Vie Sauvage et Survie
Techniques et savoirs de survie => Survie en milieu naturel => Discussion démarrée par: DominicLC le 08 juillet 2011 à 15:49:29
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Le Nécessaire de la vie, par Henry David Thoreau:
" Par les mots, nécessaire de la vie, je veux dire, parmi ce que l'homme obtient par sa propre activité, tout ce qui a été dès le début, ou est devenu par une longue utilisation, si important à la vie humaine que peu, s'il en est, soit par leur côté sauvage, ou leur pauvreté, ou leur philosophie, ont déjà tenté de s'en passer. Pour maintes créatures, il n'existe en ce sens qu'un seul nécessaire de la vie, la Nourriture. Pour le bison des prairies, il s'agit de quelques centimètres d'herbe grasse, avec de l'eau à boire, à moins qu'il ne cherche l'Abri de la forêt, ou l'ombre de la montagne. Aucune des créatures de la gent animale ne requiert plus que la Nourriture et l'Abri. Les nécessités de la vie pour l'homme en ce climat peuvent, assez précisément, être réparties en plusieurs rubriques telles que la Nourriture, l'Abri, le Vêtement et le Combustible; car ce n'est pas avant d'avoir obtenu ces choses que nous sommes prêts à considérer les vrais problèmes de la vie avec liberté et espoir de succès. L'Homme a inventé, non seulement les maisons, mais les vêtements et les aliments cuits; et probablement depuis la découverte accidentelle de la chaleur du feu, et son utilisation, qui fut d'abord un luxe, vint ensuite la nécessité de vivre avec. Nous voyons des chats et les chiens faisant l'acquisition de cette même seconde nature. Avec un bon abri et de bons vêtements nous conservons bien notre propre chaleur interne; mais avec un excès de ceux-ci, ou de combustible, c'est à dire, avec une source de chaleur externe supérieure à notre température interne, ne doit-on pas parler d'un début de cuisson ? Darwin, le naturaliste, dit des habitants de la Terre de Feu, qu'alors que sa propre équipe, qui était bien habillée et assise près d'un feu, étaient loin d'avoir trop chaud, ces sauvages nus, qui étaient beaucoup plus loin, ont été observés, à sa grande surprise, "dégoulinant de sueur sous une telle fournaise." Donc, nous dit-on, le néo-Hollandais va nu en toute impunité, tandis que l'Européen grelotte dans ses vêtements. Est-il impossible de combiner la robustesse de ces sauvages à l'intellect de l'homme civilisé ? Selon Liebig, le corps de l'homme est un fourneau, et la nourriture le combustible, qui maintient la combustion interne dans les poumons. Par temps froid, nous mangeons plus, par temps chaud moins. La chaleur de l'animal est le résultat d'une combustion lente, et la maladie et la mort se produisent lorsque celle-ci est trop rapide; ou par manque de carburant, ou par manque d'hydratation, le feu s'éteint. Bien sûr, la chaleur vitale ne doit pas être confondue avec le feu, mais l'analogie peut se faire. Il semble donc, d'après la liste ci-dessus, que l'expression, vie animale, soit presque synonyme de l'expression, chaleur animale : car alors que la Nourriture peut être considérée comme le Combustible qui entretient le feu en nous - et le Combustible sert uniquement à préparer cette Nourriture ou à augmenter la chaleur de notre corps par addition de l'extérieur. L'Abri et le Vêtement ne servent aussi qu'à retenir la chaleur ainsi générée et absorbée.
La grande nécessité, alors, pour notre corps, est de rester chaud, de garder la chaleur vitale en nous. Quelles douleurs nous coûtent en conséquence, non seulement notre Nourriture, nos Vêtements, et notre Abri, mais aussi nos lits, qui sont nos vêtements de nuit, pillant les nids et les estomacs des oiseaux pour préparer cet abri à l'intérieur de l'abri, comme la taupe a son lit d'herbe et de feuilles au fond de son terrier ! Le pauvre homme a coutume de se plaindre que son monde est froid; et ce froid, non moins physique que social, constitue directement une grande part de nos maux. L'été, dans certains climats, rend possible à l'homme une sorte de vie Elyséenne. Le Combustible, sauf pour cuire sa Nourriture, est alors inutile, le soleil est son feu, et beaucoup de fruits sont suffisamment cuits par ses rayons; tandis que la Nourriture est généralement plus variée, et plus facile à obtenir, et les Vêtements et l'Abri sont plus ou moins inutiles. De nos jours, et dans ce pays, comme je le constate par ma propre expérience, quelques outils, un couteau, une hache, une pelle, une brouette, etc, et pour les studieux, une lampe, du papier, et l'accès à quelques livres, constituent le nécessaire, et peuvent être obtenus à un coût dérisoire. Pourtant certains, non des plus sages, vont de l'autre côté du globe, dans des régions barbares et malsaines, et se consacrent au commerce pendant dix ou vingt ans, afin qu'ils puissent vivre - c'est à dire, conserver une chaleur confortable - et mourir finalement en Nouvelle-Angleterre. Les grands riches ne vivent pas seulement confortablement au chaud, mais à un niveau de chaleur contre nature; comme je l'indiquais précédemment, ils sont cuits, à la mode bien sûr.
Source: Walden ou la vie dans les bois, Henry David Thoreau (Chapitre 1: Économie )
http://fr.wikisource.org/wiki/Walden_ou_la_vie_dans_les_bois/1
Ainsi selon Thoreau, La Nourriture, L'Abri, le Vêtement et le Combustible sont les seuls paramètre nécessaires à la vie de l'homme.
Personnellement, en lisant ce passage, j'y ai surtout retrouvé la notion de la règle de 3, mêlée à la Pyramide des Besoins de Maslow ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Pyramide_des_besoins_de_Maslow )
Je trouve que Thoreau, qui a publié son livre Walden ou la vie dans les bois en 1854, fait preuve ici de beaucoup de recul face aux réels besoins de l'homme.
A savoir que la règle de 3 est très récente, et que la pyramide des besoins de Maslow a été élaborée vers 1940, nous voyons ici que Thoreau, via son long séjour dans la nature, à su remettre en cause la société qui lui était contemporaine bien avant la récente prise de conscience générale de la surconsommation de l'homme, bien que ces notions avait été déjà abordée dans l'Antiquité Grecque par Épicure. (Thoreau est considéré comme épicurien il me semble)
+ d'info sur l'Épicurisme: http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89picurisme
Maintenant, je m'interroge sur ce que vous pensez des conditions nécessaires que Thoreau expose, à savoir la Nourriture, l'Abri, le Vêtement, le Combustible.
Pensez vous que Thoreau réuni bien ici les conditions de vie humaine?
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Note: Pour ceux que la lecture du bouquin dans son intégralité intéresse, on peut le lire en ligne gratuitement ici:
http://fr.wikisource.org/wiki/Walden_ou_la_vie_dans_les_bois
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Il y a des choses bien chez Thoreau, des trucs à lire et à apprendre. Maintenant que la condition humaine se résume à vivre dans une petite cabane au fonds des bois, sans famille (ouaip, la famille c'est chiant, c'est lui qui le dit, un peu autrement bien sûr), ça craint un peu.
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Je pense qu'ici Thoreau fait d'avantage référence aux besoins physiologiques qu'au besoins sociaux.
Je pense aussi que bien que Thoreau ait beaucoup à nous apprendre, il faut savoir prendre du recul sur ce qu'on lit, de même pour Nietzsche par exemple..