Dimanche 21 aout 2011 17h42 1570m
On the road again.
Levés à 5h00. P'lèt range ses affaires et son hamac pendant que je réactive le feu. On mange chaud pour la dernière fois avant de sortir.
Avons vidés les sachets de pâtes excédentaires. En ai gardé 6, P'lèt 7. Brûle aussi la bâche.
Sommes partis à 8h30. Avons beaucoup avancé ce matin.
Un peu avant 12h nous arrivons sur le Verde. Impossible à traverser. Avons eu l'idée d'abattre un gros arbre en travers mais les machettes ne coupaient pas assez.
Après pas mal d'efforts, nous avons réussi à en abattre un petit pour nous permettre de rejoindre un gros tronc bloqué entre l'autre rive et le milieu du rio, entre des rochers.
Notre arbre est tombé nickel. J'ai vidé mes poches, enlevé le poncho (il pleuvait un peu) et suis descendu dans l'eau (assuré par la paracorde) pour tester la profondeur et la force du courant.
Pas deux fois la même erreur. Eau au-dessus des genoux, courant ok. Je me tiens à notre arbre abattu. (Je sors de l'eau).
On récupère le tronc d'un palmier coupé un peu plus haut et j'en fais une passerelle pour rejoindre le gros arbre déjà en place. Sonne plein. Bon.
Je m'attache et traverse sur l'autre rive assis sur le tronc, les jambes pendantes pour faire balancier, j'élague à la machette et fais demi-tour en laissant la paracorde attachée sur l'autre rive pour assurer Poulet.
Très gros remous sous l'arbre. On va récupérer les sacs (on ne porte plus qu'un sac chacun, les PLCE sont vides). P'lèt enlève son poncho pour avoir les mouvements libres.
Je descends dans l'eau le premier et l'attends pour l'aider à traverser. Il passe doucement sans problème après s'être assuré au milieu du tronc.
Ah ! Un peu avant d'arriver au rio, je me suis donné un coup de machette sur le dessus de la main gauche. Rien de grave. Je ne me suis pas vraiment « donné un coup de machette » (heureusement!).
Mes machettes ont un lien en paracorde (une dragonne) pour pouvoir les lâcher quand j'ai besoin d'une prise en progression, et ne pas risquer qu'elle glisse (hors de ma main).
Donc, j'avais lâché la machette, elle pendait à mon poignet droit, faux mouvement, balancier, entaille. L'unique usage de la pharmacie sceau-far (sans compter une plaie d'abrasion à l'épaule).
Bétadine, Steri-Strip.
Après être passé de l'autre coté, P'lèt a fait la réflexion que c'était dommage de faire tous ces efforts, ces trucs comme traverser un rio assis sur un tronc d'arbre qu'on a abattu sans le filmer ou faire des photos.
Suis à moitié d'accord avec lui. Ensuite, même m*rde végétale de bord de rio. Trempés de sueur, de pluie et de gros torrents de montagne, vers 15h30 j'ai décidé qu'on s’arrêtait pour camper.
P'lèt recommence à chanter. L'action « obligatoire » lui évite de penser trop. C'est à dire mal. Donc il a meilleur moral et est plus actif. Cool.
Pas qu'il soit pressé de sortir, au contraire, mais, et je lui ai dit, il est plus agréable quand il s'active. Il le reconnaît. Le camp de ce matin est à 1km800. En ligne droite.
Donc on a beaucoup avancé même avec les 2 heures perdues au rio. J'estime notre sortie, au plus tard, à mercredi matin.
Les carbos sont à tremper mélangées à de la soupe de poisson Royco et des sachets d'huile pimentée piquées chez Domino's Pizza. Encore 20 minutes à patienter et on se régale.
Youpie.
Dimanche 21 août
Réveil agréable dans des fringues sèches pour la dernière fois. Papa relance le feu tandis que je m'empresse de remballer mes affaires dans mon sac.
