Salut,
J'ai lu l'article et ça fait plus "inspiré de faits réels" que "pris sur le vif" :
- traverser une rivière avec un très fort courant, de l'eau jusqu'au torse et les sacs sur la tête ?
- un "cyclone d'ampleur historique" pas anticipé 48/72 heures à l'avance ?
Sans parler du petit couplet psychologisant sur les motivations cachées etc.
Reste que la situation décrite (un soi-disant expérimenté, un moins, et les deux qui se retrouvent dans la mouise et pas forcément du fait du moins expérimenté) rejoint pas mal de faits divers du même genre qu'on voit parfois passer dans la presse.
Perso le truc que j'en retiens c'est qu'agiter les bras risque de ne pas être compris comme un signal de détresse par un hélico de secours parce que "tout le monde fait coucou aux hélicos" (mais là aussi: coucou dans l'orage, avec un cyclone en approche et que tout le monde devrait être à l'abri ? ...) et donc se souvenir des signaux de détresse: Y sur sur terre et mouvements des deux bras tendus en mer.
L'article in extenso (si c'est OK) :
En randonnée, il y a le marcheur qui anticipe le moindre pépin et celui qui part la fleur au fusil. Jusqu’au jour où la catastrophe arrive. Dans notre onzième épisode, Jonas nous raconte comment un ami a insisté pour continuer de marcher alors qu’un cyclone s’approchait de la Réunion.
Malgré l’expérience, une randonnée mal préparée peut virer au cauchemar. Des randonneurs, néophytes ou chevronnés, racontent une balade qui a tourné à la catastrophe. Retrouvez nos conseils pour partir bien préparé.
Aujourd’hui, Jonas, restaurateur parisien de 35 ans, a fait confiance à son ami réunionnais pour une randonnée. Peut-être trop.
En janvier 2024, je prends l’avion avec mon ami Jérôme (1), la cinquantaine, pour la Réunion, d’où il est originaire. On est proches : il m’a initié à la rando, et quand il a voulu se lancer dans le café, je l’ai employé pour lui apprendre le métier. Il a voulu devenir mon associé, moi non. Pendant plusieurs mois, on ne s’est plus parlé. On a fini par reprendre contact et passer à autre chose. On prend l’avion quelques mois après les retrouvailles. On avait prévu une grande traversée de l’île sur une semaine. Il m’avait demandé de me préparer physiquement. Mais avec le boulot, je n’ai pas pu. On en fera une autre.
Toute la semaine, il ne me propose rien, il parle peu. J’ai l’impression que quelque chose ne va pas. À force d’insister, on finit par partir pour deux jours et deux nuits dans le cirque de Mafate. La veille du départ, des bulletins météo disent que des pluies fortes arrivent, potentiellement une tempête. J’appelle le refuge, qui me dit que ce n’est pas non plus catastrophique. Jérôme confirme. Il connaît ce climat, a fait beaucoup de randos, y compris celle-ci. Je lui fais confiance.
On prend le bus vers 6 heures pour le col du Taïbit, à 2 000 mètres d’altitude. Première journée, 18 kilomètres au programme, avec 1 000 mètres de dénivelé positif et autant de négatif. Je découvre des paysages volcaniques, ambiance Jurassic Park : du vert quasi fluo, des ponts sur le point de s’écrouler… L’aventure ! Le chemin de rando est difficile. On ne peut jamais poser son pied entièrement, les ascensions sont raides. Le soir, on dort dans un refuge à La Nouvelle, un petit hameau. Je redoute l’effort du lendemain, mais Jérôme me rassure.
Dès 8 heures, il pleut déjà pas mal. Il y a énormément de brouillard. Ça me refroidit un peu. Au total, on doit faire une vingtaine de kilomètres. Très vite, les pluies s’intensifient. Avec dix heures de marche, on arrivera à 18 heures. On n’a aucune marge de manœuvre. J’ai peur de finir de nuit. “T’inquiète pas !”, me répète-t-il.
