Vie Sauvage et Survie

Premiers secours et santé => Préparation physique et mentale => Discussion démarrée par: Rantanplan le 18 juillet 2024 à 12:24:12

Titre: Stratégies de Coping
Posté par: Rantanplan le 18 juillet 2024 à 12:24:12

Coping, définition : désigne les réponses, réactions, que l'individu va élaborer pour maîtriser, réduire ou simplement tolérer la situation aversive (on parle de stresseurs).

(https://e-writers.fr/wp-content/uploads/2022/05/strategies-coping-specifiques-599x1024.jpg)

Ceci fait écho et complète ce que David évoque au travers du stoïcisme "ce qui m'appartiens" (sous entendu, j'agis ce sur quoi j'ai prise et je lâche prise ce sur quoi je n'ai aucun pouvoir".

Si le sujet prend, je reviendrai sur ce que sont les stratégies de coping, le stress dans le modèle de Lazarus et Folkman et co, les réactions au stress, du burnout à PTSD en passant par les réactions de fuite/lutte.
Titre: Re : Stratégies de Coping
Posté par: cosmikvratch le 19 juillet 2024 à 01:02:24
c'est utile pour décrire une réaction à un évènement, analyer rétrospectivement... à mon avis pas frocément opérant sur le moment...
le problème psy de ce genre de situations, c'est l'après, quand on retrouve une "normalité"

foi de PTSD post gaza  :'( (et pourtant je croyis avoir tout vu...)
Titre: Re : Re : Stratégies de Coping
Posté par: Krapo le 19 juillet 2024 à 07:17:27
PTSD

Citer
Le trouble de stress post-traumatique (ou TSPT) désigne un type de trouble anxieux sévère résultant d'un traumatisme psychique qui se manifeste, chez un individu, à la suite d'une expérience impliquant une confrontation directe et personnelle à la mort potentielle, que ce soit sa propre mort ou celle d'autres personnes.

L'abréviation anglaise PTSD (pour post-traumatic stress disorder) est parfois également utilisée.

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Trouble_de_stress_post-traumatique
Titre: Re : Re : Stratégies de Coping
Posté par: Rantanplan le 19 juillet 2024 à 10:56:08
c'est utile pour décrire une réaction à un évènement, analyer rétrospectivement... à mon avis pas frocément opérant sur le moment...
le problème psy de ce genre de situations, c'est l'après, quand on retrouve une "normalité"

foi de PTSD post gaza  :'( (et pourtant je croyis avoir tout vu...)

 :-\

En toute honnêteté je suis moins calé sur le stress "extraordinaire".

Ça me rappelle la notion de capacités d'élaboration dépassées. L'élaboration, c'est l'aptitude à mettre en mots un évènement traumatique de sorte qu'il ne rompe plus la continuité du récit autobiographique. La capacité à élaborer serait soit-disant protecteur face aux psychotraumas*. Or certains évènements sont tellement violents, absurdes, macabres qu'ils relèvent de l'indicible.

Enfin voilà, j'essaye de te dire qu'il faut en parler à une oreille bienveillante, mettre ton expérience en récit. Bon courage. EDIT [Tu peux me MP pour tout conseil, dans la limite de mes compétences.]

Citer
le problème psy de ce genre de situations, c'est l'après, quand on retrouve une "normalité"

Oui, le PTSD dans sa forme typique survient avec un délai après l'évènement. Et pas nécessairement après un épisode de "trouble de stress aigu" (par exemple, quelqu'un en mode "Chimpanzé extrême" pourrait être diag trouble de stress aigu). 

Citer
à mon avis pas frocément opérant sur le moment...

Pour répondre au fait que cela n'est pas opérant sur le moment... Ceci est quand même étudié - au moins - sous l'angle de la psychiatrie militaire car depuis la 1ere GM car on s'est rendu compte de l'importance des pertes par "attrition psychologique"... En même temps qu'il y a eu magouille de la part des donneurs d'ordre et des possédants (états,  assureurs, comme ajd avec le burnout) pour ne pas reconnaitre le statut de victime. Pas de victime, pas de coupable et surtout pas d'indemnisation.   

