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Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: Un ami suicidaire appelle à l'aide : que faire ?  (Lu 8085 fois)

19 juillet 2025 à 23:10:16
Lu 8085 fois

Matagot


Ceux qui s'intéressent un tant soit peu à la SD auront appris le décès de Brice Postal :

https://www.leparisien.fr/faits-divers/val-de-marne-un-homme-arme-met-fin-a-ses-jours-devant-les-policiers-17-07-2025-ALOZJ3VNHNDSHA3LNWF75E7CGU.php

Une chose m'interpelle dans cet article :

"les policiers reçoivent un appel d’un ami de la victime. Il leur indique que le quinquagénaire vient de lui confier au téléphone avoir envie d’en finir. Et surtout qu’il serait armé d’un pistolet. Dans la foulée, les forces de l’ordre parviennent à joindre l’ex-compagne qui leur confirme l’existence de cette arme.

Rapidement, les fonctionnaires arrivent sur place et demandent l’appui de la BAC pour intervenir au domicile de l’homme. Mais ce dernier ne leur en laissera pas le temps. Depuis son balcon, il aperçoit l’arrivée des policiers. Selon une source proche du dossier, il les aurait alors interpellés avant de se tirer une balle dans la tête, se tuant sur le coup.
"

Sans porter le moindre jugement, l'arrivée des policiers n'a-t-elle pas pu favoriser le passage à l'acte ? Que faire dans ce genre de situation ?

Je suis d'autant plus preneur de tout retex qu'il y a fort longtemps, une demoiselle que je connaissais assez peu m'a fait l'insigne honneur de me téléphoner pour me dire adieu après avoir ingurgité une boite de Lexomil. Et je l'ai entendu "partir" à l'autre bout du fil. Grand moment de solitude...

Appel aux pompiers, description de la situation, adresse de la miss, bondissement dans ma voiture façon Rémy Julienne. Je suis arrivé en même temps que le camion rouge. La porte de l'appartement avait été judicieusement laissée entr'ouverte.

Mademoiselle était - heureusement - bien vivante et je me suis presque fait engueuler par l'un des pompiers se demandant si l'on ne s'était pas moqué d'eux... jusqu'à ce qu'il voit les cachets de Lexomil opportunément régurgités. "Allez Mademoiselle ! Vous venez avec nous, on vous emmène en observation ! merci Monsieur."

J'ai appris ultérieurement qu'elle était coutumière du fait...  :glare:

20 juillet 2025 à 16:39:59
Réponse #1

Patapon


Hello,

Ouais, j'ai vue passer, c'est moche. Courage à ses proches.  :-\

J'ai eu un cas sur un dispositif prévisionnel de secours, avec une personne qui c'est présentée spontanément et nous a dit qu'elle était suivie car elle avait des tendances suicidaires, et que là, justement, elle sentait qu'elle allait faire une connerie.

Je ne vais pas raconter toute l'histoire, mais ce que nous avons fini par réussir à faire, c'est obtenir le numéro d'une personne de sa famille qui est venue et est restée avec elle. Je ne sais pas si, à moyen terme, sa situation c'est améliorée, mais pour cet instant de pique, ça a permit de décongestionner la situation et que cette personne ne reste pas seule.

La question est donc, à mon sens, dans un premier temps, "comment éviter que la personne reste seule?" (pour éviter un passage à l'acte) et puis, dans un second temps, "comment lui permettre de trouver les ressources" pour sortir de cette situation.

En outil, il existe maintenant des formations en premiers secours psychologiques (PSP) (https://www.croix-rouge.fr/actualite/ecouter-se-taire-trouver-les-mots-justes-cela-s-apprend-les-premiers-secours-psychologiques-c-est-quoi-2754), qui donnent, je trouve, des bases pour aider quelqu'un à entamer le processus où il va retrouver le ressources pour ce sortir de la situation; ça peut être utile pour des cas précis, mais aussi suite à tout les accidents de la vie, les catastrophes naturelles, etc Maintenant, ça ne fait pas du secouriste un psychiatre, ce n'est pas l'idée.

Après, il existe aussi des cellules de soutien psy. J'en avais parlé ici: https://forum.davidmanise.com/index.php/topic,71899.msg578103.html#msg578103

La Croix Rouge a également un numéro d'écoute: 0800 858 858

Si ça peut être utile....

"Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les laissent faire"....en d'autre termes, il faut se sortir les doigts....

