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Auteur Sujet: Survivre à son retour d'opérations  (Lu 8047 fois)

18 juillet 2011 à 17:36:53
Lu 8047 fois

Camaro


Dans un poste qui parlait d'Afghanistan, j'avais posté le message suivant :
Citation de: Camaro
On se concentre d'habitude sur "comment survivre en opé", mais la question de savoir "comment survivre à un retour d'opé" mérite aussi d'être abordée.
Et ce n'est pas une question réthorique. Dans certains cas, il s'agit vraiment de survie puisqu'ils y en a qui virent cinglés, alcolos, drogués ou suicidaires. Ou tout ça en même temps  ;D
Et Patrick m'a suggéré d'ouvrir un poste dédié :
Tu peux peut-être en parler dans jungle ordinaire, même si on est loin de "l'ordinaire". Vu le nombre exceptionnel depuis longtemps de soldats engagés en opex ça peut-être utile pour eux et aussi pour leur famille, afin de comprendre ce qui apparaît comme difficile pour ceux qui ne l'on pas vécu.

Ce poste serait principalement dédié à ceux qui veulent partager leur vécu au retour d'opérations, et principalement les difficultés que cela présente dans la réadaptation à la vie quotidienne.
Mais je crois que nous pourrons aussi bénéficier de l'expérience de ceux qui sans avoir été déployés en milieu militaire, ont vécu des choses intenses loin de chez eux. Certaines difficultés sont les mêmes.

En ce qui me concerne, le plus pénible c'est la frustration engendrée par la (non) communication avec les proches.
Quand on a vécu des choses intenses, on a envie de les raconter, de les partager, et parfois de les exorciser par la parole.
Mais ceux à qui on voudrait le raconter ne peuvent pas comprendre. Non pas qu'ils soient idiots, mais il y a des choses qui ne sont compréhensibles que par ceux qui les ont vécues.

Quand j'essaie d'expliquer ça, je prends souvent l'exemple du randonneur.
Comment expliquer à quelqu'un qui ne randonne pas, le plaisir jouissif qu'on peut avoir à manger un bol de pâtes à moitié cuites, le soir bien à l'abri sous la tente, alors que dehors il pleut comme vache qui pisse.

C'est la même chose quand on rentre d'opé. On a envie de partager avec nos proches les moments forts que l'on a vécus, mais tout ce qui les intéresse ce sont des choses qui pour nous sont superficielles (t'as bien mangé, t'as pas eu trop chaud, etc).
Alors que les choses qui nous retournent les tripes et qui tournent dans notre tête, ne peuvent être comprises que par nos camarades qui étaient là aussi.

Le risque pour certains est alors de s'isoler (ce qui est très mal perçu par les proches quand on a été absent pendant 6 mois) ou même de sombrer.

Voilà, à vous de partager vos expériences.
Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ... mais parfois ca fait vachement mal.

18 juillet 2011 à 18:31:25
Réponse #1

Nävis


Merci de prendre l'initiative d'ouvrir ce sujet important pour pas mal de personnes. Qui concerne les militaires, mais aussi les personnels des forces de l'ordre ou les professionnels de l'urgence.

En ce qui me concerne, le plus pénible c'est la frustration engendrée par la (non) communication avec les proches.

En même temps, je pense que la famille et les proches n'ont pas forcément à supporter le poids des informations partagées. Non seulement parce que ce n'est pas leur métier, mais aussi afin de protéger cette sphère familliale qui est indispensable pour se ressourcer. Qui représente les valeurs à préserver.
Ce qui ne veut pas dire que la communication doit être absente, mais prudente, et certainement insuffisante pour "se sentir compris".

A ce stade, j'ai une question: qu'est ce qui est le plus difficile à supporter dans cette non-communication?
Ne pas pouvoir reparler des événements vécus, pour les digérer et les accepter petit à petit.
Ou le sentiment de ne pas se sentir reconnu comme ayant vécu des choses particulièrement difficiles? Parceque là, effectivement, en parler avec ses camarades semble bien insuffisant.

18 juillet 2011 à 18:33:04
Réponse #2

akiou


Bah, tu fais comme moi. tu partage avec ceux qui peuvent comprendre, pour les autres tu édulcore; pour la famille: y fait chaud, ça gratte et des fois y a des trucs qui piquent, mais sinon c'était bien mais on est mieux à la maison (même si t'en penses pas un mot et que tu penses à la prochaine mission).
recette perso depuis 20 ans.

18 juillet 2011 à 19:26:32
Réponse #3

Camaro


A ce stade, j'ai une question: qu'est ce qui est le plus difficile à supporter dans cette non-communication?
Ne pas pouvoir reparler des événements vécus, pour les digérer et les accepter petit à petit.
Ou le sentiment de ne pas se sentir reconnu comme ayant vécu des choses particulièrement difficiles? Parceque là, effectivement, en parler avec ses camarades semble bien insuffisant.
Je crois qu'il y a un peu des deux.
D'un côté la frustration de ne pas pouvoir partager avec ceux qu'on aime, les souvenirs et sensations qui nous tiennent à coeur (et aux tripes).
Et d'un autre côté, cette non compréhension de ce qui fait l'exception de ce que nous avons vécu.

Et j'en profite pour ajouter une autre piste de discussion. C'est une frustration que moi je n'ai pas vécue mais qui qui a marqué certains de mes camarades.
En opérations militaires (ou dans les fonctions assimilées dans le cadre de cette discussion), on existe. On a un place connue et reconnue. Tout le monde sert à quelque chose dans l'organisation, quel que soit le niveau hiérarchique.
Mais quand on rentre chez soi, certains ont l'impression de ne plus avoir cette utilité, cette place. Soit parce qu'elle n'est pas reconnue par l'entourage, soit parce que soi-même on ne sent plus (aussi) utile.
Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ... mais parfois ca fait vachement mal.

