Vie Sauvage et Survie
Catégorie Générale => Feu de camp => Discussion démarrée par: ** Mathieu ** le 27 juillet 2009 à 20:30:11
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Septième année de l'université populaire de Caen et poursuite de l'exploration des marges de l'histoire officielle de la philosophie occidentale...
A la portée de tous ;) :up:
Au programme cette année : le XIX° siècle - Nietzsche - La construction du surhomme
En 25 émissions, sur France Culture tous les jours de 19h30 à 20h30, et réécoutable en podcast sur le site web de Franceculture :
http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions_ete/caen/index.php
Un peu de muscu pour les neurones ;D
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J'aime beaucoup Michel Onfray, son analyse de l'histoire de la philo est vraiment enrichissante. Le genre d'émission qui te donne l'impression de comprendre la pensée des grands penseurs sans surchauffe des neurones :)...
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Le problème c'est que s'il n'y a pas de "surchauffe" neuronale tu peux être sûr de ne pas avoir compris l'auteur. Par contre il est fort probable que tu comprennes celui qui en parle.
Mais tu peux toujours te contenter d'accorder du crédit à un homme sous prétexte qu'il parle avec aisance de l'oeuvre d'un auteur, c'est toi qui vois ;)
En d'autres circonstances je n'aurais pas fait la remarque, mais je me méfie des "nietzchéens de gauche". Surtout lorsqu'ils déclarent que Nietzsche pensait que :
Le premier remède : les dieux ne sont pas à craindre
- « dieu est mort »
La mort de Dieu chez Nietzsche n'est pas qu'une bonne nouvelle, c'est surtout l'indice le plus clair que la civilisation eupéenne est sur le déclin. Qu'elle achève de décliner. Sans compter que la mort de Dieu signifie aussi la mort de toutes les valeurs, qui n'est pas non plus qu'une bonne nouvelle. Car aux yeux de Nietzsche seul le surhomme peut porter le cadavre de Dieu, c'est précisément lui l'enfant dont parle Zarathoustra, le créateur, l'homme pure, l'esthète solitaire, l'asymptôte de la sagesse, l'horizon innateignable.
Michel Onfray "gauchise" Nietzsche, alors que celui-ci ne voyait dans le socialisme qu'une forme moderne du christiannisme. En réalité Nietzsche est complétement infréquentable, et ce n'est pas un hasard s'il a été repris par Mussolini et Hitler (même si aucun des deux ne l'a compris :( ). Ce n'est pas non plus un hasard s'il s'est exclus par lui-même du monde des hommes, il y a quelque chose d'inhumain chez lui. En tous cas d'inhumaniste.
De même :
Le deuxième remède : la mort n’est pas a craindre
- La mort n’est pas un mal
- Douceur de l’eternel retour
Il faut ne pas avoir compris ce qu'est l'éternel retour chez Nietzsche pour dire ça... lui qui déclarait que c'est la pensée la plus lourde à porter. L'éternel retour est un défi que Nietzsche c'est adressé à lui-même. Ce n'est pas un paliatif à l'idée que l'on est destiné à disparaitre, c'est au contraire une angoisse nouvelle qu'il veut surmonter. La conséquence la plus angoissante de l'éternel retour c'est que si tu es destiné à revivre la même vie un nombre infini de fois et que tu l'as déjà vécu un nombre infini de fois, cela signifie que si t'as une vie de m*rde tu vas devoir la revivre à chaque fois. C'est une sorte d'au-delà dont il t'appartient de définir la nature : soit tu considère que ta vie est bonne (c'est-à-dire qu'elle vaut la peine d'être vécu pour l'éternité) et tu supporte l'éternel retour ; soit tu considère que ta vie ne fut pas bonne et l'idée de devoir vivre éternellement un echec rend l'éternel retour insupportable.
D'un autre coté l'éternel retour n'est absolument pas un arrière-monde en ce qu'il n'est pas au-delà de la vie, il est la répétition de la vie. Ce qui fait ce cette pensée un défi plus qu'une théorie c'est qu'il n'est pas important de savoir si l'éternel retour est ou n'est pas, ce qui importe c'est de savoir si tu as surmonté les arrières-mondes, si tu as mis la vie au dessus de toutes prétentions métaphysique. Car supporter l'éternel retour reviens à considérer sa propre vie comme parfaite en tant qu'elle est sa propre vie. En bref, l'éternel retour est l'examen terminal qu'il propose à tous ceux qui le suivent et à lui-même ; portes-tu l'amor fati jusqu'au plus profond de toi-même ? Es-tu enfin libre ?
Pour sa part la réponse fut négative. Ce qui rend à ses yeux l'éternel retour insupportable, c'est l'existence de sa mère et de sa soeur...
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Madudu, tu semble beaucoup mieux maitriser les concepts philosophiques de Nietzsche que moi ;)...
L'intérêt de l'université populaire qu' "anime" Onfray, c'est qu'elle offre en toute décomplexion accès à l'univers de grand penseurs dont rien que le nom rebute le commun des mortels dont je fais partie.
C'est certainement une réflexion "orientée" par son auteur dans le sens qui lui convient, mais c'est fait avec un certain talent, et la passion du bonhomme est contagieuse...
:up: pour ton éclairage des concepts Nietzschéens
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J'ai pas écouté les émissions mais au regard de la réponse de Madudu…
L'intérêt de l'université populaire qu' "anime" Onfray, c'est qu'elle offre en toute décomplexion accès à l'univers de grand penseurs dont rien que le nom rebute le commun des mortels dont je fais partie.
Sauf qui si c'est pour faire comprendre n'importe quoi aux gens en leur faisant croire qu'ils sont dans le vrai c'est presque complètement débile. Juste un peu plus d'horizontalité suffisamment large comme ça. D'autre part je ne suis pas certain que le manque de décomplexion soit le mal de la décennie… ;D
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De toute façon, quand tu assistes a un cours ou une conférence, tu t'en remet au savoir de l'autre, non? Ou alors tu as la science infuse, et dans ce cas ta présence n'est pas nécessaire...
Qu'après tu sois en capacité de te situer par rapport au mouvement dans lequel s'inscrit ton interlocuteur, c'est le minimum d'esprit critique a posséder, du moins a mon avis.
Quant a parler de "n'importe quoi", je t'invite quand même a écouter une émission au moins une fois, tu pourras te faire une idée par toi même et non pas par l'intermédiaire d'une lecture sur ce forum... ;)
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De toute façon, quand tu assistes a un cours ou une conférence, tu t'en remet au savoir de l'autre, non? Ou alors tu as la science infuse, et dans ce cas ta présence n'est pas nécessaire...
Qu'après tu sois en capacité de te situer par rapport au mouvement dans lequel s'inscrit ton interlocuteur, c'est le minimum d'esprit critique a posséder, du moins a mon avis.
Quant a parler de "n'importe quoi", je t'invite quand même a écouter une émission au moins une fois, tu pourras te faire une idée par toi même et non pas par l'intermédiaire d'une lecture sur ce forum... ;)
Ouaipe
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C'est à découvrir.
Michel Onfray, comme le dit Aurelxv, est à (com)prendre avec son militantisme intégré. Je l'ai déjà vu en "showcase", entendu à la radio lors des conférences de l'Université Populaire et j'ai lu quelques-uns de ses ouvrages. C'est l'enthousiasme, l'humour et la provoc' dont il fait preuve qui font qu'il est populaire. Ce n'est pas pour rien qu'il s'inspire autant de Nietzsche, il adopte le même ton "rebelle" et cynique.
Après c'est comme toujours à chacun de se faire son opinion sur les faits ou les idées qu'il délivre.
A la question quel intérêt alors d'écouter Michel Onfray plutôt que regarder Secret Story ce soir à la télé, je dirai qu'il n'y en a pas si l'on est désespérément esclave du premier degré. :popcorn:
En tout cas merci pour le lien Mathieu. :doubleup:
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Salut :)
Oui, pour des lecteurs avertis il y a certainement matière à discuter - sur la perspective propre au conférencier Onfray - si j'en crois ce qu'en dit Madudu...
Mais là les gars, c'est que vous avez déjà un bagage théorique, donc un point de vue...
