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Auteur Sujet: Historique : les clôtures barbelées servaient de réseau local de téléphone  (Lu 1117 fois)

07 février 2022 à 11:12:50
Lu 1117 fois

Karto


J'suis tombé sur cet article ce matin. Ca m'a fait penser au bon vieux temps du forum "communautés résilientes", où les seuls sujets qui prenaient, c'était ceux qui se demandaient comment avoir internet après la fin du monde  ;D

Sans blague, pouvoir communiquer c'est bien.

https://gizmodo.com/barbed-wire-fences-were-an-early-diy-telephone-network-1493157700

Au début du vingtième siècle, apparemment c'était assez courant dans des communautés rurales aux US, d'avoir un réseau de téléphone autogéré. Il y avait une seule ligne pour tout le monde, comme quand on partage une fréquence radio. Le support : les fils barbelés, dont le réseau reliait déjà toutes les fermes de toutes façons. On peut imaginer qu'il suffisait d'ajouter quelques ponts entre des clôtures choisies, et de faire attention à isoler les plus grosses fuites.

Comme le réseau était partagé, des gens se retrouvaient aussi dans des "appels groupés" pour passer le temps ensemble.

Une recherche rapide montre plusieurs sources qui confirment l'usage répandu de tels systèmes. Et l'article est accompagné de quelques commentaire nostalgiques.

Citer
Before Ma Bell came to town, and long before DSL, it was barbed wire, of all things, that brought rural communities together. A Sears telephone hooked up to barbed wire—miles of which were already conveniently strung along fences—connected far-flung ranches in the recently settled American west. Thus an ingenious and unregulated telephone system sprung up a hundred years ago.

More than just physical wire differentiated these rural telephone systems and their more formal urban counterparts. Without switchboards, without individual lines, and without telephone fees, the barbed wire telephone system became its own social network. Today, we might see elements of "personalised ringtones, chat rooms and online music" in this telephone network, as Bob Holmes writes in a feature at New Scientist.

Since the system had no switchboard, every telephone along the fences would ring at the same time. Each house had its own distinctive ring—two short one long, for example—and it was considered impolite to listen in on another's call. Of course, when things got lonely out there on the ranch, there was no guarantee of privacy.

But to expect a network of private, secure connections was all wrong, even in those pre-NSA days. The communal line became a thing unto itself, according to historian Rob MacDougall:


Talk was free, and so people soon began to "hang out" on the phone, just as they do today in online social networks. "People would read the newspaper over the telephone," says MacDougall. "They'd have musical nights where someone would play their banjo, someone else would sing along, and others would listen." The shared line could even serve as a rudimentary broadcasting system. On many fence-phone networks, a single, very long ring would signal a "line call," an announcement of interest to everyone on the system. This might be a weather report, weekly livestock prices, word that the train would arrive late, or news of an emergency such as a prairie fire.

In its heyday, these independent telephone networks supposedly included 3 million people, more than the official Bell system. Sometimes the rural systems became more sophisticated—a switchboard, for example, might operate out of someone's kitchen—but it worked remarkably well in its simplicity.

Insulators to improve the phone connection, especially during rain, were made of whatever cowboys could find, including leather straps, corn cobs, straps of tire. Glass is a particular good insulator, as you might expect:

Before Prohibition came in 1919 every town had at least one saloon and most had several. Saloons discarded bottles—beer bottles, whiskey bottles, wine bottles. You name it, if it came in a bottle and could be consumed for pleasure, saloons stocked it and, when the bottles were empty, discarded them. Glass is one of the best electrical insulators there is. Bottles were collected from behind the saloons, the necks were broken off, wooden pegs were whittled to fit into the broken bottlenecks, holes were drilled in the pegs, and the "glass insulators" were nailed to fence posts.

By the 1920s, most of these fence line phones were replaced by formal company systems. Barbed wire fences still abound today at borders keeping people either in or out. For few decades there, though, barbed wired brought people not apart but together.