18 juillet 2011 à 19:34:03
Réponse #4

Nathan-Brithless


je n'ai pas de réponse toute faite(je sais, ça fait pas vraiment du signal, ça!!)
je sais qu'il est probable qu'une DES causes de mon divorce devrait etre recherchée dans mon attitude personnelle au retour..
L'eau se referme derriere le poisson qui avance

18 juillet 2011 à 20:09:27
Réponse #5

Solstice


Question : Pour ceux qui sont partis en opex, comment vous gérer le stress et les habitudes au retour? J'explique un peu plus : j'ai une connaissance qui est partie en Afghanistan en opex, au retour, il avait pris des réflexes, au moindre bruit la nuit il avait besoin de vérifier tout chez lui, faire le tour de sa baraque, etc... sinon impossible de dormir. Apparemment ça tenait plus du conditionnement que du stress :-\ Ce genre de comportement si vous connaissez, vous le vivez comment?


PS : je comprends très bien si vous voulez restez discret sur le sujet.

18 juillet 2011 à 20:32:47
Réponse #6

undujura


[post provoc et polémique viré : je ne vire pas undujura parce que le reste de ses apports contient pas mal de signal...  mais c'est pas le genre de post qui est très bon pour son karma, donc je me contente de cet avertissement...  Les opinions très tranchées sur la légitimité des guerres en question n'ont pas leur place dans ce sujet, ni dans ce forum, simplement parce que ça fout la m*rde.  On reste dans le pragmatique, merci.]


« Modifié: 18 juillet 2011 à 21:22:34 par DavidManise »

18 juillet 2011 à 20:38:15
Réponse #7

Camaro


au moindre bruit la nuit il avait besoin de vérifier tout chez lui, faire le tour de sa baraque, etc... sinon impossible de dormir. Apparemment ça tenait plus du conditionnement que du stress :-\ Ce genre de comportement si vous connaissez, vous le vivez comment?
Ma réponse ne fera probablement pas avancer le schmilblick car j'étais déjà comme ça avant  ;D
Mais à mon avis, ça doit être aussi le cas de la moitié des gars de ce forum  :lol:

Mais pour essayer de répondre sérieusement, je dirais que les gars qui ont connu le feu ne sont pas tous devenus des paranos en puissance. L'important c'est d'évaluer la menace. Et dans sa petite maison dans le limousin, il y a quand même moins de raisons d'être sur ses gardes que lors d'une patrouille en AFG.
Quoique ...  :D
« Modifié: 18 juillet 2011 à 20:54:20 par Camaro »
Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ... mais parfois ca fait vachement mal.

18 juillet 2011 à 20:48:32
Réponse #8

Camaro


Message du dessus signalé aux modérateurs, pas la peine de rentrer dedans. ;#
C'est vrai que son message prend un ton délibérément provocateur (et je suppose que c'est ça qui justifie d'être signalé au modo), mais il y a dans son texte un élément qui concerne notre sujet.
Certaines opérations, et plus particulièrement celles en AFG, sont soit très mal vues, soit très peu comprises par la population des pays qui nous y envoient. Et cela contribue aussi au mal-être des gars qui en reviennent.
Ca c'est vu fortement avec les gars revenus du Vietnam, par exemple.
Et pour le gars qui est parti là-bas avec l'impression de servir et qui en revenant au pays se fait soit ignorer soit insulter, il y a de quoi rajouter une couche sur les problèmes déjà évoqués précédemment.

Essayons juste d'éviter le piège de verser dans une discussion sur ce qu'est une guerre juste car d'abord ce serait hors sujet et ensuite il n'y a pas de réponse unanime à cette question.
« Modifié: 18 juillet 2011 à 20:53:38 par Camaro »
Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ... mais parfois ca fait vachement mal.

18 juillet 2011 à 21:01:21
Réponse #9

akiou


Question : Pour ceux qui sont partis en opex, comment vous gérer le stress et les habitudes au retour? J'explique un peu plus : j'ai une connaissance qui est partie en Afghanistan en opex, au retour, il avait pris des réflexes, au moindre bruit la nuit il avait besoin de vérifier tout chez lui, faire le tour de sa baraque, etc... sinon impossible de dormir. Apparemment ça tenait plus du conditionnement que du stress
ça passe avec le temps...
le plus insidieux, c'est de développer un PTSD (post traumatic stress disease), avec un déclenchement très aléatoire dans le temps, et t'es parti vers la dépression ou pire.
Pour ce qui est de la place dans la société, la fonction ni le grade ne font l'homme, c'est ce que tu fais de ces outils qui te détermine...quoi que tu fasses.
Faut juste se rappeler que l'adrénaline est une des drogues les plus puissantes qui soit, et je crois que j'ai vu quelque part que la guerre en est une autre (put**n, je me souviens c'est au début du film Démineurs, bonjour la référence pourrie...)
Et y a pas que les mission au feu qui sont addictives, toutes les expériences en milieu hostile, sportives, risquées, accidentelles.... laissent un sentiment de s'être senti vachement vivant. Plus que de légumer devant secret story et Dechavanne, discipline à laquelle je m'astreint à chaque retour de mission, ça aide a garder la motivation hahahah.
La sensation qui te peine le plus, Camaro, c'est justement que tu peux pas dire ce que t'as fait, parce que t'en es fier, parce que ça soulage, passque, passque,... bah ça aussi ça passe avec le temps. Et pour la Fanfare, y en a jamais, ça aussi c'est dans les films.
Sinon , t'écris un bouquin ou un blog, ça peut être le début de ta solution.
Fab (content d'être de retour parmi vous, après un moment ....euh d'absence.)

