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Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: Parcours de vie ordinaire...  (Lu 3750 fois)

12 mai 2008 à 00:46:10
Lu 3750 fois

Anke


Voilà, j'en parle pas souvent, mais il me semble important de le faire ici.

Avril 85, j'ai 28 ans. Gr...., mon fils de trois semaines, second enfant de mon union avec E... ( Cam, ma fille à deux ans) va mourir. Coeur anachronique ( tetralogie de Fallow inopérable).
J'irai enterrer mon gosse seul, E... ne pouvant supporter( et d'ailleurs ce n'était pas sa place en tant que jeune mère, il n'était pas question qu'elle retrouve l'enfant qu'elle avait porté dans un petit cercueil).
Le monde s'écroule autour de moi, fou de douleur je ne supporte plus personne. Je ne peux même pas me barrer ou me flinguer je dois tenir tant bien que mal pour ma fille et encore c'est limite !
Au bout de trois mois, mon beau-père intervient et me traine à aller galoper avec lui dans les bois un samedi matin. Puis le samedi suivant, puis le suivant encore et ça s'enchaine, je me fais le pari de "me faire" le marathon de Paris.
Alors, je m'entraine. A 5h du mat, je vais bosser en courant, walkman aux oreilles et je me fais mon deuil en même temps. Les images défilent, je cours pour mon gosse. Et je me le fais mon marathon. oh, pas de quoi faire la "une" en 1986 (4h 10), mais je le fais. Deux ans après 3h10. Et puis à force de courir dans les bois par tous les temps, je me dis qu'il y a pleins de trucs à voir en allant plus lentement, alors sac à dos et sandwich et en avant sur les gr en Normandie. Cette fois ci, j'ai sorti les yeux " du dedans de moi". la douleur est toujours là, mais elle s'est un peu estompée. J'arrète la course à pied ( pas le temps de tout faire hein !). Divorce, remariage etc... rien de bien extraordinaire. Je continue à me balader dans les bois et mes falaises.
Et un jour à 50 ans, j'arrive ici, je lis des trucs, ça m'émeut, j'apprends. J'y trouve des nouveaux espoirs, de nouveaux sourires, de nouveaux visages.

Ce que j'en tire de tout ça, c'est que sur ce ring ou sur la route de ta vie, même si t'as un genou par terre que cet espèce de grand costaud d'enc**é d'existence de malheur continue à te marteler la gueule, il va y avoir un moment où le "ding" va retentir, où tu vas la franchir la ligne d'arrivée. Et là, en t'accrochant dans les cordes, la gueule en "8" ou les jambes raides comme la justice, tu vas te relever et te mettre à hurler ( tout pareil que l'autre Rocky, et ça peut paraitre ridicule ou puéril !) " J'ai gagné !" Ce n'est pas que tu es le plus fort, ça non, c'est parce que t'es incassable ! Alors forcément, tu ne peux que gagner...C'est toi, le héros de ton film !

12 mai 2008 à 10:00:25
Réponse #1

raphael


Se connaitre et s'accepter



12 mai 2008 à 17:14:27
Réponse #3

Sav2



12 mai 2008 à 17:18:49
Réponse #4

enzo


La vie continue et vaut la peine d'être vécue !!!.........  :closedeyes: ;)
L'expérience est une lanterne qui éclaire le chemin parcouru.........

12 mai 2008 à 17:43:50
Réponse #5

Kilbith


 :)

Tu vois Anke, côtoyer quelqu'un comme toi cela fait du bien !  :up:
"Vim vi repellere omnia jura legesque permittunt"

12 mai 2008 à 18:25:01
Réponse #6

Arvernos


Que répondre à un tel partage d'émotion ? Merci, mais c'est bien banal, et bien peu ...
... chut, un ange passe ...
Se mettre en évidence est à la portée du premier venu. Mais il faut beaucoup de talent pour passer inaperçu.
                                            Robert Heinlein, Double Etoile

Il n'y a guère d'homme assez habile pour connaître tout le mal qu'il fait.
                                                                 François de La Rochefoucauld

Quand on n'a aucune chance... alors il faut la saisir !

12 mai 2008 à 18:46:32
Réponse #7

cactus


Je ne peux faire mieux que Patrick...  :'( :-\ ::)

12 mai 2008 à 20:20:37
Réponse #8

romrom51


 :calin:
heureusement des gens sont la pour nous soutenir
"Le capitalisme ,c'est l'exploitation de l'homme par l'homme ;le syndicalisme c'est le contraire"  Coluche
http://omegapetit.labrute.com
http://labrute.fr/team/204019

12 mai 2008 à 20:29:48
Réponse #9

cedx69


Belle leçon de vie, beaucoup de courage à toi...

12 mai 2008 à 20:37:27
Réponse #10

Jonathan


Respect, émotion, partage

Un grand merci Anke

Jonathan

12 mai 2008 à 20:48:21
Réponse #11

DavidManise


Tout ce que j'aurais envie de dire sonnerait faux après ça...  donc pour une fois je vais juste fermer ma gueule.

Merci Anke.

David
"Ici, on n'est pas (que) sur Internet."

Mon PATREON -
Stages survie CEETS - Page de liens a moi que j'aimeu

12 mai 2008 à 23:56:19
Réponse #12

Rod


Belle leçon de courage... Il n'y a pas grand chose à rajouter...

13 mai 2008 à 00:22:19
Réponse #13

virginie


Merci Anke pour cette leçon de survie dans le domaine de la souffrance et pour ton courage à exprimer une telle expérience, merci beaucoup.