Et je trouve ce commentaire particulièrement croustillant :

Citer
My friend and I did something very similar to this when I was 8 or 9. We lived about 4 miles apart, but there was a big cow field between our houses. It wasn't barbed wire, but electric fence wire. The fence had 6 strands, but only the top and bottom were electrified. We ran cables from each of our houses to the fence and hooked two phones up with a 12V Power Wheels battery in between. Since the phones were touch tone and wouldn't ring or dial, we used the other two fence wires to carry a buzzer signal to let us know to pick up the phone so we could talk. "Call" quality was actually pretty decent.

Our little system worked great that summer until the neighbor who owned the field, unaware of the telecommunication system piggy-backing on his fence, decided to electrify the rest of it. Blew up both phones and popped the battery like a firecracker (luckily the battery was outside). Parents weren't happy but were still impressed by what we had done. They bought us CB radios, so I guess it worked out in the end.

I can't believe this was a real thing!

07 février 2022 à 11:23:05
Réponse #1

Tompouss


Punaise c'est tout con quand on y réfléchit mais il fallait y penser.

Quant à l'anecdote à  :doubleup:
Everybody swears that they are solid, but ice is solid too... until you put some heat on it.

07 février 2022 à 11:35:00
Réponse #2

Kilbith


Merci!



Cela me fait penser aux systèmes de communication existant au XIX.

Tu proposes un système relativement "high-tec" mais construit de façon décentralisée. A l'opposé on peut aussi concevoir un réseau "low-tech" mais sous réserve d'un système centralisé.

Un bon exemple est le télégraphe Chappe, mais qui n'était possible que dans un état centralisé comme la France de la fin du XVIII : https://www.lowtechmagazine.com/2007/12/email-in-the-18.html




Un peu plus tard, le télégraphe va permettre de développer les premiers réseaux mondiaux. Ici aussi il fallait un système unifié (par exemple les USA ou l'Empire Russe).

Mais surtout, une fois les différentes conventions stipulant que la mer était "à tout le monde" (en accord avec les thèses de Grotius des le XVII*) en commençant par les détroits (seulement quand ça les arrange **), au plus grand profit des puissances maritimes industrialisées libérales, a été affirmée et sécurisé (ex : les différentes guerres barbaresques menées par les USA au début du XIX en méditerranée ***) : On va voir exploser les liaisons transcontinentales.

Techniquement, le Gutta Percha a commencé cette révolution dans les années 1860 :

1858


Très rapidement :

1865


Et une génération ans plus tard l'Empire Britannique pouvait relier ses possessions comme Rome avait fait avec son réseau routier :




Source : https://socks-studio.com/2012/03/01/the-very-corporeal-infrastructure-behind-the-immaterial-network-history-of-the-international-submarine-cables/

La "globalisation" est plus ancienne qu'on le pense généralement...


* https://fr.wikipedia.org/wiki/Hugo_Grotius
** https://en.wikipedia.org/wiki/Treaty_of_the_Dardanelles
*** https://en.wikipedia.org/wiki/First_Barbary_War




« Modifié: 07 février 2022 à 12:39:09 par Kilbith »
"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

07 février 2022 à 14:19:22
Réponse #3

Chill


'llo,

Sans parler d'antiquités aussi vénérables que celles que mentionne Kilbith, j'ai utilisé vers 1983-1985 des généphones sur des sites SNCF ou RATP, avec quelque fois des câbles improvisés, mais toujours avec succès.

En 1972, un texte d'une trentaine de mots aurait été transmis en morse optique en vallée de Seine, de St Germain en Laye à Jumiège, en moins d'une heure et par des 12-17 ans ...

     Chill.
"Un sauveteur isolé est en mauvaise compagnie."

07 février 2022 à 20:12:20
Réponse #4

Rantanplan


Si je puis apporter un peu de PAVC pour rebondir sur les câbles sous marins.

On a pu expliquer récemment pourquoi les 1ers câbles télégraphiques sous marins ne fonctionnaient pas ou mal...

Attention ça nique les neurones: l'énergie ne passe pas "dans" le câble (comme on apprend au Lycée), mais au travers des champs électromagnétiques. Or les câbles sous marins étaient certes isolés, mais en plus blindés d'un tressage en acier.

