ au dessus du 1er. Celui-ci va servir à attacher la bâche pour nous protéger. Il se met à pleuvoir.

Je profite d'une accalmie pour suspendre mon linge civil entre 2 arbres afin d'éviter qu'il ne pourrisse à cause de l'humidité. Soudain, je me mets à avoir mal au talon droit.

J'enlève mes bottes et mes chaussettes. Papa me fait remarquer que mes pieds pourrissent sous l'effet de l'humidité. Il faut vite les sécher ou je ne pourrais plus marcher.

Papa m'amène sa serviette pertex en nylon (non, en « pertex »), et ma polaire. J'y introduis mes pieds pour les sécher.

Pendant qu'il entrepose du bois pour le feu dans le creux d'un arbre sous la bâche, je prépare 5 collets en fil de cuivre, pour piéger des écureuils.

Soudain, du bruit. Un arbre remue fortement, des branches tombent... des singes !

Pas une seconde à perde : Papa et moi dégainons les lance-pierres, je tire une bille assis depuis le banc. Raté. Papa n'aura pas plus de chance... Alors on démarre le feu.

Il nous faudra souffler longtemps sur les braises pour qu'il prenne. Nous réussissons à faire un feu gigantesque, le plus gros des 3 feux pour l'instant. Toute la réserve de bois y passe, et nous mangeons chaud.



Soupe de pêcheur pour Pap's, et asperge pour moi. Une 4 fromages chacun, puis un thé. Nous sommes torse nu prêt du feu dont la forme creuse de l'arbre nous renvoie la chaleur.

Alors on se partage une tomate mozza par gourmandise. Il fait chaud, il n'y a aucun insecte et on mange chaud, enfin ! La chaleur du brasier a fait un trou dans la bâche.

Nous brûlons les déchets en plastique, c'est vrai que question écologie, on a vu mieux mais bon... On range tout, on met le linge à sécher au coin du feu et nous suspendons les sacs aux hamacs.

C'était une bonne journée, bien remplie, constructive et agréable. Une chasse nocturne est prévue pour les jours à venir, et il est aussi prévu de construire une table.

Dans le hamac, je regarde mes pieds, ils sont secs. En revanche, nous avons avec Papa des rhumatismes aux doigts des mains depuis 2 jours, l'humidité sans doute.
« Modifié: 08 décembre 2014 à 13:29:25 par guarocaliente »
Ici et Maintenant.

07 janvier 2012 à 12:40:10
Réponse #79

buchbass


Au vu des températures, pourquoi le choix d'un défense 4 et pas d'un tropen par exemple? (l'altitude peut être?)
Le plus dur c'est pas la chute, c'est l’atterrissage.
Pour l'instant tout va bien. Pour l'instant tout va bien...

07 janvier 2012 à 14:13:11
Réponse #80

guarocaliente


Au vu des températures, pourquoi le choix d'un défense 4 et pas d'un tropen par exemple? (l'altitude peut être?)

Oui, l'altitude.

24° à 1000 m à 17h20
14° à 1700 m à 6h

autres températures relevées lors de précédents voyages :

14° à 8h00 à 1500 m
15° à 7h20 à 1900 m
11° à 3h30 à 1900 m
8°   à 5h00 à 2200 m
4°   à 4h30 à 2600 m

Comme on passe environ la moitié du temps dans le hamac, il faut y être le plus confortablement installé possible pour récupérer de la fatigue de la journée.

Donc pas de compromis sur la qualité du hamac, du tarp et sur la chaleur du sac de couchage.

Le Tropen de Carinthia serait très bien en basse altitude et le Defense 6 en haut des montagne.

Le soucis c'est que c'est une expé en zone tropicale qui débute à 500 m et peut dépasser les 3000.

Le Tropen serait beaucoup trop froid pour la montagne.

Du coup j'utilise le Defense 4 sans le fermer, dans un drap de sac en paratex (sèche plus vite, ne pourrit pas et beaucoup plus léger que le drap de sac spécifique en coton vendu avec le Def 4), au pied des montagnes.

Je le ferme dans la nuit si j'ai froid.

Poulet avait le même équipement.

En déficit calorique, dans l'humidité ambiante, fatigués, en hamac, à 1800 m, le Defense 4 n'était pas overkill.

A 1800 m Poulet et moi fermions le sac sans crever de chaud.



« Modifié: 10 janvier 2012 à 10:49:01 par guarocaliente »
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10 janvier 2012 à 08:59:27
Réponse #81

Karto


Salut Guaro :)

Juste un grand merci. Un journal de voyage aussi brut de décoffrage, aussi honnête et complet, qui parle des petits et gros tracas, sans les maquiller, c'est plus que juste une source de connaissances énorme et une superbe leçon d'humilité. C'est carrément un de ces textes qui contribue à instiller un état d'esprit durable chez le lecteur. Sans déconner, ce récit a toutes les chances de devenir un des "best-sellers" du site, un truc qui sera encore lu dans des années avec toujours autant d'intérêt. Je suis tenté de l'épingler.

Merci encore !

13 janvier 2012 à 14:30:41
Réponse #82

guarocaliente


Jeudi 18 août 18h20


Sous une pluie battante.

Saloperie de bic noir. Écrit pas la tête en bas. Sais pas ce que j'ai foutu de mon space pen.

Pluie battante et lumière rouge de ma frontale pour sauvegarder ma vision nocturne.

La lune se fait de plus en plus pleine et quand les nuages veulent bien laisser un coin de ciel, c'est un véritable monde fantomatique en noir et blanc.

Bon. Ce matin j'ai eu la bonne surprise de voir que le feu fumait. Plein de braises après 13h30 de combustion. M'a suffit de le charger en bois pour qu'il se remette à fumer beaucoup.

Quelques minutes après on a eu de belles flammes. Cool. Aujourd'hui nous avons creusé un trou d'une quarantaine de cm de profondeur sur 40 de diamètre environ.

Tunnel en diagonale qui rejoint sa base. Dakota fire hole (ou pit).

Quand les trous ont été terminés, j'ai transféré une grosse quantité de braises du 1er feu (que j'avais bien chargé en bois en prévision).

Je veux deux feux. Parce que le 1er est sous un espace non couvert entre l'arbre et la bâche trouée par les flammes.

Donc il risque de s'éteindre en cas de grosses pluies (comme celle qui tombe au moment ou j'écris).

Le deuxième, enterré, brûle plus chaud alimenté par l'oxygène qui arrive à sa base.

Permet de brûler du bois vraiment trempé (P'lèt vient de me demander de regarder les feux. J'aperçois leurs lueurs réfléchies par la bâche au-dessus du campement à une dizaine de mètres de nos hamacs).

Ah oui ! Avant de terminer le feu enterré, j'ai entendu les singes pas trop loin.

Je me suis équipé (3 flèches dans le dos, ceinturon avec machette et poche à lance-pierre, nalgène vide, pastilles micro pure, GPS, boussole, moustiquaire, couteau, poncho dans une poche et bâton de marche.)

J'ai descendu notre colline vers le sud. En bas, suis tombé sur une zone de petits palmiers trempant dans 5cm d'eau. Je bouge doucement et j'écoute. Des branches s'agitent à 100m.

J'enfile le poncho pour me camoufler. Un cri léger au sol à une dizaine de mètres de moi. Tête d'oiseau dressée entre des plantes. Un pavon. Un couple.

Je prends mon lance-pierre, ma boite de péloche à munitions. Je mets 3 ou 4 billes dans la bouche et en tire une sur l'animal. Ça ressemble à un petit faisan très haut sur patte.

Ça la réputation d'être très bon. Et c'est très con. Je le rate. Il s'envole. Et se perche sur une branche basse à quelques mètres.

Encore raté. Là encore avec une 22...

Je rêve d'un Ruger (allez à 3mn 08) Mark II avec silencieux intégré et désignateur laser, mais je m'égare.