Josse, É. (2019). Chapitre 1. L’histoire du trauma. In _Le traumatisme psychique chez l’adulte: Vol. 2e éd._ (p. 15‑26). De Boeck Supérieur. https://www.cairn.info/le-traumatisme-psychique-chez-l-adulte--9782807320390-p-15.htm

Et sur la façon dont les militaires intègrent le stress à leur science du combat
Andruétan, Y. (2023). Propos introductif : Petite histoire du stress dans les armées. _Revue Défense Nationale_, _Hors-série_(HS4), 87‑90. https://doi.org/10.3917/rdna.hs10.0087

Si tu es face à un paywall, je peux envoyer les pdf.

Il y a aussi tout un hors série d'une revue de défense nationale sur le stress.

* Je suis sceptique. Il se pourrait que "ce qui soigne" soit tout ou en partie dans la nature de la relation qu'entretien le patient avec son confident... Et non pas dans la véracité de théories psychanalytiques difficiles à étayer avec des faits expérimentaux.   

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EDIT

Citer
à mon avis pas frocément opérant sur le moment...

Le petit tableau d'adresse surtout à des personnes qui souhaitent apprendre de nouveaux comportements plus fonctionnels. Dans mon rayon, pour l'instant, c'est le raccrochage scolaire des jeunes mais j'imagine que l'on peut apprendre de nouvelles façons de gérer une "situation de survie" par ce biais, à l'instar de ce qu'enseigne David. Quand aux situations impliquant un "réel de la mort aigu", plus facile à dire qu'à faire. Je ne me sent pas assez légitime pour en parler.
Titre: Stratégies de Coping
Posté par: Khee Nok le 19 juillet 2024 à 15:38:18
c'est utile pour décrire une réaction à un évènement, analyer rétrospectivement... à mon avis pas frocément opérant sur le moment...
le problème psy de ce genre de situations, c'est l'après, quand on retrouve une "normalité"

Si on regarde la case "stoïcisme" (et je mettrais le bouddhisme dans la même case) il me semble que l'idée est que par un long travail sur soi on arrive à laisser glisser ce qui ne dépend pas de nous.

Ce n'est pas tant une approche intellectuelle que sur les émotions.

Intellectuellement il me semble que tout le monde conviendra qu'il ne sert à rien de se mettre la rate au court-bouillon à propos de choses sur lesquelles nous ne pouvons rien.

Mais combien d'entre nous sont vraiment indifférents à la météo ? Emotionnellement, s'entend: il vaut quand même mieux en tenir compte pour s'habiller ;-)

De ce point de vue on serait même au delà de la notion de "coping" qui traduit l'ajustement à ce qui nous arrive: dans cette logique ce qui ne dépend pas de nous ne "nous" arrive pas vraiment. Ca existe, comme la gravité existe, comme l'alternance du jour et de la nuit, mais ça n'a rien de personnel.

Et à propos d'arriver, reste justement à en arriver à ce degré de détachement... (pas mon cas du tout).

J'ajouterais qu'il y a sans doute un monde entre laisser glisser les petites contrariétés du quotidien et la disparition de tout ce qui nous est cher (la mort prématurée de proches à commencer par nous-mêmes, la guerre, etc). Autant je crois assez dans le premier cas, autant le modèle de la mere qui à l'annonce de la mort de son fils déclare juste "je savais qu'il était mortel"...


foi de PTSD post gaza  :'( (et pourtant je croyis avoir tout vu...)

En dehors de toute considération politique etc : je trouve assez étonnante la relative indifférence qui entoure ce qui se passe à Gaza.

Il semble que beaucoup de ceux qui y sont allés (médecins, "humanitaires" etc), même avec l'expérience de situations catastrophiques, soient horrifiés. Ca dit quelque chose.

J'espère que vous vous en remettrez le mieux possible.
Titre: Re : Stratégies de Coping
Posté par: Kilbith le 19 juillet 2024 à 17:06:28
(https://www.civilwarmed.org/wp-content/uploads/2019/05/ptsd-blog-ww1-soldier.jpg)


(https://i.ytimg.com/vi/96w2i-1-EA0/hqdefault.jpg)

(https://i.pinimg.com/236x/96/79/55/967955920f1d46078a41f503c73f3793--powerful-images-my-heart.jpg)
Titre: Re : Stratégies de Coping
Posté par: Aleksi le 19 juillet 2024 à 20:49:35
Salut Rantanplan, quels sont selon toi les outils qui permettent de différencier une forme "d'acharnement positif", celui où l'on bouge des montagnes malgré les parpaings dans la gueule, mais où des gens plus raisonnables ont arrêté depuis longtemps (lâché prise), mais de fait ont aussi arrêté d'évoluer/ progresser, et cet acharnement négatif dont tu parles, plutôt autodestructeur et contre-productif. La limite est souvent floue et pas facile à trouver. Elle se précise avec l'expérience et la connaissance de soi j'imagine, en partie. T'en dis quoi ?