18 juillet 2011 à 21:19:18
Réponse #10

Camaro


Sinon , t'écris un bouquin ou un blog, ça peut être le début de ta solution.
Ca je le fais déjà ici et ça fait beaucoup de bien.
J'écris tous les jours quelques lignes qui sont publiées chaque semaine dans un blog que mon patron publie sur l'intranet au boulot.
Ca permet à certains proches de comprendre ce que je vis et ce sera donc plus facile d'en parler en rentrant.
Verbaliser les choses est un excellent moyen de libérer la tension.
Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ... mais parfois ca fait vachement mal.

18 juillet 2011 à 21:30:26
Réponse #11

DavidManise


Verbaliser les choses est un excellent moyen de libérer la tension.

Dans le cerveau, tant que t'as pas formalisé ton vécu et tes sentiments en mots, ça reste du ressenti pur, qui prend racine dans le corps et dans les sentiments.  Une fois que tu l'as formulé en mots, et que tu l'as DIT, ça s'inscrit différemment en toi.  Ca sort du ressenti/physique/émotif et ça devient des souvenirs. 

La base de la prévention comme du soin du SSPT ou du SPT, c'est de verbaliser, d'écrire, de raconter...  de préférence pas à un c*nnard qui va te juger, mais à quelqu'un qui peut comprendre que ce que tu as vu/vécu/fait était humain, et que tout ça c'est de la m*rde pour tout le monde...

Y'en a plein qui trouvent que les débriefings c'est de la branlette, mais c'est vraiment pas le cas.  Ca aide vraiment...  et y'a pas besoin d'être une lopette pour développer un SPT quelconque.  Ca arrive aussi, voire surtout aux gros durs imperturbables qui ne montrent rien.  Y'en a plein qui finissent complètement alcolos, dépressifs, suicidaires, ou plus généralement de vieux cons aigris qui font chier les subalternes ;)

Je suis de tout coeur avec vous les gars.

David
"Ici, on n'est pas (que) sur Internet."

Stages survie CEETS - Weblog

18 juillet 2011 à 21:43:16
Réponse #12

akiou


Y'en a plein qui finissent complètement alcolos, dépressifs, suicidaires, ou plus généralement de vieux cons aigris qui font chier les subalternes ;)
Je te le fais pas dire...on vient d'en avoir un nouveau cette semaine...le mec y met 3 plombes a décider si on sort avec la voiture bleue ou la voiture jaune (c'est un exemple) et y te casse les c*u!lle trois plombes si tu fais une faute d'accent dans un rapport. mais lui,c'est pas concomitant à une expérience traumatique, je crois que c'est de naissance qu'il aime nuire aux drosophiles par le fondement...c'est les pires.
Ne fais surtout pas l'erreur de te couper de tes proches, c'est ça le danger. Continue le Blog et tout ce qui peut te permettre de faire sortir le truc. Et relativise, tous les ainés sont passés par là, et s'en sont sortis.

18 juillet 2011 à 22:04:12
Réponse #13

selva


Bonsoir ,J'avais vu un film il y'a 1 ou 2 ans au ciné "le photographe" avec colin farell, cela traitait du syndrome post traumatique.
Pour ce qui est du retour parmi les siens et ces repères habituels, la comparaison du randonneur est  très proche, comment faire comprendre a ses proches d'une part l'envie, la motivation a aller dans une zone d'instabilité (guerre, épidemies, sismique etc...) alors que l'on semble tout avoir chez soi , et comment au retour expliquer que l'on y etait bien malgré les risques... une très forte implication personnelle dans son travail ou sa passion peut l'expliquer mais est tres difficilement "expliquable ' aux non initiés, du moins a ceux qui partagent le même métier ou la même passion.
Si cela interesse certains j'ai un PDF sur "le depart en mission et le retour en famille" c'est un document de l'armée de terre qui est libre. 
selva!!!!!!

18 juillet 2011 à 22:09:21
Réponse #14

antoinepierre


Je n'ai pas fait d'OPEX et je vais peut-être dire un paquet de conneries.

Je crois que l'expérience de la guerre n'endurcit pas mais au contraire affaiblit.
Le vieil adjudant des troupes de marine a des difficultés à accepter qu'il en a gros sur la patate et que certains soirs il a envie de chialer.
Il faut peut-être accepter ses faiblesses et ses coups de blues, même Rambo a des coups de moins bien.

Pour ce qui est de faire comprendre à ses proches ce que l'on a vécu, c'est simplement impossible.
Seuls ceux qui ont vécus le même type de moments peuvent comprendre.
Donc : on papote avec les copains de préférence pas cons et on évite de prendre le chou à la famille par ce qu'ils ne comprennent pas.

19 juillet 2011 à 10:29:05
Réponse #15

Camaro


Si cela interesse certains j'ai un PDF sur "le depart en mission et le retour en famille" c'est un document de l'armée de terre qui est libre. 
Ca peut être intéressant pour tout le monde.
Est-il sur le web? Dans ce cas, juste un lien suffira.
Merci
Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ... mais parfois ca fait vachement mal.