J'ai du tirer 3 ou quatre fois. A chaque fois il s'envole à 2 ou 3 mètres avec sa femelle.

La pluie tombe et j'ai laissé les gants de P'lèt par terre pour pouvoir tirer. Je fais demi-tour. Je suis une brelle avec un lance-pierre.

Je remonte au camp et j'aide P'lèt à terminer les trous.

Ensuite un orage a pété sévère. De vraies rafales de vent passent sous la bâche, rabattent la fumée des feux vers nous et apportent la pluie sous la bâche. Plutôt légèrement.

Coincés entre nos deux feu, nous ne sommes pas trempés et gardons notre chaleur. Le vent se calme. On dîne tranquillement.

Avant que la nuit ne tombe complètement, nous chargeons à bloc les deux feux dans l'espoir d'avoir assez de braises demain matin.

Le feu n'éclaire plus et la lune non plus. Dodo tête en bas. Je pisse dans ma nalgène et je rentre dans le sac.



Jeudi 18 juillet août


Une journée pas très ensoleillée. Nous avons construit, creusé un trou assez profond (40 cm de large pour 30 de profondeur) au pied d'un arbre sous la bâche, opposé à l'autre feu.



A 20 cm de ce 1er trou, nous avons fait un 2° trou d'aération en tunnel qui rejoint le 1er à sa base, pour l'alimenter en oxygène (dakota fire hole).

Nous y avons démarré un feu avec les braises du premier. Il doit servir à cuire la nourriture. Il a commencé à pleuvoir vers 12h00 très fort. De l'eau goutte à travers la bâche.

Nous nous réchauffons entre les deux feux, tandis que l'orage gronde et que les rafales de vent nous amènent la pluie jusque sous la bâche.

Nous sommes mouillés mais les feux tiennent bon et nous réchauffent tout en séchant nos vêtements. Ce matin, Papa est parti à la chasse. Il a vu deux pavons sur une branche mais les a raté.

Nous mangeons, nous chargeons le feu en bois pour qu'il tienne le coup jusqu'à demain matin puis nous rentrons nous coucher dans les hamacs.

Le mien est humide mais mon tarp l'a bien protégé et il a bien tenu face à la tempête. Je termine ma confiture d'ananas.

Ensuite je pisse dans ma nalgène mais je referme mal le couvercle.

Une seconde d’inattention et la moitié des 500 ml de pisse part recouvrir mon sac de couchage d'une odeur et d'une humidité qui me font revisiter ma notion d'une « bonne nuit ».

Je dors mal. Nous verrons bien demain.
« Modifié: 08 décembre 2014 à 13:35:03 par guarocaliente »
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13 janvier 2012 à 16:06:21
Réponse #83

guarocaliente


Vendredi 19 juillet août


J'ai mal dormi. Mon sac est moins humide mais pas vraiment sec. Je le laisse comme ça, il n'y a rien à faire.

Nous commençons par raviver le feu pour manger. Puis nous remplissons la réserve de bois à l'abri de la pluie.

Puis Papa me montre le calendrier des prochains jours sur son cahier de voyage : « Un poulet dans la jungle ».

Nous allons ensuite poser les collets à écureuil.

Nous les accrochons à de grands arbres (grandes perches) que nous appuyons contre des arbres susceptibles d'héberger des écureuils.

S'ils empruntent ces chemins, ils se retrouveront piégés, pendus par les nœuds coulants en fil de cuivre.

Il est encore très tôt (9h00). Le soleil se pointe, nous lui donnons nos fringues humides pour qu'il termine de leur donner une texture sèche et mettable. Le temps passe lentement.

Quant le temps s'est couvert, nous avons remis nos habits au coin du feu. On glande. Je ne suis pas vraiment en grande forme mais le feu réconforte le moral.

Alors je me taille une branche, je la sculpte en forme de wakizashi, pour m'occuper. J'arrive à un résultat plutôt satisfaisant.



Je suis content, mon moral s'améliore. Papa me filme, en plein ouvrage; il a réussi à caler la batterie de la caméra avec un morceau de l'Evangile selon saint Matthieu. Hérétique !  ;D

Le soir, nous sommes tranquillement assis auprès du feu, et nous nous baffrons de pâtes, dont nous avons un surplus considérable.

Nous décidons de partir chasser cette nuit à 3 heures du matin. Je suis par conséquent tout habillé dans mon hamac, pour être prêt au moment voulu.

Je termine d'écrire et je vais essayer de dormir pour me réveiller dans 7 heures. Il est 20h00, vendredi 19 juillet.
« Modifié: 07 décembre 2014 à 23:17:53 par guarocaliente »
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14 janvier 2012 à 22:30:51
Réponse #84

guarocaliente


Samedi 20 août 2011 10h53


Hier rien de spécial. Encore une course après les hurleurs. En fin d'aprèm, visite de capucins à gorge blanche. Pas agressifs, ne bombardent pas les intrus.

Cris ressemblant à des aboiements de petits chiens. (leur cri d'alarme en présence de prédateurs)

Nous avons posé deux perches à écureuils. Trop tard pour en espérer du gibier mais ça a montré à P'lèt comment les poser.

Son bâclage adolescent m'exaspère. Je suis aussi pour faire le moins d'efforts possible. Mais après la priorité de l'efficacité. Plutôt adepte du « vite fait, mal fait ».

N'écoute aucune instruction, n'en fait qu'à sa tête. Un peu exaspérant dans « la civilisation » mais sans conséquences. Ici ça me saoule grave.

J'ai tenu ma parole de l’emmener, je ne le regrette pas. Il a fait beaucoup d'efforts physiques et supporte plutôt bien l'inconfort de cette ballade.

Mais je ne le referai pas. Humeur trop changeante. Trop vite morose en cas de pluie. Trop tendance à se laisser aller à ne rien faire. Ce qui n’arrange pas le moral.

C'est un poids pour moi qui vit très bien seul en forêt. Seul, je suis plus serein.

Je n'ai pas retrouvé pendant ces 3 semaines la plénitude, la joie de faire partie de cet univers.

Pas de peurs pour moi, mais pour lui ce qui revient au même finalement. Ce matin je l'ai réveillé vers 3h15.

Mes consignes étaient claires. Pas suivies. Perte de temps pour l'attendre.

Vu un paca, P'lèt n'a pas tiré. Du 22lr est indispensable dans le coin.

Il n'a pas fait de problèmes pour se lever mais avait l'air complètement à l'ouest. Ailleurs.

Très agressif au retour quand je lui ai fait remarquer qu'il avait l'air de dormir debout.

« Au moins je ne fais pas chier les autres quand je suis crevé ! ». Charmant. Je suis allé me recoucher et il est resté prêt du feu.

Régulièrement, je l'ai entendu taper sur un arbre avec sa machette. Pendant prêt de 2 heures, par période, il frappait le tronc. Ai essayé de dormir quand même.

Ça a continué alors je lui ai demandé d'arrêter ça et pourquoi il tapait comme ça ? Il a arrêté enfin.

Quand je me suis levé, m 'a dit que c'était pas pour m’emmerder, « Pour voir si ma machette coupe », que c'était machinal et qu'il n'avait pas réfléchit que ça m'empêchait de dormir.

J'ai une envie tenace, par moments, de le réexpédier en UM en France, quitte à payer un gros supplément sur son billet d'avion.

Presque pas un mot depuis ce matin. Aucun commentaire sur la promenade de nuit. Aucun enthousiasme. Amorphe au coin du feu.

Demain matin on prend le chemin du retour avec la reprise des repas froids. Entre 2 et 4 jours à peu prêt.

Voudrais avoir un peu de temps sur une plage avant de rentrer en France.



Samedi 20 août 2011 16h52. Hamac depuis 16h35


Hier j'ai commencé mon pré-rasage avec les petit ciseau de la pharmacie. P'lèt m'a proposé d'essayer avec son mora triflex, très affûté.

Ben se raser les poils de la main ou du visage, c'est pas la même..

