Vie Sauvage et Survie

Techniques et savoirs de survie => Vie sauvage => Discussion démarrée par: sandrine booth le 25 septembre 2010 à 09:03:48

Titre: toujours là où tu ne l'attends pas
Posté par: sandrine booth le 25 septembre 2010 à 09:03:48
Salut :)

Vous savez peut-être que j'ai passé tout l'hiver dernier à pister les renards autour de chez moi, j'avais même fini par en apercevoir de loin, mais jamais de quoi faire une photo décente. Pas facile à rencontrer cet animal, il est sacrément méfiant, et on ne peut guère lui en vouloir... Lors de mon dernier affût, au mois de mars, alors que je me pelais les fesses au milieu d'une couche de neige tardive, j'avais reçu un SMS moqueur d'un certain David Manise me disant "ton renard sera toujours là où tu ne l'attends pas". Vu que je n'en démords pas facilement, j'ai tout de même continué à l'attendre... Puis je l'ai finalement rencontré un beau matin au bord de la route. Une voiture l'avait croisé avant moi... :( Il était exactement sur le trajet que j'avais imaginé qu'il prenait pour aller se nourrir, mais ça ne m'a pas consolée, et, écœurée, j'ai ensuite arrêté les affûts autour de chez moi.

Depuis, j'ai déménagé (pas à cause de la mort du renard, rassurez-vous) pour aller m'installer sur les plateaux du Vercors. A 1/2 heure de mon nouveau chez moi, se trouve le fameux plateau d'Ambel, où la chasse est tellement réglementée qu'on pourrait presque dire qu'elle est interdite, où la météo est tellement pourrie que l'homme ne peut s'y installer (à part quelques résistants téméraires qui y ont passé un bon moment pendant la seconde guerre mondiale).

C'est dans ce temple de la faune sauvage que je suis allée vadrouiller le week-end dernier, espérant croiser un cerf amoureux en cette période de brame... Me voilà donc partie, toute de kaki vêtue, et le boîtier autour du cou, sur les traces de l'animal mythique. Je connais bien l'endroit, et je me dirige d'emblée vers un ensemble de petites clairières où j'ai déjà trouvé des indices de présence. Je marche lentement et silencieusement, à contre-vent, vers le nord, et je longe une première clairière en restant dans la lisière de la forêt, cachée par les hêtres, en évitant soigneusement de faire craquer des branches. Je vois d'innombrables fumées de cerf, certaines très récentes, encore noires et luisantes, toutes chargées de promesses ;). Par moment, je me rapproche de la clairière, tout en restant à couvert, et je jette un coup d'oeil. Rien à l'horizon.

Je continue en longeant une deuxième clairière, toujours à contre-vent, et là, au milieu des herbes dorées, je le vois qui ondule: pas un cerf non, mais un renard, là où je ne l'attendais pas... Il est à trente mètres de moi environ, et il avance lui aussi vers le nord, s'arrêtant de temps en temps pour flairer ce que lui amène le vent. Rien d'inquiétant visiblement, car il continue pépère. Je pose mon sac à dos derrière un arbre et je le suis, à pas de loup, le coeur battant. Pour ne pas le perdre de vue, je dois quitter le couvert des arbres, et je marche accroupie en essayant de me dissimuler dans les herbes et les dépressions du terrain. Il est superbe, d'un roux flamboyant, le pelage dense et soyeux: il a déjà son poil d'hiver. Je prends une première photo, puis une deuxième. Pas de souci de bruit au déclenchement, le vent emporte tout dans la direction opposée. C'est vraiment un moment d'observation magique: le renard avance dans les herbes, les écartant du museau puis de temps en temps il s'arrête et les fouille à la recherche j'imagine d'un campagnol ou autre petite proie. Puis il s'assoie, flaire le vent quelques secondes, et reprend son avancée. Ce qui me surprend le plus, c'est cet air tranquille qu'il a, alors que je l'aurais plus imaginé aux aguets...

(http://prises2vues.fr/photos/2010_09_19_renard_ambel-%285%29.jpg)

(http://prises2vues.fr/photos/2010_09_19_renard_ambel-%283%29.jpg)

(http://prises2vues.fr/photos/2010_09_19_renard_ambel-%282%29.jpg)

Au bout d'un moment, je décide de tenter de me rapprocher pour avoir des images de plus près. Ma tactique est simple: la clairière forme une légère butte et le renard avance vers le nord en haut de cette butte. Je décide de le perdre de vue un moment et d'avancer moi aussi vers le nord en contre bas. Je fais une vingtaine de mètres comme ça, puis je remonte sur la butte. Et là, je tombe sur lui, il est à 10 mètres. Je m'accroupis tout doucement et tente de faire la mise au point. Mais les longues herbes qui entourent le renard sont un supplice pour l'autofocus de mon boîtier qui rame et ne parvient pas à se fixer sur l'animal. Grand moment de stress! Je me dis qu'il faudrait que je me mette en mode manuel. C'est à ce moment qu'il tourne la tête vers moi, le vent a-t-il tourné? est-ce le bruit de ce fichu autofocus? Il m'a vue, c'est sûr, mais il ne bouge pas. Moi non plus. Pendant quelques secondes j'oublie tout et même la photo que j'aurais voulu faire. Il n'y a que ce regard doré à travers les herbes. C'est fabuleux. Puis deux bonds silencieux et il disparaît dans les bois.

Encore toute secouée, et quasi euphorique, je décide d'installer mon affût en bordure de cette clairière. J'attends, certaine que je ne reverrai pas le renard aujourd'hui, mais espérant tout de même voir une biche ou un cerf. Au bout d'une demi-heure, incroyable, le renard est de retour! Visiblement pas traumatisé par sa rencontre avec un bipède, il fouille les herbes, plus au nord, à 50 mètres de mon affût. Là, j'ai un gros moment de doute. Que dois-je faire? Quitter l'affût et avancer vers l'animal, au risque de l'effrayer une seconde fois mais avec l'espoir d'une belle image?... Ou bien rester bien cachée dans mon affût, et le laisser en paix, en espérant qu'il redescendra vers moi, ce qui est plus qu'improbable... Je choisis la seconde option, et je l'observe un moment de loin, avant de le voir disparaître dans un creux... Pas d'autres photos donc pour aujourd'hui, mais je me dis que j'ai bien fait...

Je resterai ensuite jusqu'à la tombée de la nuit dans mon affût, sans rien voir d'autre qu'une mésange huppée qui viendra mêler son chant à la mélodie rauque des cerfs qui brament au loin... Quelques heures de grand bonheur, que j'avais envie de partager avec vous, même si je ne suis pas rentrée avec des photos formidables.

à+

Sandrine
Titre: Re : toujours là où tu ne l'attends pas
Posté par: sandrine booth le 25 septembre 2010 à 09:15:09
Vu que j'évoque le plateau d'Ambel dans ce post, j'en profite pour rappeler quelques règles qui s'y appliquent durant la période de brame, soit du 15 septembre au 15 octobre: il y a toute une partie de la forêt dont l'accès est très réglementé durant cette période, et que l'on appelle la "zone de tranquillité". Deux affûts ont été aménagés dans cette zone pour que les amoureux de nature ou les curieux puissent tout de même observer les cerfs, mais, en dehors de ces affûts, c'est zone interdite pour laisser les animaux vivre leurs amours en toute sérénité. Ma "vadrouille" à moi s'est faite à l'écart de cette zone de tranquillité, je préfère le préciser... :)
à+
Sandrine
Titre: Re : toujours là où tu ne l'attends pas
Posté par: Lily le 25 septembre 2010 à 09:28:35
Quelques heures de grand bonheur, que j'avais envie de partager avec vous, même si je ne suis pas rentrée avec des photos formidables.


A la fois, tu n'aurais pas eu autant de bonheur si tu étais restée coincée dans l'idée de prendre des photos formidables.
Effectivement, ton renard n'est pas la où tu croyais : peu dans le boitier, beaucoup dans la tête :)

Merci du partage, c'est un récit très chouette pour commencer un week-end !
Titre: Re : toujours là où tu ne l'attends pas
Posté par: crotale le 25 septembre 2010 à 09:40:57
Quand l'art de la photo est sublimé par une narration de toute beauté :love:
Effectivement c'est le genre de reportage qui apporte une floppée énergétique de grande qualité dès le matin, et çà c'est du talent pur ;)
Sans compter que le renard, même dans certains lieux boisés d'ïle de France, sait se faire observer à la dérobade, quand il le souhaite et quand il le "sent"...Un animal de légende, une bien belle histoire qui confirme que la patience est la mère des vertus :)

Titre: Re : toujours là où tu ne l'attends pas
Posté par: Loriot le 25 septembre 2010 à 10:03:12
Joli!!!