Moi perso, j'ai une approche de newbie et c'est en grand curieux que j'écoute ces conférences.
Et après si quelque chose me parle, et bien je vais voir de plus près.
Comme pour Thoreau l'année dernière.
Ce que j'apprécie, dans ces conférences, c'est qu'elles sont abordables justement et permettent de découvrir ces penseurs sans avoir un bagage théorique universitaire ;
on est loin de la langue volontairement élitiste de certains...
y'a populaire dans le titre et c'est pas pour rien.
et cela ne signifie pas pour autant que la pensée y est bradée...
;)
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Personnellement j'ai un peu de mal avec le bonhomme, mais je suis parfois un peu trop épidermique dans mes réactions et dans ce sujet pas toujours bon public.
Dans un sens c'est un grand plaisir d'entendre et de chercher à comprendre.Mais dés que la transmission et l'érudition entrent dans un besoin de convaincre ou de soumettre une idéologie ou en tout cas un point de vue que l'on entend comme nécéssérement vrai et en postulat à son raisonnement, j'en voit un certain danger et un travers dans la considération du public. Je le ressent donc comme un prêche plus que d'une déconstruction ou d'un enseignement. La philosophie doit rester une science humaine. Et en tant que science, doit s'imposer par la critique et le raisonnement. On ne doit donc pas chercher à convaincre mais à comprendre, ce qui n'est pas qu'une nuance parce qu'il impose un éclairage contrasté et équilibré du discours.
Autant parfois le discours est intéressant et motivant, autant il m'arrive de le zapper avant de brailler tout seul devant le poste... comme frustré de ne pas avoir le profil d'exposé auquel je m'attendais... ;D Cela dit ca m'est aussi arrivé avec d'autres alors bon.
Voici un lien d'un autre philosophe surement plus... enfin... bref.. qui me convient mieux quoi
http://www.alexandre-jollien.ch/
En tout cas merci pour le lien, radio qui d'ailleurs est source de beaucoup de richesses...
Dont en particulier la chronique l'Albert Jacquard
http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture/emissions/jacquard/index.php?emission_id=20093
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C'est certainement une réflexion "orientée" par son auteur dans le sens qui lui convient, mais c'est fait avec un certain talent, et la passion du bonhomme est contagieuse...
A ce niveau ce n'est plus de l'orientation, c'est de la pure et simple déformation.
Je ne connais pas l'oeuvre de Michel Onfray, mais chaque fois que je l'ai entendu ou lu je n'y ai vu qu'un arriviste opportuniste, un mec qui ne serait rien sans les médias non-spécialisés. Et non pas parce qu'il est un grand penseur incompris, mais parce qu'il est un peu comme Sartre. Politiquement très correct et en accord avec la doxa de son temps, ainsi il peut se faire nom auprès du peuple. Sartre est moins pire, hein ! Quand même.
Edit : France Culture est quand même une très bonne radio. J'apprécie tout particuliérement les Nouveaux chemins de la connaissance (du Lundi au Vendredi 17H00-17H50) qui sont suivi par le regard d'Albert Jacquard que je trouve aussi extrêmement intéressant.
Edit2 : Je viens d'écouter la 2e partie. C'est loin d'être à la portée de tous, personnelement je n'ai pas les références nécessaire à la critique de son cours. Intéressant donc, mais seulement si on lis la bibliographie qui va avec.
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Nietzsche... ;)
Ce nom me rappelle un graffiti classique sur les murs du département de philo au CEGEP...
«Dieu est mort.»
- Nietzsche
«Nietzsche est mort.»
- Dieu
=> Match nul! ;)
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Albert Jacquard est une merveille d'humanité et de vulgarisation scientifique. Si sa vision de l'éducation et de la jeunesse pouvait se réaliser concrètement, nous vivrions dans un monde très différent :love:.
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ça serait peut-être bien de ressituer la pensée de Nietzsche dans son contexte et dans son époque !
Perso " Dieu est mort", pour moi ça a toujours voulu exprimer la mise à mort du "Tu dois" imposé. En fait je crois que Nietzsche propose le choix de tuer Dieu, mais aussi d'en accepter les conséquences, c'est là, àmha hein, que commence la volonté de puissance et elle n'est orientée que vers soi-même. Que quelques dictateurs aient repris à leur compte, en déformant pour servir leurs desseins, ne change pas grand chose à la pensée du bonhomme. Ce qui m'a toujours gèné la dedans c'est que, pour moi, c'est une philosophie du désespoir. On retrouve également ce courant dans l'existencialisme, voisin de palier de la pensée Nietzschéenne. Cela ne fait pas de Nietzsche quelqu'un d'infréquentable pour autant, il faut juste émettre quelques réserves( notamment sur la question de l'éternel retour qui me semble être en totale contradiction avec la volonté de puissance !) et prendre son comptant dans la pensée du mec en question afin de construire sa propre pensée à soi.
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J'aime beaucoup Michel Onfray, son analyse de l'histoire de la philo est vraiment enrichissante. Le genre d'émission qui te donne l'impression de comprendre la pensée des grands penseurs sans surchauffe des neurones :)...
Je n'ai lu que peu de ces ouvrages mais il me semble sacrifier facilement la vérité historique certes souvent complexe, à un besoin de simplification outrancié, voir manipulateur. La réthorique est belle mais le fond n'est pas toujours à la hauteur.
Personnellement je le classe plutôt dans la catégorie des philosophes de comptoir.
C'est juste mon opinion, pas une vérité intangible.
l'Humain
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ça serait peut-être bien de ressituer la pensée de Nietzsche dans son contexte et dans son époque !
Perso " Dieu est mort", pour moi ça a toujours voulu exprimer la mise à mort du "Tu dois" imposé. En fait je crois que Nietzsche propose le choix de tuer Dieu, mais aussi d'en accepter les conséquences, c'est là, àmha hein, que commence la volonté de puissance et elle n'est orientée que vers soi-même. Que quelques dictateurs aient repris à leur compte, en déformant pour servir leurs desseins, ne change pas grand chose à la pensée du bonhomme. Ce qui m'a toujours gèné la dedans c'est que, pour moi, c'est une philosophie du désespoir. On retrouve également ce courant dans l'existencialisme, voisin de palier de la pensée Nietzschéenne. Cela ne fait pas de Nietzsche quelqu'un d'infréquentable pour autant, il faut juste émettre quelques réserves( notamment sur la question de l'éternel retour qui me semble être en totale contradiction avec la volonté de puissance !) et prendre son comptant dans la pensée du mec en question afin de construire sa propre pensée à soi.