Cet aprem me suis rasé. Commentaire de P'lèt : « c'était mieux avant ».



En fin de matinée, il est venu s'excuser pour ce matin. Bien susceptible.

Je sais, je vois, que ses humeurs changeantes ne sont pas faciles à vivre pour lui (on dirait ma blonde) mais en attendant je dois subir.

On a réactivé le feu, un peu discuté, beaucoup glandé. Il est temps qu'on reparte.

Dernier repas chaud demain matin. Après on reprend pour quelques jours le régime bolo ou carbo froides.

Comme d'hab, je nourrirai la forêt avec mes sachets de pâtes excédentaires. 10 kg de moins sur la poitrine à porter.

Demain je me, et le, lève à 5h. Va falloir tracer avant la pluie.

Cet aprem c'était un vrai déluge. Récupéré plein d'eau de pluie. Jaune dans la vache à eau. Dès qu'on croise un ruisseau, je la balance.

On est allé tôt aux hamacs ce soir.

P'lèt avait l'air triste ou fatigué. Lui ai demandé si ça allait, m'a répondu que oui. De ses propres dires, préfère nier quand quelque chose ne va pas.

A part ça, ce matin pendant la ballade nocturne, j'ai pu constater que la LD20 n'est pas fiable. Vide les piles neuves alcalines en moins d'une heure.

Beaucoup moins fiable même si plus puissante que la petite Tikka XP2. Ai filmé de nuit. Pas certain que ça donne quelque chose.

Les hurleurs sont ils devenus aphones ?

Croisés plein de bandes. Des cris de plusieurs sortes mais pas une seule fois le hurlement rauque qui les caractérisent d'habitude. Bizarre.

Impressions après 3 semaines confirmées.

Le NX-150 de Clark Jungle Hammock avec l'option « rainfly XL » est topissime. Même s'il coûte une c*u!lle.

Mais comme dit l'autre, «C'est pas le hamac de monsieur tout le monde, le prix s'oublie la qualité reste ». Juste les cordes à améliorer ou à changer.

Ridge Rest inutile à cette altitude (1750m) . Def 4 suffisant. Au pire, la polaire sous le cul. Bottes ok. 3 paires de coolmax seulement. Idem boxers. Moleskine, oui. 1 T-shirt.

Veste plus légère (modèle P'lèt OK). Boonie et moustiquaire. Gants cuir. Plus de paracorde (1x10m et 1x20m). Machette locale avec une lime. Mora Forest, non. Triflex, oui.

Wave, nalgène 1l OK. Source 3l, oui. Sabre 60-100 noir, très bien mais un peu lourd. PLCE en poitrine OK. Épaissir les bretelles : plaies épaules.

Poncho US ! Plus lourd mais meilleur qualité saison des pluies. Saison sèche copie suffisante. Boite vraiment étanche kit feu. + d'Esbit en saison humide.

1 /2 par feu en saison sèche, 1 à 2 en saison « humide ». Monoculaire non. Lance-pierre, non. 22 oui !

(ou alors tirer quelques milliers de billes pour s’entraîner. Ou partir avec Thierry la Fronde Ou apprendre le cri qui tue)

Superglu en gel, tape, ficelle, fil de cuivre. Kit pêche, non ! E-trex OK si neuf. Popote 1,4 l pas mal mais prendre un modèle à suspendre pas à poignée. Spork NON ! Cuillère en titane.

Vache à eau 10 l, oui.1 bâche légère saison des pluies. 1 petit savon par semaine. Pharmacie légère, surtout des écorchures, échardes, coupures légères. Boussole, cartes.

Sacs congèl, oui. Voir si plus solide et plus étanche que « Alfapac »(Zip Lock mieux). Dosettes huile pimentée, OK ou chile en poudre.

18h08. Le vent bien froid vient de se lever dans les montagnes.

Je viens de fermer la doublure imper-respirant (que Clark appelle « weather shield ») par dessus la moustiquaire.

Très efficace. Je suis maintenant dans une tente fermée suspendue entre deux arbres.

Je perds le plaisir de regarder dehors la lune éclairer les arbres mais j'y gagne en confort thermique.



Samedi 20 août


Encore un fritage ! Pour changer.

Nous sommes bien partis à la chasse à 4 heures.

Après 5 min de marche, éclairés par les frontales et les FENIX, nous avons aperçu un paca, occupé à manger et pas visiblement effrayé par la lumière.

(la vidéo n'est pas de moi, mais ça aurait pu. Exactement ce qu'on a vu sous le faisceau de nos LD20.)

Il s'est contenté de faire demi-tour tranquillement. Pas eu le temps de tirer.

Nous ne verrons pas d'autres animaux mais nous pourrons avoir l'occasion de voir le soleil se lever; tandis que les animaux retournent se coucher à l'abri dans leur terriers.

Les oiseaux chantonnent de leur cris bizarres, et les premiers insectes diurnes comme les taons font leur apparition. L'air se réchauffe.

Papa repart se coucher tandis que je rallume difficilement le feu avec le peu de braises qu'il reste.

Je repense à ma première expérience de chasse nocturne : avec une 22, on mangerait du singe tous les jours...

Tiens, d'ailleurs je les entend qui arrivent pour jeter des branches sur la bâche. Ils partent aussitôt.

C'est surprenant, mais les hurleurs que l'on a vu jusqu'à présent ne hurlent pas.

On en voit tous les jours et aucun hurlement hormis des bruits comme des aboiements.

Papa sort vers 12h00. Je fais un effort et décide de présenter mes excuses pour le fritage de ce matin dont je ne parlerai pas ici tellement c'est con.

Il les accepte, et nous mettons beaucoup de bois sur le feu. Le reste de la journée, ce fut glandage et repos au coin du feu et sous la bâche.

Régulièrement, il fallait relancer et alimenter en bois le foyer, qui tenait bien face à la pluie. Demain, nous devrons nous lever tôt pour partir et quitter le camp.

Nous aurons ensuite trois ou quatre jours de marche intensive, pour rejoindre Las Mesas. Le feu va nous manquer un peu, mais on a enduré pire.

Pour être en forme, nous nous couchons tôt et nous réglons les alarmes de nos montres sur 5h00.
« Modifié: 08 décembre 2014 à 13:55:43 par guarocaliente »
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15 janvier 2012 à 14:23:08
Réponse #85

guarocaliente


Dimanche 21 aout 2011 17h42 1570m


On the road again.

Levés à 5h00. P'lèt range ses affaires et son hamac pendant que je réactive le feu. On mange chaud pour la dernière fois avant de sortir.

Avons vidés les sachets de pâtes excédentaires. En ai gardé 6, P'lèt 7. Brûle aussi la bâche.

Sommes partis à 8h30. Avons beaucoup avancé ce matin.

Un peu avant 12h nous arrivons sur le Verde. Impossible à traverser. Avons eu l'idée d'abattre un gros arbre en travers mais les machettes ne coupaient pas assez.

Après pas mal d'efforts, nous avons réussi à en abattre un petit pour nous permettre de rejoindre un gros tronc bloqué entre l'autre rive et le milieu du rio, entre des rochers.

Notre arbre est tombé nickel. J'ai vidé mes poches, enlevé le poncho (il pleuvait un peu) et suis descendu dans l'eau (assuré par la paracorde) pour tester la profondeur et la force du courant.

Pas deux fois la même erreur. Eau au-dessus des genoux, courant ok. Je me tiens à notre arbre abattu. (Je sors de l'eau).

On récupère le tronc d'un palmier coupé un peu plus haut et j'en fais une passerelle pour rejoindre le gros arbre déjà en place. Sonne plein. Bon.

Je m'attache et traverse sur l'autre rive assis sur le tronc, les jambes pendantes pour faire balancier, j'élague à la machette et fais demi-tour en laissant la paracorde attachée sur l'autre rive pour assurer Poulet.

