Salut 
Je reçois ça d'un pote dans mon mail :
Citation de: Pierre Quettier, Maître de conférences - Université Paris 8, in Vers une ethnoscience de l’information et de la communication - Du karate au shintaido : modernité du budo japonais
S. Egami avait été un fervent adepte de la pratique du makiwara et un casseur de briques émérite.
Néanmoins, il avoue n’avoir jamais pu se départir d’un doute concernant l’efficacité de son tsuki depuis ce jour où, jeune karateka, il s’était presque brisé le poing sur le tronc d’un châtaignier avec pour maigre résultat de n’en faire tomber que quelques misérables châtaignes. Longtemps (et de nombreuses briques) plus tard, donnant corps à ses doutes, il se livra à une étude extensive visant à tester sur lui-même l’efficacité du tsuki de toute sorte de gens. Il expérimenta ainsi des centaines de frappes dont celles de tennismans, de boxeurs, d’artisans divers, d’experts en différents arts martiaux, etc. Il eut la surprise de constater que plus quelqu’un avait pratiqué le karate longtemps, plus il l’avait pratiqué avec sérieux, moins son tsuki avait de portée. La frappe la plus profonde était celle des boxeurs et, extrêmement surprenant, la frappe de personnes n’ayant jamais rien pratiqué était étonnamment pénétrante.
Le contrôle une des causes ?
David
Salut,
je déterre ce vieux fil, trouvé grâce à l'index (merci les indexeurs!), car en ce moment cette problématique me parle particulièrement...
Ça fait en effet quelques mois que je me suis remis au Karaté en plus de mes entraînements de SD, dans une optique disons de "préparation physique et mentale", mais avec clairement un questionnement permanent pour ne pas reprendre les mauvaises habitudes d'antan dont je m'étais à peu près débarrassé et pour en sens inverse tenter au passage d'améliorer tout ce qui peut l'être...
Et, c'est une pure observation personnelle qui ne vaut pas grand chose, mais j'ai été surpris de constater d'une part que j'arrivais encore assez bien à contrôler quand c'était nécessaire, d'autre part que dans le frappes sur cibles, j'envoyais a priori beaucoup plus fort que même des gradés avancés et expérimentés, le tout me semblant relativement paradoxal... Ce que j'ai constaté aussi c'est chez pas mal de pratiquants de ce club un certain manque de puissance dans les frappes sur cibles, même lorsque l'implication mentale dans la frappe paraît appropriée...
Je pense que la notion de contrôle joue un certain rôle, à l'instar de ce que Gros Calou expliquait ici :
La ceinture noire expliquait qu'il tapait régulièrement jusqu'au sang sur des makiwaras, mais qu'a l'entraînement devant un bonhomme il se contrôlait. Donc en boxe américaine devant un bonhomme il se retenait instinctivement, il avait pas un makiwara devant lui. Cela l'énervait et à la fin voulant absolument frapper son adversaire il faisait n'importe quoi et en prenait une sévère. Il est vrai que derrière des paos ou patte d'ours, il y a un bonhomme et on ne retiens pas ses coups. Voilà peut-être qu'au lieu de travailler sur makiwara, un karateka devrait bosser sur sac, paos et pattes d'ours.
Peut-être d'ailleurs ne suffit-il pas d'utiliser régulièrement des paos ou des cibles diverses portées par un partenaire pour surmonter ça... Si l'on n'a comme référence que les mouvements exécutés dans le vide ou à deux avec contrôle, on a peu de chances me semble-t-il de lâcher suffisamment ses coups même sur une cible... Dans tous les clubs, quel que soit le style ou la discipline, il y a un certain mimétisme avec une tendance à reproduire ce que font les anciens, pour le meilleur et pour le pire, en quelque sorte... Ici, peut-être que l'absence de références autres sur la façon de lâcher ses coups sur un pao peut jouer un rôle... J'observe d'ailleurs qu'un copain qui est l'un des instructeurs du club et qui fait de la boxe thaï par ailleurs lâche beaucoup plus ses coups (mais je me demande quand même si le conditionnement mental lié à l'univers Shotokan par rapport à l'univers thaï ne le freine pas un peu).
En résumé, si l'on croit qu'en Karaté, le coup doit se donner "comme ça" sans faire la différence entre un travail contrôlé et un travail sur cible, la probabilité me paraît faible que l'on puisse gagner en puissance et lâcher ses coups simplement en travaillant sur cibles sans ouvrir ses repères "culturels"...
Je pense aussi que l'habitude d'utiliser les muscles antagonistes pour freiner, comme l'explique David, joue également un rôle, et que là, un aspect important est probablement la proportion des séquences d'entraînement les unes par rapport aux autres...
Mais il me semble qu'au-delà de ça, il y a des raisons plus importantes ou plus spécifiques, qui peuvent expliquer cette difficulté pour certains pratiquants de certaines disciplines (attention toujours aux généralisations abusives) à développer des coups puissants et efficaces malgré leurs efforts persévérants...
Je crois qu'un point important est la question de la distance d'engagement lors du travail sur cibles... Souvent, dans les pratiques comme par exemple le Shotokan, il me semble qu'on aura tendance à reproduire en travail sur cibles portées les situations travaillées par ailleurs, et donc en Shotokan des situations d'engagement à longue distance... Alors qu'il me semble que, si l'on veut travailler la puissance, on aurait plutôt intérêt à travailler d'abord sur des distances de frappe très courtes, ce qui à mon avis favorise l'optimisation d' à peu près tous les facteurs permettant d'amener de la puissance (alignement des segments, forme de corps globale, double hip, dropstep, contraction et respiration adéquates, etc...). C'est l'exemple, certes caricatural et marketing, du fameux "one inch punch" de Bruce Lee (voir ici
http://www.youtube.com/watch?v=Jeg_5bba6-M, ou là :
http://www.youtube.com/watch?v=oRf49fMVOLE). Et donc, en tout cas, il me semble nécessaire de varier volontairement les distances et angles d'engagement, ce qui n'est pas forcément travaillé...
Un autre point important me paraît être celui d'un travail spécifique de focalisation de la frappe.... Ce n'est pas pour rien que les anglophones appellent certaines cibles (les pattes d'ours, sauf erreur) des focus-pads, alors que d'autres restent simplement des "pads" ou des "shields"... Certaines cibles facilitent plus que d'autres ce travail, mais même sur des coups de pieds sur bouclier il faut me semble-t-il chercher à travailler et ressentir cette focalisation à l'impact... C'est à mon avis un peu pareil, ça n'est pas "intuitivement culturel" pour certaines pratiques, et j'observe que dans le club que je fréquente on est plus sur des paos ou boucliers que sur des focus-pads... Les quelques fois où j'ai eu l'occasion de faire tester à certains des frappes sur raquettes de taekwondo, ils étaient au départ assez désorientés mais ont je crois vite trouvé ce travail plutôt intéressant (ou alors ils étaient très polis, ce qui est par ailleurs le cas!).
Enfin, mais sans aucunement prétendre être exhaustif, il me semble qu'il peut également y avoir une certaine confusion handicapante, dans l'esprit de certains, sur la notion d'intention mentale, d'"attitude", lors de la frappe. Je me demande si un certain idéal "zen"de concentration ("faire le vide en soi") n'est pas dans une certaine mesure antinomique avec le fait de "lâcher la bête" sur les frappes, en tout cas pour certains ou à certaines étapes de la pratique... Je ne suis honnêtement pas suffisamment avancé en Karaté pour y voir très clair sur ce point, et je ne le serai sans doute jamais. Simplement, pour mon cas personnel, je trouve la fameuse citation de Bruce Lee (encore lui!) : "Tu dois frapper avec une complète tension émotionnelle" (
http://www.dailymotion.com/video/x38nlm_bruce-lee-operation-dragon-la-lecon_shortfilms#.UTB2iTc_DQQ) plus parlante, malgré la caricature cinématographique, que la simple invitation à "faire le vide en soi"... Pour le dire autrement, je me demande si une certaine vision relativement fantasmée du samouraï apparemment paisible en plein combat sanglant, vision encore relativement répandue dans les dojos, n'incite pas à faire un peu vite abstraction de l'intention mentale, sorte de décharge d'agressivité, nécessaire pour une frappe réaliste.
Cordialement,
Bomby
EDIT : Avec un tout petit peu de recul sur mon post, je me demande si on ne pourrait pas le résumer à peu près ainsi : ce qu'il faut globalement, n'est-ce pas surtout sortir du mimétisme pour réintroduire des principes explicables ?