Si bien que l'on pourrait, en bidouillant ces propriétés, transmettre de "l'énergie sans fil".

Vulgarisation ici (avec l'anecdote des câbles sous marins) :
https://youtu.be/bHIhgxav9LY
Rire nous rend invincibles. Pas comme ceux qui gagnent toujours mais comme ceux qui n'abandonnent pas. - Frida Kahlo

08 février 2022 à 15:12:38
Réponse #5

Karto


Ha bin bravo, si on vous laisse continuer vous allez nous faire toute une section dans un sujet.  ;#

Vulgarisation ici (avec l'anecdote des câbles sous marins) :
https://youtu.be/bHIhgxav9LY

N'empêche que le résultat qu'il donne à son expérience de pensée avec l'ampoule, là, reste complètement faux. J'espérais voir un truc un peu cool, mais en fait il a juste remplacé une intuition fausse par une autre.  :'(
(mais on serait sûrement bien HS à développer)



Citer
Tu proposes un système relativement "high-tec" mais construit de façon décentralisée.

Pouvoir fabriquer des téléphones puis les brancher sur des barbelés, c'est sûr, ça arrive après l'empilement de découvertes pendant quelques siècles, et une industrie pour rendre les composants accessible. En ce sens c'est high tech.
Mais une fois qu'on fait redescendre cette science dans une forme assez simplifiée pour l'appeler "culture G", et pour des gens qui peuvent accéder à des "chutes" d'objets industriels (du fil de cuivre, quelques aimants permanents, et pourquoi pas le luxe d'une batterie au plomb...), la réalisation d'un tel réseau est bricolage assez facilement accessible. Assez pour que des bouquins pour enfants de ton époque proposent comme activité du mercredi de fabriquer son propre microphone ou son propre écouteur. :)

08 février 2022 à 18:42:54
Réponse #6

Kilbith


Oui, ce n'est pas très compliqué c'est pourquoi j'ai écris "relativement" Hitec. En fait c'est un produit de la deuxième révolution industrielle, celle comprenant l’électricité.

Mon propos était plutôt de souligner qu'une technologie était aussi dépendante du système socio-technique qui l’accueillait.

Le télégraphe Chappe montre qu'un truc simple techniquement (des techniques existant avant la révolution industrielle) pouvait être efficace, mais seulement dans un monde centralisé. D'ailleurs une partie du réseau est tombé en vrille avec la fin de l'Empire Français.

Ce que j'aime particulièrement dans ton exemple de téléphone utilisant les barbelés, c'est le coté "décentralisé" de la construction du réseau. L'optimum n'est pas global mais local. C'est sympa aussi.

Juste pour l'anecdote : quand le télégraphe Chappe a été concurrencé par le télégraphe électrique (type Morse) les opérateurs sont devenus obsolètes. Comme on est en France, plutôt que les licencier ou de les former....

....on a mis au point un adaptateur "Morse vers Chappe", une sorte d'usine à gaz. Il est visible sur Paris. 

"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

09 février 2022 à 08:06:32
Réponse #7

raphael




N'empêche que le résultat qu'il donne à son expérience de pensée avec l'ampoule, là, reste complètement faux. J'espérais voir un truc un peu cool, mais en fait il a juste remplacé une intuition fausse par une autre.  :'(
(mais on serait sûrement bien HS à développer)



C'est rigolo que cette vidéo arrive ici, je suis tombé dessus par hasard et le vaste débat qu'elle a suscité sur youtube est intéressant. https://www.youtube.com/watch?v=2Vrhk5OjBP8

En fait des que l'on essaye de comprendre la base de certains acquis technologiques très banals, on arrive vite a chatouiller les limites de la compréhension des phénomènes physiques.

C'est pareil pour la thermique, les matériaux, ...

Une belle leçon d'humilité, on peut toujours ressortir les bouquins The Feynman Lectures on Physics  8)
Se connaitre et s'accepter


 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
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