@cosmikvratch : courage amigo, et bon rétablissement
Titre: Re : Stratégies de Coping
Posté par: Rantanplan le 19 juillet 2024 à 21:05:58
@Aleksi

Je ne sais pas ! Déjà j'ai du mal à saisir ta demande.

Est ce que ta question peut être tournée sous l'angle :
1) comment différencier une persévérance d'un acharnement ?
2) comment différencier un lâcher prise d'un abandon ?

En résumé : comment différencier un comportement adapté d'un comportement inadapté (voire pathologique) ?
Titre: Re : Stratégies de Coping
Posté par: Aleksi le 19 juillet 2024 à 21:41:54
Très bien formulé  :-[ ;#
Titre: Re : Stratégies de Coping
Posté par: Kilbith le 20 juillet 2024 à 00:04:23
Pour
Citer
1) comment différencier une persévérance d'un acharnement ?

Je dirais quand on tombe dans le piège abscon.

C'est à dire quand on continue à faire quelque chose pour la bonne et simple raison qu'on l'a déjà faite jusque là. Et qui si on arrêtait à ce stade, alors il faudrait arriver à justifier à nos yeux de l'avoir fait.

En somme quand on agit non plus pour attendre le but initial, mais seulement pour justifier de ne pas s'être arrêté avant.
Titre: Re : Re : Stratégies de Coping
Posté par: Rantanplan le 20 juillet 2024 à 17:28:26
@Aleksi

Citer
En résumé : comment différencier un comportement adapté d'un comportement inadapté (voire pathologique) ?

Les psys Américains s'appuient sur 4 critères pour différencier le comportement adapté du comportement pathologie, les 4D.


- Distress : le comportement cause t'il une souffrance chez le sujet ou son entourage ? (dépression)
- Dysfunctional : le comportement empêche t'il d'assurer le quotidien ? Une vie de couple ? Une vie pro ? (on pense aux diogènes)
- Deviant : le comportement viole t'il des normes sociales ?
- Danger : le comportement présente t'il un danger pour la santé du sujet ou de son entourage ? (on pense au suicide, à l'anorexie...)

Toutefois, il n'y a pas de règle (on emploie les 4D de façon subjective donc attention ce n'est pas un outil rigoureux) et j'attire l'attention sur la déviance : l'homosexualité était une maladie mentale (avec des "soins") jusqu'en 70 dans le DSM. Il s'agit d'apprécier si le sujet a conscience d'aller à l'encontre des injonctions implicites ou explicites de son groupe social et comment il le vit et surement pas de forcer à une sorte de conformation. Néanmoins, bouffer des pigeons de paris, crus, dans la rue, ce n'est ni dangereux, ni dysfonctionnel et causse assez peu de souffrance (chez les passants à la rigueur, excepté le pauvre pigeon) mais cet écart interroge vachement quand même par rapport aux pratiques d'alimentation "dans la norme".

Donc le lâcher prise / l'abandon, il faut le replacer dans la vie quotidienne de la personne. Est ce que son acharnement lui est nuisible, avec des ruminations négatives et des conflits intrafamiliaux ? Ou bien c'est un engagement prononcé dans un projet qui semble cohérent ? Quelque-part entre les deux ?

C'est souvent pas évident.
Titre: Re : Re : Stratégies de Coping
Posté par: Aleksi le 20 juillet 2024 à 17:29:39
En somme quand on agit non plus pour attendre le but initial, mais seulement pour justifier de ne pas s'être arrêté avant.
Très bien dit. C'est pour cela que je pense que cela nécessite de se connaître soi-même, surement d'être déjà tombé dans le panneau, et de vouloir évoluer.
Titre: Re : Re : Stratégies de Coping
Posté par: Khee Nok le 20 juillet 2024 à 19:25:27
1) comment différencier une persévérance d'un acharnement ?