Je repense aux derniers jours passés dans un campement fixe. C'était une bonne chose d'avoir pu vivre deux aspects de l'aventure : d'abord itinérants, puis sédentaires.
Il y a beaucoup de différences entre les deux.
Au camp fixe, nous avons la bâche, un feu, nous sommes toujours secs, dans des vêtements qui le sont tout autant ; on mange chaud, on ne se presse pas tous les matins pour déballer ou replier les bagages.
Mais le rythme est plus lent, plus propice à la déprime aussi. En itinérant, c'est le contraire exact de tout ce que je viens de citer. Revenons à la journée d'aujourd'hui.
J'ai tout rangé et nous trouvons une astuce pour alléger nos sacs à dos : d'abord nous brûlons la bâche, puis c'est au tour de la nourriture (on la brûle pas, on brûle les sachets vides).
Étant donné que durant pas mal de jours nous ne nous sommes nourris que d'un sachet de pâtes au lieu de deux, on se retrouve avec plein de bouffe lourde et inutile.
Nous jetons au feu une dizaine de paquets chacun, et nous ne gardons que 6 sachets dans notre gros sac dorsal (20kg).
Au final, nous n'aurons plus à porter nos sacs de nourriture ventraux, ne gardant plus que les dorsaux, puis nous repartons vite.
Il est 8h00 et nous marchons très vite pour faire le plus de chemin possible avant la pluie. Le terrain est plat et dégagé et nous traçons.
Peu après vers 11h30, la pluie se met à tomber. Nous avons marché beaucoup plus que prévu et nous arrivons au rio Verde, que nous devons traverser.
Sur les bords du fleuve, c'est une végétation encore nouvelle et surprenante.
Des figuiers étrangleurs géants poussent au milieu des bambous, des grands palmiers, des herbes et des plantes rouges en forme de piments.
Le tout est parsemé de rochers posés là sur la terre comme si cela n'était pas leur place, et ce décor fabuleux et irréel me ferait presque oublier la pluie.
Le courant est fort, et nous cherchons un passage pour prendre le moins de risque possible : pas question de refaire la connerie du 1er jour.
Nous posons les sacs contre un tronc, et nous commençons à abattre un tronc à la machette pour qu'il tombe dans le fleuve et qu'il nous serve de pont.
Au bout d'un certain temps, l'arbre n'étant toujours pas tombé, nous trouvons une autre idée.
A un endroit du rio, je montre à Papa un gros tronc déjà tombé, qui forme qui forme une véritable passerelle au-dessus des flots, mais seulement sur la 2e moitié.
Nous abattons alors un palmier et un petit arbre pour nous sécuriser sur les premiers mètres qui mènent au tronc. Papa part en éclaireur sans sac une première fois.
Il traverse sans problème la 1ere moitié, avec de l'eau jusqu'à mi-cuisses. Puis il grimpe sur le gros tronc à cheval, attaché à celui-ci par de la paracorde. Par chance, il a l'air solide et il tient bien.
Sous le pont, le courant est très fort et il se jette dans des cascades dangereuses, avec beaucoup de profondeur. Mieux vaut ne pas tomber.
Papa revient sur la rive, et nous allons chercher nos sacs pour traverser. Je pars en 1er. Arrivé au pont, Papa me fait signe de l'attendre pour qu'il me rejoigne.
Je grimpe à cheval sur le pont, attaché par le poignet à l'arbre. J'avance lentement en conservant mon équilibre. Je débarque sain et sauf sur l'autre rive et Papa fait de même.
C'était impressionnant ! Dommage qu'on ai pas pu filmer ça ! Nous remplissons les nalgène avant de repartir chercher un terrain pour cette nuit.
Au camp, 550 mètres plus loin, nous faisons le point sur le trajet pour le retour. Nous avons énormément avancé : 1k800 et 5h de marche ! En ligne droite, bien sur.
En vérité, nous avons parcouru au moins 4 km. A ce rythme là, nous arriverons mardi soir ou mercredi matin à Las Mesas.