Très gros remous sous l'arbre. On va récupérer les sacs (on ne porte plus qu'un sac chacun, les PLCE sont vides). P'lèt enlève son poncho pour avoir les mouvements libres.

Je descends dans l'eau le premier et l'attends pour l'aider à traverser. Il passe doucement sans problème après s'être assuré au milieu du tronc.

Ah ! Un peu avant d'arriver au rio, je me suis donné un coup de machette sur le dessus de la main gauche. Rien de grave. Je ne me suis pas vraiment « donné un coup de machette » (heureusement!).

Mes machettes ont un lien en paracorde (une dragonne) pour pouvoir les lâcher quand j'ai besoin d'une prise en progression, et ne pas risquer qu'elle glisse (hors de ma main).

Donc, j'avais lâché la machette, elle pendait à mon poignet droit, faux mouvement, balancier, entaille. L'unique usage de la pharmacie sceau-far (sans compter une plaie d'abrasion à l'épaule).

Bétadine, Steri-Strip.

Après être passé de l'autre coté, P'lèt a fait la réflexion que c'était dommage de faire tous ces efforts, ces trucs comme traverser un rio assis sur un tronc d'arbre qu'on a abattu sans le filmer ou faire des photos.

Suis à moitié d'accord avec lui. Ensuite, même m*rde végétale de bord de rio. Trempés de sueur, de pluie et de gros torrents de montagne, vers 15h30 j'ai décidé qu'on s’arrêtait pour camper.

P'lèt recommence à chanter. L'action « obligatoire » lui évite de penser trop. C'est à dire mal. Donc il a meilleur moral et est plus actif. Cool.

Pas qu'il soit pressé de sortir, au contraire, mais, et je lui ai dit, il est plus agréable quand il s'active. Il le reconnaît. Le camp de ce matin est à 1km800. En ligne droite.

Donc on a beaucoup avancé même avec les 2 heures perdues au rio. J'estime notre sortie, au plus tard, à mercredi matin.

Les carbos sont à tremper mélangées à de la soupe de poisson Royco et des sachets d'huile pimentée piquées chez Domino's Pizza. Encore 20 minutes à patienter et on se régale.

Youpie.



Dimanche 21 août


Réveil agréable dans des fringues sèches pour la dernière fois. Papa relance le feu tandis que je m'empresse de remballer mes affaires dans mon sac.

Je repense aux derniers jours passés dans un campement fixe. C'était une bonne chose d'avoir pu vivre deux aspects de l'aventure : d'abord itinérants, puis sédentaires.

Il y a beaucoup de différences entre les deux.

Au camp fixe, nous avons la bâche, un feu, nous sommes toujours secs, dans des vêtements qui le sont tout autant ; on mange chaud, on ne se presse pas tous les matins pour déballer ou replier les bagages.

Mais le rythme est plus lent, plus propice à la déprime aussi. En itinérant, c'est le contraire exact de tout ce que je viens de citer. Revenons à la journée d'aujourd'hui.

J'ai tout rangé et nous trouvons une astuce pour alléger nos sacs à dos : d'abord nous brûlons la bâche, puis c'est au tour de la nourriture (on la brûle pas, on brûle les sachets vides).

Étant donné que durant pas mal de jours nous ne nous sommes nourris que d'un sachet de pâtes au lieu de deux, on se retrouve avec plein de bouffe lourde et inutile.

Nous jetons au feu une dizaine de paquets chacun, et nous ne gardons que 6 sachets dans notre gros sac dorsal (20kg).

Au final, nous n'aurons plus à porter nos sacs de nourriture ventraux, ne gardant plus que les dorsaux, puis nous repartons vite.

Il est 8h00 et nous marchons très vite pour faire le plus de chemin possible avant la pluie. Le terrain est plat et dégagé et nous traçons.

Peu après vers 11h30, la pluie se met à tomber. Nous avons marché beaucoup plus que prévu et nous arrivons au rio Verde, que nous devons traverser.

Sur les bords du fleuve, c'est une végétation encore nouvelle et surprenante.

Des figuiers étrangleurs géants poussent au milieu des bambous, des grands palmiers, des herbes et des plantes rouges en forme de piments.

Le tout est parsemé de rochers posés là sur la terre comme si cela n'était pas leur place, et ce décor fabuleux et irréel me ferait presque oublier la pluie.

Le courant est fort, et nous cherchons un passage pour prendre le moins de risque possible : pas question de refaire la connerie du 1er jour.

Nous posons les sacs contre un tronc, et nous commençons à abattre un tronc à la machette pour qu'il tombe dans le fleuve et qu'il nous serve de pont.

Au bout d'un certain temps, l'arbre n'étant toujours pas tombé, nous trouvons une autre idée.

A un endroit du rio, je montre à Papa un gros tronc déjà tombé, qui forme qui forme une véritable passerelle au-dessus des flots, mais seulement sur la 2e moitié.

Nous abattons alors un palmier et un petit arbre pour nous sécuriser sur les premiers mètres qui mènent au tronc. Papa part en éclaireur sans sac une première fois.

Il traverse sans problème la 1ere moitié, avec de l'eau jusqu'à mi-cuisses. Puis il grimpe sur le gros tronc à cheval, attaché à celui-ci par de la paracorde. Par chance, il a l'air solide et il tient bien.

Sous le pont, le courant est très fort et il se jette dans des cascades dangereuses, avec beaucoup de profondeur. Mieux vaut ne pas tomber.

Papa revient sur la rive, et nous allons chercher nos sacs pour traverser. Je pars en 1er. Arrivé au pont, Papa me fait signe de l'attendre pour qu'il me rejoigne.

Je grimpe à cheval sur le pont, attaché par le poignet à l'arbre. J'avance lentement en conservant mon équilibre. Je débarque sain et sauf sur l'autre rive et Papa fait de même.

C'était impressionnant ! Dommage qu'on ai pas pu filmer ça ! Nous remplissons les nalgène avant de repartir chercher un terrain pour cette nuit.

Au camp, 550 mètres plus loin, nous faisons le point sur le trajet pour le retour. Nous avons énormément avancé : 1k800 et 5h de marche ! En ligne droite, bien sur.

En vérité, nous avons parcouru au moins 4 km. A ce rythme là, nous arriverons mardi soir ou mercredi matin à Las Mesas.
« Modifié: 15 janvier 2012 à 17:14:14 par guarocaliente »
Ici et Maintenant.

15 janvier 2012 à 16:54:51
Réponse #86

guarocaliente


Lundi 22 août 2011 16h13


Lumière rouge. Déjà au hamac. Ce matin, partis à 7h30. Bien.
 
put**n ! Poulet vient de gueuler « PAPA !! » Quelle andouille parfois !!

Nous sommes cachés dans un petit bois à quelque dizaine de mètres d'une ferme. On ne parle qu'en chuchotant. Peur d'être repéré par un chien.

Et lui s'oublie et se met à m'interpeller de la dizaine de mètres qui sépare nos hamacs ! « J'ai oublié » Me dira t il demain matin... Bref.

Ce matin terrain vallonné, pénible...

Première gueulante. Il me colle à un mètre. Consignes claires et répétées des dizaines de fois : "Marche à 2 ou 3 mètres derrière, pas à portée de coup de machette vers l'arrière."

Fait la gueule. Supporte pas mes réflexions.

Le matin je lui dit (vient de sortir. Il voulait de l'eau. A «oublié» qu'il fallait être discret. Pas mur pour les FS. Oublie tout. Respecte pas les consignes. N'en fait qu'à sa tête. Un ado rêveur quoi. Bref.) de ranger sa nalgène sur le coté du sac pour la remplir au premier ruisseau traversé.

Arrivés je lui demande, sans enlever mon sac pour gagner du temps, de me passer ma nalgène. La remplie et je cherche la sienne. « A ben elle est dans mon sac.. » ça me gonfle. Bref.

Dans la matinée je décide de remonter un peu vers le nord, trouvant que les courbes de niveau de la carte sont trop resserrées. Grand bien m'en a pris.

