Vie Sauvage et Survie

Catégorie Générale => Feu de camp => Discussion démarrée par: Pier13 le 23 mai 2014 à 00:26:05

Titre: Shibumi
Posté par: Pier13 le 23 mai 2014 à 00:26:05
    Pas d'inquiétude, je ne vais pas transformer le forum en "Apostrophe", mais je ne peux m'empêcher d'ouvrir un post sur ce roman d'espionnage riche en enseignements de toutes sortes, dont je recommande vivement la lecture & qui ravira certainement de nombreux lecteurs et participants du forum.  ;)

"SHIBUMI" de Trevanian


Sur le livre :
    Shibumi est un livre paru en 1979, écrit en anglais moderne par Trevanian, pseudonyme de Rodney William Whitaker, un universitaire américain qui s'entoura longtemps de mystère. Forme élaborée de roman d'espionnage, que la qualité de son écriture permet même de comparer aux œuvres modernes fameuses traitant d'une dystopie, Shibumi décrit la lutte à mort qu'engagent une organisation secrète cherchant à dominer le monde - et un homme, sorte de samouraï moderne qui pensait pouvoir enfin atteindre l'état de shibui, et qui devra reprendre les armes pour défendre son honneur et ses amis.

    L'homme, Nicholaï Hel, né en 1925 à Shanghai est hors-norme tant par ses origines ethniques (haute aristocratie russe par sa mère, allemande par son père biologique, qu'il ne connaîtra pas), sa vaste culture, son intelligence, son cosmopolitisme, que par ses capacités physiques et intellectuelles. Polyglotte dès l'enfance grâce à sa mère et à ses nurses (il parle couramment le russe, l'anglais, le français, le chinois et le japonais), il apprend de plus au contact des domestiques chinois et dans les rues de la mégalopole la langue populaire et le peu de valeur de la vie humaine. Ces notions seront contrebalancées par l'acquisition des rudiments du shibui, et la pratique du jeu de go auprès du colonel Ishigawa, de l'armée impériale japonaise : la Chine est envahie en 1937 par les Japonais, et le colonel est logé chez Hel...

4ème de couverture :
    Nicholaï Hel est l'homme le plus recherché du monde. Né à Shanghai en plein chaos de la Première Guerre mondiale, fils d'une aristocrate russe et protégé d'un maître de Go japonais, il a survécu à la destruction d'Hiroshima pour en émerger comme l'assassin le plus doué de son époque. Son secret réside dans sa détermination à atteindre une forme rare d'excellence personnelle: le shibumi. Désormais retiré dans sa forteresse du Pays basque en compagnie de sa délicieuse maîtresse, Nicholaï accueille une jeune étrangère venue lui demander son aide. II se retrouve alors traqué par une organisation internationale de terreur et d'anéantissement - la Mother Company.


Sur l'auteur :
    Trevanian est l'un des noms de plume de l'écrivain américain, le Dr Rodney William Whitaker, né le 12 juin 1931 à New York et décédé le 14 décembre 2005 en Angleterre. Professeur d'université, il fut un auteur mystérieux. Il passa une grande partie de sa vie reclus dans les Pyrénées basques, refusant tout entretien et toute photographie. Il ne révèlera son vrai nom qu'en 1979, lors de la sortie du livre Shibumi.

Citations :

« Ce ne sont pas les Américains qui m’irritent, c'est l’américanisme : une maladie de la société postindustrielle qui contaminera à leur tour chacune des nations les plus développées, et qui est appelée « américaine » uniquement parce que votre pays [les États-Unis] montre les symptômes les plus avancées de cette maladie, de même que l’on parle de grippe espagnole ou d’encéphalite japonaise du type B. Les symptômes en sont le manque de respect du travail, l’atrophie des ressources internes, et un besoin constant de stimulation extérieure, suivis par le délabrement spirituel et la narcose de la moralité. Vous pouvez reconnaître la victime à ses efforts permanents pour rester en contact avec elle-même, pour se persuader que son ramollissement spirituel est une intéressante anomalie psychologique, et pour transformer sa fuite devant les responsabilités en une affirmation que la vie est constamment offerte à de nouvelles expériences. Dans les dernières phases, le patient est amené à se limiter à l’activité la plus triviale de l’homme : le divertissement. » (Shibumi)

« L’une des principales difficultés pour l’égocentrique est d’admettre qu’il est un protagoniste mineur dans toutes les biographies, sauf dans la sienne. Je ne suis qu’un second rôle dans votre existence ; comme vous dans la mienne. » (Shibumi)

« L’essence même du compromis : une situation qui ne satisfait personne, mais donne à chacun la satisfaction de savoir que les autres sont aussi mal lotis que lui. » (Shibumi)

« Chaque heure blesse, la dernière tue. » (proverbe basque, mais aussi latin, cité par Trevanian in Shibumi)