20 juillet 2025 à 20:47:23
Réponse #2

Boris


vendredi j'ai eu a gérer un truc de ce genre au travail. Après avoir reçu un message d'adieu définitif. Très inquiétant.  Aucune réponse du jeune (mineur)  concerné ensuite. IL a déja fait plusieurs appels à l'aide de ce genre, menace de se tuer...
 Aucune réponse non plus de ses responsables légaux que je préviens de la situation en leur demandant de me rejoindre au domicile.
Je me rends sur place et essaye d'entrer dans le hall d'immeuble. PAs simple, personne ne répond mais je finis par entrer dans le hall.  Y a du bruit  dans l'appartement (bruit de radio ou de télé )mais aucune réponse a mes coups sur la porte, qui est fermée (j'ai testé) ni a la sonnette, ni à mes appels.
J'appelle le 15 du coup. La mère arrive avant les pompiers et me demande d'entrer dans l appartement en me donnant ses clefs. ELle  a peur de ce qu'elle va trouver, moi aussi cela dit;
La clef est sur la serrure donc ça bloque mais je sens que la porte cède et je comprends que le jeune est derrière la porte et vient d'ouvrir. Il bloque pour ne pas que j'ouvre et s'énerve. Voix d'outre tombe. Menaçant envers moi. Il finit par partir et s'enfuit dans l'appartement et ça me permet d'entrer.
Je me retrouve dans l'entrée de l'appartement à l'appeler. Je stresse un peu qu'il revienne avec une arme d'autant que l'appartement est completement retourné ce qui met une ambiance particulière.  Je comprends qu'il s'est enfermé dans sa chambre. Les pompiers arrivent à ce moment et s'ensuit une négociation pour qu'il sorte; IL ne veut parler qu'a moi, mais il faut que j'aille dans la chambre donc il laisse juste l'espace pour que je passe. Je rentre et commence à lui parler. Le pompier bloque la porte et je réussis à récupérer la clef pour la lui donner. Négociation qui dure une demi heure quand même. Jeune très angoissé, très mal et très incohérent dans les propos. Je teste un peu sa limite en entrant un peu dans son espace et finalement en l'attrapant comme pour un gros calin et le décaler de la porte. (J'ai fait un gros check de tous les endroits visibles ou une arme pouvait se cacher... ) Les pompiers entrent petit a petit. Fin de la discussion départ à l'hopital le jeune acceptant de suivre les pompiers.




20 juillet 2025 à 21:14:02
Réponse #3

Matagot


Merci à tous deux pour ces informations et témoignages.

Pas simple...  :glare:

20 juillet 2025 à 22:24:58
Réponse #4

Patapon


Re,

Les pompiers entrent petit a petit. Fin de la discussion départ à l'hopital le jeune acceptant de suivre les pompiers.

Je voulais évoquer la question de l'hospitalisation sous contrainte: en moyenne, c'est une procédure qui va impliquer le juge des libertés (c'est logique, puisque ça consiste à priver quelqu'un de la sienne, parce qu'on estime qu'il pourrait représenter un danger pour lui même ou pour autrui, sans qu'il n'y ai eu de jugement préalable, ni d'établissement de faute). Donc, il est toujours préférable pour les secours et la victime, d'établir une communication et d'obtenir l'accord de la personne pour un transport en centre hospitalier.

Se sont plutôt les intervenants qui devront gérer cet aspect. J'en parle pour une question de compréhension générale des prises en charge.

Tcho
« Modifié: 20 juillet 2025 à 23:49:45 par Patapon »
"Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les laissent faire"....en d'autre termes, il faut se sortir les doigts....

21 juillet 2025 à 09:37:33
Réponse #5

DavidManise


Salut,

En 2015 ou dans ces eaux-là j'avais été invité par Brice Postal à son école pour donner une conférence "préparation mentale".  J'avais parlé en long et en large de stress et de gestion du stress et de PTSD aussi.  Et j'avais mentionné à l'époque le faiit qu'il était possible d'aller bien, même si on avait vu ou vécu des horreurs. 

Je me souviens que Brice, à ce moment, s'était limite énervé contre moi et m'avait dit que, en gros, certains trucs ne pouvaient pas guérir.  Après un petit échange où j'avais tâché de calmer le jeu et surtout de lui faire comprendre que même si c'était difficile à croire, c'était possible, il avait changé de sujet brutalement et s'était refermé avec un truc assez sombre.  Et je me souviens à ce moment là que je me suis dit "lui, il se bat contre des gros démons". 

Ses diverses interventions sur le sujet de la self m'ont paru, au fil du temps, de plus en plus dures. 

