Bonjour,
Un petit retex sur une ballade d'une semaine en Laponie suédoise, dans le même esprit que celui que j'avais commis l'année dernière.
ici :
http://www.davidmanise.com/forum/index.php?topic=65066.20donc pas de "reportage photos" et assez peu de "marques". Juste quelques remarques et conseils de façon à vous faciliter le "passage à l'acte" éventuel.
Le contexte cette fois-ci est toutefois différent puisque c'est une randonnée familiale (adolescent 14 ans et épouse), que nous randonnions en rejoignant des cabanes chauffables (et non "chauffées", grosse nuance!) et que c'était assez tôt dans la saison (mi février).
En général les cabanes avaient été ouvertes la veille, ce qui explique les conditions d'installations spartiates (cabane très froides, peu ou pas de bois ou d'eau d'avance...). C'est généralement nous qui "avons fait la trace" pour les personnes suivantes. Evidemment, nous avons exploité les traces de ski-doo quand c'était possible.
C'est un parcours que nous avions déjà pratiqué mais en été, donc connu de l'ensemble du groupe. Quelques commentaires ici :
http://www.davidmanise.com/forum/index.php/topic,10607.msg337811.html#msg337811Transport par avion/train, l'ensemble du matériel (y compris raquettes et bâtons) sont contenus dans trois sacs. Pas de surtaxe aérienne et de prise de tête : on est en vacances!
Les acteurs :Nous sommes donc trois personnes et formons un groupe ayant l'habitude de fonctionner ensemble depuis de nombreuses années.
Les trois personnes ont l'habitude de la randonnée et ont aussi une certaine habitude de la vie en communauté (refuge) ou sur le terrain (scoutisme).
Elles connaissent le parcours pour l'avoir effectué en été, et pour l'un d'entre eux plusieurs fois, y compris en hiver.
Dans le cadre de cette randonnée, le groupe à un leader "naturel" disposant d'une certaine autorité reposant sur le principe de la "plus grande compétence". Je mesure que les lignes ci-dessus ne sont pas très fun, mais ce sont des points fondamentaux.
Contraintes spécifiques:Personnellement, j'aime me confronter aux éléments et profiter des occasions pour approfondir les techniques "improvisées" (abusivement dites "de survie"). Mais ce n'est absolument pas une motivation pour mes deux compagnons lors de cette randonnée. Il fallait donc que cette expérience soit "confortable" pour constituer une expérience valable. Pas question d'avoir froid, d'être épuisé ou de de se surpasser...tout du moins sur un mode volontaire.
Quand on est un adulte randonnant régulièrement, on dispose d'un matériel abondamment testé. Ce n'est pas le cas d'un jeune en pleine croissance.
De plus, cela n'a pas grand sens d'équiper un jeune d'un équipement cher et spécialisé pour seulement quelques mois.
Nous avons donc profité de la "fenêtre" actuelle qui fait que mon cadet a approximativement la même corpulence que mon épouse (en gros, 1.60 m et 45kg). On pouvait donc taper dans le stock de vêtement commun.
Matériel "de survie".Tout le matériel emporté est un matériel "de survie" dans ces environnements. Mais je vais ici m'axer sur le matériel qui ne devait servir que si un problème imprévu arrivait.
Je précise que nous randonnions entre des cabanes éloignées au plus d'une vingtaine de kilomètre, sur des pistes balisées le plus souvent et relativement fréquentées. Le terrain est techniquement facile (la Laponie c'est assez plat) avec une progression en raquette de l'ordre de 3km/h en moyenne, soit des étapes de sept heures.
Dis comme ça, on pourrait penser à une promenade. Mais ceux qui ont un peu d'habitude de ces milieux, savent que progresser en galérant à la vitesse de 2 km/h est courant, et par -20°C avec un vent de face et des paquets de neige dans la tronche...10h heures c'est long, d'autant plus qu'une partie conséquente se fera "en nocturne".
- Une pelle légère (pas de risque d'avalanche) pour disposer à la fois d'un ancrage dans la neige et pouvoir pelleter. Attention, comme une grande partie de la Kungsleden est au dessus de la limite des arbres, la neige est souvent peu épaisse (soufflée par le vent).
