Plus d’explications – pour ceux qui en veulent Avec le développement des activités sportives et de la randonnée, les entorses sont l’une des blessures les plus courantes, et donc bien étudiées. Selon les méta-analyses réalisées sur les nombreuses études concernant les entorses, environ 10% des entorses présentent des complications. Il n’est pas facile d’évaluer instantanément la gravité d’une entorse. Un bruit associé au moment de l’entorse (un « crac ») n’est pas toujours une preuve de gravité. Et certaines entorses ne présentant pas de gène ni de douleur exagérée, peuvent en fait présenter des complications associées.
Avec le développement de la randonnée, en parallèle d’une attitude extrême de consommation des secours (on appelle l’hélico pour un rien), se développe également une attitude de « continuer à tout prix », avec un réel danger de ne pas prendre au sérieux les risques de complication. L’aventurier moderne ne veut pas s’arrêter pour une minable entorse de rien du tout, et il veut rentabiliser l’argent et le temps investit dans ses loisirs (ce sont mes seules vacances !).
Il existe donc un besoin pour une procédure de test qui contribue à aider lors de la prise de décision, dans un contexte de randonnée. Ce doit être une technique simple à appliquer, sans matériel et facile à retenir. Ce test doit fournir un résultat avec une confiance assez forte de ne pas louper les cas sérieux, et rester fiable même conduit par un opérateur qui n’est pas de profession médicale. Les règles d’Ottawa répondent bien à ce besoin, et leur application commence à être recommandée et enseignée dans les cours de secourisme appliqué aux expéditions [1], aux guides de montagnes, dans les journaux et dans les écoles de Outdoor [2] [3]. Une présentation de cette procédure de test a donc particulièrement sa place sur ce forum de fous de la survie, avec plein de spécialistes du « continuer à tout prix ».
Pourquoi cela aide-t-il à décider – le coin des matheux 
Selon les études, entre 10% et 15% des entorses présentent des fractures associées. Pour les explications qui suivent, je vais considérer la valeur de 10%.
À ce stade, sans test supplémentaire, la question que l'on peut se poser est la suivante:
en cas d’entorse, quelle est la probabilité qu’il y ait une fracture associée? => 1/101/10, c’est un pari risqué si l’on considère la possibilité de mettre à mal une articulation fragile et délicate, et pourtant si essentielle. Mais de l’autre coté, cela fait 9/10 de ne rien avoir de grave : C’est tentant quand on veut prendre la décision de continuer !
De nombreuses études ont eu pour but d’évaluer les résultats des tests suivant les règles d’Ottawa. Des examens complémentaires (avec radiologies) ont permis de valider les résultats obtenu avec le seul examen de palpation. Une méta-analyse [4] a montré que les résultats présentés dans ces études sont semblables, et a permis de fournir des valeurs moyennes, comme celles que j’utilise ici pour établir le schéma de Bayse inversé et pour estimer les probabilités à postériori.
Nous avons besoin des taux de tests avec des résultats négatifs et positifs, et plus important des taux de faux négatifs et de faux positifs, indispensables pour évaluer la sensibilité et la spécificité de ce protocole de test.
- Négatif (N): pas de signes, entorse sans complications (env. 650/1000)
- Faux négatif (Fn): pas de signes, mais entorse avec complications (env 2/1000)
- Positif (P): présence de signes, et entorse avec complications (env 98/1000)
- Faux positif (Fp): présence de signes, mais entorse sans complications (env 250/1000)
Valeurs tirées de [4].
Cette méta-analyse a également permis d’évaluer la variation des résultats entre les études.
Le taux de Faux négatifs (Fn) est très faible, et varie peu entre les études. Ce test détecte donc la plupart des cas de complications associées, il est considéré comme sensible.