La mort de Dieu est, aux yeux de Nietzsche, ignorée par ses responsables. L'Occident n'a pas fait le choix de tuer Dieu, il l'a tué sans le savoir. Si cet acte est grandiose et même miraculeux, il est prématuré car l'humanité n'est pas encore asser mûre pour créer, pour établir ses propres tables des valeurs. Ce que Nietzsche craint c'est que nous détruisions nos vieilles valeurs alors que nous ne sommes pas capables d'en créer de nouvelles et encore moins de plus nobles. Quand on vois où nous en sommes, quelle lucidité ! :o
L'insensé. — N'avez-vous pas entendu parler de cet homme fou qui, en plein jour, allumait une lanterne et se mettait à courir sur la place publique en criant sans cesse : « Je cherche Dieu ! Je cherche Dieu ! » — Comme il se trouvait là beaucoup de ceux qui ne croient pas en Dieu son cri provoqua une grande hilarité. A-t-il donc été perdu ? disait l'un. S'est-il égaré comme un enfant ? demandait l'autre. Ou bien s'est-il caché ? A-t-il peur de nous ? S'est-il embarqué ? A-t-il émigré ? — ainsi criaient et riaient-ils pêle-mêle. Le fou sauta au milieu d'eux et les transperça de son regard. « Où est allé Dieu ? s'écria-t-il, je veux vous le dire ! Nous l'avons tué, — vous et moi ! Nous tous, nous sommes ses assassins ! Mais comment avons-nous fait cela ? Comment avons-nous pu vider la mer ? Qui nous a donné l'éponge pour effacer l'horizon ? Qu'avons-nous fait lorsque nous avons détaché cette terre de la chaîne de son soleil ? Où la conduisent maintenant ses mouvements ? Où la conduisent nos mouvements ? Loin de tous les soleils ? Ne tombons-nous pas sans cesse ? En avant, en arrière, de côté, de tous les côtés ? Y a-t-il encore un en-haut et un en-bas ? N'errons-nous pas comme à travers un néant infini ? Le vide ne nous poursuit-il pas de son haleine ? Ne fait-il pas plus froid ? Ne voyez-vous pas sans cesse venir la nuit, plus de nuit ? Ne faut-il pas allumer les lanternes avant midi ? N'entendons-nous rien encore du bruit des fossoyeurs qui enterrent Dieu ? Ne sentons-nous rien encore de la décomposition divine ? — les dieux, eux aussi, se décomposent ! Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c'est nous qui l'avons tué ! Comment nous consolerons-nous, nous, les meurtriers des meurtriers ? Ce que le monde a possédé jusqu'à présent de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous notre couteau — qui effacera de nous ce sang ? Avec quelle eau pourrons-nous nous purifier ? Quelles expiations, quels jeux sacrés serons-nous forcés d'inventer ? La grandeur de cet acte n'est-elle pas trop grande pour nous ? Ne sommes-nous pas forcés de devenir nous-mêmes des dieux pour du moins paraître dignes des dieux ? Il n'y eut jamais action plus grandiose, et ceux qui pourront naître après nous appartiendront, à cause de cette action, à une histoire plus haute que ne fut jamais toute histoire. » — Ici l'insensé se tut et regarda de nouveau ses auditeurs : eux aussi se turent et le dévisagèrent avec étonnement. Enfin il jeta à terre sa lanterne, en sorte qu'elle se brisa en morceaux et s'éteignit. « Je viens trop tôt, dit-il alors, mon temps n'est pas encore accompli. Cet événement énorme est encore en route, il marche — et n'est pas encore parvenu jusqu'à l'oreille des hommes. Il faut du temps à l'éclair et au tonnerre, il faut du temps à la lumière des astres, il faut du temps aux actions, même lorsqu'elles sont accomplies, pour être vues et entendues. Cet acte-là est encore plus loin d'eux que l'astre le plus éloigné, — et pourtant c'est eux qui l'ont accompli ! » — On raconte encore que ce fou aurait pénétré le même jour dans différentes églises et y aurait entonné son Requiem œternam deo. Expulsé et interrogé il n'aurait cessé de répondre la même chose : « A quoi servent donc ces églises, si elles ne sont pas les tombes et les monuments de Dieu ? »
Le Gai savoir, Paragraphe 125.
Nietzsche est tout sauf un pessimiste, bien au contraire ! "L'Homme est une chose qui doit être surmonté" ! L'homme doit créer les désirs qu'il veut bien désirer, de même pour l'aversion, de même pour les valeurs. Une vérité doit plaire, car si elle ne plait pas : soit le courage nous manque pour l'admettre ; soit il n'est pas besoin de courage pour l'admettre. Une vérité pour laquelle il n'est pas recquis de se surmonter de vaut pas la peine qu'on s'attarde sur elle, il faut aimer à se surmonter soit-même et donc apprécié à sa juste valeur la douleur et la souffrance d'où l'homme tire la matière avec laquelle il aura peut-être le privilège de créer.
"Je vous enseigne le Surhomme.[1] L’homme est quelque chose qui doit être surmonté. Qu’avez-vous fait pour le surmonter ?
Tous les êtres jusqu’à présent ont créé quelque chose au-dessus d’eux, et vous voulez être le reflux de ce grand flot et plutôt retourner à la bête que de surmonter l’homme ?
Qu’est le singe pour l’homme ? Une dérision ou une honte douloureuse. Et c’est ce que doit être l’homme pour le surhomme : une dérision ou une honte douloureuse.
Vous avez tracé le chemin qui va du ver jusqu’à l’homme et il vous est resté beaucoup du ver de terre. Autrefois vous étiez singe et maintenant encore l’homme est plus singe qu’un singe.
Mais le plus sage d’entre vous n’est lui-même qu’une chose disparate, hybride fait d’une plante et d’un fantôme. Cependant vous ai-je dit de devenir fantôme ou plante ?
Voici, je vous enseigne le Surhomme !
Le Surhomme est le sens de la terre. Que votre volonté dise : que le Surhomme soit le sens de la terre.
Je vous en conjure, mes frères, restez fidèles à la terre et ne croyez pas ceux qui vous parlent d’espoirs supraterrestres ! Ce sont des empoisonneurs, qu’ils le sachent ou non.
Ce sont des contempteurs de la vie, des moribonds et des empoisonnés eux-mêmes, de ceux dont la terre est fatiguée : qu’ils s’en aillent donc !
Autrefois le blasphème envers Dieu était le plus grand blasphème, mais Dieu est mort et avec lui sont morts ses blasphémateurs. Ce qu’il y a de plus terrible maintenant, c’est de blasphémer la terre et d’estimer les entrailles de l’impénétrable plus que le sens de la terre !
Jadis l’âme regardait le corps avec dédain, et rien alors n’était plus haut que ce dédain : elle le voulait maigre, hideux, affamé ! C’est ainsi qu’elle pensait lui échapper, à lui et à la terre !
Oh ! Cette âme était elle-même encore maigre, hideuse et affamée : et pour elle la cruauté était une volupté !
Mais, vous aussi, mes frères, dites-moi : votre corps, qu’annonce-t-il de votre âme ? Votre âme n’est-elle pas pauvreté, ordure et pitoyable contentement de soi-même ?
En vérité, l’homme est un fleuve impur. Il faut être devenu océan pour pouvoir, sans se salir, recevoir un fleuve impur.
Voici, je vous enseigne le Surhomme : il est cet océan ; en lui peut s’abîmer votre grand mépris.
Que peut-il vous arriver de plus sublime ? C’est l’heure du grand mépris. L’heure où votre bonheur même se tourne en dégoût, tout comme votre raison et votre vertu.
L’heure où vous dites : « Qu’importe mon bonheur ! Il est pauvreté, ordure et pitoyable contentement de soi-même. Mais mon bonheur devrait légitimer l’existence elle-même ! »
L’heure où vous dites : « Qu’importe ma raison ? Est-elle avide de science, comme le lion de nourriture ? Elle est pauvreté, ordure et pitoyable contentement de soi-même ! »
L’heure où vous dites : « Qu’importe ma vertu ! Elle ne m’a pas encore fait délirer. Que je suis fatigué de mon bien et de mon mal ! Tout cela est pauvreté, ordure et pitoyable contentement de soi-même. »
L’heure où vous dites : « Qu’importe ma justice ! Je ne vois pas que je sois charbon ardent. Mais le juste est charbon ardent ! »
L’heure où vous dites : « Qu’importe ma pitié ! La pitié n’est-elle pas la croix où l’on cloue celui qui aime les hommes ? Mais ma pitié n’est pas une crucifixion. »
Avez-vous déjà parlé ainsi ? Avez-vous déjà crié ainsi ? Hélas, que ne vous ai-je déjà entendus crier ainsi !
Ce ne sont pas vos péchés – c’est votre contentement qui crie contre le ciel, c’est votre avarice, même dans vos péchés, qui crie contre le ciel !
Où donc est l’éclair qui vous léchera de sa langue ? Où est la folie qu’il faudrait vous inoculer ?
Voici, je vous enseigne le Surhomme : il est cet éclair, il est cette folie !
Ainsi Parlait Zarathoustra, Prologue, 2
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En ayant lu "ainsi parla Zarathoustra" et ayant comparer ses descriptions du surhomme et du dernier homme par rapport à notre modes de vie et nos contemporains, je tenderai à affirmer qu'on a plutôt le dernier homme...
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Personnellement j'ai un peu de mal avec le bonhomme.
Ah je suis pas le seul.
Je ne connais pas l'oeuvre de Michel Onfray, mais chaque fois que je l'ai entendu ou lu je n'y ai vu qu'un arriviste opportuniste, un mec qui ne serait rien sans les médias non-spécialisés.