19 juillet 2011 à 10:41:15
Réponse #16

amba83


Je n'ai pas d'expérience perso du sujet, j'espère ne pas être HS.
Traditionnellement chez les Navajos, société où les notions de Beauté et d'Harmonie sont fondatrices,
il existe (existait?) une cérémonie spécifique pour le départ et une pour le retour des guerriers. Par ce
rituel, tout ce qui se passait pendant la période d'opérations était mis à part du fonctionnement usuel
de la société. Le guerrier la réintégrait profondément "remis à neuf" sans continuer à porter les faits ou
les actions survenues. Peut-être une piste?

19 juillet 2011 à 10:51:39
Réponse #17

DavidManise


Je n'ai pas fait d'OPEX et je vais peut-être dire un paquet de conneries.

Je crois que l'expérience de la guerre n'endurcit pas mais au contraire affaiblit.
Le vieil adjudant des troupes de marine a des difficultés à accepter qu'il en a gros sur la patate et que certains soirs il a envie de chialer.
Il faut peut-être accepter ses faiblesses et ses coups de blues, même Rambo a des coups de moins bien.

C'est pas une question de force ou de faiblesse.  Rien à voir.  C'est juste une question de lieu de stockage des souvenirs pénibles.  

Si tu racontes pas, si tu écris pas, ça reste coincé dans le corps et dans les émotions (les neurosciences expliquent très bien le phénomène, et démontrent que les émotions sont avant tout des sensations corporelles).  Quand on DIT ou qu'on ECRIT ces choses là, ça déplace le lieu de stockage des infos du corps vers les pensées abstraites, d'ordre rationnel.  Et de fait, on arrête d'avoir des réponses physiologiques intenses quand on revisite ces moments pénibles.  Le corps peut désormais faire la différence entre le passé et le présent.  Tu te retrouves plus en train de te prendre un bain d'adrénaline avec sueurs froides, tachycardie et l'envie de tuer alors que t'es en train de faire tes courses ou bien au calme dans ton salon...  Tu n'oublies rien, ça reste de mauvais souvenirs, mais ils deviennent ce qu'ils sont : du passé.  Et quand tu y repenses, ton corps reste calme.

Un super bouquin sur le sujet, qui explique vraiment bien le mécanisme de tout ça en mots relativement accessibles : Le corps se souvient : Mémoire somatique et traitement du trauma.  Ca m'a permis de comprendre pas mal de trucs sur mes petits démons à moi ;)

Ciao ;)

David
"Ici, on n'est pas (que) sur Internet."

Stages survie CEETS - Weblog

19 juillet 2011 à 11:22:02
Réponse #18

Kilbith


Je crois que l'expérience de la guerre n'endurcit pas mais au contraire affaiblit.

Je ne voudrais pas discuter une "croyance" car elle appartient à chacun d'entre nous et n'est pas discutable. Mais tu admettras qu'elle n'est pas obligatoirement "partagée".   :)

Dans nos sociétés contemporaines il est de bon ton de rejeter/nier la douleur et la mort. Par exemple, est-il besoin de rappeler que notre code, et un ensemble d'engagement internationaux, excluent totalement le recours à la peine capitale. Paradoxalement, cela ne nous empêche pas (collectivement) de décider de mener tel ou tel conflit de par le monde tout en acceptant par avance les morts, les blessés, les souffrances infligées à l'ennemi, à nos troupes. On accepte même d'avance les "bavures" inévitables.

Nos sociétés gèrent (plus ou moins) ce comportement schizophrénique et espèrent que les acteurs de premier rang (je précise "premier rang" parce que quand un soldat français tue, c'est bien moi qui l'arme par mes impôts et mon vote, il n'est que l'agent final d'un processus démocratique) vont gérer cela au niveau individuel. Il y a inévitablement des "ratés".


AMHA : C'est cette "schizophrénie collective acceptée", spécifique à nos sociétés modernes, qui peut provoquer des troubles dans certain cas. Pour caricaturer, comment gérer à la fois "le glorieux pilote de Rafale" et "l'infâme tueur en série" ? Pour ce faire, les "rites" peuvent aider afin de nous faciliter la dissociation des deux cas dans nos esprits. Mais ils ont des limites.


On pourrait aussi éviter cette schizophrénie en évitant ce que l'on appelle les "dissonances" mais là il faut modifier la société. Soit en se convertissant à la non violence totale (mais alors il faut en accepter les limites et les inconvénients surtout si la conversion n'est pas universelle) ; soit en adoptant une vision "guerrière" de la société. C'est aussi une option possible :

Genghis khan :

« Le devoir des Mongols est de venir quand j’appelle, d’aller quand j’ordonne, de tuer qui j’indique.[...] Le plus grand bonheur du Mongol est de vaincre l’ennemi, de ravir ses trésors, de faire hurler ses serviteurs, de se sauver au galop de ses chevaux bien nourris, de se servir du ventre de ses femmes et de ses filles comme de couches et de prendre plaisir à leur beauté... »


Il ne devait pas y avoir beaucoup de "syndrome post traumatique" dans la société mongole. ;# (C'est plus simple de parler des mongoles que de développer sur "Dieu le veult")

Au final, il me semble (donc je suis dans la croyance) qu'entre ces deux extrêmes il est peut être mieux d'assumer de gérer d'éventuels problèmes psychologiques chez nos soldats. C'est cela aussi servir. En revanche, ce qui est inacceptable c'est de nier ce problème et de les laisser dans la mouise, affronter seuls ces conséquences logiques de nos choix collectifs.

