Voilà, j'en parle pas souvent, mais il me semble important de le faire ici.
Avril 85, j'ai 28 ans. Gr...., mon fils de trois semaines, second enfant de mon union avec E... ( Cam, ma fille à deux ans) va mourir. Coeur anachronique ( tetralogie de Fallow inopérable).
J'irai enterrer mon gosse seul, E... ne pouvant supporter( et d'ailleurs ce n'était pas sa place en tant que jeune mère, il n'était pas question qu'elle retrouve l'enfant qu'elle avait porté dans un petit cercueil).
Le monde s'écroule autour de moi, fou de douleur je ne supporte plus personne. Je ne peux même pas me barrer ou me flinguer je dois tenir tant bien que mal pour ma fille et encore c'est limite !
Au bout de trois mois, mon beau-père intervient et me traine à aller galoper avec lui dans les bois un samedi matin. Puis le samedi suivant, puis le suivant encore et ça s'enchaine, je me fais le pari de "me faire" le marathon de Paris.
Alors, je m'entraine. A 5h du mat, je vais bosser en courant, walkman aux oreilles et je me fais mon deuil en même temps. Les images défilent, je cours pour mon gosse. Et je me le fais mon marathon. oh, pas de quoi faire la "une" en 1986 (4h 10), mais je le fais. Deux ans après 3h10. Et puis à force de courir dans les bois par tous les temps, je me dis qu'il y a pleins de trucs à voir en allant plus lentement, alors sac à dos et sandwich et en avant sur les gr en Normandie. Cette fois ci, j'ai sorti les yeux " du dedans de moi". la douleur est toujours là, mais elle s'est un peu estompée. J'arrète la course à pied ( pas le temps de tout faire hein !). Divorce, remariage etc... rien de bien extraordinaire. Je continue à me balader dans les bois et mes falaises.
Et un jour à 50 ans, j'arrive ici, je lis des trucs, ça m'émeut, j'apprends. J'y trouve des nouveaux espoirs, de nouveaux sourires, de nouveaux visages.
Ce que j'en tire de tout ça, c'est que sur ce ring ou sur la route de ta vie, même si t'as un genou par terre que cet espèce de grand costaud d'enc**é d'existence de malheur continue à te marteler la gueule, il va y avoir un moment où le "ding" va retentir, où tu vas la franchir la ligne d'arrivée. Et là, en t'accrochant dans les cordes, la gueule en "8" ou les jambes raides comme la justice, tu vas te relever et te mettre à hurler ( tout pareil que l'autre Rocky, et ça peut paraitre ridicule ou puéril !) " J'ai gagné !" Ce n'est pas que tu es le plus fort, ça non, c'est parce que t'es incassable ! Alors forcément, tu ne peux que gagner...C'est toi, le héros de ton film !