- Un tarp en silnylon de 2.5*1.5m avec son cordon pour le lier lors du déploiement. Il devait assurer la protection contre le vent et/ou la neige en cas d'immobilisation forcée.
- Une grande couverture de survie épaisse. Pour mettre sur le sol et la signalisation.
- 3 sacs de couchage en couverture de survie. Pour avoir une barrière étanche et coupe vent à nos petits sacs de couchage. Ou servir de VBL en cas de blessé mobilisant plusieurs sacs.
- Un petit réchaud à alcool solidifié et un quart nalgène. Nous n'avions pas d'autre réchaud puisque tout est disponible dans les cabanes.
- 3 "bout de mousse" de 50*60 cm. Evidemment ce matériel n'est pas spécifique "survie", mais c'est tellement important que je le signale.
- 1 lampe de tête puissante, à boitier de pile détachable de type Black Diamond Icon Polar (par ailleurs deux autres lampes de tête plus communes tikka). Disons le tout de suite :
une vraie m*rde qui a rendu l'âme alors que je m'en suis très peu servie (juste l'année dernière) et que je l'ai parfaitement entretenue.
- 3 paires de VBL pour les pieds. 2 surbottes intégrales pour moi et mon épouse. Une paire de bottillon en duvet Valandré.
- Une paire de moufle "grand froid" en plus pour chacun d'entre nous. La paire de ma femme (moufle Valandré) s'est avérée être son équipement standard au final.
- Un masque de ski et une protection de visage coupe vent pour nous trois. En plus d'un système assurant un service presque équivalent en dehors de situations épouvantables.
- Raincut haut et bas pour ceux non équipes de vêtement imper/respi en cas de pluie (non prévue à la météo THEORIQUEMENT).
- petit matos standard, chaufferettes chimiques...
Les extrémités.On peut randonner avec à peu prêt n'importe quoi en ce qui concerne le corps, sous réserve que ce soit coupe vent et que l'on connaisse les limites de son équipement. Mais, le truc qui demande d'être ua point c'est la protection des extrémités. Pour le visage, les mains , les pieds, les erreurs se payant cash et ce n'est pas une légende.
- Pour le visage, la capuche est indispensable. Elle doit être complétée par un chapeau raisonnablement coupe vent mais couvrant obligatoirement les oreilles. Comme nous portons des lunettes nous avons une préférence pour les casquettes à visière et oreille. Elles protègent de la neige et assez bien du vent avec le complément d'un buff pur les conditions normales.
Il faut absolument vérifier qu'elles permettent l'utilisation pratique de la capuche, des lunettes de ski et du masque afin de former un ensemble cohérent.
-Pour les mains nous avions un classique "sous gant+isolant+surmoufle". Les sous gants sont portés tout le temps, l'isolant doit pouvoir sécher facilement (on ne porte deux) et la surmoufle offre une protection contre les éléments.
C'est très difficile de déterminer la bonne combinaison pour chaque personne. Cela dépend de beaucoup de facteur, dont le reste de l'habillement. Personnellement je portais des sous gants odlo assez épais (merci Guillaume) avec le plus souvent juste les Heatboost de chez D4. En gros de -2°C à -10°C. Par température plus basse et du vent, je complétais par une moufle en mouton retourné (solide et donc pratique pour traiter le bois et le feu). C'est ok pour moi jusque vers -20°C en progression. En dessous j'avais une paire de moufle en primaloft.
Ma femme a eu froid avec un système semblable "sous gant fin D4+moufle polaire au poil épaisse+surmoufle" dès -10°C. Au final elle a porté des moufles en duvet valandré de -2°C à -15°C. C'était possible parce que nous pouvions sécher l'équipement le soir.
Mon fils s'est débrouillé avec des sous gants D4, une doublure moufle en ouate synthétique et les sur gants heatboost. Le premier jour il a eu froid avec ses gants "goretex de ski" et a accepté de porter les doublures moufles (comme c'était prévisible...).