 :)

« Modifié: 19 juillet 2011 à 11:36:35 par kilbith »
"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

19 juillet 2011 à 11:39:55
Réponse #19

DavidManise


Genghis khan :

« Le devoir des Mongols est de venir quand j’appelle, d’aller quand j’ordonne, de tuer qui j’indique.[...] Le plus grand bonheur du Mongol est de vaincre l’ennemi, de ravir ses trésors, de faire hurler ses serviteurs, de se sauver au galop de ses chevaux bien nourris, de se servir du ventre de ses femmes et de ses filles comme de couches et de prendre plaisir à leur beauté... »


Il ne devait pas y avoir beaucoup de "syndrome post traumatique" dans la société mongole.  ;#

Je pense (mais c'est peut-être moi qui pige mal) que tu confonds les syndrômes post traumatiques et le sentiment de culpabilité / honte (ou de juste colère) que vivent certains soldats face au jugement social sur ce qu'ils ont fait...

Les Mongols de Gengis Khan avaient le même système nerveux que nous, et devaient aussi avoir divers types de SPT.  Possible que pour eux ce qui soit franchement traumatisant soit plutôt la honte sociale ou la défaite que la souffrance ou la mort, mais il n'y a aucune culture qui ne connaît pas la peur...  ne serait-ce que la peur de montrer sa peur ;)

Pas mal de psys dans l'armée sont à côté de la plaque justement parce qu'ils ne collent pas à la culture souvent un peu "macho" de certaines boutiques : ils demandent à des mecs dont la plus grande peur est de montrer qu'ils sont faibles de parler de leurs émotions et de leurs peurs...  Belle démonstration de finesse ::)

En revanche, j'adhère totalement au dernier paragraphe :

Citer
Au final, il me semble (donc je suis dans la croyance) qu'entre ces deux extrêmes il est peut être mieux d'assumer de gérer d'éventuels problèmes psychologiques chez nos soldats. C'est cela aussi servir. En revanche, ce qui est inacceptable c'est de nier ce problème et de les laisser dans la mouise, affronter seuls ces conséquences logiques de nos choix collectifs.

Là : :akhbar:

Ceci dit, il reste du boulot.  Vu comme on traite pas mal de blessés, mutilés, handicapés de guerre...  les plaies de l'âme, invisibles et souvent enfouies, sont vite glissées sous le tapis.  Heureusement ça change un peu, paraît-il, mais bon...  Je lisais ce matin une phrase de St-Ex, sortie du clavier d'un pote instructeur à Lorient : ""Le soldat n'est pas un homme de violence. Il porte les armes et risque sa vie pour des fautes qui ne sont pas les siennes. Son mérite est d'aller sans faillir au bout de sa parole, tout en sachant qu'il est voué à l'oubli"
Antoine de Saint Exupéry."

David
"Ici, on n'est pas (que) sur Internet."

Stages survie CEETS - Weblog

19 juillet 2011 à 12:05:56
Réponse #20

Chris-C


En faite à lire ce post, je comprend que le problème c'est que l'on "conditionne" des personnes pour accomplir une tache, mais
que l'on oublie de les repasser par un sas de déconditionnement une fois le boulot fait.
Et pourtant rien n'est plus diffèrent entre la vie professionnelle et le retour à la maison.

Du coup la vocation de se post serait de permettre au concerné d'avoir un lieu pour en parler et peut être trouver des moyens
de gérer l'équilibre.

Pour commencer il y a une chose qui me frappe souvent quand je discute avec des personnes qui ont des métiers à risque c'est le coté
"je me fait chier à la maison"
je cite (pas pour polémiquer mais pour comprendre:
-
Citer
mais on est mieux à la maison (même si t'en penses pas un mot et que tu penses à la prochaine mission)

du coup je me demande qu'elle est l'intérêt d'avoir une maison et tout ce qui va avec, si ça aide pas?
Si je croise ça avec une phrase attendu dans de la bouche d'un ancien militaire, qui formait de jeunes engagés
Citer
" ils débarquent, ils ont 20 à 22ans mariés 2 gamins!!! qu'est ce que tu veux que j'en fasse....  

Je sais pas pour vous, mais moi ce genre de phrase ça fait comme un électrochoc, entre le coté hyper réaliste de la situation (si on prend en compte la finalité de la formation) et le quotidien "civil".
Pas étonnant que les retours soient difficiles, faut un sacré recul pour passer d'un théâtre d'opération à changer les couches de son nouveau née, trouver ou est rangé la lessive pour le linge blanc ou couleur..........

Pas question ici de refaire le monde, mais faut absolument trouver des solutions et les partager.

J'ai pas lu le livre proposé par David, mais le titre me fait penser au discussion que j'ai avec mon osthéo.
Le corps comme l'esprit conserve des énergies résiduelles négatives (dans le sens pas bon pour nous) à chaque traumatisme. D'après son expérience et sa longue pratique de soins cette énergie ce transmet dans la famille tant que le problème n'est pas traité. Certain
traumatisme physique et/ou psychologique survenu dans la petite enfance, oublié au point de devoir questionner les anciens pour avoir des réponses, se trimballe comme des casseroles souvent trop lourdes. Ce qui "peu" expliquer que certain bascule très vite suite à un autre choc plus tard.

Un exemple qui m'a été raconté toujours par mon hostéo qui explique la mémoire du corps .
Mr A ce promène en ville, l'esprit rêveur, il est 11h59, il traverse la route sans prendre garde à la circulation, une voiture freine, les pneus
crissent, la cloche de la petite église de la place sonne les 12 coup de midi. Mr A est renversé par la voiture.
Des années plus tard, par une belle journée dont la luminosité rappelle la journée de l'accident, Mr A est sur le trottoir, les cloches se mettent à sonner et une voiture freine pour éviter un ballon qui rebondit sur la voir de circulation. Mr A tombe sur le trottoir.