C'est très facile.

A posteriori.

Si au final ça marche c'était de la persévérance ;-)

Plus sérieusement: si on considère ici que l'acharnement c'est une "obstination déraisonnable", la différence serait qu'on peut rationellement expliquer la persévérance, mais pas l'acharnement. Donc si déjà on a conscience que la question se pose, et qu'on prend délibérément la décision de continuer, on est dans doute dans la persévérance. Si on est sur un mode "automatique" (comme souvent chez l'humain il me semble) alors c'est peut-être de l'acharnement.

Exemple classique (je crois) : le couple.


2) comment différencier un lâcher prise d'un abandon ?

Là ça me semble relever de deux phénomènes différents.

Dans le cas d'un abandon on arrête l'effort (et dans une acception négative, souvent on en conçoit du regret).

Pour moi le lâcher-prise c'est une forme d'indifférence au résultat, d'ataraxie. On peut continuer l'effort et si ça marche tant mieux, si ça rate tant pis, mais au final on aura fait de son mieux. Ou on peut arrêter l'effort, selon le cas.

Indifférence qui ne signifie pas qu'on n'en a absolument rien à faire mais qu'on n'en fera pas une maladie: une fois qu'on a fait de son mieux, le reste ne dépend plus de nous, donc pourquoi laisser notre bonheur en dépendre ?

Par contre abandonner ou non, cela dépend de nous, donc à chacun de juger ce qui mérite de faire un effort ou non.

Je pense que c'est une vision assez irénique (à mon niveau) en ce sens que que pour faire des efforts intenses (de tous types, pas juste physiques) il faut "en vouloir", "avoir la niaque", et donc accepter de payer un prix émotionnel en cas d'échec. Mais on n'a peut-être pas besoin de passer en mode guerrier pour un oui ou pour un non.
Titre: Re : Stratégies de Coping
Posté par: Kyuta le 20 juillet 2024 à 23:19:34
Il est super intéressant en tant qu'outil de travail sur soi ce tableau ! Ça aide à conscientiser des trucs, mais j'ai du mal à comprendre comment l'utiliser concrètement.

Par exemple, comment switcher de Résignation à Modification de la situation ?
Je précise : je ne parle pas du cas où il s'agit d'une tendance récurrente de la personne, mais du cas où pour une raison ou pour une autre (émotions, discours interne, besoins non remplis, contexte quoi), à l'instant T où la personne est confrontée à la situation, elle a "choisi" de la voir à travers le prisme d'un scénario qui nourrit la résignation. Elle aurait aussi les compétences pour "choisir" le scénario qui nourrit le passage à l'action, mais comme elle a démarré le truc avec le scénario négatif c'est difficile de changer en cours de route - je ne sais pas si je suis clair. Autrement dit comment on fait pour trifouiller délibérément dans son esprit afin de changer en cours de route un mode de pensée qui n'est pas adapté ?

Dans la vie quotidienne ça semble exacerbé quand la personne est plus vulnérable au niveau de sa santé mentale (hypersensibilité, estime de soi en mauvais état, bipolarité, cyclothymie)
Titre: Re : Stratégies de Coping
Posté par: Rantanplan le 21 juillet 2024 à 12:11:03
Citer
Autrement dit comment on fait pour trifouiller délibérément dans son esprit afin de changer en cours de route un mode de pensée qui n'est pas adapté ?

L'idée générale est d'apprendre un nouveau comportement. Tout ce que je liste ci dessous est relativement solide scientifiquement.

Du point de vue de comportementalistes, tu peux jouer sur les récompenses et punitions consécutives à ton comportement et/ou les associations "automatiques" entre les situations et les réponses. Exemple : désensibiliser quelqu'un à un objet phobique en l'y exposant graduellement tout en le relaxant ou apprendre à des gens à tirer sous le feu (à ce sujet, voir ref dans un précédent post => Andruétan). Sauf que si c'est simple avec les animaux, ça l'est moins avec les adultes (encore que, ça fonctionne très bien avec les phobies).