Le peu que je connaisse du mec m’a appris à me méfier.
En effet il prêche des valeurs de justice et liberté, et dans le même temps il raconte des conneries grosses comme des montagnes et tout ça sans vergogne à la radio.
A l’époque ( le 25 octobre 2008 ) mon sang n’avait fait qu’un tour après l’avoir entendu sur Europe1, je fulminais que pareille enflure dise de telles conneries sur les OGM, un sujet qu’il ne comprend ou ne connaît pas.
Je lui avais envoyé un mail avec la référence de Christian Vélot pour le remettre dans un peu plus de réalisme( je n’ai jamais eu de réponse).
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Périlleux lien entre Survie sauvage et « Philosophie »… Lorsque, en un instant, le bien-être de la sécurité bascule, et que la mort ouvre sa gueule… « En de tels moments, la vie perd son badigeon de culture, car les coulisses du confort tombent et se muent en indices de destruction. Le paquebot de luxe devient navire de guerre ». E. Jünger.
Quelle (s) pensées de fond viennent se dévoiler alors à nous pour peu que la panique ou l’habitude ne l’emporte pas trop sur la lucidité introspective… Castaneda disait : « Il y a deux façons de faire face au fait d’être en vie. L’une est de capituler devant elle, soit en cédant à ses demandes, soit en combattant ses demandes. L’autre est de façonner notre situation de vie particulière afin de se conformer à notre propre constitution. »...
Extraits de LA PHILOSOPHIE INTERDITE. Bonne indigestion ;D :
« « Dieu est mort ». Nietzsche. « Nietzsche est mort ». Dieu. Cette dérision mise sur le compte du corps étudiant montre à quel point les contradictions des théologies se prêtent au jeu des ambivalences, et à quel point il est facile de tomber dans le piège de la caricature. Dieu était déjà mort avant Nietzsche, la rumeur courait avant même que la toute puissante chrétienté commence à perdre de son emprise. « Dieu est mort ». Cette sentence impitoyable d’un monde sans directeur plongea les hommes dans l’effroi. Certains la rejetèrent sans l’examiner : les conséquences éventuelles étaient bien trop dérangeantes. D’autres en développèrent une nouvelle doctrine, certainement la plus mal comprise de toutes : le nihilisme.
(...) Qu’on ne se contente pas de penser qu’en ayant statué en faveur de la mort de Dieu, on devient un penseur libre. Un prédateur bien plus pernicieux encore, pire que le prédateur religieux, vient alors dans l’ombre perpétuer son œuvre astringente : c’est la modalité d’époque. On la glorifie sous diverses formes adaptées aux circonstances qu’on élève pour l’occasion au rang de valeur ; ce sont la culture, l’éthique, la modernité, la philosophie, le progrès, quand ce ne sont pas des formes encore plus fallacieuses, comme la démocratie. Toutes ces couches, ces strates glorifiant le superficiel et érigées en références signent la décadence des repères. La philosophie, ou, pire encore, la sagesse ou la spiritualité, viennent sceller cet océan de dérision tourné en sérieux. C’est Cioran qui a le mieux appréhendé ce phénomène :
« Personne n’atteint d’emblée à la frivolité. C’est un privilège et un art ; c’est la recherche du superficiel chez ceux qui, s’étant avisé de l’impossibilité de toutes certitudes, en ont c*nçu le dégoût ; c’est la fuite loin des abîmes qui, étant naturellement sans fonds, ne peuvent mener nulle part. Restent cependant les apparences ; pourquoi ne pas les rehausser au niveau d’un style ? C’est là définir toute époque intelligente. Ainsi la frivolité est l’antidote le plus efficace au mal d’être ce qu’on est ; par elle nous abusons le monde et dissimulons l’inconvenance de nos profondeurs … La sagesse est le dernier mot d’une civilisation qui expire, le nimbe des crépuscules historiques, la fatigue transfigurée en vision du monde, l’ultime tolérance avant l’avènement d’autres dieux plus frais – et de la barbarie … Ni Leibniz, ni Kant, ni Hegel ne nous sont plus d’aucun secours. Nous sommes venus avec notre propre mort devant les portes de la philosophie. En regard de la musique, de la mystique et de la poésie, l’activité philosophique relève d’une sève diminuée et d’une profondeur suspecte, qui n’ont de prestige que pour les timides et les tièdes. D’ailleurs la philosophie est le recours de tous ceux qui esquivent l’exubérance corruptrice de la vie ».
(...) Cioran : « La psychologie est le tombeau du héros. Les idéologies ne furent inventées que pour donner un lustre au fond de barbarie qui se maintient à travers les siècles, pour couvrir les penchants meurtriers communs à tous les hommes … Les idées réfractaires à l’essentiel sont seules à avoir une prise sur les hommes. Et si certains esprits se situent hors des interrogations convenues, c’est qu’un instinct enraciné dans les profondeurs de la matière, ou un vice surgissant d’une maladie cosmique, a pris possession d’eux et les a conduits à un ordre de réflexion si exigeant et si vaste que la mort elle même leur paraît sans importance ».
« Les âmes flairent les grands-fonds ». Cette sentence présocratique, attribuée à Héraclite, résume à elle seule les raisons de la perversité du monde. Le gouffre abyssal, que le courage nihiliste a mis au grand jour, est intuitivement ressenti par chaque individu. L’esprit de chaque individu, terrorisé par cette glace lugubre, va donc chercher à s’arrimer à la première roche venue, comme une huître dans la crainte du ressac. La philosophie de complaisance, que dénonçait par exemple un Heidegger dépité, est une de ces roches promues aujourd’hui par les maîtres de la décadence, qui pullulent sur nos écrans, entre les niaiseries divertissantes où le sourire et l’émotion ont perdu leur spontanéité au profit d’une profession ; l’ombre du prédateur envenime jusqu’au foyer familial, utilisant tous les supports servant au clonage des esprits. Mais d’autres roches, plus nombreuses les unes que les autres, foisonnent sur cette île aux milles et un mirages. La rationalité exclusive, l’ambition sociale, le socle familial, le bien de l’humanité et la fraternité universelle, et bien d’autres, notamment quand elles sont renforcées par la modalité d’époque, sont des exemples fréquents.
Ici se résument toutes les trahisons, toutes les fourberies, tous les coups-bas qui ont généré l’histoire et qui ont inspiré à certains la philosophie de l’éternel retour. Viviane Forrester, citant Artaud, disait : « Le monde ne peut vivre comme cela, il n’a jamais voulu connaître ni supputer les affres, il a toujours fait tous les crimes, je dis les crimes, pour n’avoir pas à entrer dans l’Affre ». Pour rester accroché à son rocher, et la civilisation lui en offre tout un éventail, l’individu ne compte plus les sordides calculs qui lui permettent d’éviter l’insoutenable face à face. Les drames humains, les tribunaux, les drogues et autres saouleries ne sont que les figures de cette ténacité à s’accrocher au rocher pour oublier les grands-fonds.
C’est précisément cette incapacité à faire face au fondement de base de l’univers, cette foisonnante imagination à fuir l’image diabolique du gouffre sans fond, parce qu’elle ne correspond pas à l’image d’un architecte bienveillant, cette fuite à tout prix et au prix de valeurs sur mesure établies pour la cause et décrétées comme étant vérité, qui scelle les barreaux de prison de l’esprit libre, de l’esprit qui cherche à regarder la chose en face au travers de l’image qu’on cherche à interposer devant ses yeux. Ce sont eux, les faiseurs de cinéma, qui sont les maîtres nihilistes, et non ceux qui contemplent le gouffre et qui en tirent les conséquences. En perpétuant le préfabriqué dans lequel ils ont chuté à leur naissance, en s’appliquant à parfaire leur rôle dans ce théâtre planétaire, ils renforcent l’illusion qui les conforte mais qui empêche la vérité d’apparaître dans toutes les dimensions de son horreur.