Pour avoir moi-même bataillé longtemps avec ce genre de casserole je peux vous garantir que ça m'a touché de voir ça et que j'ai mesuré l'ampleur de la bataille qui se livrait à l'intérieur de ce grand monsieur de la self.  Et je me rappelle que j'avais assez souvent envie de lui faire un gros hug et de lui dire "c'est bon, c'est fini, ça va aller".

Bref, assez inutile et puéril.  Mais j'ai quand-même envie de saluer sa mémoire et de dire en même temps "vous avez le droit d'aller bien". 

Il existe tellement de thérapies brèves et de systèmes qui fonctionnent bien pour "revenir de la guerre" correctement, aujourd'hui.  Parce que revenir physiquement et ramener son âme entière sont deux combats très différents. 

La paix, c'est précieux.  La paix des pays, mais la paix des coeurs aussi.

Prenez soin de vous, svp.  Et si besoin j'ai des adresses de gens qui m'ont beaucoup aidé, personnellement, et qui pourront -- au pire -- vous orienter vers les bonnes personnes.

Le bisou.

David
"Ici, on n'est pas (que) sur Internet."

Stages survie CEETS - Page de liens a moi que j'aimeu

21 juillet 2025 à 14:07:53
Réponse #6

Patapon


Yo

Bref, assez inutile et puéril.  Mais j'ai quand-même envie de saluer sa mémoire et de dire en même temps "vous avez le droit d'aller bien".

Je ne sais pas si c'est "inutile et puéril", mais c'est humain, et c'est déjà pas mal.  :)

Citer
Il existe tellement de thérapies brèves et de systèmes qui fonctionnent bien pour "revenir de la guerre" correctement, aujourd'hui.  Parce que revenir physiquement et ramener son âme entière sont deux combats très différents. 

Sur les PTST c'est bien qu'on ai progressé. Il semble que l'EDMR donne plutôt de bons résultats.

Après, dans les soins en général, de plus en plus, on enseigne que l'humain n'est pas juste un "sac à viande", mais que toute sa dimension psychique est importante pour sa santé....et pour la santé de la société en général.

Tcho
"Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les laissent faire"....en d'autre termes, il faut se sortir les doigts....

21 juillet 2025 à 16:53:20
Réponse #7

Khee Nok


Mes retex, un peu HS par rapport à la situation décrite:

- la copine d'une ex qui m'appelle depuis l'hôpital pour me dire que ladite ex a fait une TS (ratée). Insinuant plus ou moins clairement que c'était à cause de moi (et je dois admettre que notre histoire avait été compliquée et pas forcément avec moi dans le beau rôle). Notre histoire remontait à des années, on était à des milliers de km... je n'ai pas pu faire grand-chose.

- ma fille, très jeune (elle était encore en maternelle) qui après avoir tenu des propos suicidaires (c'est vraiment flippant chez une enfant, a fortiori la sienne) s'enferme dans les toilettes. Je n'ai pas discuté, j'ai immédiatement enfoncé la porte pour la récupérer.

Donc de mon point de vue "que faire" est un peu une question sans réponse. Je ne pense pas qu'il y ait une solution type.

A distance je dirais que le plus important est de garder le contact: il est difficile de faire deux choses à la fois et sauf exception (genre culpabiliser une personne au maximum) si la personne veut parler c'est qu'elle n'est pas vraiment décidée à passer à l'acte il y sans doute l'espoir d'autre chose et il faut entretenir cet espoir.

Face à un risque imminent: parler certes, mais l'action physique a sans doute sa place. On peut discuter après, avec quelqu'un de vivant.

Sauf dans un cadre très posé, je ne suis pas adepte du droit à se suicider. Celui qui fait cela tue la personne qu'il sera demain ou dans 10 ans: de quel droit ?


14 août 2025 à 21:46:45
Réponse #8

Phil


Pour mémoire, il existe depuis qqs années en France (et alentours je suppose) des formations aux « premiers secours en santé mentale ».

Voir par ex.
https://sante.gouv.fr/prevention-en-sante/sante-mentale/promotion-et-prevention/article/le-secourisme-en-sante-mentale
https://www.pssmfrance.fr/

Je ne sais pas si ça s'applique aux personnes suicidaires, mais ça peut au moins aider à soutenir les personnes déprimées. Peut-être un bon début ?

Il existe aussi un numéro national de prévention du suicide : 3114.
Selon la situation, ils/elles pourraient être de bon conseil ?
Si tu tiens à ta peau, affûte ton esprit comme ton couteau.

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
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