Selon les cognitivistes, c'est plus compliqué. Il peut y a voir cette dimension de récompense / punition mais cela peut aussi passer par l'identification de ses pensées de leur réévaluation critique et leur supplantation par d'autres. Par exemple, dans la thérapie rationnelle émotive d'Ellis, appelée modèle ABC : tu as des évènements extérieurs (A) qui sont interprétés (B : belief) et qui ont des conséquences (C). Pour peu que tes croyances soient """erronées""", il va y avoir une discordance entre A et C. Le travail consiste à amener la personne à "prendre conscience" de ça.

Et donc un des paradigmes dominants actuels en psycho (pas le seul) consiste à mélanger du comportementalisme avec du cognitivisme et comme dit en intro, ça te permet de changer ton comportement. Ça ne fonctionne pas sur tout ni tout le monde, évidemment.
Titre: Re : Re : Stratégies de Coping
Posté par: Khee Nok le 21 juillet 2024 à 16:53:54
L'idée générale est d'apprendre un nouveau comportement.

Merci d'avoir lancé ce fil.

Je n'ai aucune competence spécifique dans le domaine psy, mais comme tous les humains je suis tombé dedans quand j'étais petit ;-)

Il me semble qu’avant de chercher comment changer en pratique, il faut déjà avoir franchi deux étapes importantes.

Primo, avoir identifié une situation ou un comportement comme inadapté, pathologique etc.

Deuxio, ayant identifié le problème, souhaiter le résoudre (ce qui souvent a un prix)

Et c’est pas si simple, aux deux étapes.

Je prends comme exemple deux situations assez communes et dont j’ai l’expérience personnelle : le couple et l’addiction.

Primo, identification du problème :

- Dans un couple un ou une des partenaires peut considérer comme acceptables des comportements qui ne devraient pas l’être (on pourrait discuter de qui doit définir les limites mais on admettra qu’elles existent). Par exemple accepter que le/la partenaire nous néglige, nous rabaisse, nous parle mal, abuse de nous sexuellement, ou financièrement, fasse du chantage affectif, voire nous frappe etc (je mets « nous » mais c’est bien sûr au moins aussi valable dans l’autre sens).

- Une personne peut ne pas avoir conscience d’une addiction. Exemple classique: l’alcool dont la consommation est socialement/culturellement bien acceptée en France. L’alcoolique mondain/festif/convivial ne répond pas au stéréotype de l’alcoolique abruti et/ou violent et peut donc passer, un temps, inaperçu.


Deuxio, vouloir le changement

Dans un couple, la personne qui subit des choses « inacceptables » peut les accepter en les rationalisant. Par exemple en voyant dans une jalousie maladive une preuve d’amour (c’est pas ça). Ou inversement en acceptant des infidélités en considérant que ça ne fait que traduire un manque dont on serait responsable (c’est peut-être vrai, peut-être pas). Ou en se disant que le type violent envers sa femme (c’est souvent dans ce sens) est aussi un bon père qui ne ferait jamais de mal à ses enfants (pourtant il leur en fait déjà), ou qu’il ou elle va changer (par quel miracle…) etc.

Addiction : le recours à des drogues peut être une forme d’automédication. Donc si on abandonne la drogue en question on va devoir faire face au problème de départ, qui n’est pas forcément anodin. A un moment donné on peut sans doute en arriver à boire pour oublier les problèmes liés à l’alcool.

Et par ailleurs ces comportements peuvent avoir des « bénéfices secondaires ».

Parfois considérables. Par exemple être une victime, ça peut être un bon plan pour pécho. Je pense qu’il il existe chez beaucoup d’hommes et de femmes le syndrome du chevalier ou de l’infirmière (respectivement). En gros on va avoir envie/besoin de « sauver » des « victimes ». Je pense que ça répond à une impulsion saine, altruiste, renforcée par des stéréotypes sociaux. Reste que ça expose ces « sauveurs » au risque de manipulation (ici, on supposera une manipulation inconsciente) . Du coup les dites « victimes » peuvent avoir un intérêt (au moins immédiat) à entretenir ce statut plutôt que se sortir les doigts.