(...) Etre athée tout en étant croyant. Quelle est cette dimension inconnue de la philosophie ? Comment peut-on être croyant, en particulier chrétien, tout en défendant la philosophie de Nietzsche, qui pourfendait sans ménagement les racines du christianisme, notamment via son point de vue relatif au nihilisme ? Contrairement aux idées reçues, j’affirme qu’on peut défendre les bases du christianisme tout en attestant la mort de Dieu. Nietzsche remettait en cause la structure du christianisme dans son aspect historique et dogmatique, et son analyse reste exacte. Il n’en demeure pas moins que l’enseignement chrétien, dans sa forme primitive et non corrompue, recèle une très forte valeur initiatique, si on se donne la peine de l’examiner dans la ligne traditionnelle comme l’ont fait, par exemple, Maître Eckart, ou plus tard Julius Evola ou Annie Besant, que je cite ici : « On ne peut du reste voir dans la révolte contre les dogmes de l’Eglise l’indice d’aucune décadence morale. Les révoltés n’étaient pas trop mauvais pour leur religion ; la religion, au contraire, était trop mauvaise pour eux. La révolte contre le Christianisme a été motivée par le réveil et le développement de la conscience ; celle-ci s’est soulevée, comme l’intelligence, contre des doctrines déshonorant à la fois Dieu et l’homme, doctrines représentant Dieu comme un tyran et l’homme comme essentiellement pervers et obligé de mériter son salut par une soumission d’esclave. ‘Il ne faut prêcher que ce que tous peuvent saisir’ déclaraient hautement les docteurs protestants, ‘La gloire de l’Evangile est sa simplicité ; les enfants et les illettrés doivent pourvoir les comprendre et en suivre les préceptes’. Cela est vrai s’il faut entendre par là que certaines vérités religieuses peuvent être comprises par chacun et qu’une religion n’atteint pas son but si les plus humbles, les plus ignorants, les plus bornés échappent à son influence édifiante. Mais cela est faux, absolument faux, s’il faut en conclure qu’une religion ne renferme pas de vérités inabordables pour les ignorants et qu’elle est à ce point pauvre et limitée qu’elle n’ait rien à enseigner qui soit trop haut pour la pensée des inintelligents ou pour l’état moral des êtres dégradés … Cet examen de la pensée contemporaine nous montre que la question d’un enseignement caché se rattachant au Christianisme prend une importance capitale ».
Que m’importent des Dieux, ou un Dieu, si je ne peux expérimenter aucune relation tangible avec eux, ou lui. Restons pragmatiques, et ne considérons que les aspects expérimentaux que nous pourrions avoir avec un éventuel irrationnel qui serait encore, éventuellement, inconnu de nos champs d’investigation, voire insoupçonné. Dieu n’est pas Dieu, c’est un mot, une idée, une représentation que l’intellect s’en fait, quelqu’en soient les raisons. C’est, dans un autre langage, ce que disait Maître Eckart, en distinguant le Père, non manifesté, et le Fils, principe émergeant et manifesté. Une préfiguration d’un Dieu inexistant pour l’homme, bien que le monde soit coéternel à Dieu. Au mieux, donc, peut-on se représenter le Fils, et engager une relation tangible avec lui, le cas échéant. C’est encore ce que disait, quoique différemment, Maître Eckart : « L’âme qui s’élève à ces sommets de la pensée sent en elle-même sa divinité, il n’y a alors plus de différence entre elle et le Fils unique ». Quels étaient ces sommets ? Imposer silence au monde qui bruit à nos oreilles, et vivre comme si le monde n’existait pas. Dans le sens exposé dans sa doctrine, on peut affirmer sans se tromper que Maître Eckart était athée, ce qu’il traduisait par la pitié qu’il avait de la religion de ceux « qui veulent voir et aimer Dieu comme ils aiment une vache pour le lait et le fromage qu’elle donne ». Pire encore, et cela lui valu le tribunal de l’inquisition, il disait : « Dans le cas que l’homme juste voudrait quelque chose, et qu’il fût possible à Dieu de ne pas le vouloir aussi, l’homme devrait braver Dieu et persévérer dans sa volonté ». Le panthéisme d’Eckart ne s’arrête pas là : « Dans le principe, j’ai été et je me suis pensé moi-même, j’ai voulu produire moi-même cet homme que je suis, je suis ma propre cause … et si je voulais, je ne serais pas encore, ni moi, ni le tout ». Voilà comment, par exemple, un des plus grands théologiens de tous les temps pouvait être à la fois croyant et athée. Toute l’ambiguïté des mots.
On retrouve exactement ce principe dans les traditions chamaniques, le chamanisme serait bien la plus vieille religion du monde, notamment dans celle rapportée par Carlos Castaneda. Imposer silence au monde qui bruit à nos oreilles, et vivre comme si le monde n’existait pas, c’est le principe de base de cette doctrine pour « faire bouger le point d’assemblage », clé de voûte de ce système sans Dieu (et dont une des révélations prestigieuses est l’identification de l’expérience de Dieu à une position du point d’assemblage) qui permet d’instituer au travers d’une force neutre et impersonnelle, le nagual, le principe de sa volonté, ou de son ‘intention’, et d’y construire un principe qui deviendra tangible sous la forme d’un ‘feed-back’, à la forme près, dans la réalité quotidienne. Il serait trop long d’exposer ici cette brillante et complexe doctrine fondée sur des principes cognitifs totalement différents des nôtres.
(...) Ceux qui pensaient et pensent que liberté rime avec égalité ou fraternité sont légions. Comme il a été montré plus haut, ces légions, myopes comme des vieilles taupes, tant vis à vis de l’histoire que de la nature humaine, sont les instigateurs du nihilisme. La constitution des droits de l’homme, outre qu’elle soit bafouée précisément et en premier lieu par ses promoteurs, est une des pires escroqueries de tous les temps, à la base d’un nivellement totalement contre-nature. La liberté ne se marie avec aucune valeur communautaire, et peu d’individus sont prêts à payer le prix exorbitant qu’elle coûte. Les moutons sont peut-être, à la rigueur, égaux et frères, mais certainement pas libres. L’un d’eux deviendrait-il libre, toute égalité n’aurait plus de sens. Viviane Forrester l’a bien ressenti ; « Quiconque choisit ces chemins se fracasse, est fracassé. On songe, pour ne citer que des écrivains, à Nietzsche, Nerval, Hölderlin, Poe, Baudelaire, Woolf, Arthaud. Leur sort, leur condamnation, leur maladie, ne signifient pas que leur voie soient néfastes, morbides, mais que l’exactitude, la vie, sont les maladies de l’existence, telle qu’elle nous est dictée ».
L’histoire ne date pas d’hier. Cette hégémonie du système sur l’individu a pris de nombreuses formes, la dernière étant la pire – l’émancipation de l’esclave, Nietzsche en a assez parlé, et la disparition de la fonctionnalité de l’individu ; l’égalité de la femme sera certainement une des dernières grandes décadences de notre civilisation. Cette hégémonie, à laquelle l’histoire de l’humanité a donné de nombreuses formes, est une constante, et cette hégémonie, ce totalitarisme, est nécessaire comme environnement propice à l’émergence des esprits puissants. Cioran l’avait d’ailleurs noté : « Hume disait que le plus grand esprit de l’antiquité, ce n’était pas Platon, mais Tacite. Je suis de son avis. La position des stoïciens est admirable, et je me sens toujours bien en compagnie de ces hommes qui étaient tous livrés sans merci à des fous, à ces autocrates, à ces cinglés qui ont gouverné l’empire romain. Ils ont vécu complètement à l’écart. Je trouve que notre position ressemble un peu à celle de ces temps là ».