Tout les éléments enregistrés par le cerveau le jour de l'accident et mis en concordance avec le choc, sont resté là, enfouie dans un lieu de stockage oublié. Lorsque les mêmes éléments resurgissent, le cerveau "shunt", sûrement par soucis de protection (déduction perso)

Il faut donc une aide pour évacuer ces énergies et vider les mémoires résiduelle. Il n'est pas rare que certain patient fonde en larme
lorsque l'hostéo débloque certain noeud énergétique, responsable de douleurs et déséquilibre. On retrouve en faite les mêmes problèmes liés au stress chronique.

Je pratique le Yoga depuis 2ans, je vais chez l'osthéo ( je l'appelle mon chaman  :D ) tout les 6 mois si pas de blessure particulière
et j'ai la net sensation de mieux gérer les soucis à la con et surtout qu'ils m'impactent moi.
Peut être chercher de se coté là....



Citer
Mais ceux à qui on voudrait le raconter ne peuvent pas comprendre. Non pas qu'ils soient idiots, mais il y a des choses qui ne sont compréhensibles que par ceux qui les ont vécues.

Et ça ne changera pas. Tu peux pas demander à une personne de comprendre ce qu'elle n'a pas vécu. Sinon l'expérience acquise pourrait se transmettre à l'orale.
Viens se rajouter à ça, la difficulté de traduire une pensée, une idée par des mots. Parfois si c'est mal formulé le résultat est pire.
Du coup l'écriture qui rend accessible un vécu, au personne intéressé, est une très bonne chose. Toi ça te permet de digérer, d'évacuer
et ça permet au lecteur d'entre voir la situation et de venir poser des questions.


Bon je sais pas si tout ça vous servira ou pas... mais comme je vois très bien la problématique et que l'on est tous concerné ben j'espère....  :)


Un film qui traite du difficile retour après avoir vécu un put**n de sale truc:
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=58173.html
 






19 juillet 2011 à 13:05:04
Réponse #21

Leif


pour rebondir

CES MOTS QUI POLLUENT LA PENSÉE
« Résilience » ou la lutte pour la vie

En juillet dernier s’est tenu à Vitoria (Espagne) le Ve congrès international d’histoire des concepts. Venus du monde entier, des universitaires y ont mis en garde contre les manipulations qui se dissimulent sous le langage : « Tous les pouvoirs, ont-ils rappelé, créent des mots pour nous obliger à penser comme eux. » George Orwell nous avait déjà alertés contre le totalitarisme de toute « novlangue ». Comment alors ne pas s’interroger sur l’idéologie qui se camoufle sous le mot à la mode de « résilience » ?
Par Serge Tisseron

L’idée de quelque chose qui résiste aux pressions sans trop se déformer ou en pouvant retrouver sa forme, un peu comme un ressort, existe aux Etats-Unis depuis longtemps. Paul Claudel écrit d’ailleurs dans L’Elasticité américaine : « Il y a dans le tempérament américain une qualité que l’on traduit là-bas par le mot resiliency, pour lequel je ne trouve pas en français de correspondant exact, car il unit les idées d’élasticité, de ressort, de ressource et de bonne humeur (1). »

Dans le champ de la psychologie, Fritz Redl a introduit le concept d’« ego resilience » en 1969 ; puis a été décrit le phénomène appelé « invulnerable children ». Enfin, au milieu des années 1980, plusieurs ouvrages consacrés à la « résilience » ont été publiés, analysant le destin réussi d’individus que leur enfance catastrophique semblait pourtant promettre à un sombre avenir (2).

Aux Etats-Unis, cependant, rien de comparable à l’extraordinaire engouement que connaît aujourd’hui la France pour ce concept. Pourquoi ? D’abord grâce à un génial tour de passe-passe... La résilience, qui est en Amérique une vertu sociale associée à la réussite, est devenue en France une forme de richesse intérieure... Il ne s’agit plus, comme dans la version américaine, d’orienter sa vie pour connaître le succès, mais de « chercher la merveille (3)  » ou encore de « cultiver l’art de rebondir (4)  ». Pourtant, sous cette séduisante parure, le produit reste le même.

L’opération « habits neufs » commence avec la métaphore de la perle dans l’huître : celle-ci réagit à l’introduction d’une impureté dans son organisme - par exemple, un grain de sable - par un travail qui aboutit à la fabrication de ce merveilleux bijou qu’est une perle. Nourri par une métaphore aussi précieuse, le mot devient commercial : chacun veut avoir sa perle ! C’est ainsi qu’un collègue, qui évoquait le décès de son père et la « forme éblouissante » de sa mère, s’entendit répondre par une dame : « Oui, c’est vrai, nous autres, les femmes, nous sommes plus "résilientes".  » La résilience assimilée à l’adaptation sociale sentirait le soufre, mais comparée à un bijou longuement « sécrété » et poli par l’organisme, elle suscite chez chacun le désir de s’en parer !

Autre exemple. Un tract, distribué à l’entrée d’une université, appelle à une société plus juste et plus égalitaire. Il se termine par cette phrase : « Battons-nous pour une société nouvelle où tout le monde aurait sa chance (grâce à la résilience). »

Le concept, né de la psychologie sociale américaine, n’a aucune difficulté à y retourner : le but n’est plus d’apporter à chacun l’eau courante, des logements salubres, la démocratie et un travail digne, mais... la « résilience » ! A la limite, la pression sociale n’a plus d’importance : ceux qui sont « résilients » rebondiront, les autres pourront toujours avoir affaire au psychologue, au psychiatre ou à un « tuteur » éventuellement bénévole.