13 mai 2008 à 17:46:39
Réponse #14

Lynx


merci de ces lignes merci de témoigner merci de ta confiance pour nous avoir mis ce souffle d'esperance entre nos mains... un enseignement trés certainement.

 :calin:




Poussière aux pieds vaut mieux que poussière aux fesses. Proverbe Peul

13 mai 2008 à 18:11:07
Réponse #15

BigLarry


nous avons le même parcours quasiment
malheureusement j'ai perdu des personnes proche en même temps lors d'un accident de voiture,
j'ai appris à relever la tête en toutes circonstances, mais cela fait mal
depuis j'ai refais ma vie, femme et enfant à mes cotés, depuis peu, je ne vis plus dans la peur de les perdre eux aussi,
car il faut vivre et profiter des moments présents

nous avons tous un passif, pour certains une vie "normale" pour d'autres une vie avec ses cicatrices...

enfin voilà, cela pour te dire qu'on avance quoi qu'il arrive, et cela fait du bien d'avancer  ;)


13 mai 2008 à 18:19:05
Réponse #16

Anke


" je ne vis plus dans la peur de les perdre eux aussi"
Bien pris Biglarry.... Bien pris.

13 mai 2008 à 19:07:58
Réponse #17

Corin


Salut,

J'ai beaucoup hésité à répondre. Que dire après de telles lignes?
Une chose, me semble-t-il, néanmoins: à te lire, nous prenons notre part de ton malheur. Nous pouvons tous t'assurer qu'il n'y a rien de juste et rien de mérité dans les épreuves que tu as vécu.
En ce bas monde, il n'y a ni règle ni justice, certains traversent l'existence sans jamais rien vivre de difficile et d'autres doivent subir les pires épreuves. Des gens formidables subissent des horreurs quand des monstres seront à l'abri (Karadzic et Mladic dorment sur leurs deux oreilles depuis plus de 10 ans quand leurs pauvres victimes ont eu droit à une balle dans la tête comme toute marque d'humanité).

Face à une tragédie, tout est possible. Il ne m'appartient pas de juger mais celui qui garde la tête haute force le respect. Tu es de ce bois-là.
Il y avait un film pas terrible dans lequel un instructeur citait un poète anglais du début XXème siècle, David Herbert Lawrence:
I never saw a wild thing sorry for itself. A small bird will drop frozen dead from a bough without ever having felt sorry for itself.


A+

13 mai 2008 à 19:09:31
Réponse #18

Rouri



13 mai 2008 à 21:03:15
Réponse #19

Anke


Vous savez les gars, je crois que le malheur frappe tout le monde, certains plus que d'autres, certains vivent ça plus précocément que d'autres ou différemment. Je crois que notre rôle ( ceux qui ont été éprouvés par la vie), notre devoir même, eh ben, c'est de faire en sorte d'aider celui qui rencontre ces adversités quand on en est le témoin. Simplement parce qu'en l'aidant, on s'aide soi-même. Le but c'est de tenter de transformer du malheur en bonheur ( ou en "malheur-moins"), sans arrière pensées, sans faux-semblants, avec en guise de pierre philosophale.... son coeur.
Vous voyez quand mon pote M... a perdu son fils de 17 ans, dans le groupe de copains qu'on était, j'étais le seul à avoir vécu ce genre de pb. Je savais à peu près par où il allait passer, quand il faudrait le "secouer", quand il faudrait lui foutre la paix, quand il faudrait juste être là ,silencieux. On l'a tous compris, il fallait que ce soit moi qui m'y colle. Pas simple, je savais ce qui m'attendait au tournant, au retour, j'allais tout( la mort du mien) me reprendre dans le museau !
Fuir ? Eh oh, c'est mon copain ! C'était l'occasion à la m*rde qui m'était arrivée de se transformer en truc utile, en truc vivant.
Aujourd'hui, M... est vivant, il refait doucement un semblant de vie, tout du moins il a renoncé à se "crocher" ( pour lui, facile, sa profession lui donne l'accès aux produits qui vont bien et il connait parfaitement la manière de sauver une vie, alors, faire le contraire hein...). Oh, c'est pas le "beau fixe " tous les jours, mais punaise, il s'accroche. Avec les potes, on a réussi !
ça ma poule, c'est "survie". Pour déboucher sur la vie tout court.
Bien à vous tous. Avec toutes mes amitiés.

13 mai 2008 à 21:14:37
Réponse #20

Arvernos


no comment, on écoute, et on se tait ...
Se mettre en évidence est à la portée du premier venu. Mais il faut beaucoup de talent pour passer inaperçu.
                                            Robert Heinlein, Double Etoile

Il n'y a guère d'homme assez habile pour connaître tout le mal qu'il fait.
                                                                 François de La Rochefoucauld

Quand on n'a aucune chance... alors il faut la saisir !

13 mai 2008 à 21:33:51
Réponse #21

kuto


Parfois la lumière est si forte qu’elle éteint le repos,
Les contrastes sont si durs qu’ils effacent toute envie,
Alors, dans l’ombre douce et délicate du souvenir la douceur retrouveras.

 :calin:

13 mai 2008 à 21:50:20
Réponse #22

def


mon pote 50 ans,
sa fille UNIQUE de 20 ans morte dans un accident de voiture en voulant doubler un car ( il y a un an).
Je serais toujours la pour lui car c'est mon pote et que j'ai une fille de 16 ans (elle commence la conduite).
Bon courage

14 mai 2008 à 06:44:44
Réponse #23

Benouille


J'écoute et je m'imprègne... en silence.
Merci Anke.
"Mieux vaut être un peu parano, que beaucoup emmerdé..."

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
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