Sensibilité : représente la proportion de personnes qui ont une entorse de cheville avec fracture associée qui sont correctement identifiées par un test positif (P).D’un autre coté, les résultats de Négatifs (N) sont élevés, mais varient fortement entre les études. Et les résultats de Faux positifs (Fp) sont parfois importants. De nombreuses chevilles « Ottawa positives » n’ont en fait pas de fractures associées. Ces Faux positifs sont même plus nombreux que les Positifs, en valeur absolue. Ce protocole de test est donc considéré comme moyennement spécifique. Les variations de résultats entre les études font également penser que cela peut en partie dépendre de l’opérateur.
Spécificité : représente la proportion de personnes qui n’ont pas une entorse de cheville avec fracture associée qui sont correctement identifiées par un test négatif (N). Schéma de Bayse inversé
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 | Pour répondre à la question du risque de présence de complications associées, ce schéma permet de connaître les probabilités à postériori, celles qui résultent du test selon les règles d’Ottawa. J’ai utilisé les valeurs citées plus haut, mais ce schéma reste valable avec d’autres valeurs [5].
Le premier embranchement représente le résultat du test selon les règles d’Ottawa, le deuxième embranchement représente la situation réelle.
Ce schéma montre très bien que si la presque totalité des entorses avec complications sont correctement diagnostiquées, plus des deux tiers des entorses « Ottawa positives » sont en fait des entorses sans complications. |
Dans un contexte de secourisme en randonnée, on recherche à obtenir un maximum de sécurité avant de prendre une décision. On veut éviter à tout prix de louper les cas avec complications. Il faut donc que le taux de faux négatif soit le plus petit possible.
À la suite de ce test, la question devient alors:
en cas d’entorse, quelle est la probabilité qu’il y ait une fracture associée, sachant que la cheville est « Ottawa négative » ? => 1/326Grâce au test selon les règles d’Ottawa, on gagne une grande marge de confiance au moment de prendre sa décision :
P (à priori) = 1/10 => test négatif selon Ottawa =>
P (à postériori) = 1/326Pour les purs et durs du « continuer à tout prix », on peut accessoirement poser la question:
en cas d’entorse, quelle est la probabilité qu’il y ait une fracture associée, sachant que la cheville est « Ottawa positive » ? => 1/3 à 1/4 Le pari semble déjà moins tentant.

Le test selon les critères d’Ottawa est ce que l’on appelle en statistiques inférentielles appliquées aux diagnostics médicaux un test
SnNOut (Sensitive test, Negative result, diagnostic Out) : c’est justement un test qui permet d’exclure de façon fiable un diagnostic [6]. Grâce à sa sensibilité, ce test est un bon outil pour aider lors de la prise de décision après la survenue d’une entorse de cheville, dans le contexte de secourisme en randonnée, en expédition ou lors de séjours à l’écart d’une structure médicale.
Cet examen mérite d’être conduit avant toute décision genre « c’est pas si grave » ou « continuer à tout prix» en cas d’entorse de cheville.
Alors à tous, bonne rando, et gaffe aux chevilles !
Mini bibliographie – pour les plus curieux ![Yiiiiiiesssss :]]](https://forum.davidmanise.com/Smileys/default/w00t.gif)
| 1. | Wilderness Medical Training (coll.). Advanced Medicine For Remote Foreign Travel – Far From Help. Training manual. Oxford : WMT 2007. WMT |
| 2. | Center D. Ankles Injuries. Outside Bozeman, Southwest Montana’s Outdoor Journal, Jan 2008. Outside Bozeman Magazine |
| 3. | Wilderness Medicine Training, Lower Extremity Injuries, Jan 4, 2008, TMC Books, LLC |
| 4. | Bachmann LM et al. Accuracy of Ottawa ankle rules to exclude fractures of the ankle and mid-foot: a systematic review. BMJ 2003 326: 417-423. |
| 5. | Wonnacott TH, Wonnacott RJ. Statistique, Economie – Gestion – Sciences – Médecine. 4ème édition. Paris : Economica 1995. |
| 6. | Pewsner D, Battaglia M, Minder C, Marx A, Bucher HC, Egger M. Ruling a diagnosis in or out with “SpPIn” and “SnNOut”: a note of caution, BMJ 2004 329: 209–213. |