Le second jour (-15°c et vent 50km/h, WindChill genre -25°C) il a eu froid avec cet équipement, ce qui m'a étonné. Je lui demandé si ce qu'il portait sous sa ventile (normalement un sous vêtement warm odlo et une veste polaire 200g de chez regatta) était bien fermé. Il m'a répondu oui. Comme, par expérience mainte fois validée, "la confiance n'exclue pas la vérification"....j'ai vérifié par moi même.
Et, évidemment, le sous vêtement et la polaire était restées grand ouvert! En général si on a durablement froid, c'est que l'on n'est pas assez couvert sur le tronc pour l'activité et les conditions rencontrées.
- Pour les pieds, mon fils ayant des bottes Sorels montante sous une salopette/pantalon de ski en goretex légèrement doublée et disposant d'une guêtre intégrée, je n'avais pas prévu beaucoup plus. Il avait juste le classique "sous chaussette liner+grosse de laine" classique avec du rechange. Juste quelques sacs pour faire VBL en cas d'immobilisation prolongée. Doublures devant être impérativement et scrupuleusement séchées chaque nuit à l'étape!.
Ma femme avait des chaussures Columbia bugaboot doublées de synthétique (genre 200g thinsulate) donnée pour du -25°C (ce genre d'indication est totalement bidon). Les chaussures assez larges pour supporter sous chaussette+grosse laine. Au besoin elle disposait de chaussettes VBL et de surbottes en nylon englobant la chaussure. En cas d'immobilisation prolongée elle avait des botillons en duvet Valandré (pouvant faire aussi moufle de secours). Elle s'est montrée staisfaite de ses chaussures (nous avons seulement du -15°C)
J'avais une paire de chaussure large de chez Lowa avec un système similaire à celui de ma femme. Je n'ai pas eu froid.
Ce qui a fonctionné :- Les chaussures de randonnée de type Lowa et Columbia, une taille au dessus pour avoir un système de double chaussette, disposant d'une légère isolation se sont avérées très adaptées. Mais il n'a pas fait très froid (environ -15°C maximum) cette année
ET nous avions la possibilité de les faire sécher chaque soir grâce à un poêle.
- Une veste de type Paramo System. On est protégé du vent (on a eu au moins du 50km/h de face par -15°C) et on reste au sec. Elle était complétée par une "demi raincut" pour le haut (si pluie).
- Un anorak en ventile. Aussi bon dans ces conditions que du Paramo. Peut être supérieur si on avait eu plus froid, mais moins bon s'il avait plu. Il était complété par une raincut (pour la pluie éventuelle).
- Des pantalons en goretex (du vrai). Ils ont bien fonctionné pour ces conditions pas très froides et avec une activité la journée. Il ont été complété par des collants au besoin.
- Un pantalon en tissu stretch polyester (type Guide Patagucci) très coupe vent. Il n'a pas de membrane, évacue très bien l'humidité et la neige ne s'y accroche pas. Il est très déperlant, mais c'est insuffisant sous la pluie installée, il est alors complété par un (très léger) pantalon en microfibre totalement coupe vent et déperlant. Il n'a pas de guêtre intégré et nécessite donc le port permanent de guêtre.
Ce qui n'a pas fonctionné.- La lampe de tête Icon polar de chez Black Diamond.
Un court circuit la fait brûlée le cinquième jour. J'ai peut même risqué un incident plus grave (genre explosion du boitier de pile ou incendie dans une poche...).
Cette lampe n'avait servie que l'année dernière une dizaine de jour, avait été stockée démontée et au sec. C'est avec le même jeu de pile que l'année dernière qu'elle s'est mise à cramer. Évidemment lampe HS.
- Un sac à dos "Lowe Alpine light" une partie du tissu (il est composé de plusieurs panneau) s'est totalement délaminée (enduction interne hydrolysée). Comme ce n'est que le tissu "vert" et pas les autres panneaux, ce n'est pas du à un mauvais traitement excessif préalable (type : stockage mouillé ou dans un lieu humide). Mais bien à un tissu de mauvaise qualité.
