Je me permet de rebondir sur ce sujet.
Très bonne intervention de Killbith, à son habitude, rien à redire.
Effectivement le 14c28n est un des aciers inox les plus performants que je connaisse dans le contexte qui nous intéresse, a mon sens bien plus pertinent que les aciers type s35vn que certaines marques ont essayées de mettre en avant pour des couteaux d'outdoor. À mon avis cela repondait plus à une visée commerciale qu'utilitaire.
En revanche de ce que j'ai testé sur le 14c28n, il est effectivement très inox mais pas résistant sur le long terme à la corrosion engendrée par l'eau de mer. Il ne va pas se corroder immédiatement, mais il méritera un rinçage à l'eau douce en fin de journée pour le débarrasser du sel, sans quoi il piquera. J'ai fait un couteau de plongée utilisé très régulièrement par son porteur dans cet acier et en effet il survit bien en milieu salin a condition d'etre nettoyé.
On peut noter la qualité de cet acier à répondre efficacement au compromis (car c'est toujours une question de compromis) résilience, tenue de fil, facilité d'entretien et résistance à l'oxydation.
Le batonnage reste une fonctionnalité assez incontournable pour les couteaux outdoor, personnellement c'est une pratique assez courante pour mes couteaux, que ce soit avec un baton ou une massette quand je suis chez moi et que je manque un peu de patience.
Avant de parler acier il faut parler conception: le dessin doit s'y prêter un minimum: pas d'amorce de rupture dans les endroits stratégiques (typiquement jonction lame/manche) comme des perçages, des cannelures qui a mes yeux ne servent pas a grand chose sauf a se blesser le pouce lors d'usage prolongés etc. Un contre-tranchant ne sera pas conseillé non plus, d'autant que leur utilité dans la verte est discutable.
Un montage plate-semelle sera le plus résistant, ou tout du moins avec une quantité d'acier suffisante dans le manche pour que ce soit l'acier et non pas les plaquettes qui prennent les efforts lors des chocs et des stress latéraux.
Une plate-semelle dépassante au cul du manche est également très pertinente quand il s'agira de refaire rentrer le couteau a travers la buche, il arrive que la pointe ne depasse pas assez pour taper dessus.
Niveau longueur de lame et épaisseur, tout dépend.
Une lame longue sera confortable car moins limitante sur le diamètre de buche a fendre, après on peut se demander s'il est systematiquement nécessaire de fendre des billots, qu'en général il aura fallu debiter avant. Economiser son effort est pas idiot.
Il ne faut pas nécessairement une lame très épaisse pour fendre. Plus épais c'est sûr que c'est mieux, mais un couteau ne se résume pas qu'à fendre. Toujours une histoire de compromis: le poids, la maniabilité, la performance de coupe sont aussi à prendre en considération. Je fend régulièrement des buchettes avec des lames de 3,5mm, si c'est affaire de quelques coups en plus par rapport a une lame de 6mm, ce n'est pas bien grave.
J'ai fait beaucoup de couteaux épais de 5 à 6mm d'épaisseur, et j'avoue être revenu à des épaisseurs un peu moindre du fait de ces raisons. Une lame de 4/4,5mm au dos sur des longueurs de 11 à 15cm est déjà largement assez solide si le choix d'acier et le traitement thermique ont été bien menés.
À 4mm il faut en moyenne 1 à 2 tonnes de pression exercées sur 10cm pour aller jusqu'à la rupture sur une lame en 80Crv2, qui est mon acier de prédilection pour le compromis qu'il propose, avec un tranchant à 60hrc et un dos à 55hrc. Et il y aura des signes avant coureur a la rupture: premièrement une déformation élastique qui peut dépasser les 40° et revenir droite, ensuite une déformation plastique ou la lame restera pliée à moins de 30° après avoir été amenée a 90° de flexion, et ensuite une rupture.
Autant dire que pour casser une lame qui résulte d'une conception de couteau outdoor relativement pertinente, on est déjà plus dans un contexte d'utilisation mais de crash test.
J'ai quelques videos de test qui pourraient illustrer mes propos mais je ne veux pas trop que cela soit perçu comme du raccolage..
Sur les émoutures, le scandi est une géométrie qui a fait ses preuves, surtour dans le bois. Pour fendre elle est assez adaptée. J'ai cependant tendance à préférer une émouture convexe que je trouve plus polyvalente, mais c'est personnel.
À noter une chose: je trouve qu'il y a un risque d'accident élevé quand on cherche à sortir une lame coincée dans une buche. On se retrouve à forcer comme un bourrin pour l'extraire et on se retrouve avec un rasoir qui sort d'un coup.
Sur des buches noueuses qui vont s'avérer difficiles à fendre, prevoir un coin en bois un peu biseauté avant de coincer sa lame peut permettre d'extraire celle-ci en toute sécurité. Il serait bete de vouloir se rechauffer en allumant un feu pour finir par devoir gérer une hemorragie.
Voilà, je propose juste ma perspective sur mes retours d'expérience.