« La grande rupture vient de ce que le néant est d’abord subi passivement » disait Jünger. Ce nihilisme, que Nietzsche jugeait décadent, car empreint d’un violent ressentiment, d’une méchanceté froide et inflexible, n’en est pas moins un passage obligé. Même aussi dangereux que Charybde et Scylla - un homme, qui entre dans un lieu public et abat méthodiquement vingt personnes au hasard, en est l’illustration -, il demeure « le passage de la ligne » qui constitua l’essence de la correspondance entre Jünger et Heidegger. Cette froideur fut mise en évidence par Jünger, dans l’interview qu’il accorda en 1995 et publiée dans « Les prochains titans » :
« L’anarque vit dans les interstices de la société, la réalité qui l’entoure lui est indifférente. Ce qui est conseillé, c’est la froideur : sur un marais gelé, on avance plus sûrement et plus rapidement ». Ce « passage de la ligne » est aussi connu des « sciences obscures » ; Castaneda le nomme « le lieu sans pitié », camp de base indispensable à toute opération supra-humaine : « Mais, afin que les sorciers puissent utiliser l’éclat de leurs yeux pour déplacer leur propre point d’assemblage ou celui des autres, ils doivent être implacables. C’est-à-dire que la position précise du point d’assemblage qu’est le lieu sans pitié doit leur être familière. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les naguals (n.b. ; à ne pas confondre avec le Nagual) … N’importe quel mouvement du point d’assemblage ressemble à la mort. Tout en nous se débranche puis se rebranche à une source de puissance bien plus grande. Cette amplification d’énergie est ressentie comme une anxiété mortelle ».
Soyons précis sur le terme de ressentiment ; Il ne s’agit nullement d’envie ou de jalousie, ni de comportement réactif vis à vis d’un environnement que l’on sait hostile. La plupart des philosophes du nihilisme sont unanimes pour qualifier à juste titre ce comportement de décadent. Le ressentiment de haine, passage obligé pour alimenter sa force de vie, se mue en ressentiment d’élitisme. Celui qui a le mieux évoqué ce passage est probablement Max Scheler : « Par cette sublime vengeance, comme dit Nietzsche, le ressentiment joue véritablement un rôle de créateur dans l’histoire des jugements moraux et des systèmes de la morale. Vengeance sublime, parce que la haine et la rancune à l’égard de ceux qui sont forts, sains, riches, beaux, etc, est totalement abolie, et que le ressentiment guérit l’individu du tourment de ces sentiments. Car, dès là que c’est le sens des valeurs qui est perverti, et que le jugement des valeurs s’est en quelque sorte universalisé, ces hommes forts, sains, etc, cessent d’être enviables ou haïssables, pour devenir, au contraire, dignes de pitié, de compassion, puisqu’ils sont censés souffrir un mal. L’homme du ressentiment devient pur au regard de sa conscience, désormais libérée du tourment de vengeances ou de haines qu’il serait, par ailleurs, impuissant à réaliser ».
Nietzsche connaissait la valeur du ressentiment. La solution réside ici-bas et non dans un quelconque au-delà. Ce à quoi Heidegger ajoute, comme commentaire à « la volonté de puissance » nietzschéenne, « C’est pourquoi le nihilisme visant au renversement (des valeurs) ainsi compris ira chercher ce qui renferme le plus de vie. Le nihilisme devient ainsi lui-même l’idéal de la vie la plus débordante ». On comprend ainsi simplement pourquoi le basculement dans la démence, dans le suicide, dans la maladie est si fréquent pour un individu en qui les forces de la vie deviennent dominantes. Comment trouver à ce feu débordant une terre d’accueil dans un système civilisateur dont l’objectif non avoué est l’étouffement de l’individu sous couvert d’idéalisme démagogique ou de structure civilisatrice au seul profit d’un noyau, qui précisément pratique cette philosophie qu’elle condamne ? Par l’humide (...)...
(...)Voilà notre homme nouveau, devant toute l’horreur d’un monde nouveau lui aussi : Un vent polaire à l’image que lui a justement donnée Jünger : « le nihilisme, avec sa violence destructive et riche d’avenir, rappelle le fœhn qui souffle des montagnes ». Un regard exempt des structures mentales en vigueur et indépendant des modalités d’époque. Une vivacité décuplée par le cisaillement des chaînes qu’il vient d’opérer, et par le ressentiment qui vient d’être évoqué. Comment cet homme nouveau, tel un chat en équilibre sur le bord d’un toit, tel un empereur sur un royaume sans interdits, va-t-il gérer ce très délicat « passage de la ligne » que les argonautes appelaient les symplégades ? (ces roches mobiles qui se déplaçaient plus vite que la nef Argo pour la broyer, comme le système civilisateur pourrait le broyer à la moindre faute de navigation, passage qui marquait, pour ces anciens navigateurs, l’entrée dans le temps mythique – rappelons que le passage du temps profane au temps mythique se fait en toute continuité). Heidegger dira : « C’est pourquoi la volonté de puissance, en tant que principe reconnu et donc voulu, devient en même temps le principe d’une nouvelle institution de valeurs ». Aucune des règles habituelles qu’on lui avait jusque là apprise ne s’applique plus, et l’homme nouveau se retrouve en face de cette effroyable liberté où tout est permis.
Quelles sont ces nouvelles valeurs que l’on va placer sur cette table rasée ? Quel est cet humide, cette mer rouge qui permet d’échapper à la gloutonnerie du prédateur ? Nous entrons là dans un domaine que les philosophies et les théologies ont abandonné ou détourné, vraisemblablement car il n’arrangeait en rien leurs affaires. C’est la notion de Nature (Nature s’enjouit en Nature, dira l’alchimie, rappelant que tout « sec » doit boire avidement son « humide »), ou plus précisément la notion de fonction. Ce concept est connu de la plus haute antiquité orientale sous le nom de Dharma, règle céleste fondatrice de la caste, et on le retrouve encore en occident, comme l’a démontré Georges Duby, dans l’ancien régime, bien que sous une forme terminale et dégénérée, comme étant l’ordre social institutionnalisé (le guerrier, le prêtre et le tiers-état). On retrouve là le principe ancestral de la race, au sens métaphysique du terme, que Phèdre a simplement résumé en ces mots : « Parce que je suis Lion ». Le monde animal, par ailleurs, donne des modèles évocateurs, comme le rappelle Jünger dans la référence qu’il fait à son livre ‘chasses subtiles’ dans l’interview donnée à Gnoli : « En outre, on peut étudier le monde des insectes comme on étudie le monde des hommes ».
On commettrait un grave contresens d’associer la notion susdite de race à un concept ethnologique, d’autant qu’avec la moralisation à outrance du langage, nul ne peut parler librement avec certains mots sans risquer le code pénal. La race est relative ici à une notion de fonction, à une notion de fraternité. Non une fraternité patriotique ou une fraternité d’humaniste démagogique, mais une fraternité, plus ou moins restreinte, relative à un noyau d’individu de même essence qui se reconnaissent d’instinct. C’est ce que Stanislas de Guaita nommait la « chaîne sympathique ». Ce qu’a ressenti par exemple Pier Paolo Pasolini : « Je suis une force du passé, seule la tradition a mon amour. J’erre par la Tuscolane comme un fou, par l’Appienne comme un chien sans maître. Ou je regarde les crépuscules, les matins sur Rome, sur le monde comme les premiers actes de l’après-histoire auxquels j’assiste, par privilège d’état civil, du bord extrême d’un âge enseveli. Monstrueux qui est né des entrailles d’une femme défunte ! Et moi, fœtus adulte, je rôde, plus moderne que n’importe quel moderne, à la recherche de frères qui ne sont plus ».
Il y a des gens d’un tempérament guerrier. Il y a des femmes maternelles. Il y a des femmes qui ne supportent pas les enfants. Il y a des hommes laborieux… (etc…)
(…)Ce que l’on ne sait plus (le moyen-âge le savait encore, on savait toujours élaborer des textes sacrés, les hermétistes et alchimistes étaient d’ailleurs appelés ‘philosophes véritables’), c’est que chaque individu bénéficie d’une complexion humorale, que le langage a encore conservé sous la dénomination de « nature », qui fait de lui un rouage unique et indispensable dans l’harmonie universelle. Il ne s’agit ni d’une religion, ni d’un principe éthique, mais bien d’un déterminisme de tempérament (à ne pas confondre avec une prédestination) totalement indépendant de toutes règles sociales ou morales. Dans le mahabharata, certainement le texte le plus riche et le plus sacré que nous ayons, élaboré durant près d’un millénaire, Arjuna doit combattre et tuer toute sa famille pour conserver l’équilibre du Dharma, plus important que la mort, comme le souligne Madeleine Biardeau, dans son introduction à la traduction française : « C’est le centre de l’enseignement de la Gîta : le Ksatriya doit faire la guerre, fût-ce contre ses frères, quand le Dharma est en jeu, et il fait cette guerre pour venir au secours du Dharma, pour la cohésion des mondes qui sans cela allaient retourner au chaos. S’il meurt, il obtient sur-le-champs le salut … Et parce que c’est pour le Dharma qu’il agit, tous les coups sont pratiquement permis – ce que démontre amplement l’épopée ».