Plus simplement : pendant qu’on procrastine on peut faire des trucs inutiles mais vaguement agréables, genre poster sur un forum plutôt que de faire le taf…



Titre: Re : Stratégies de Coping
Posté par: Rantanplan le 21 juillet 2024 à 17:53:04
@Khee Nok

200% d'accord avec toi. Il y a encore d'autres facteurs, dont la qualité de la relation avec son confident-miroir (bienveillance, chaleur humaine) ou encore les "pouvoirs de guérisseur" que prête le sujet à son thérapeute.

Notons que l'intérêt du comportementalisme est de fonctionner sans faire appel à la subjectivité du sujet... Après c'est éthiquement tendu car c'est ni plus ni moins du dressage, zéro besoin de consentement.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Conditionnement_op%C3%A9rant

(https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/ed/Principes_du_conditionnement_op%C3%A9rant.png/800px-Principes_du_conditionnement_op%C3%A9rant.png)

 
Titre: Re : Stratégies de Coping
Posté par: Kyuta le 22 juillet 2024 à 13:38:17
Merci pour vos réponses !

Je suis complètement d'accord avec ces étapes de Reconnaitre qu'il y a un problème et de Vouloir le changement, c'est vrai que c'est déjà tout un travail en soi qui demande pas mal d'honnêteté avec soi même.

La question que je me pose porte plus sur l'étape d'après, la façon dont on change un comportement, ou encore plus en amont, une pensée. Le tableau avec les Renforcements et les Punitions est intéressant, mais je le trouve difficile à utiliser pour soi même.

Je reprends le cas d'une addiction dont tu parlais @Khee Nok, à travers le prisme du modèle de Brooke. Si on part du schéma "Une Circonstance extérieure déclenche chez moi, selon mon éducation / valeurs, une Pensée, qui déclenche une Émotion, qui déclenche un Comportement (qui a été appris a priori).
Par exemple pour l'alcool, on peut avoir :
"Mon chef a critiqué mon travail" (circonstance), > "je suis un incapable" (pensée - jugement - interprétation subjective), > "tristesse, sentiment d'impuissance" (émotion) > "consommer de l'alcool" (comportement répondant à l'émotion).
On pourrait agir à chaque étape du processus : sur la situation, ou le choix des pensées, ou la gestion des émotions, ou l'apprentissage de nouveaux comportements qui répondent aussi aux besoins soulevés par l'émotion (rassurage, distraction, connexion sociale, anxiolytique, etc ça peut être très vaste).

J'ai l'impression perso que c'est plus intéressant de changer la Pensée que le reste, pour éviter de se trainer du bordel inutile dans sa tête et s'épargner des dépenses d'énergie ; mais je ne sais pas comment on fait. Ça me semble encore plus galère que du changer un comportement, et je me demandais si vous aviez des infos là dessus   ;)
Titre: Re : Re : Stratégies de Coping
Posté par: Khee Nok le 23 juillet 2024 à 10:59:25
J'ai l'impression perso que c'est plus intéressant de changer la Pensée que le reste, pour éviter de se trainer du bordel inutile dans sa tête et s'épargner des dépenses d'énergie ; mais je ne sais pas comment on fait. Ça me semble encore plus galère que du changer un comportement, et je me demandais si vous aviez des infos là dessus   ;)

Je pense que tu peux par exemple regarder du côté du bouddhisme et des pratiques qui en sont issues ou dérivées (méditation "de pleine conscience" etc).

De ce que j'en retiens, résumé vite et mal :

- Le bouddhisme envisage un schéma avec :
un stimulus sensoriel (visuel, sonore etc)
. la sensation (brute)
. la perception, qui en général est associée à un jugement (agréable/désagréable)
. l'identification (on reconnaît la perception: ce que je vois est une table etc)
. et ensuite la pensée qui naît de la rencontre entre ce qui précède et de notre expérience etc (et là, dans le bouddhisme ça peut devenir franchement compliqué)

Le bouddhisme considère que de manière systématique nous ne voyons/pensons pas les choses pour ce qu'elles sont vraiment (c'est à dire, in fine: rien) et qu'il faut commencer par prendre conscience de la manière dont nos illusions se forment pour ne plus en être prisonniers.

Même si on ne va pas jusque là, l'exercice qui consiste à pouvoir reconnaître la manière dont une information "neutre" va générer chez nous des pensées et des émotions le plus souvent inutiles ou erronnées est intéressant.