Quelques temps après on tombe sur une pica très nette. Humaine au vue des branches taillées en biseau. Ancienne. On la suit et nous tombons sur un campement de chasseurs ou de huaqueros.

Toujours aussi dégueux. Bouteilles vides, sacs plastiques, bidons, etc. Site sympa à coté d'un ruisseau. Sol très plat, aucun arbre. Doivent être en tente, probablement.

P'lèt est aussi dégoutté que moi.

N'empêche que leur piste est orienté est-ouest. Ça tombe très bien. Nous l'avons suivi, véritable chemin taillé dans la végétation jusqu'à la sortie, sur un gros chemin forestier.

Nous avons avancé très vite. Je faisais très attention aux bruits, aux signes qui auraient pu trahir un passage récent. Mais non. Plus probable qu'ils fassent leurs virées en saison sèche. Pas masos.

Nous avons croisés plusieurs pavons. P'lèt a pu voir à quoi ça ressemblait. Couple de toucans également. Et presque à la fin de la pica, un groupe de petites poules.

La descente sur le chemin forestier à coïncidé avec le début de la pluie. 12H40.

Pieds trempés, on marche sans bruit, l'un derrière l'autre, recouverts de nos ponchos, en bord de la route (un chemin en terre taillé dans la forêt 3 ou 4 mètres de large) pour être le moins visible possible.

(16h42 pause dîné) 17h24 terminé.

Pâtes carbo-whey froides mises à tremper 1h15 avec deux soupes Royco « 10 légumes » + une « gratinée d'oignons », 3 dosettes d'huile pimentée + une grosse dose de piment en poudre. Bon !  

Au bout d'une heure de marche à bon pas, trempés sous les ponchos, les pieds et les épaules font mal. J'aperçois un toit orange à une grosse cinquantaine de mètres.

Nous faisons demi-tour sur la route et nous enfonçons dans la forêt. On pose les sacs. Trop prêt de la route d'un coté, trop prêt de la plantation de l'autre. On reprend les sacs.

De retour sur la route, on s'éloigne encore un peu pour trouver un coin de forèt un peu plus isolée. On commence à installer les hamacs très tôt, vers 14h30.

«Pas de bruits, pas de machettes». Il me la demandera quand même quand il installera son tarp. «Utilises ton couteau».

Me demande l'autorisation d'enlever sa veste trempée... Mélange de petit garçon et de velléité d'être traité en adulte. Il est temps qu'il grandisse.

J'espère que cette expé lui sera profitable. Il est plein de qualité mon P'lèt. Calme, courageux sous son sac. Plein de bonnes réflexions, plutôt pas égoïste en général, sensible.

Manque un peu de maturité pour l'instant. On sort un jour plus tôt grâce à la huaqueros Express. On décolle samedi 3. reste 12 jours pour se détendre, se refaire une santé.

Deuxième partie plus touristique de ce voyage. Plutôt beaucoup de nouvelles expériences pour P'lèt. N'empêche qu'avec une 22 il aurait pu goûter aux singes et aux pavons.

Il a eu la bonne idée de fermer les hamacs (fermer le weather shield par dessus la moustiquaire) pour camoufler l'éclairage des lampes, cette nuit.

J'ai gardé le mien ouvert sur une cinquantaine de cm histoire de voir la nuit tomber et surveiller les alentours tant qu'il fait encore jour. Il est 17h45, il fait presque nuit.

La frontale est en lumière rouge posée sur mon nombril et éclaire ce petit cahier posé sur mes cuisses. J'entends plein de bruits suspects autour de moi. Je suis trop aux aguets, ça affûte la parano.

Vais attendre un peu pour fermer le hamac et passer en lumière blanche.

Demain réveil à 4h. Fait jour vers 5h15. On descend la route et on tache de rejoindre un arrêt de car pour Santo Domingo le plus tôt possible.

Dernière nuit en hamac pour cette année.



Lundi 22 août


Lever une  heure plus tôt qu'hier, à 5h au lieu de 6.

Ouch ! J'avais presque oublié le contact des vêtements trempés et glacés au réveil ! Courage, 2 jours maximum encore comme ça...

Nous partons à 7h20, direction de l'ouest pour tenter de rejoindre un chemin forestier à 5 km à vol d'oiseau.

Les premières heures de marche sont dures. ; sans rien dans le ventre, nous crapahutons sur des montées boueuses, pour redescendre de l'autre coté.

La végétation change sans arrêt, et celle-ci devient plus ou moins dense par endroits.

Un moment, nous sommes surpris par l'envol brutal d'un gros pavon noir, tapit dans les fougères à 3 mètres de nous.

Après quelques heures à marcher péniblement et un paquet d'arbres géants plus tard, nous tombons sur une pica, qui finit par nous mener droit sur une zone défrichée sur 10 mètres.

Le terrain est plat. C'est un ancien campement de huaqueros ! Ce sont de véritables porcs !

Le terrain est jonché de détritus en tous genres : canettes, sachets plastiques, réchaud à alcool, bouteilles en verre et même une pair de baskets !

Ces abrutis, ces monuments de connerie que constituent les pilleurs de tombes locaux viennent généralement en saison sèche et campent aux mêmes endroits.

Ils taillent des chemins visibles à la machette dans la végétation, ce qui va nous arranger grandement...

Nous suivons une piste laissée par ces déchets humains qui ne respectent rien, même pas leur forêt !

Le terrain est très plat et en marchant sur la piste, nous avançons beaucoup plus vite que prévu.

On fait bien du 3,5 km/h. Nous restons quand même sur nos gardes, car les huaqueros sont toujours armés. Au minimum de fusil de chasse.

 Un moment, nous tombons nez à nez avec un couple de pavon, qui s'en vont se poser sur une autre branche à notre arrivée. Vraiment très cons.

Plus tard, nous observons deux gros oiseaux noirs perchés sur des branches. Je les montre à Papa :

-Regarde là-bas, encore des pavons !
-Ah oui... Attends, c'est pas des Pavons !
-C'est quoi ?
-Des toucans !

Je les observe, ce bec immense et multicolore, ce vol gracieux.

Incroyable ! Ce que je pensais être de vulgaires faisans stupides s'avère être un couple des plus beaux oiseaux de cette forêt ! (et le quetzal c'est une mocheté?..)

Ils sont magnifiques ! Si je m'attendais en voir un jour à l'état sauvage... Après cette expérience, nous faisons une pause de 10 min bien méritée pour faire un point sur la carte.

La piste continue dans la bonne direction et elle nous fait gagner un temps considérable, nous arriverons une journée plus tôt que prévu, à cette allure ! Quelle chance cette pica !

En chemin, nous croisons un attroupement de poule d'eau, qui se dispersent à notre arrivée dans un concert de gloussements. La piste s’arrête soudain sur la route !

Une route très large en terre qui mène droit vers le sud, à Las Mesas. Nous y serons dans une ou deux heures au lieu d'arriver demain soir !

Il est alors 12h45, et la pluie qui nous avait épargnée la matinée se pointe sans crier gare et sans prévenir, des trombes d'eau, dont nos ponchos, que nous avons revêtus, sont censés nous protéger.

La civilisation est à 2 km. Par endroits, la route boueuse devient glissante. Nous fonçons.

Tantôt la route se voit recouverte de hautes herbes, puis de plantes rouges et bleues, avant d'être traversée par un torrent de montagne aussi large que boueux.

Vient ensuite une terre marron foncée, rouge et enfin rose saumonée. Nous croisons même un vieille abri de bois et de tôle, apparemment abandonné. Nous parvenons à la civilisation vers 14h.

Comme prévu, nous installons pour la dernière fois les hamacs à une distance suffisante de la route, pour notre dernière nuit dans la jungle.

Demain nous devrons nous lever à 4 heures, s'habiller en civil pour sortir ; puis nous marcherons jusqu'au village, pour prendre un bus à Palmira.