Un des meilleurs commentateurs des religions orientales, A. K. Comaraswamy, a relativement bien résumé ce principe : « Nâgasêna, qui refuse d’être regardé comme ‘quelqu’un’, et qui maintient que ‘Nâgasêna’ n’est qu’un nom donné à l’agrégat changeant du phénomène psycho-physique, eût certainement pu dire : ‘Je vis, toutefois non pas ‘moi’, mais la Loi en moi’. Et si nous prenions en considération d’autres textes pâlis, nous verrions qu’ils tiennent pour admise la réalité du ‘maître de char’ et de ce qu’il représente, à savoir ‘celui qui n’est jamais devenu qui que ce soit’. C’est la loi éternelle –Dharma-, qui est, en fait, le maître de char ». Comme corollaire, on voit que l’existentialisme s’est totalement fourvoyé en affirmant que l’existence précède l’essence, puisque la tradition nous apprend que c’est exactement le contraire. Ce qui n’a pas échappé à Evola : « Le bilan de l’existentialisme est négatif ; celui-ci reconnaît la dualité structurelle existence-transcendance, mais place le centre de gravité du moi, non sur le terme ‘transcendance’, mais sur celui d’existence. L’existentialisme est l’expression de l’homme moderne en pleine crise, et non de l’homme moderne qui a surmonté cette crise ».
(…) L’individu est investi de la suprême mission de préserver son identité, en dépit de la propension civilisatrice à la lui retirer, de même que dans le corps humain chaque cellule possède une spécialité. Le clou, incompréhensible pour un occidental, est certainement la potentialité variable de cette identité, c’est-à-dire le contrôle de sa transcendance, connaissance des plus secrètes que même Castaneda (voir l’art de traquer) a savamment élagué. La castration est certainement le pire des évènements qu’il puisse advenir à l’individu. Les prédispositions dont il bénéficie à sa naissance, qu’il s’est forgé seul, dans un cadre pré-natal d’ailleurs totalement négligé des occidentaux, comme l’a par exemple démontré Maître Eckart dans le passage suscité, ou en vertu des règles karmiques orientales (il ne faut pas entendre, à ce sujet, le principe karmique tel qu’il a été popularisé pour mieux confiner l’homme à des astreintes morales, mais comme un patrimoine d’empreintes indépendantes de la conscience – voir à ce sujet Julius Evola), doivent être utilisées comme moteur, et non être soignées, comme le prétendent certaines « sciences humaines », la psychanalyse en tête, ces escroqueries savamment organisées par des brebis égarées en mal d’autorité dont l’objectif final et non avoué n’est autre que la domestication de l’homme. Une civilisation ne peut être florissante qu’en développant le principe fondamental qu’est la fonction propre à chaque individu, le principe d’égalité n’étant finalement que le principe aberrant d’homogénéisation du troupeau, ce que dénonce ne serait-ce que l’unicité de chaque visage.
Tout réside dans la prise de conscience. L’assimilation de cette connaissance, bien que dangereuse, une fois qu’on en vient à bout, donne naissance à un bonheur intérieur, comme la tradition le stipule, par exemple chez Th. Log. 2 : « Que celui qui cherche soit toujours en quête jusqu’à ce qu’il trouve, et quand il aura trouvé, il sera dans le trouble, ayant été troublé, il s’émerveillera, il régnera sur le tout ». Bien que rien ne soit résolu, bien qu’on se retrouve plus que jamais dans un processus spéculatif, cette certitude devient une présence. La mort devient l’unique référence ; elle ne terrifie plus, elle est reléguée au rang d’une simple possibilité, et nous laisse apte à affronter n’importe quel type de situation. L’horreur ambiante du monde devient familière. Jünger dira : « La victoire sur la crainte de la mort est donc le triomphe sur toute autre terreur. Elles n’ont de sens que par rapport à cette question première. Ainsi le recours aux forêts est-il avant tout marche vers la mort ; elle mène tout près d’elle … On ne revient pas en arrière pour reconquérir le mythe ; on le rencontre à nouveau, quand le temps tremble jusqu’en ses bases, sous l’empire de l’extrême danger ». Les valeurs ont été transmuées. La tâche d’acquisition des empreintes laissées sur le Nagual devient prépondérante ; le vide de l’univers prend la couleur de la loi personnelle. L’Univers n’a plus de sens par lui-même, comme l’aura ressenti chaque contemplateur du vide, mais par la couleur qu’on va lui imprimer.
(...) Adhérent aux normes qu’on lui impose par la démagogie, c’est-à-dire la dictature issue d’un nivellement par le bas, ou par le totalitarisme, quelle qu’en soit la forme, l’anarque de Jünger, dont on trouve la précise description dans l’essai « Eumeswil », édité sous couvert de roman, essai le plus osé qu’on ait publié à ce jour, va engager les moyens relatifs à son basculement dans le temps mythique, le recourt aux « forêts », où là, tout est permis : « Tandis que la branche secondaire se redresse, une ligne latérale reprend la mission et le pouvoir. Les forêts nous donnent nos modèles élémentaires, les jardins nos modèles sociaux … Je me garde de toute sympathie, d’engagement intérieur. Etant anarque, je suis tenu d’en préserver ma liberté. Il faut bien que je serve quelque part, c’est inévitable ; je me comporte, ce faisant, comme un condottiere, qui loue ses forces selon le moment, mais sans se lier le moins du monde, dans le secret de son être. En tant qu’historien, je suis convaincu de l’imperfection et même de la vanité de tout effort. Ma liberté personnelle n’est qu’un gain accessoire. Au-delà d’elle, je me prépare au grand affrontement, à l’irruption de l’absolu dans le temps. C’est là qu’histoire et science trouvent leur terme … L’homme naît criminel et est tenu en bride par son environnement. S’il parvient toutefois à rompre ses liens, il peut être sûr de l’approbation générale, car chacun se reconnaît en lui. L’absence de limites rayonne d’une magie qui illumine jusqu’au crime. Quant à moi, étant un anarque, non indifférent, mais libre de tout engagement, je sais l’estimer à sa valeur. La liberté s’étend sur une vaste échelle, et a plus de facettes qu’un diamant ».
Nous touchons là aux plus hauts secrets, aux connaissances qui ont été les plus combattues, les plus cachées depuis que le monde est monde. Après le « passage de la ligne », nous entrons dans la « forêt » où la liberté absolue se présente comme un océan sans fin – les biologistes parleront de « plasticité du phénotype ». Tant qu’il passe entre les mailles de la civilisation, c’est-à-dire du « jardin », et tant qu’il dispose de l’aval de la conscience (puisque les tortures de la conscience impriment, elles aussi, le Nagual), conscience souvent d’ailleurs tributaire de l’ignorance (toute souffrance provient de l’ignorance, dira le bouddhisme), l’anarque peut tout se permettre, dès l’instant où cela entre dans le cadre de son dessein : « Si je tiens presque tout homme pour un traître en puissance, c’est là l’un de mes défauts, mais cette méfiance a fait ses preuves … L’anarque mène ses guerres à lui, même lorsqu’il marche en rang avec les autres … L’anarchiste, ennemi-né de l’autorité, s’y fracassera après l’avoir plus ou moins endommagée ; L’anarque, au contraire, s’est approprié l’autorité ; il est souverain … Les souffrances de l’historien et sa métamorphose en anarque viennent de ce qu’il c*nçoit que la charogne ne peut être enlevée, et que des essaims toujours nouveaux de vautours et de mouches y trouvent leur régal … L’anarque peut certes tuer n’importe qui, c’est là-dessus que se fonde son assurance, mais il ne tue que là où et quand il lui plaît, et bien plus rarement encore que le criminel, le chauffeur ou l’état. La collectivité ne peut tirer que dans une direction, l’anarque dans tous les azimuts … C’est là que commence l’empire des rêves, qu’il revêt la forme la plus individuelle ; tout est interdit et tout est permis … La voie qui mène de l’arbre de la connaissance à celui de la vie est sinistre. Mais il n’y avait pas de retour dans le désert que j’avais derrière moi. La mort y était assurée. Il me fallait frayer à travers la forêt, malgré le danger de m’y perdre, mon chemin jusqu’à la liberté des mers ».