Ça me rappelle un peu le soir ou un renard m'a suivit tranquillement jusque... Dans le chalet...
Titre: Re : toujours là où tu ne l'attends pas
Posté par: jeanluc le 25 septembre 2010 à 10:05:50
Ah,Sandrine! ton recit est enchanteur ,decidement,il y avraiment des pages dans ceforum qui reconcilient avec la Vie ::)
Titre: Re : toujours là où tu ne l'attends pas
Posté par: said206samourai le 26 septembre 2010 à 02:20:19
franchement bravo :ohmy:
Titre: Re : toujours là où tu ne l'attends pas
Posté par: Artic Killer le 26 septembre 2010 à 02:38:47
 :doubleup:

Jolie histoire, merci !!

Et tes photos sont déjà bien sympa, hein :)
Titre: Re : toujours là où tu ne l'attends pas
Posté par: nemesys le 26 septembre 2010 à 17:43:58
... Quelques heures de grand bonheur, que j'avais envie de partager avec vous, même si je ne suis pas rentrée avec des photos formidables.
Sans photos peut être, mais avec un récit qui nous a fait rêver !
Merci Sandrine !!
Titre: Re : toujours là où tu ne l'attends pas
Posté par: Willy le 27 septembre 2010 à 11:09:12
Une jolie rencontre  :doubleup:

Willy
Titre: Re : toujours là où tu ne l'attends pas
Posté par: sandrine booth le 28 septembre 2010 à 09:42:23
Merci à tous pour vos commentaires sympas :). Je compte y retourner bientôt, en espérant des lumières plus intéressantes, je vous tiendrai au courant...
Peut-on avoir les caractéristiques des beaux clichés qu'on peut contempler plus haut ? Boîtier, focale, ouverture, vitesse etc. ?
Coltaine.

Les photos ont été prises avec un boîtier canon EOS 7D, et un zoom canon 100-400 mm: focale: 400mm, ouverture: f. 5.6, vitesse: 1/400 ème de seconde, à 200 iso. En fait, le boîtier était sur le mode TV (priorité vitesse) réglé à 1/400, ce qui me permettait d'être sûre d'avoir une vitesse correcte en cas de rencontre inopinée, et en mode iso auto (mode qui n'existe que sur les boîtiers canon récents, je l'ai aussi sur le 5D MARK II, et qui est bien pratique quand on pratique la billebaude, car c'est l'appareil qui va décider de monter dans les isos si besoin...). Ce sont les réglages habituels que j'utilise quand je suis en approche. Une fois que je suis installée en affût, je fais des réglages plus fins et je me mets alors souvent en AV (priorité ouverture), pour gérer correctement la profondeur de champ et je règle les isos manuellement. Voilà voilà, en espérant que ça n'est pas trop du chinois tout ça...
à+
Sandrine :)
Titre: Re : toujours là où tu ne l'attends pas
Posté par: Outdoorsman le 01 octobre 2010 à 21:40:19
Super Sandrine,
je suis content pour toi pour cette belle rencontre.
Il m'est arrivé à plusieurs reprises de chercher à observer un animal pendant des années sans résultats. Une fois la première observation faite, ça a été le début d'une longue série. J'espère qu'il en sera de même pour toi et que tu tireras des clichés qui te satisferont.

Le mois dernier, j'ai suivi ainsi un renard pendant plus d'une heure. Je l'ai vu se faire houspiller dans un troupeau de vaches et chasser un surmulot. Malheureusement, je me suis fait piéger par une bascule de vent. De beaux souvenirs dont voici la moins pire de mes photos :
Titre: Re : toujours là où tu ne l'attends pas
Posté par: sandrine booth le 02 octobre 2010 à 09:04:07
Merci outdoorsman pour tes encouragements. Justement j'ai bien l'impression que "le vent tourne" pour moi, car j'ai fait depuis ce post deux autres observations et vécu des moments formidables! J'ai l'intention d'en poster le récit dans la journée...
Sympa tout de même ta photo: le prédateur avec sa proie dans la gueule... Tu as dû te régaler! Et lui aussi ;)...
à+
Sandrine