Je suis dans mon hamac, je viens de terminer une carbonara froide, et je repense à cette aventure extraordinaire en relisant mon journal de voyage.

C'était une expérience nouvelle et riche, inconfortable mais nous nous sommes surpassés. J'ai appris des choses utiles pour toute ma vie, et je me sens plus vivant qu'auparavant.

Je sens que je vais avoir du mal à reprendre les cours après ça : « -T'es parti où toi ? » « -... Si tu savais... ».

Je m'en veux de ne pas avoir été assez reconnaissant envers Papa pour ce voyage. Mais je ne sais pas comment le remercier assez en échange.

J'ai peur de ne pas pouvoir être à la hauteur en terme de gratitude.

En même temps, je n'oublie pas la pression et les critiques qu'il m'a fait subir... J'essaie d'être juste, de trouver la juste mesure dans tout ça, et ce n'est vraiment pas simple.

C'est l'expérience d'une vie, cette aventure ! Je ne l'oublierai jamais. Et c'est pas fini ! Seulement la partie sauvage...

Et je vous tiens au courant dans la suite de l'aventure, la 2e partie..
« Modifié: 15 janvier 2012 à 22:42:54 par guarocaliente »
Ici et Maintenant.

15 janvier 2012 à 22:22:36
Réponse #87

Svava (alias Hedera)


Vraiment, merci à tous les deux pour nous faire partage cette incroyable aventure!  En plus, il y a toute la dimension psychologique, émotionnelle... en somme très humaine, elle montre tout le cheminement intérieur et relationnel entre deux personnes très proches.

En outre, cette sincérité, cette authenticité, cette humilité qu'implique la mise à nu dans vos journaux respectifs, ouvert à l'autre mais également aux autres, y compris d'illustres inconnus dont je fais partie dans la mesure où notre seul et unique lien est ce forum...

Papa ne doit pas avoir un caractère facile, et Poulet est encore adolescent, avec tout ce que cela implique... mais ce que je retiens au final, c'est que le premier n'est au bout du compte pas aussi "ours mal léché" qu'il y paraît, et que le second est bien plus mature que la plupart des jeunes de son âge (et même moins jeunes... sans même parler du courage dont il fait preuve!).

Last but not least, le ton du récit est vraiment sympa : le ton "télégraphique" d'une part, et beaucoup plus "lyrique" de l'autre... non, franchement, le tout se lit d'un traite! Et le tout illustré de photos et de vidéos, franchement... mais que demander de plus???

J'ai envie de terminer par un petit mot à Poulet : quelle chance cette expérience, d'autant plus à ton âge!  J'en connais peu qui auront connu ça... et qui auront eu les tripes pour le faire... Ca va te faire de belles histoires à raconter au coin du feu  ;)

Perso, moi je suis pour l'épinglage  ;D
Victor Hugo disait "c'est une triste chose de savoir que la nature parle et que les hommes n'écoutent pas"... mon credo est de le faire mentir...


19 janvier 2012 à 17:19:51
Réponse #88

Irazú


hola Guapo Guaro..

je reste silencieux derriére mon clavier, mais lis avec délectation tes retex!
ca me donne l'occasion de me remémorer quelque souvenir, et de lire tes textes á ma blonde qui me demande de vos news a chaque fois..

bref,
ce matin petite pensée pour vous, ce qui m'a motivé á vous écrire:
2 couples de pavons (de montaña) sont venus se poser sur le cenícero centenaire dans le jardin du bas.. Énormes..

Quand je les ai vu se poser, j'ai pensé deux secondes a faire un carton, sachant ces bestiaux succulents.. j'ai pensé a vous, en train de becter les bolos-prot froides.. m'imaginant votre envie de griller un piaf pour déjeuner..

Puis d'une branche haute, ils ont sautillé tour á tour vers l'extrémité pour s'envoler au dessus de nos tétes..
deux battements d'ailes, puis un looong plané.. ils ont disparu au loin l'un aprés l'autre.. Majestueux..
tout le monde s'est tu.. pas le temps de prendre jumelles ou APN..
voila... on a pensé a vous le temps d'un vol de pavon..
bises
=Le plus vif de tous les feux=

20 janvier 2012 à 23:22:41
Réponse #89

guarocaliente


on a pensé a vous le temps d'un vol de pavon..

Hola Amugo !

Je ne te savais pas poète à tes heures..  :)


Bon, voilà la suite et fin de notre promenade.

J'arrête de raconter cette ballade en sortie de forêt parce que le thème du forum c'est "Vie Sauvage", pas "Soirée diapo sur vos vacances"  ;D

Je pense que ça serait hors sujet et de peu d’intérêt pour le lecteur que de raconter les 12 jours qui ont suivis.

Sauf peut être pour la famille et les amis.. Du coup je pense que je vais continuer et poster la suite sur un site d'hébergement avec mot de passe.

Et puis c'est vachement plus casse c*u!lle à écrire qu'à vivre.

Des bises à ta blonde !


Next time je passe chez toi d'abord t’emprunter un 22 !  ;D




Dimanche 28 août 2011 19h27 5 ou 6 mètres au-dessus de la mer


5 bonnes journées que nous sommes sortis. L'impression que ça fait beaucoup plus longtemps. Le luxe d'arrêter d'écrire tout petit pour économiser de la place sur ce cahier.

Avec P'lèt nous avons pris la peine d'écrire quotidiennement des notes des principaux événements de la journée pour rien oublier quand nous reprendrions l'écriture. Le temps est venu.

Ce matin nous avons écrit les cartes postales



alors ce soir on reprend doucement l'écriture.

Donc.

Mardi 23 nous nous sommes levé, j'ai réveillé Poulet, à 4h. La nuit a été assez bruyante. Lui comme moi a eu l'impression que des grosses bêtes étaient proches. Peut être des vaches.

P'lèt s'est levé rapidement et nous avons fait nos sacs en lumière rouge.

Dans la pénombre vers 5h30 changés en promeneurs et toujours précédé par mon bâton, nous cherchons une sortie sur le chemin qui ne nécessite plus la machette.

A un mètre du chemin, mon bâton se pose à quelques cm d'une forme lovée en plusieurs «S» : je me fige instantanément. Une cinquantaine de cm, paraissant noir dans la pénombre.

Tête très triangulaire. Je le montre à Poulet et allume ma frontale.

Son camouflage en forme de losanges marron et le dessous clair de sa mâchoire inférieure confirme la tête triangulaire. Bothros Asper.

Fer de lance. La pire cochonnerie des 17 espèces dangereuses du coin. Je le chatouille du bout de mon bâton. Pas agressif du tout. Il fuit mollement sous une feuille.

2 jours plus tôt il finissait sa vie dans les pâtes et en étui pour le wakizashi en bois que P'lèt s'est sculpté au camp. Marrant..

3 semaines sans voir un seul serpent, et on tombe sur un fer de lance la dernière minute avant de sortir des broussailles. P'lèt est content. Nous reprenons la descente de la veille.

Très peu de temps ensuite nous tombons sur un grand portail qui ferme tout le chemin. Je l'escalade et P'lèt me passe les sacs par dessus avant de me rejoindre.



Vue superbe.



Nous marchons une bonne heure avant de nous rendre compte (après avoir demandé notre chemin!) que nous sommes sur la mauvaise route ! Nous faisons demi-tour.

Devant un bar à Las Mesas nous redemandons notre chemin. C'est très loin et le soleil cogne déjà pas mal. Le proprio du bar confirme que c'est très loin à pied. Il est environ 7h du mat.

Je sais qu'il y a un car qui part de Palmira à 12h. L'ai déjà pris. J'explique que je cherche quelqu'un pour nous conduire et que je peux payer, un peu.

Me propose de nous amener directement pour 60$. Je refuse. Ou alors 20$ pour nous déposer à l'arrêt de bus de Palmira. J'accepte. Suis pas assez pressé.

Les 40$ paieront le restau « traditionnel » de sortie de forêt à Santo Domingo. Seulement il est pas dispo tout de suite. Peu nous emmener à 11h.

Propose de garder nos sacs chez lui, on va se promener et on récupère nos sacs à 11h. Ou pas. Même P'lèt est pas d'accord.

Le type propose autre chose : il nous dépose un peu plus loin sur la route de Palmira à l'attraction touristique du village, une source d'eau chaude dans laquelle il assure qu'on pourra se laver.

P'lèt me confirmait il y a quelques minutes en sortant de la forêt qu'on pue vraiment. Son odorat s'est réveillé en sortant. Toujours pas le mien. Mais je me souviens du phénomène.

Donc nous partons avec le gars dans son 4X4. Conduit comme un salaud. Peu après, nous dépose dans un virage en nous donnant rendez-vous à «11 h précise».

La source serait selon lui à 600 mètres au bout du chemin qui s'enfonce dans la forêt. Un peu boueux, on fait gaffe à ne pas se salir encore plus. On entend l'Azul gronder.

S'il croit que j'ai l'intention de m'y «re-baigner» !...

Je débouche sur un bassin ! J'hallucine ! Ça a l'air vraiment bien ! Un grand bassin creusé dans la roche, alimenté par une petite cascade. Des pierres de rio ont été disposé pour fermer le bassin.

Le tout surplombe l'Azul qui gronde en contre bas. Sublime vue. Je fais le tour, pose mon sac à dos et mets la main dans l'eau.

Je jubile ! Je me déshabille rapidement ne gardant que mon boxer. Le coin est touristique, on peut ne pas rester seul.

Je plonge en surface, le ventre touche le sable du fond. Eau transparente. Ma montre indique 30° ! P'lèt me rejoint.

Nous sommes resté plus de 3 heures à profiter de ce bassin chauffé par une faille volcanique à nous laver, ainsi que les bottes et les pantalons.

Par pitié pour les sièges en cuir du 4X4 on a ressorti les pantalons qui ont été beige un jour. Bordel ! Le luxe de se laver et baigner dans de l'eau à 30° en pleine forêt !

Bref. Du bol de s'être trompé de route. Une famille arrive. Nous leur cédons la place et sommes au rendez-vous un bon quart d'heure avant. P'lèt, calmement me dit qu'il a des étourdissements.

Lui répond que ça m'arrive quand je suis sous-alimenté et fatigué comme nous sommes. Que ça passe, que dans ces moments là, je garde mon équilibre et attends que ça passe...

Il titube et... tombe en arrière ! J'avais pas prévu ça ! Sa chute est «propre». Je le récupère quand la voiture arrive, à l'heure.

Le gars nous emmène à tombeau ouvert (le sien un jour, pas le notre j'espère) pour survoler les nids de pavons alors que la pluie tombe. Je ne regrette pas mes 20$. Vraiment bien.

On a pu se laver et éviter la pluie. Arrivés à l'arrêt, dès que le type nous laisse, je sors les quelques dosettes de sucre qui me reste ainsi qu'une poignée de bonbons à la menthe pour recharger les réserves de Poulet.

On grappille quelques oranges pas mures sur un arbre et on fait quelques photos sur un collecteur de café que j'ai déjà fréquenté.

(10 ans avant..)



Le car est à l'heure.

Rempli d'indiens. Les femmes portant des vêtements très colorés. Leur visage digne, la finesse de leurs traits et leurs peaux cuivrées me font dire à Poulet que je les trouve plus beau que les locaux.

P'lèt est d'accord. À 13h30 nous arrivons à Santo Domingo.

Fin de ce cahier. Je commence le nouveau.

Suite du cahier vert :

Nous nous arrêtons d'abord au supermarché local pour acheter quelques produit d'hygiène et quelques fruits.

Ensuite je vais me connecter pour envoyer un sms à ma blonditude et ensuite à la mère de P'lèt. Ensuite pizza time ! P'lèt se gave un peu trop mais sans conséquences.

Je suis un peu plus raisonnable d'expérience. Mais nous ne sommes parti que trois semaines. Pas 6.

On repasse au cyber-café en sortant de la pizzeria pour lire les réponses avant d'aller prendre le car pour Esperanza à 17h. D'Esperanza je compte prendre un car pour la cote pacifique.

P'lèt veut aller coté Atlantique. Mais d'abord je veux aller sur le Pacifique. Plusieurs raisons.

J'ai reçu une invitation, quand je préparais ce voyage. Une invitation généreuse, une proposition d'aide et de dépannage en cas de besoin, de «coup dur».

J'y ai été sensible mais d'une part je n'avais aucune intention d'avoir «un coup dur» et surtout elle venait d'une région où, à priori, je n'avais rien à faire.

Et puis notre car a été dérouté au début du voyage et je suis passé à moins de 1 km, sans pouvoir m'arrêter, de notre généreux contact, après avoir fait plus de 8600 bornes !

J'ai trouvé ça trop con après être passé si prêt. Peut être un signe du destin que je devais y aller ? Un acte manqué à terminer ?

Du coup, quand nous sommes sorti j'ai envoyé un mail laconique pour prévenir que nous arrivions.

Car de nuit dans la montagne. Arrivée très belle sur Esperanza illuminée au fond de la vallée. Nous arrivons sous la pluie. ( Tiens il pleut la nuit, par ici ?)

L'hôtel habituel est complet, on me dirige vers un truc miteux mais très proche de la gare routière. Comme je n'ai pas les horaires on se lèvera très tôt pour prendre le premier car.

Nuit étouffante, chaude et humide à cette altitude. Nous n'avons plus l'habitude dans la fraîcheur de notre montagne.

L'air est brassé par un ventilateur de style Brejnev (ou Andropov, suis pas calé en histoire de l'art). Bruyant et inefficace.

Passe ma nuit à l'éteindre assommé par son bruit et l'allumer étouffé par l'air dans la pièce. Moustiquaire trouée.

Avant d'aller nous coucher, nous avons avalé un ananas dans la douche pour ne pas se mettre du jus partout. Ça nous tient lieu de dîner. Un peu mal au bide ensuite.



DEUXIEME PARTIE : « Détente et découverte du pays »


Mardi 23 août


Ce matin, le lever s'est fait dans le noir total, à 4 heures du matin et à la lumière rouge de la frontale, pour ne pas être vus de loin.

Nous avons entendu des bruits d'animaux, de pas, et des craquements de branches, ainsi que des vrombissements de moteurs ; et ce durant toute la nuit.

À 5h30, juste avant de prendre la route, Papa s'affole presque et me dit de reculer. Il s'arrête et me chuchote d'approcher.

Du bout de son bâton de marche, à moins de 2 m de nos pieds se tient camouflé un fer de lance, le serpent le plus dangereux des 17 espèces mortelles du pays.

Il arbore le camouflage typique et la tête triangulaire des vipéridés. Deux ou trois jours plus tôt, il aurait terminé sa vie dans nos ventres, et sa peau sur mon wakizashi.

Dommage, mais en même temps mieux vaut le rencontrer maintenant qu'il y a 1 semaine, à des kilomètres de tout hôpital.

Quelques mètres plus loin,(1 mètre) la route nous invite à rejoindre la civilisation. Nous marchons et 15 min plus tard, nous posons les sacs.

Nous sommes en haut d'une colline. Nous profitons un moment du lever se soleil, qui vient illuminer les montagnes au loin, la jungle et les plantations de café.



La caméra vient immortaliser ce moment.

Désormais et depuis notre lever de ce matin, nous sommes habillés en civils (pantalon beige et T-shirt noir (vert)). Sur notre droite, des plantations de café, et sur notre gauche, des plantations de café...



De temps en temps, on croise des voitures, des camions ou des enfants de 7 ans à 2 sur des quads. Tous nous saluent de la main.

Cela fait maintenant 1h30 que l'on marche sous le soleil, quand nous tombons sur un embranchement. Une voiture s'arrête et nous demandons la direction de Palmira.

