Vie Sauvage et Survie

Techniques et savoirs de survie => Vie sauvage => Discussion démarrée par: DavidManise le 29 décembre 2009 à 23:05:40

Titre: La vie sauvage, le bushcraft et la survie...
Posté par: DavidManise le 29 décembre 2009 à 23:05:40
De plus en plus, des stagiaires me demandent ce qu'est la différence entre la vie sauvage, le bushcraft et la survie... J'ai longtemps trouvé cette distinction purement artificielle...

J'avais tort.

De fait, ayant grandi pieds nus dans la forêt au Québec, j'ai abordé la survie par ce qu'on pourrait appeler le bushcraft, ou la vie sauvage. Quand on me demande où j'ai appris telle ou telle technique, je réponds en général "et toi, t'as appris où à passer le balai ?"... Je suis tombé dedans quand j'étais petit, et j'ai appris de manière complètement informelle, en imitant mes oncles et mes cousins, en écoutant les histoires de chasse, les légendes de pêche, les récits des des uns et des autres... et en pratiquant beaucoup, parce que c'était facile, agréable. Parce que j'aimais ça et que quand j'étais fatigué ou de mauvaise humeur j'allais voir la "Pacha Mama" pour me reposer... J'ai toujours profondément aimé la nature, et ce sentiment d'union profonde entre mon être tout entier et la forêt, la montagne, le sable, la terre, l'eau pure d'une rivière ou le feu qui me chauffe... Difficile à expliquer, mais je ne sens pas particulièrement de distinction entre moi et la nature. Comme si les frontières de mon être étaient poreuses... et c'est bon, comme sensation :)

Puis, depuis 2003, l'efficacité et la méthode ont mis leur nez dans mes affaires intimes avec la Mama :) J'ai structuré, objectivé, condensé... j'ai mis au point des trucs pour enseigner. J'ai appris, notamment via Philippe Perotti et Alain Beariswyl, des méthodes pédagogiques et une approche extrêmement efficace pour faire passer les savoirs vite et bien. Et de fait, de toute cette nébuleuse "sauvage" a émergé un cursus très précis, très riche, et très efficace. Et c'est très bien que ça existe aussi. C'est utile. C'est bon. Ca prolonge des vies.

Mais tout ceci étant fait, je retourne maintenant pister avec un immense plaisir. Je pars marcher tranquillement dans les sous-bois... je longe des torrents et des ruisseaux, et ça me fait un bien immense de me replonger dans tout ça, tout simplement...

Alors, quelle est donc cette fameuse différence entre la vie sauvage et la survie ? La finalité, le but est le même... d'apprendre à survivre et du même coup à vivre dans la nature ou ailleurs. La différence est dans le temps qu'on souhaite consacrer à l'apprentissage de tout ça. Le bushcraft, la vie sauvage, sont un apprentissage qui se fait en douceur, qui est long et riche, plein de redondance et de répétition où on fait, refait et recommence en soignant le geste, en prenant plaisir à bien faire. C'est une recherche du geste pur, de la conscience de ce qu'on fait. C'est un art autant qu'une science... et on apprend, on "s'entraîne" quotidiennement en se reposant, en se faisant plaisir, presque sans s'en rendre compte... et au final, sur la durée, on acquiert lentement mais sûrement un savoir-faire très profond, très enraciné, très robuste et qui sera utilisable aussi en situation d'urgence.

En survie, a contrario, on emploiera des méthodes un peu plus simples. Pas nécessairement les meilleures dans l'absolu, mais celles qui seront les plus faciles à transmettre efficacement et rapidement, et qui fonctionneront tout le temps... la survie s'apprend vite et bien. La vie sauvage se savoure. C'est une façon de faire qui s'infuse doucement en nous... très profondément.

Est-ce que les deux approches sont complémentaires ? Absolument pas. Elles sont juste différentes. Et c'est très bien ainsi... Les deux me font réellement penser à la distinction qui existe entre les arts internes chinois et les méthodes de self-défense. Les arts internes chinois demandent, pour le peu que j'en connais, des années avant d'être maîtrisés, et deviennent efficaces sur la durée, lentement, par imprégnation progressive, par un "travail long" ("travail long", c'est la traduction de "Gung Fu" !), alors que les méthodes de self sont conçues pour être transmissibles vite et bien au plus grand nombre, et pour être efficaces vite. Les uns sont élitistes, réservés à ceux qui ont envie de s'investir longtemps, doucement et paisiblement, sans espoir ni besoin que ça fonctionne rapidement. Les autres sont dans l'efficacité industrielle, et le pragmatisme rationnel.