Vers midi, les pluies sont diluviennes. On entend du tonnerre, premiers éclairs. Je suis déjà épuisé. Je regarde mon téléphone et reçois des messages de ma meilleure amie et de ma copine : “Ça va ?” Elles me disent qu’un cyclone d’ampleur historique est attendu à la Réunion. J’en parle à Jérôme, qui balaie tout ça d’un revers de main. Des randonneurs rebroussent chemin, mais je le vois serein. On continue.
Le chemin de rando est coupé par une rivière de 10 mètres de large. Jérôme est surpris. On stresse mais on la traverse. L’eau arrive sous les genoux. Je vois Jérôme mutique. Il est déjà 17 heures, et dans ma tête, je bascule : je ne peux plus lui faire confiance. Il n’est plus en maîtrise de rien, je suis seul.
Plus loin, une autre rivière arrive aux cuisses. Il y a un peu de courant, ça passe. Encore plus loin, troisième rivière, le stress monte. L’eau arrive au niveau du bassin. Je glisse mais me redresse. On continue. Je suis très en colère contre Jérôme, mais je pense à ma survie. Quatrième rivière, l’eau monte jusqu’à l’abdomen. Une fois passée, je regarde mon téléphone. Il y a cinq rivières à traverser. Plus qu’une.
On arrive aux Deux Bras. La rivière est énorme. On n’arrive même pas à identifier le chemin sur l’autre rive. Sac sur nos têtes, on entre dans l’eau, on s’enfonce jusqu’au torse. Le courant est très fort. Je panique et rebrousse chemin. Jérôme me suit, toujours en silence. Le jour baisse. On est coincés. Si on reste, le cyclone va nous tuer.
Il n’y a pas de réseau. Je marche en sens inverse pour en trouver. Je capte une barre et appelle le gîte de la veille. Le mec m’engueule et ne m’aide pas. J’appelle les pompiers. Ça coupe. J’entends un bruit, un hélico passe. J’agite mes bras, mais il s’éloigne. Je m’acharne sur mon téléphone. Jérôme me dit que ça ne sert à rien, il n’y a pas de réseau. J’explose : “On va crever ici, je cherche une solution !”
Je finis par avoir les pompiers. Ils me demandent de mettre nos bras en Y, sans les agiter. Tout le monde fait coucou aux hélicos apparemment. L’hélico repasse et ralentit. Il nous a vus ! Je pleure de soulagement, on est sauvés. Les gendarmes nous déposent à la sortie du cirque.
Le cyclone approche, avec des vents de 250 km/h, et on est toujours en montagne. Jérôme me sort : “Au moins, la deuxième partie de la rando est allée vite !” Je suis en état de choc. Au gîte, nuit blanche. Au petit matin, Jérôme me dit que sa sœur vient nous chercher en voiture. Plusieurs heures plus tard… Toujours rien. La tempête commence et on est seuls dans le gîte. Même les propriétaires sont partis.
En fin de matinée, je comprends que sa sœur ne viendra pas. Je me casse. Il y a déjà 20 centimètres d’eau sur la route. C’est inespéré : un bus déboule dans la seconde où on arrive à l’arrêt. Je ne fais que chialer, ma copine au bout du fil en soutien. L’eau rentre dans le bus, des bourrasques font s’ouvrir les portes. J’entends à la radio que le réseau de bus est fermé sur toute l’île. Les voitures ne sont plus autorisées à monter. Arrivés en bas, on se confine au même endroit pour deux jours. L’enfer. Les arbres tombent autour de la maison, j’ai peur qu’elle prenne l’eau.
L’ouragan passe. Le confinement se lève tout juste pour mon vol retour. Jérôme m’amène à l’aéroport. Je lui dis enfin : “Tu réalises qu’on aurait pu mourir, que tu nous as mis en danger ?” Il répond : “C’est très grave ce qui s’est passé, je suis désolé. Je comprends si tu n’as plus envie qu’on se voie.” Je ne l’ai plus jamais revu.
De retour en France, je reste traumatisé. Pendant un mois, je ne sors pas de chez moi, je fais des cauchemars. Je pense qu’il a voulu me faire payer quelque chose. Peut-être le fait de ne pas être associés, ou que je ne me sois pas préparé pour la grosse rando initiale ? En tout cas, je lui ai trop fait confiance, et ça m’a perdu. »
(1) Le prénom a été modifié.