La dame nous explique gentiment que c'est très loin et que nous marchons dans la mauvaise direction depuis 1h30 ; dans la direction opposée carrément...

Alors on rebrousse chemin, jusqu'à rejoindre un village que nous avions déjà traversé, Las Mesas. Nous cherchons quelqu'un qui pourrait nous emmener à Palmira pour 20 dollars.

Un patron de bar nous dépose en 4X4 à un endroit sur la route, et nous dit qu'il repassera dans 3 heures, à 11h. En attendant, il nous conseille d'aller nous promener sur le chemin qui part dans la forêt...

Il s'en va, et nous partons nous promener sur la piste, qui nous mène à une piscine d'eau chaude naturelle, alimentée par une petite cascade, et qui offre une vue imprenable sur un énorme torrent de jungle en contrebas (le rio Azul).

Durant 2 h, (3) nous nous offrons un bain dans une eau à 30°, après 2 semaines sans se laver.



Nous filmons évidemment tout ça et c'est déjà bientôt l'heure du rendez-vous. Le patron arrive à l'heure, comme prévu.

Au même moment, (un peu avant en fait, on était encore seul) je me sens mal. Ma tête tourne, je ne vois plus rien et je perds mon équilibre.

Je me réveille quelques secondes plus tard, allongé sur les cailloux avec Papa qui me demande si tout va bien. Ce n'est qu'une grosse chute de tension due au manque de sucre et aux efforts.

Rien de grave, ça m'était déjà arrivé dans la jungle. Donc le chauffeur nous amène à une station de bus, qui part régulièrement à S.D. Papa lui file 20$ et il repart.

À l'abri de la pluie, adossé à ce silo à café qui sert d'arrêt de bus, nous patientons 30 min.



L'ancien schoolbus américain reconverti passe nous prendre.

J'y monte le premier et tous les indiens peuplant ce bus m'observent silencieusement comme si un E.T venait de faire irruption dans leur car.

En allant m’asseoir dans le fond, je les regarde et me fait la réflexion qu'ils sont beaucoup plus beau que les locaux.

Ils sont plus typés, ont plus de présence, les traits de leurs visages tristes sont finement dessinés sur une peau cuivrée ;

et les couleurs vives et harmonieuses contrastent avec la rancœur et la mélancolie que leur visages affichent. Ils ne sont plus que 5000 indiens, pour 3 millions d'habitants.

Ils viennent des montagnes tous les ans pour récolter le café, dans des bus comme celui-ci.

Ils sont pauvres et méprisés des habitants, du coup ils ne parlent à personne en dehors de leur communauté.

Nous descendons à Santo Domingo puis nous y faisons quelques courses. Ensuite, un arrêt au cyber-café nous permet de confirmer à la famille que nous sommes en vie.

Après cela, c'est dans la même pizzeria que celle qui il y a 3 semaines inaugurait notre périple, que nous nous baffrons de nourriture chaude.

Mais attention, pas trop d'un coup pour réhabituer l'estomac aux aliments abondants et solides. Nous retournons checker les mails juste après, pour nous remettre en route aussitôt cela achevé.

La prochaine étape c'est dormir ce soir dans un hôtel à Esperanza. À 5 heures (17 h) notre car se pointe.

Arrivée de nuit splendide sur Esperanza, toute illuminée (et sous la pluie). Nous passons la nuit dans un hôtel miteux, sans eau chaude, des trous dans la moustiquaire sur la fenêtre...

Dans la salle de bain, on mange un gros ananas sucré et juteux, en s'en foutant plein partout. J'ai mal au ventre, trop mangé.

Je tombe de fatigue sur mon lit et m'endors après un peu de végétage devant la télé.
« Modifié: 08 décembre 2014 à 14:47:38 par guarocaliente »
Ici et Maintenant.

22 janvier 2012 à 06:01:18
Réponse #90

Irazú


Citation de: guarocaliente
Hola Amugo !
je reconnais bien lá tes traits d'esprit! :doubleup:

Je ne te savais pas poète à tes heures..  
 :-[ moarf.. si peu..

le thème du forum c'est "Vie Sauvage", pas "Soirée diapo sur vos vacances"  
 ;#

Des bises à ta blonde !
Comme dit plus haut, elle demande souvent de vos nouvelles.. bises pour vous aussi!


Next time je passe chez toi d'abord t’emprunter un 22 !
il t'attend bien sagement.. je garde tout ca bien précieusement presque rien que pour toi!



Tête très triangulaire. Fer de lance.
saleté de bestiau celui-la.. on en a coupé un en 2 il y a quelques jours devant les fenétres.. un beau spécimen..

Une invitation généreuse, une proposition d'aide et de dépannage en cas de besoin, de «coup dur».
:love: mais non-mais non camarade..  rien de plus normal: juste la base entre compatriotes bonnes gens..  ;) c'est l'esprit que beaucoup ont en Af, en brousse.. oú un coup de main ca ne coute rien! surtout aprés ce que vous vous êtes coletinés, c'est la moindre des choses.. et pi.. on recevait une star du forum  ;#  

un ventilateur de style Brejnev (ou Andropov, suis pas calé en histoire de l'art). Bruyant et inefficace.
 :doubleup: magnifique! belle image.. je te la piquerai á l'occasion!
 :love:


=Le plus vif de tous les feux=

06 février 2012 à 00:18:19
Réponse #91

Jérôme A


Je suis tenté de l'épingler.


+1

Avec toutes les infos que contient un fil comme celui-ci je pense qu'il faut...
Si vous vous sentez impuissant...
Aidez quelqu'un .

06 février 2012 à 00:35:45
Réponse #92

VieuxMora



10 février 2012 à 03:18:53
Réponse #93

Artic Killer


Merci également pour ce bon roman et ton retour d'expérience. Ca donne envie... :up:

En y repensant à froid, au vu du problème que vous avez eu pour faire du feu, et donc pouvoir manger chaud, et ce que tu pense changer la nourriture emportée pour la prochaine fois ?

Que penses-tu qu'il serait plus judicieux de prendre avec ? Plus d'allume-feu ? Voir même un réchaud ?

A+
"Et du chaos une voix vint à me dire: souris, sois heureux, ça pourrait être pire.
Alors j'ai souris, je fus heureux, et ce fut pire."

10 février 2012 à 20:49:20
Réponse #94

guarocaliente


Merci également pour ce bon roman et ton retour d'expérience. Ca donne envie... :up:

En y repensant à froid, au vu du problème que vous avez eu pour faire du feu, et donc pouvoir manger chaud, et ce que tu pense changer la nourriture emportée pour la prochaine fois ?

Que penses-tu qu'il serait plus judicieux de prendre avec ? Plus d'allume-feu ? Voir même un réchaud ?

A+

Il me semble que "roman" à un sens "fiction", ce n'est pas le cas ici..  ;)

Pas vraiment eu de "problème" pour faire du feu.

En début d'expé j'avais juste oublié les efforts et surtout le temps qu'il faut pour faire un feu en ambiance humide.

Le vrai "problème" c'est le temps que cela prend.

Si on veut être itinérant et couvrir le plus de distance possible, on ne peut pas perdre deux heures le matin et le soir à souffler sur un feu.

Un réchaud ? Poids en plus.. Combustible.. Non, pas convaincu.

J'ai noté plus haut qu'il faut prendre plus d'allume feu en saison humide.

La vrai solution c'est de faire ce genre d'expé en saison sèche.

Pas de perte de temps à faire du feu. Garantie de faire deux repas chauds par jour. Sous réserve d'avoir assez d'eau.

La nourriture qu'on a emportée est top. Les sachets sont légers, copieux, "bons" chauds, bon marché. Alors j'emporterai la même base next time.

Avec une 22 pour compléter le régime. Parce que les apports caloriques sont trop faibles avec uniquement les sachets de pâtes.

Mais ça reste une bonne base de survie.
Ici et Maintenant.

 


Keep in mind

Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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