Et c'est très bien que les deux existent.

Et oui, les deux sont conciliables. La preuve... ;)

Ciao ;)

David
Titre: Re : La vie sauvage, le bushcraft et la survie...
Posté par: Corin le 29 décembre 2009 à 23:26:49
En repensant à l'origine de ces différents termes, j'en suis arrivé à ces définitions:
- le bushcraft, c'est la vie en pleine nature avec les ressources du monde moderne plus ou moins importantes mais bien présentes;
- la vie sauvage, c'est la vie en pleine nature avec les ressources disponibles sur place;
- la survie, c'est quand l'une ou l'autre des précédentes se passe mal, le moment où il faut se sauver les miches.

Hyper cartésien :D.

A+
Titre: Re : La vie sauvage, le bushcraft et la survie...
Posté par: DavidManise le 29 décembre 2009 à 23:53:17
Bouarf...  non, la vie sauvage c'est quand j'ai cherché une traduction pour "bushcraft" en fait...  ;#

Art des bois c'est bien mieux trouvé, mais c'est dommage de se limiter aux bois...  

Bref.

Là je distingue non pas le champ d'application, et ni les méthodes, mais surtout le mode d'apprentissage.  C'est là que ça se joue en fait.  Enfin je trouve.  La distinction est là...  et c'est vachement important, mine de rien.

David
Titre: Re : La vie sauvage, le bushcraft et la survie...
Posté par: Corin le 29 décembre 2009 à 23:56:20
Bouarf...  non, la vie sauvage c'est quand j'ai cherché une traduction pour "bushcraft" en fait...
Sauf qu'à regarder les origines du bushcraft, on tombe vite sur des gars qui s'installaient dans la pampa avec tout le matos, porteurs, etc... Un peu comme les expéditions coloniales.

Du coup, entre le bushcraft et la vie sauvage, je mettrais bien la même différence qu'entre l'escalade artificielle et le libre.

A+
Titre: Re : La vie sauvage, le bushcraft et la survie...
Posté par: DavidManise le 30 décembre 2009 à 00:01:29
C'est vrai que nous on fait vachement plus léger ;#

Tu marques un point.

David
Titre: Re : La vie sauvage, le bushcraft et la survie...
Posté par: corbak le 30 décembre 2009 à 00:09:22
Salut,

Moi plus j'avais en image le trappeur Nord Américain à l'évocation du mots Bushcraft... Cabane en rondin, chevaux, carabine et peau de castor...

Le genre colonial qui fait tout faire à ses porteurs ça m'évoque plus l'esclavage que le bushcraft...  ;#

Croaaaaa
Titre: Re : Re : La vie sauvage, le bushcraft et la survie...
Posté par: Corin le 30 décembre 2009 à 00:32:24
Le genre colonial qui fait tout faire à ses porteurs ça m'évoque plus l'esclavage que le bushcraft...
C'est certain mais Schweitzer et les autres n'ont pas tous fait dans l'esclavage.

Pour moi, bushcraft, c'est plus ça:
http://en.wikipedia.org/wiki/Bushcraft (http://en.wikipedia.org/wiki/Bushcraft)

A+
Titre: Re : La vie sauvage, le bushcraft et la survie...
Posté par: Meow le 30 décembre 2009 à 08:46:04
J'aime bien ta vision holistique David, mais de manière plus pragmatique et moins lyrique je définirais bushcraft / vie sauvage / survie comme suit :
Le bushcraft est un loisir, la vie sauvage une culture, la survie un besoin.
Le buschraft et la vie sauvage sont un moyen, la survie une fin.

:)
Titre: Re : La vie sauvage, le bushcraft et la survie...
Posté par: Outdoorsman le 30 décembre 2009 à 09:32:36
Je traduirais bien "bushcraft" par "artisanat de la vie en plein air".
Artisanat, parce qu'il y a bien l'idée de faire soi même, d'être artisan-constructeur et non consommateur.
Plein air, parce que pour moi le bush, ça évoque la forêt mais aussi la savane africaine ou le désert australien.

Je partage l'idée de David selon laquelle il y a une différence de temps, d'approche et de finalité selon que l'on parle de vie sauvage, de bushcraft ou de survie.

Le bushcraft, comme je l'ai dit plus haut, évoque l'idée de construire, d'aménager le milieu à plus ou moins grande échelle selon le temps que l'on souhaite y rester.

La vie sauvage, c'est se fondre dans le milieu. C'est l'idée d'appartenance à la nature, de contemplation, d'observation.

Enfin, la survie, on est d'accord, c'est plus de la technique d'urgence.
Titre: Re : La vie sauvage, le bushcraft et la survie...
Posté par: sebastienb le 30 décembre 2009 à 10:30:47
Ne peut on pas étager survie, vie sauvage et bushcraft comme les besoins de la pyramide de Maslow ? Survivre, c'est le rez de chaussée (sauver et perpetuer la vie dans ses aspects les plus essentiels), vivre "sauvagement" c'est assurer les besoins au quotidien, et faire du bushcraft c'est un peu plus de l'ordre de l'accomplissement personnel (se faire plaisir, ajouter l'esthétique à la fonctionnalité...). La distinction n'est comme dans la pyramide de Maslow que conceptuelle et dans la pratique les étages ne sont pas forcément traités par ordre de priorité et s'interpénetrent.
Titre: Re : La vie sauvage, le bushcraft et la survie...
Posté par: Wapiti le 30 décembre 2009 à 11:13:24
Bonjour

Bushcraft, désigne l'art ou le métier de la brousse.

Définitions tirée de Wikipédia :

Le bush, de l'ang. bush, buisson, broussaille, désigne un paysage rural peu développé genre savane arbustive, en Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud et Alaska.
La formation végétale de l'ang. bushland, pays de buissons, buissonneux ou brousse, est une sous-forme de forêts et bois arbustifs et de broussailles de type méditerranéens particulière à l'arrière-pays, outback, australien.

Il me semble qu'il serait plus judicieux d'employer le mot woodcraft. En effet, la majorité des membres du forum réside en pays de forêts de types européen, alpin, sub-arctique et arctique. L'archétype de personnage qui pratique cette activité est le « coureur des bois », justement il court. Pour les habitants de l'arc méditerranéens et de Corse, il s'agit pour l'essentiel de garrigue et de maquis bien qu'on y trouve des forêts de hautes futaies.

Concernant les définitions employée ici, je considère que :

Le woodcraft ou le bushcraft désigne un bref séjour itinérant dans la verte, qui est plus une traversée d'une zone définie qu'un stationnement prolongée. Il combine vie rustique et déplacement.

La vie sauvage est une sédentarisation sans contact avec la civilisation. Les déplacements rayonnent autour d'un point à fins d'exploitation des ressources d'alentour, jusqu'à épuisement. Ce peut être une nomadisation ponctuelle.

Les deux sont emprunts d'une certaine rusticité, bien que pour la seconde du matériel plus important soit emporté.

Enfin la survie s'étale sur la durée (variable cela va de soi) avec parfois moins d'équipements et de matériel que les précédents. Toutefois, elle se conçoit également avec d'importantes réserves en prévision d'une rupture durable avec la civilisation (éloignement forcé ou défaillance de celle-ci). Réserves qui permettent de se réorganiser, de trouver des substituts en l'attente d'un retour à normale, ou, dans le pire des cas, de survivre après la disparition des structures de la société. La vie sauvage peut-être une des conséquences de la survie.

Dans l'ensemble c'est ce que définit David.

À +

Titre: Re : La vie sauvage, le bushcraft et la survie...
Posté par: jbc le 30 décembre 2009 à 11:41:30
bushcraft, art des bois sont pour moi un loisir, tailler une cuillère, un sifflet, cuisiner aux feu dans des conditions plutôt confortable, avec un hamac ou sous un bon tarp spacieux. c'est de la rando sans la rando mais uniquement l'établissement du campement ou presque. écouter et sentir la nature
la vie sauvage était pour moi plutôt un mixe entre la vie en autarcie limite ermites dans les limites des capacités de chacun un peu comme le dit pierrot a la " Dick Proenneke "
 
ce que implique l'art des bois et la vie sauvage: des gestes sures, une connaissance de sont milieu et savoir tiré partis du meilleur de ce quelle nous offre

la survie est la même chose mais quand tout se barre en c*u!lle, petite sortie sympa en canoë fin novembre un mouvement brusque et hop a la baille (un exemple parmi des millions d'autre)
ça implique les mêmes connaissances mais dans un contexte tout a fait different, gérer sont stress, lutter contre le temps et le temps, se réguler au plus vite..........
bref un est un loisir, l'autre un mode de vie et le troisième une nécessité