« La sociologie, cette pseudoscience descriptive qui camoufle ses insuffisances dans un brouillard de statistiques, se retranchant sur le créneau étroit situé entre la psychologie et l’anthropologie. Le genre de science mineure que tant d’Américains choisissent pour justifier quatre années d’insignifiance intellectuelle destinées à prolonger l’adolescence. » (Shibumi)

« L’attachement à l’honneur des Américains est inversement proportionnel à leurs besoins en chauffage. » (Shibumi)

« Le concept de fair-play est totalement étranger à la mentalité des Français ; un peuple qui a produit des générations d’aristocrates, mais pas un seul gentleman ; une culture où le droit remplace la justice ; une langue où l’unique mot pour désigner le fair-play est emprunté à l’anglais. » (Shibumi)

« Être gentil, c'est la façon dont un homme fait son chemin dans la société s'il n'a pas l'étoffe d'être dur ou la classe d'être brillant. » (La Sanction)

Sources : Wikipedia, Gallmeister

PS : la version actuelle du livre est censuré   :'( , si quelqu'un possède une édition originale me contacter par MP svp. (Reconnaissance éternelle  :akhbar: )

PS bis : il me semble que ce livre n'existe pas en version livre de poche.
Titre: Re : Shibumi
Posté par: Pier13 le 23 mai 2014 à 00:56:43
Extrait :

    Quelques années auparavant, cherchant une voiture à tout faire pour le château, Hel avait suivi les conseils d'un ami et acheté une Volvo, persuadé qu'une voiture aussi coûteuse, aussi dépourvue d'esthétique, de confort et de performances, devait avoir d'autres qualités fondamentales. On lui avait en effet assuré qu'elle était avant tout fiable et durable. Son combat avec la rouille commença dès le troisième jour, et les légers défauts de conception ou d'assemblage (parallélisme des roues l'obligeant à changer de pneus dès les premiers cinq cents kilomètres, balais d'essuie-glaces refusant tout contact avec le pare-brise, fermeture du coffre nécessitant l'appui des deux mains et transformant chaque chargement de bagages en numéro de cirque) l'obligèrent à rapporter fréquemment la voiture à son concessionnaire à quelque cent cinquante kilomètres de là. Du point de vue du concessionnaire, les problèmes concernaient le constructeur, et pour le constructeur, ils étaient du ressort du concessionnaire. Après des mois, fatigué de recevoir de vagues lettres de regret visiblement indifférentes de la part de la compagnie, Hel décida de prendre le taureau par les cornes : il se mit à utiliser la voiture pour le transport des moutons et du matériel d'exploration en montagne, espé-rant la voir s'écrouler et se trouver contraint d'acheter une marque dotée d'un réseau d'entretien correct. Malheureusement, il se révéla que si la compagnie ne méritait en aucune manière sa renommée, la réputation de robustesse de la voiture n'était, elle, pas complètement injustifiée. Elle roulait imparfaitement, mais elle persistait à rouler. En d'autres circonstances, Hel aurait considéré la durabilité d'une machine comme une qualité; dans ce cas particulier, cela signifiait qu'il devrait supporter ses déficiences pendant encore de longues années. Ayant eu l'occasion d'apprécier les talents de conducteur de Pierre, Hel imagina qu'il serait judicieux, pour mettre fin à ses ennuis, de lui confier la voiture le plus souvent possible. Mais l'ironie du destin voulut que Pierre n'eût jamais le moindre accident. Aussi Hel en vint-il à considérer la Volvo comme l'un des fardeaux burlesques de son existence, et il se contenta d'exprimer sa frustration en gratifiant la voiture de généreux coups de pied ou de poing chaque fois qu'il l'utilisait. Ses compagnons d'exploration souterraine ne mirent pas longtemps à cogner sur la Volvo à chaque fois qu'ils passaient à proximité, d'abord en guise de plaisanterie, puis par habitude. Bientôt, toute la petite communauté de spéléologues se mit à taper sur toutes les Volvo. Et avec l'illogisme particulier aux modes, cogner sur une Volvo devint un passe-temps répandu, considéré ici comme un signe de non-conformisme, là comme une preuve de jeunesse d'esprit, ici comme une marque d'anti-matérialisme, là comme la manifestation d'un comportement branché. Les propriétaires de Volvo finirent par accepter cette pratique qui les désignait comme faisant partie d'une élite internationale. Il s'en trouva même pour cogner sur leur voiture en cachette, afin de mériter cette réputation de cosmopolites. Un bruit — sans doute apocryphe — se répandit: Volvo allait lancer sur le marché un modèle cabossé en usine, pour attirer la clientèle de l'intelligentsia sur une marque qui, ayant tout sacrifié à la sécurité des passagers (malgré l'équipement d'une partie des modèles en pneus Firestone 500), s'adressait primitivement aux égoïstes nantis persuadés que leur survie avait une importance certaine pour la destinée du genre humain.
Titre: Re : Shibumi
Posté par: Tompouss le 23 mai 2014 à 09:02:27
Sa a l'air pas mal comme lecture merci pour le partage  :up: