Vie Sauvage et Survie
Techniques et savoirs de survie => Survie en milieu urbain => Discussion démarrée par: Lily le 14 août 2011 à 21:27:04
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(vaste programme... Je trouve pas de section satisfaisante, je fais au moins pire, ça va ?)
Salut,
Ce post n’a pas réellement fonction à donner des « trucs » sur les voyages mais d’essayer de sensibiliser le maximum de monde au fait que, quand on voyage – et particulièrement quand on baroude – on modifie drastiquement – et dangereusement – sa perception des risques.
Je parle bien du baroud plutôt que des voyages organisés ou à l’hôtel où, là, au contraire, il est fréquent de surestimer les risques et de ne rien voir ou goûter des cultures locales sous prétexte que la bouffe n’est potentiellement pas parfaitement fraîche ou que les rues moins sûres que « chez nous ». Mais à la fois, je sais d’expérience que ce n’est pas tellement le public du forum ☺
Il y a deux écueils à mon sens (et j’attends des autres nomades du forum qu’ils infirment ou enrichissent ma petite expérience, hein !).
Le premier est une perception décalée des risques. Je ne trouve pas d’expression satisfaisante pour exprimer ce que je veux dire. En gros, on voit certains risques comme énormes et on en sous-estime certains. Par exemple, en Afrique, on fait souvent grand cas de la qualité de l’eau. C’est vrai qu’une eau polluée, c’est dangereux. Mais à tout prendre, on risque aussi beaucoup avec la nourriture (qui refile aussi la typhoïde, faut-il le rappeler). Et surtout, en l’absence d’une source sûre, il vaut mieux prendre un petit risque de boire de l’eau pas tout à fait à nos normes que de risquer une déshydratation grave. Quand il fait 45° dans le Sahel au mois d’avril, la question se pose vraiment. Je n’incite pas ici à boire n’importe quelle eau mais à mettre en balance les risques potentiels encourus.
De la même manière, beaucoup de gens vous mettront en garde contre les lignes aériennes intérieures en Afrique. C’est vrai qu’elles font peur et qu’il faut les éviter au maximum. Mais sur de longues distances (et selon les pays), la route peut être un véritable mouroir. Là aussi, il faut jauger les risques et bien écouter les expats qui vivent sur le long terme dans le pays où on se balade. Je parle des expats et pas des locaux non parce que l’info ne serait pas fiable mais que, bien souvent, les différences économiques font que beaucoup de nos amis n’ont même jamais envisagé de prendre l’avion et que les perceptions de risques sont souvent différentes.
Le second écueil est celui qui me fout le plus en colère. C’est le complexe du baroudeur. Il se décline sous deux formes : soit l’illusion d’invincibilité soit, plus subtile mais plus dangereux, l’illusion du « je vis comme les locaux ».
L’illusion d’invincibilité, elle est simple. Faire de grands voyages, prendre des risques, aller dans des endroits qu’on ne voit qu’à la télé et, qui plus est, souvent pour des motifs humanitaires, c’est être un peu le héro de sa propre vie. Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle le retour en Europe s’apparente souvent à une méchante redescente de trip. Bref, l’adrénaline. C’est utile mais pas d’une efficacité folle sur le long terme…
L’autre illusion peut se résumer en « si les Africains peuvent le faire, alors moi aussi ». J’ai zéro sympathie pour ce type de connerie super répandue. Ca justifie que des gens que je connais qui vivent au Kenya trouvent normal (oui, normal !) de faire des crises de palu à répétition. Bah oui, les Africains, ils n’ont pas besoin de moustiquaire, alors moi non plus. Faut-il risquer de faire baisser son espérance et sa qualité de vie pour prouver qu’on est un warrior ou pour faire comme les locaux ? Chez beaucoup d’expats, les crises de palu se comptent et se portent comme des médailles. Il y a des gens sensibles, hein, qui font tous les efforts possibles et qui tombent quand même malades. Je vois juste dans mon cas que quatre ans de moustiquaire, de répulsifs et de prophylaxie quand le temps est trop humide m’ont évité de connaître cette m*rde.
De la même manière, dans les pays où on fait de la moto, pourquoi porter un casque ? Les Africains ne le font pas. Beaucoup d’irrespect et d’inconscience aussi là. C’est cher, un casque. On a les moyens de s’en payer un, on doit prendre nos responsabilités. Croire que les locaux risquent leur vie de gaité de cœur, c’est un peu léger. J’ai sans doute passé pour une débile pendant deux ans avec mon casque français sur la tête à Ouaga mais n’empêche, je savais que je conduisais comme une quiche et que le trafic est plus que dangereux. Vous me direz que vous, vous savez conduire. Ca vous fera une belle jambe (ou un beau crâne…) si vous rencontrez le pare-buffle d’un beau 4X4 ouagalais…
Bref. Tout ça pour dire que se déplacer (et je crois que ce n’est pas valable que pour l’Afrique) implique de remettre en cause beaucoup de choses et d’être très attentif à ses croyances, ses attentes et ses réactions. Ce qui est important, c’est d’être conscient des travers qu’on prend pour pouvoir les corriger. Les règles sont, il me semble, assez simple : ce qui est inacceptable chez soi (rouler sans casque ou draguer sans protection) reste inacceptable ailleurs. Ce qui n’est pas en notre pouvoir (les moustiques, la qualité de l’eau) doit être minimisé selon la règle du « faire de son mieux ». Tout le monde boit l’eau du robinet dans la zone où vous êtes ? Pourquoi ne pas essayer après adaptation ? Une moustiquaire coûte 6 euros ? Est-ce vraiment utile d’avoir un BoB sous le lit pour risquer de rester au fond de son lit intransportable avec un palu alors que le pays est à feu et à sang ?
Voilà mes petites méditations. Ca attends d’être mis en perspective et/ou en difficulté.