Le lecteur juge peut-être qu’il s’agit là d’usages caricaturaux et abusifs qui n’entament en rien la valeur du concept. Nous allons essayer de montrer le contraire.

Le mot « résilience » est d’abord ambigu, car il masque le caractère toujours extrêmement fragile des défenses développées pour faire face aux traumatismes. La résistance psychique s’apparente dans son évolution à la résistance physique face à un cancer connu. Le patient est aidé, traité au mieux, mais nul ne maîtrise ses rechutes possibles. Et c’est seulement lorsque le malade est mort que l’on peut dire, selon les cas, s’il a bien résisté ou non !

Dans le domaine de la résistance psychique aux traumatismes, tout peut toujours basculer de manière imprévisible, notamment sous l’effet d’une expérience existentielle comme le décès d’un proche, l’éloignement d’un être cher ou même un simple déménagement. La « résilience » est peut-être belle comme une perle, mais elle n’est jamais solide. Or le problème réside dans le fait qu’on a pourtant toujours tendance à la considérer comme un fait acquis, ou à acquérir.
Favoriser l’adaptation sociale

Le second reproche qu’on peut faire à l’usage de ce mot est de masquer la grande variété des mécanismes de défense destinés à lutter contre les conséquences d’un traumatisme (5). A un extrême, le traumatisme peut être évoqué répétitivement par des gestes symboliques, des images ou des mots, tandis qu’à l’autre extrême il peut être enfermé au fond de soi dans une sorte de « placard psychique » où on tente de l’oublier. Et dès que l’on prend en compte la vie sociale, tout se complique encore. Certains de ces mécanismes contribuent en effet à renforcer la capacité d’affirmer ses choix personnels, tandis que d’autres poussent à une adhésion inconditionnelle à son groupe.

Enfin, la troisième raison pour laquelle ce concept est discutable est qu’il recouvre des processus d’aménagement des traumatismes qui profitent à la fois à l’individu qui les pratique et à ses proches, et d’autres par lesquels l’ancienne victime d’un traumatisme « rebondit » aux dépens de ceux qui l’entourent.

Cette confusion n’est pas un hasard. La « résilience » est inséparable de la conception d’un « Moi autonome » développée par la psychologie américaine, et qui n’est autre qu’une instance favorisant la réussite des « plus aptes ». La « résilience » est de ce point de vue un concept qui évoque plus la « lutte pour la vie » chère à Darwin que la distinction morale. Et c’est bien là que la confusion menace.

Car, derrière ce mot, le mythe de la Rédemption n’est pas loin, le « résilient » étant censé avoir dépassé la part sombre de ses souffrances pour n’en garder que la part glorieuse et lumineuse. On entend de plus en plus de gens parler de leur « résilience » comme si c’était une qualité à porter à leur crédit, voire quelque chose qui pourrait nourrir l’estime d’eux-mêmes. Mais, à les écouter, on se prendrait parfois volontiers à plaindre leur entourage...

J’ai connu quelqu’un qui avait grandi dans une famille où existait un secret grave. Il en avait d’abord beaucoup souffert, mais avait finalement réussi une promotion fort rapide. Il se disait fier d’être capable de dissimuler avec beaucoup d’habileté le fonctionnement réel de son entreprise aux syndicats, et d’arriver, pour cette raison, à manipuler efficacement ses « employés » - qui étaient symboliquement ses enfants. Cet homme, avec la découverte du mot résilience, avait appris à décrire son parcours d’une manière qui le gratifiait. Réchappé du camp des humiliés et des perdants, où il avait failli basculer, il ne s’était pas laissé « écraser » par ses traumatismes d’enfant, il avait sécrété sa perle. Soit. Mais nous sommes ici du côté de valeurs qui n’ont rien à voir avec la psychologie et tout avec l’adaptation sociale qui fait, aux Etats-Unis, de la réussite l’équivalent de la vertu.

Enfin, non seulement le « résilient » peut devenir une source de traumatismes graves pour les autres, y compris sa propre famille, mais il peut même parfois déployer une grande énergie destructrice. N’oublions pas que les kamikazes du 11 septembre 2001 ont dans l’ensemble été décrits comme de bons maris, de bons parents et éventuellement de bons éducateurs, malgré des parcours personnels pour la plupart difficiles. Bref, ils étaient exemplaires, jusqu’à leur acte suicidaire et meurtrier, d’une solide résilience, comme l’était aussi David Hicks, celui qu’on a surnommé le « taliban australien (6) ».

Si ces auteurs d’attentats-suicides s’étaient sortis de leur passé douloureux, c’était à un prix, celui de devenir des sortes de « monstres dormants », adaptés et généreux, jusqu’à ce que des circonstances exceptionnelles les révèlent, comme cela s’est d’ailleurs passé en Allemagne entre 1933 et 1945, ou en ex-Yougoslavie plus récemment.

Dans la pratique clinique, il n’est pas rare de rencontrer des patients dont l’organisation psychique correspond à ce schéma. Du point de vue de leur existence familiale et sociale, ils semblent avoir parfaitement surmonté leurs graves traumatismes d’enfance. Ils sont « polis, respectueux, sérieux et honnêtes » comme l’était David Hicks (7). Pourtant, leur haine à l’égard de leurs parents ou de leurs éducateurs maltraitants reste intacte et ne demande qu’à être déplacée vers un ennemi que leur groupe leur désigne, permettant du même coup de mettre définitivement hors de cause ces parents ou ces éducateurs.

