Vie Sauvage et Survie
Techniques et savoirs de survie => Survie en contexte dégradé / vie en autarcie => Discussion démarrée par: Matagot le 30 mars 2025 à 05:47:23
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J'y étais... ;D
13h30 ou à peu près. Nu comme un ver dans ma chambre d'hôtel, je suis sur le point de commencer ma sieste.
Le bâtiment commence à onduler. Je suis au 15e étage, on sent bien les mouvements, amples, lents, presque tranquilles... assez differents d'une précédente secousse ressentie il y a des années en France.
Je comprend la situation immédiatement mais, paradoxalement, je reste calme, comme si je n'y croyais pas tout à fait.
J'enfile slip, chaussettes, short, t shirt, chaussures et je me dirige vers la porte de ma chambre en empoignant mon sac de sport dejà prêt pour la séance de l'après midi. Quand j'atteinds la porte la secousse a cessé.
Trois remarques :
- j'ai pris le temps de m'habiller. Où la pudeur ne va-t-elle pas se loger ! ;# en même temps, filer à l'anglaise à oilpé n'aurait sans doute pas été très judicieux...
- la secousse n'a pas duré plus de 20 à 30 secondes. Quand je lis des témoignages parlant de 5 voire 10 minutes... ::) A se demander ce que les "témoins" se faisaient secouer et par qui ! :lol:
- pour plagier sans vergogne un grand héron cendré, le BOB, c'est le sac que tu agrippes quant TSHTF !
Arrivé dans le couloir de l'hôtel, des employés font évacuer les clients. Pas de cris. Pas de panique. Je descend rapidement mais pas à fond de train les 15 étages.
Les clients sont massés dehors. De l'inquiétude mais pas d'affolement. Je me dis que rester en troupeau devant l'immeuble n'est pas une très bonne idée.
Je dégage par de petites ruelles avec des constructions en R+1 pour rejoindre un terrain vague que j'avais vu de ma chambre d'hôtel et qui s'avère être le parking d'une école. Les gens sont dans la rue, mais pas de panique.
Je téléphone à mes proches pour les rassurer et, en fait, leur apprendre ce qu'il s'est passé.
A 35° (au moins !) à l'ombre, mon BOB improvisé contenant 1 litre d'eau et un mélange de noix s'avère bien utile. Je m'allonge sur un banc pour - enfin - faire ma sieste ignominieusement interrompue par les éléments.
A suivre...
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Quelques remarques rapides:
Contrairement aux articles de presse vus ou lus, je n'ai ressenti aucune panique. Presque une forme de passivité.
L'immeuble qui s'est effondré est situé à 3 km de mon hôtel. Rien vu. Rien entendu.
Importance des moyens de com pour rassurer les proches. Mon télephone est très vite passé de 70 à 50%. Effet d'un réseau saturé ? J'ai un vieux modèle avec batterie amovible et une batterie de rechange. Je crois que je vais en prendre une 3e.
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Merci pour le retex!
Quand je suis à l’hôtel, j’essaie aussi de garder un petit sac prêt au cas où, même si parfois j’ai la flemme. Je ne l’ai encore jamais utilisé, mais c’est un bon rappel, même dans un environnement qu’on croit sécurisé.
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Salut,
Tous les retours que j'ai de l'évènement vont dans le même sens : les Thaïs savent gérer, rester cool, coopérer et s'organiser quand il y a des soucis. Idem pendant le Tsunami. Bcp d'humanitaires que je connais me disent pareil. Bref, on a des leçons à prendre chez eux je pense.
Un des nombreux Ph.D que je ne ferai jamais par manque de temps, mais pas par manque d'intérêt...
David
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Un témoignage allant dans le même sens paru dans Gavroche, journal francophone publié en Thaïlande :
https://www.gavroche-thailande.com/thailande-france-le-seisme-le-risque-et-la-solidarite-les-lecons-de-bangkok/ (https://www.gavroche-thailande.com/thailande-france-le-seisme-le-risque-et-la-solidarite-les-lecons-de-bangkok/)
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Un témoignage allant dans le même sens paru dans Gavroche, journal francophone publié en Thaïlande :
https://www.gavroche-thailande.com/thailande-france-le-seisme-le-risque-et-la-solidarite-les-lecons-de-bangkok/ (https://www.gavroche-thailande.com/thailande-france-le-seisme-le-risque-et-la-solidarite-les-lecons-de-bangkok/)
Pour avoir vécu deux ans en Thaïlande (justement quand "Gavroche" se créait... ça me rajeunit pas) je mettrais juste un bémol à "J’avais suspecté que les Thaïs avaient une culture du risque très avancée".
