J'avais plus ou moins l'intention d'ouvrir un sujet sur "Comment se débarrasser d'un invité nocturne collant dans la nature ?", mais je pense que ce fil, finalement, traite peu ou prou le même sujet. (Si j'ai tort, je m'en excuse, j'ai l'habitude de fréquenter un forum où il est déconseillé de multiplier les ouvertures de sujet). Et j'invite également ceux qui ne l'auraient pas fait à lire les autres posts, dont celui du dénommé kartoffel en première page, qui m'a fait exploser de rire.
Bien. Nous parlons donc de ces bestioles qui s'invitent dans les bivouacs, et même si nous les aimons, nous les aimons mieux à distance respectable de nos corps vulnérabilisés par le sommeil, la relative cécité nocturne et la paranoïa afférente.
Cet été, je suis allé dormir près du lac des Monges (04) avec un pote et deux copines. A la belle, vu le temps. Mais là-bas, il y a un individu désormais célèbre : le goupil du lac des Monges. J'avais déjà eu loisir de le rencontrer cet hiver, alors que j'avais passé la nuit dans le refuge à proximité, lors d'une randonnée en raquettes. Le goupil est célèbre, puisque dans le refuge de l'ONF, on peut lire écriteau indiquant de "ne pas donner de sucreries au Renard". De sucreries, oui. On en pensera ce qu'on en veut. Bref, là-bas, le renard renarde et mendie, avec un air de pas y toucher :
(http://sphotos.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-snc3/hs364.snc3/23501_321650997411_576857411_3390331_6098315_n.jpg)
avec son air de renard empaillé sur la commode de Mamie
Je craignais donc de le revoir en juillet, mais naïvement, j'espérais qu'il se cantonne à chiner les occupants du refuge, et non notre joyeuse troupe installée plus haut dans la forêt. Que nenni. Nous n'avions pas commencé à festoyer depuis 30 minutes que déjà nous étions alertés par un bruit de feuilles, qui se confirma par l'apparition de deux jolis disques verts dans le faisceau de la maglite. Saloperie, me dis-je, nous voilà repérés, avec saucisson et pâté. Le mendiant opéra une approche discrète mais inexorable, tournant autour de nous, se cachant régulièrement pour réapparaître toujours plus près. A plusieurs reprise, j'essayai de l'éloigner, vociférant des insultes qui semblaient lui passer tout à fait au dessus (j'ai toujours été assez mauvais pour vexer les renards), lui lançant des branches... Ce fut pour moi l'occasion de réaliser que l'orgueil humain en prend un coup lorsqu'un animal réputé craintif nous tient tête avec opiniâtreté. Je finis par ravaler mon orgueil, une double dose de rhum pour la peine, et pris le parti d'aller percher la nourriture loin de notre litière, et suffisamment haut pour que le renard réalise combien il demeure limité par sa condition de renard. Alors que moi, j'ai du saucisson, et je sais grimper aux arbres. Ah.
Sans nouvelles du délinquant, nous nous couchâmes vers minuit, les filles au milieu, les hommes sur les bords. Mes compères trouvèrent le sommeil instantanément, alors que je prenais le temps d'admirer la voûte céleste. Forcément, alors que je glissais lentement vers l'autre côté, les feuillent se remirent à craquer. Dans un premier temps, je pensai que l'animal se contenterait de négocier avec le pin auquel j'avais confié la nourriture. Au lieu de cela, le renard repris sa marche d'approche, trottant par à coups de part et d'autre du camp. Les yeux fermés, j'essayais d'évaluer la distance des pas, irrité à l'idée que le renard nous narguait tranquillement, avec probablement, un petit sourire en coin. Le bruit des feuilles se fit de plus en pressant, et paraissait venir de plusieurs endroits, de sorte que j'en vint à penser que Monsieur avait peut-être invité sa renarde. Mais cette cacophonie finit par me bercer.
Je touchais enfin le repos du doigt (façon de parler), lorsque que le bruit des feuilles muta en bruit... de bouteille en plastique. Je me redressai d'un coup, en allumant la frontale, pour constater que le renard tentait, toujours avec un air innocent, de se saisir d'une bouteille d'eau que mon pote avait laissé derrière sa tête. Bref, la gueule de la petite racaille se tenait à 10 centimètres de celles de mon ami, qui ne s'en trouvait aucunement perturbé dans son sommeil. La tentative de vol se solda par une retraite, suite à une tentative de chaussure de marche dans sa tronche de ma part. Je restai assis là un bonne dizaine de minutes, me roulai une clope, pantois devant tant d'impuissance. Après une intense réflexion, j'en déduis qu'il n'y avait pas de solution, mis à part l'appât et l'exécution sauvage. Je pris donc le parti de serrer la capuche de mon duvet, et me tournai vers ma voisine, décidé à ignorer ce petit être aussi roux qu'espiègle.
C'est donc une histoire sans chute spectaculaire, aussi longue à écrire qu'à vivre, et j'ai finalement dormi jusqu'à l'aube. Tout ça pour en venir à cette simple question : y'avait-il quelque chose à faire ?