Les problèmes rencontrés (pas directement imputables au matériel).- De grosses ampoules sous le pied le second jour pour mon cadet. Il portait des bottes Sorel de type "caribou" avec un système de double chaussette de qualité (polypro HH+laine smarwool).
On avait testé préalablement lors de deux randonnées préalables en raquettes de plusieurs heures en montagne. Mais ce n'est pas comparable avec 7/8 heures de marche sur le plat. Au bout d'une longue journée, le moindre frottement devient un problème.
Géré avec du compeed+élastoplaste et une journée de repos (prévue comme marge de manœuvre et pour la sécurité). On a par la suite revue le programme à la baisse.
Commentaires. - La partie objectivement la plus dangereuse dans ce genre de randonnée....c'est la coupe du bois. A la fin de chaque étape, alors que l'on est fatigué, on doit scier du bois gelé et le fendre avant de pouvoir allumer le poêle et le chauffer (normalement il devrait rester du bois dispo et on devrait le faire seulement pour recompléter, mais là nous faisions l'ouverture des cabanes).
Comme en plus le matériel disponible est médiocre (fendoir ne panne, hache très usées et non aiguisées, scie non avoyées...) c'est laborieux.
Bref, chez nous pas de casse (juste de petits pets habituels) mais on a constaté de visu un pied retaillé à la hache chez un randonneur anglais.
Donc, ne pas arriver trop fatigué à l'étape, être confortable (vêtement chauds et secs) avoir des gants et de la technique est fondamental.
- La sécurité c'est porter léger. Ce qui ne veut pas dire "porter trop léger". Je l'ai encore une fois constaté : plein de randonneurs avaient des sacs énormes et arrivaient bien après nous
totalement épuisés. Pourtant nous avions fait la trace.
Ils n'avaient donc aucune ressource physique pour faire face aux aléas. Plusieurs fois j'ai dû leur fournir le bois que je venais de couper ou l'allumage du poêle. Quasi systématiquement l'eau que j'avais collecté (c'est parfois sportif sur la kungsleden).
- Porter léger, c'est porter "ce qu'il faut". J'ai encore constaté que des gens ont des sacs énormes...avec dedans plein de trucs inutiles et/ou dangereux.
Par exemple, nous avions des doudounes en synthétique pour mettre en 4ème couche. Cela nous aurait permis d’affronter un temps très froid ET de continuer à progresser.
Les gens qui avaient de grosses doudounes en duvet (valables pour le bivouac, mais là ils allaient en cabane) n'avaient pas cette possibilité. Ceux qui à cause du froid avaient progressé avec ces doudounes (généralement ne passant pas sous leur troisième couche et donc exposée aux éléments) arrivaient avec es vêtements humides et avaient froid (les cabanes sont glacées quand on arrive, c'est à dire avant d'allumer le poêle et de les chauffer).
- Le matériel ne devrait pas interdire de réfléchir. Et là je pense particulièrement au GPS.
J'ai croisé à deux reprises des jeunes qui progressaient en pulka avec un GPS. Ils étaient hyper bien équipés et tiraient "très lourd" (il y a plein de gens qui se prennent pour des explorateurs polaires alors que l'on est en Scandinavie). Ils devaient donc bivouaquer entre deux baraques (cercle vicieux, plus de bouffe et carburant donc plus lourd, donc plus lent...).
D'une part parce qu'ils étaient trop lourd ou pas assez exercés...mais surtout parce qu'ils avaient pris des itinéraires inadaptés à leur équipement.
Quand on est en pulka et ski, on doit choisir un itinéraire plat, même s'il est plus long sur le papier. Or, ils suivaient "bêtement" leur GPS et la kungsleden qui est prévue pour des randonneurs sans pulka.
J'ai du leur indiquer qu'il était plus judicieux de passer par les "lacs" (un peu plus bas) qui permet au ski+pulka d'exprimer pleinement leurs potentiel.
L'un d'entre eux découvrait la présence du lac!!!!! Il n'avait donc pas étudié la carte, son itinéraire...et/ou manquait totalement d'expérience et de sens du terrain. Mais il suivait très bien son GPS.

Voilà....je compléterais à l'occasion, et n'hésitez pas à poser des questions.