Ils peuvent aussi avoir une culture de "prendre des risques" très avancée: camionneurs défoncés au "ya baa" (amphèts), casque optionnel en moto, construction sans respect des normes, bricolages parfois ingénieux et parfois dangereux (genre brancher un chauffe-eau dans une douche avec du fil de lampe... ça tient 30 secondes avant le feu d'artifice), usines avec les sorties de secours inexistantes ou fermées (188 morts en 1993) etc.
Mais certes avec le sourire.
Ajout: exemple typique de truc ingénieux, "sanouk", et risqué : https://www.facebook.com/reel/565567189168189
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C'est clair que dans une société récemment pauvre, il existe une certaine habituation culturelle et probablement du fatalisme face aux évènements.
Je ne connais pas la Thaïlande, mais est-ce que la religion bouddhiste majoritaire dans le pays au nord, pourrait aussi expliquer un certain fatalisme?
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C'est clair que dans une société récemment pauvre, il existe une certaine habituation culturelle et probablement du fatalisme face aux évènements.
Je ne connais pas la Thaïlande, mais est-ce que la religion bouddhiste majoritaire dans le pays au nord, pourrait aussi expliquer un certain fatalisme?
Très très majoritaire dans tout le pays, sauf dans l'extrême sud.
Une expression traditionnelle Thai est "maï pen raï" que l'on peut traduire par "ce n'est pas grave".
Qui s'emploie typiquement quand quelque chose arrive et qu'on n'y peut rien, parfois quelque chose de sérieux mais aussi plus simplement pour excuser l'interlocuteur (exemple: une erreur dans la commande au restaurant etc).
Globalement, en Thaïlande il n'est pas bienvenu de prendre les choses trop au sérieux. On ne s'énerve pas, on ne crie pas, on garde son sang froid. Et il n'est pas non plus bien vu de se prendre trop au sérieux, l'humour et l'autodérision sont appréciés.
Enfin c'est une société dans laquelle il y a une bonne place pour le collectif.
Tout ça me semble plutôt positif, en cas de gros souci.
Mais je pense que le bouddhisme n'est pas "fataliste" au sens que tout serait déterminé par une puissance supérieure et qu'on n'y peut rien. Au contraire puisque l'objectif est résolument d'échapper, par un incessant travail sur soi, au destin de la souffrance. Par contre, comme le stoïcisme, il reconnait qu'il ne sert à rien d'être perturbé quand on ne peut rien changer à une situation. Dans un tel cas, "maï pen raï" ;-)
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Je ne peux qu'approuver les propos de Khee Nok. En y aboutant le concept typiquement thai de "sanouk" qui peut se traduire par « agréable », « plaisant » ou « amusant » et plus généralement par "prendre la vie du bon côté" ou "ne pas se prendre la tête".
Autre élément non négligeable selon moi : "Thai Rak Thai", c'est à dire "les Thaïs aiment les thaïs". C'était le nom du parti de l'homme d'affaires et leader politique Thaksin Shinawatra. J'ai vu récemment passer une vidéo de JC Skarbowsky qui disait exactement la même chose.
La société thai me semble cohérente et soudée, exception faite des 4 provinces musulmanes et à tendance irrédentistes de l'extrême sud (je parle sous le contrôle de Khee Nok - quel drôle de pseudo ! ;#)
C'est un atout dans la mise en oeuvre de politiques publiques de prévention et de gestion des risques et des catastrophes. Une atout dont ne disposent plus nos sociétés désormais morcelées en communautés séparées voire antagonistes.
Le sujet pouvant devenir très vite politique, il n'est pas opportun d'aller plus avant. Mais c'est une donnée objective à prendre désormais en compte, que ça nous plaise ou non, pour penser une préparation au niveau individuel comme étatique...
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Merci pour vos réponses.
En effet le Stoïcisme est une doctrine reflétant mieux ce que je peux percevoir du Bouddhisme du sud est asiatique que le terme de fatalité que j'ai employé.