Dans ton exemple : "Mon chef a critiqué mon travail"

Effectivement un enchaînement classique pourrait être: je trouve ça désagréable, je le prends comme une remise en cause de ma valeur, je me sens mal, et je développe des pensées négatives en rapport, et éventuellement j'adopte des comportements pour y échapper.

Mais ça pourrait aussi donner: est-ce que c'est justifié ?
Si oui, c'est utile. En quoi puis-je améliorer mon travail ? Si je peux: tant mieux. Sinon tant pis, au moins j'ai fait de mon mieux.
Si non, comment puis-je améliorer la relation avec mon manager ? Si je ne peux pas: ça ne dépend pas de moi, je n'ai pas à me culpabiliser.
Et ça s'arrête là.

Reste que face à une critique, surtout si exprimée de manière peu constructive, on a de fortes chances de se braquer et de passer très rapidement en mode "réactif". Pour y échapper, il faut avoir assez de lucidité pour mettre un "stop" avant (ou avoir une disposition d'esprit très positive en général).


PS: je trouve que le bouddhisme est intéressant sur pas mal de points (après tout ça fait 2500 ans qu'ils cherchent, expérimentent etc: on n'a pas vraiment l'equivalent en occident) mais viser le nirvana me semble demander trop d'effort pour un résultat trop incertain: on n'a qu'une vie.
Titre: Re : Stratégies de Coping
Posté par: Rantanplan le 23 juillet 2024 à 13:24:37
Khee Nok a tout dit.

Pour avoir + de chances de rester lucide, il faut manager le stress que l'on peut encaisser ( stress = demande d'adaptation de l'organisme. Chaleur, déshydratation ou demande du boss = tape dans la même "jauge" de stress.

Les techniques d'ancrage qui vont avec la méditation sont aussi utiles. Après j'ai du des études contradictoires sur les bienfaits/méfaits de la méditation au point que je ne sais plus si je dois conseiller cette pratique ou non ("""pourrait""" aggraver certains symptômes phobiques).
Titre: Re : Re : Stratégies de Coping
Posté par: Khee Nok le 23 juillet 2024 à 19:47:24
Après j'ai lu des études contradictoires sur les bienfaits/méfaits de la méditation au point que je ne sais plus si je dois conseiller cette pratique ou non ("""pourrait""" aggraver certains symptômes phobiques).

Si on parle de la méditation dite "de pleine conscience", et surtout pratiquée de manière intensive (sur une longue période type retraite de plusieurs jours) je crois qu'elle est déconseillée aux personnes qui souffrent de troubles psychologiques (par exemple d'états dissociatifs, dépression manifeste etc).

Ca me semble logique : on se place dans un cadre où l’on se retrouve seul avec soi-même, sans distractions ou échappatoires (plus de mécanismes de "coping" justement => risque de décompensation).

Bref c’est une expérience déstabilisante, qui peut être très désagréable etc. On peut aisément concevoir que ce cadre conduise à ruminer des pensées moroses et/ou obsédantes, même si ce n’est pas du tout l’objectif.
 
Si on veut s’y risquer alors qu’on ne va pas bien, alors je pense qu’il faut être bien entouré.

Et c’est pareil pour plein de choses : quand on n’est pas un professionnel aguerri, et qu’on ne connaît pas bien la personne, je pense qu’on ne peut pas vraiment conseiller de faire ceci ou cela. Juste le proposer et uniquement pour des personnes qui vont raisonnablement bien.

Par exemple est-ce qu’on devrait conseiller le jeûne ou un régime alimentaire ? Les huiles essentielles ? L’activité physique intense ? On peut penser que ça peut être bénéfique mais s’il y a un doute, mieux vaut s’abstenir (ou aller chercher un avis plus éclairé).

C’est peut-être plus compliqué dans le cas de pratiques « psy » car on a moins facilement conscience de son propre état ?

J’ai vu des personnes partir en larmes suite à certaines pratiques d’arts martiaux alors que la situation ne me paraissait plutôt normale (je n’étais pas formateur, juste élève) : visiblement ça avait touché quelque chose. J’ai aussi vu ma femme partir en mode « amok » lors d’une simple initiation, à la plus grande surprise de son partenaire (il a survécu) comme quoi on même quand on croit connaître… 😉