En pratique, pas plus qu’on ne peut savoir si une guérison apparente est stable ou pas, on ne peut déterminer à quoi correspond un altruisme apparent chez une personne qui a vécu un traumatisme. Il peut en effet résulter d’un dépassement réussi de celui-ci, mais aussi de la mise en sommeil d’une haine inextinguible pouvant conduire, plus tard, à réaliser un acte de violence inexplicable comme moyen de rendre vie à cette partie de soi à laquelle on n’a jamais voulu renoncer.

C’est pourquoi les différents psychanalystes qui se sont intéressés à la résistance aux traumatismes (8) ont renoncé à l’idée de ranger sous un même vocable des phénomènes qui résultent autant de l’environnement que des possibilités psychiques propres à chacun, et qui peuvent contribuer à des personnalités aussi différentes que Staline ou Mère Teresa.

Leur prudence semble avoir été fondée, surtout si l’on en juge par l’usage courant qui est fait maintenant du mot « résilience ». Il paraît correspondre à celui de ces mécanismes qui est à la fois le plus problématique et le plus trompeur, à savoir un clivage soutenu par un lien social capable d’ensommeiller, pour un temps indéterminé, le monstre tapi au creux de personnalités meurtries...

c’est un extrait de http://www.monde-diplomatique.fr/2003/08/TISSERON/10348

ensuite cela me fait penser a ce livre

no angel

http://www.jaydobyns.com/no_angel.html

l'auteur explique que c'est très dur de revenir a la vie normale

c'est dur de revenir  a la vie de tout les jours car elle n'a pas de but en soit même, juste vivre.

ce qui est intéressant c’est de se fixer des objectifs a court termes qui en enchainent d'autres et ainsi de suite , être en mouvement permanent.

la vie militaire et la vie civile sont comme l'huile et l'eau tu peux les mélanger mais si tu laisses reposer elle se séparent de nouveaux.

le retour d’opération est valable pour tous , retour de mission , police, pompier, sportif de l’extrême.

une fois que l’adrénaline est retombée, il y a de l'emmerdement derrière.

cela rejoint le stress au combat.

je crois que il y a des vies qui ne se croisent pas sans faire des dégâts.




19 juillet 2011 à 16:03:09
Réponse #22

akiou


Avoir une famille et un engagement professionnel, politique, militaire, humanitaire, sportif extrême ne sont pas des valeurs antinomiques.
Parfois ton métier te fais évoluer de façon à t'éloigner de ta famille pour raison pro, des fois tu choisi des fois pas. La vie et les mission ou déplacement Overseas ne s'arrêtent pas quand tu te maries et que tu deviens papa. Tu dois concilier les 2, en t'appuyant sur le membre de l'équipe oublié, ta femme. Qui se retrouve avec les emmerdes du quotidien X2, beaucoup de couples clashent aprés ça. j'ai lu la brochure de Selva, c'est bien foutu, et n'existait pas à mon époque purement mili. c'est déjà un début d'évolution.
Quand je dis que je pense à la prochaine mission en rentrant, c'est parce que pour moi la vie en Europe est devenue tellement assistée, autocentrée, dirigée qu'elle m'emmerde profondément. c'est pas le quotidien avec ma famille que je fuis , c'est les factures, les courses a carouf, les visites du plombier, le remplissage de la cuve a mazout et la tonte de la pelouse, le téléphone avec ma mére...Tous ces trucs gonflos, qui te tombent sur la gueule quand t'es pas en mission. En mission, t'as la mission, et ...la mission.

19 juillet 2011 à 17:09:42
Réponse #23

Leif


Citer
la vie en Europe est devenue tellement assistée

Citer
'est les factures, les courses a carouf, les visites du plombier, le remplissage de la cuve a mazout et la tonte de la pelouse, le téléphone avec ma mére...Tous ces trucs gonflos, qui te tombent sur la gueule quand t'es pas en mission

tout cela est géré par d'autres dans l'armée, mais a petite échelle, regarde il y en a un un qui nettoie la cour, l'autre qui rempli les cuves des véhicules, un qui s'occupe de l'intendance et d'autres de pleins de petites choses.

il n'y a pas plus soutenu qu'un militaire, justement pour qu'il mène a bien sa mission.

mais bon je m’égare ce qui est intéressant la c'est comment revenir a une vie commune a la majorité de la population quand on revient d'une expérience extraordinaire.

je suis contre le fait de s'adapter...

19 juillet 2011 à 17:39:44
Réponse #24

Camaro


Je fais un petit retour par le côté pratique car certains m'ont contacté en MP et je crois que des infos présentées ici pourraient leur être utiles.

De nos discussions sur la verbalisation, je retiens qu'il est important de pouvoir extérioriser notre vécu soit pas la parole soit par l'écriture, car cela aide à transférer le traumatisme depuis le vécu (plutôt "physique") vers le souvenir (plutôt "mental").

Je rajouterai qu'il n'est pas indispensable que quelqu'un nous lise ou nous écoute. C'est mieux, mais pas indispensable.
On peut donc écrire un récit que jamais personne ne lira ou enregistrer une vidéo que personne ne verra.
L'important c'est de permettre à notre cerveau de recadrer l'info pour mieux l'assimiler.
Je précise ceci car certains n'ont pas trouvé d'oreilles attentives ou bien il les ont fait fuir. Cette info peut les aider.

Ce résumé est-il correct ?
Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ... mais parfois ca fait vachement mal.

 


Keep in mind

Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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