L’anarque de Jünger n’est pas un descriptif isolé, issu d’une inspiration singulière, bien qu’il soit certainement le plus élaboré, fruit d’une réflexion semi-centenaire, puisqu’il fut d’abord le « travailleur » puis le « rebelle ». D’autres modèles, étrangement convergents, avaient déjà été produits : l’Unique de Stirner, le Ksatriya remis au goût du jour par Evola (voir à ce sujet « chevaucher le tigre »), le guerrier de Castaneda, ou le surhomme de Nietzsche. Ce dernier a été largement étudié, les meilleurs commentaires étant, à mon sens, ceux de Karl Löwith, qui situe bien le nihilisme comme passage et non comme fin : « Ce rédempteur de l’avenir, antichrétien et antinihiliste, est censé rendre à la terre en tant que séjour de l’homme son but, et à l’homme son ‘espoir suprême’. Le titre prévu de Zarathoustra, ‘Midi et éternité’, se détermine ici par son sous-titre : ‘projet d’une nouvelle manière de vivre’, ce qui signifie : à midi ce n’est pas un être-toujours ou une éternité qui se révèle, mais une nouvelle façon de vivre qui se décide et qui est assez forte pour vouloir l’éternel retour ».
(…) Quand la bête de troupeau rayonne dans la clarté de la vertu la plus pure, l’homme d’exception est forcément rabaissé à un degré inférieur, au rang de méchant. Zarathoustra ne cache pas que son type d’homme, un type relativement surhumain, est surhumain précisément par rapport aux hommes bons, que les bons et les justes appelleraient démon son surhomme ».
(...) La règle numéro 1 est de se fixer un objectif abstrait, c’est-à-dire un objectif social déconstruit et reconstruit en dehors de tout caractère social selon l’adage « croire en l’incroyable », ou la parabole biblique « heureux celui qui croit sans avoir vu », de façon à initialiser une empreinte dans le Nagual. Peu importe la légitimité de cet objectif, seul compte son existence, en vertu de la règle de polarisation. L’absence de cet objectif entraînerait irrémédiablement, à plus ou moins longue échéance, le sentiment nihiliste unanimement décrit par les auteurs, voire la déchéance ou la mort en cas de persistance. Une préférence : n’importe quoi, mais pas rien. C’est d’ailleurs pour ça qu’un objectif bassement profane, de type, par exemple, ambition sociale, est largement préférable à l’absence d’objectif. Certaines femmes, dont la seule raison d’être consiste à capturer un socle nourricier, témoignent de cette préférence par l’état éblouissant de leur santé, des cheveux soyeux et resplendissants, un corps qui reflète la cohérence de l’univers, même si l’aspect retour de leur empreinte leur échappe totalement, d’abord parce qu’il leur est inconnu. L’objectif se dissipe, la femme fane. Par extension, tout système social n’est rien d’autre qu’un corollaire de ce principe, sa légitimité se résumant à sa simple existence –faire du bruit d’abord -, sa structure restant aussi peu valide, initiatiquement parlant, et aussi arbitraire que n’importe quel système individuel, qui lui aussi se légitime par sa simple existence, et qui s’oppose selon le principe de l’identité au précédent, ce pourquoi aucune modalité d’époque ne sera jamais en phase avec le principe individuel. Ce dernier est souverain, quand bien même il serait soumis au principe civilisateur profane, ce qui d’ailleurs ne peut être qu’un accident passager sur son principe d’éternité. Une non-révolte trop prolongée, une soumission trop subie, à l’échelle de plusieurs existences, transformerait, selon le processus du Nagual, l’individu en automate astral, pour échoir, à terme, à ce que l’alchimie appelle « la mort éternelle », puisque le Nagual non polarisé ne peut plus rassembler ses forces de vie. Ce en quoi l’insoumission, vis-à-vis d’un système civilisateur invalide, non reconnaissant de la spécificité individuelle, constitue, métaphysiquement parlant, l’essence même de la vie, même si, paradoxalement, cela doit (parfois) coûter la mort. »
Stef.
-
à celui qui a écrit :
Les idées réfractaires à l’essentiel sont seules à avoir une prise sur les hommes. Et si certains esprits se situent hors des interrogations convenues, c’est qu’un instinct enraciné dans les profondeurs de la matière, ou un vice surgissant d’une maladie cosmique, a pris possession d’eux et les a conduits à un ordre de réflexion si exigeant et si vaste que la mort elle même leur paraît sans importance ».
Je voudrais demander :
- "Pouvez vous m'expliquer tout cela en termes clairs et précis? En particulier : C'est quoi un instinct enraciné dans les profondeurs de la matière, ou un vice surgissant d'une maladie cosmique"
Moi j'aime bien :
Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire viennent aisément.
et
d'abord la clarté, encore la clarté et enfin la clarté
:D
-
e me demande si de nos jours la philosophie présente un intérêt ?
La philo antique aidait l’homme à supporter sa condition. Et actuellement ?
Tu pourrais préciser : quels penseurs, quels textes philosophiques — antiques en particulier, j'imagine que tu veux dire grecs — ont-ils eu ce propos ? Je ne vois pas à quoi tu fais allusion...
Et donc, si tu peux confirmer que c'est bien le cas, pourquoi n'y aurait plus besoin de ces textes, ni de nouveaux dans cet objectif aujourd'hui ? La condition humaine est-elle actuellement plus supportable par elle-même qu'au Ve siècle avant JC ? En quoi ? Pourquoi ?
Je ramasse à la fin de l'heure :D
jiluc. (http://jiluc.net/Firefox_icone.png)
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à celui qui a écrit : « Les idées réfractaires à l’essentiel sont seules à avoir une prise sur les hommes. Et si certains esprits se situent hors des interrogations convenues, c’est qu’un instinct enraciné dans les profondeurs de la matière, ou un vice surgissant d’une maladie cosmique, a pris possession d’eux et les a conduits à un ordre de réflexion si exigeant et si vaste que la mort elle même leur paraît sans importance ».
Je voudrais demander :
- "Pouvez vous m'expliquer tout cela en termes clairs et précis? En particulier : C'est quoi un instinct enraciné dans les profondeurs de la matière, ou un vice surgissant d'une maladie cosmique"
:D
Impossible Bison : ledit écrivain est tombé dans un trou noir infragalactique. ;D
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@Bison :
« Pour avoir voulu faire un texte court, j'ai supposé connues certaines notions sur lesquelles il aurait été trop long de revenir. Le lecteur étranger à ces notions est donc renvoyé à ses études. » ;D C'est là : http://www.france-jeunes.net/read.php?tid=9826
jiluc. (http://jiluc.net/Firefox_icone.png)
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@Bison :
« Pour avoir voulu faire un texte court, j'ai supposé connues certaines notions sur lesquelles il aurait été trop long de revenir. Le lecteur étranger à ces notions est donc renvoyé à ses études. » ;D C'est là : http://www.france-jeunes.net/read.php?tid=9826
jiluc. (http://jiluc.net/Firefox_icone.png)
Ah ben là non Jiluc! Avec toutes les scories qu'il y a dans le texte complet, y vont virer mes extraits!!! :D
Stef.
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Il n'y a pas de voie royale en géométrie
Ce qu'il y a de bien, avec les sciences dites "dures", c'est qu'il faut de la rigueur, énormément de rigueur ...
J'ai lu quelque part que les anciens grecs exigeaient cet esprit de rigueur en matière de philosophie.
Je vais aller reprendre quelques cours particuliers chez mon vieux (80+) et toujours très cher prof de langues classiques.
Il me disait encore il y a quelques temps : "Pour me faire plaisir, je lis encore souvent les auteurs grecs dans le texte ..."
Ce mec ... :love: