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Stages de survie CEETS

Auteur Sujet: [ornitho] Question sur un comportement de rapace  (Lu 2370 fois)

16 avril 2008 à 12:00:09
Lu 2370 fois

jilucorg


Coucou,

Je viens d'assister à une scène de prédation dont je n'ai pas compris un détail : si un connaisseur ou une connaisseuse de rapaces a la réponse...

Voili : tout à l'heure dans mon petit jardin, un merle noir mâle — trop occupé à retourner des touffes de chiendent récemment arrachées pour trouver dessous des bestioles à déguster — n'a pas vu un magnifique épervier d'Europe femelle qui tombait sur lui à pieds joints. Sans se laisser impressionner par les cris de sa proie, elle s'est bien perchée sur celle-ci des deux pattes après l'avoir retournée sur le dos pour un ultime et tragique face-à-face. Ensuite, toujours posée dessus en équilibre, elle a commencé posément à lui plumer la poitrine, pendant deux-trois minutes. Je voyais bien les plumes voler, et le merle, totalement inerte, semblait mort depuis le début.

Mais tout à coup, le rapace s'est un peu déplacé, et le 'blackbird' a aussitôt filé à l'horizontale en volant, reproduisant le genre de scène auxquelles on assiste avec les chats ! Malheureusement pour lui, il s'est retrouvé coincé devant un buisson d'arbustes, et l'épervier, qui avait sprinté derrière aussitôt, l'a repris et cette fois s'est mis à le manger sans plus fignoler. D'ailleurs, la vie du merle n'a pas été gaspillée, il ne reste maintenant que des plumes éparpillées, le gésier et un demi-bec du merle, tout le reste a disparu, y compris tarses et fémurs. [À remarquer au passage que, même à ce niveau supérieur de la chaîne alimentaire, le rapace reste pendant son repas en "code orange" permanent, levant sans cesse la tête pour scanner son environnement comme la moindre des mésanges !]

Ma question : pourquoi l'épervier n'a-t-il pas tué le merle avant de le plumer (un coup de son bec puissant sur le crâne du malchanceux turdidé aurait suffi), ce qui l'obligeait à rester posé en équilibre instable dessus, au risque de perdre sa proie si l'environnement avait été un peu plus favorable à celle-ci ?
Pour les chats qui lâchent volontairement leur mulot ou leur passereau en faisant mine de regarder ailleurs, on voit dans ce type comportement une sorte de "jeu" peut-être utile à leur entraînement, au perfectionnement de leurs réflexes, mais là, c'était manifestement imprévu, et l'épervier au sol est trop lourd pour réagir efficacement à l'envol d'un oiseau aussi vif qu'un merle, et risque vraiment de voir disparaître son repas...


jiluc.

16 avril 2008 à 17:44:46
Réponse #1

floriomarlo


Salut jilucorg, 2 mn pour te répondre succinctement ..Tout d’abord il est bon de rappeler que l’Epervier est un tout petit rapace et le male est guère plus gros qu’un merle, la femelle fait entre 150 et 200 g pour une longueur maxi de 30 cm. Alors ces rapaces comme les faucons sont de gros prédateurs très spécialisé. Celui que tu as vu à « percuter » un oiseau qui était presque aussi gros que lui. Très souvent les proies meurent à l’impact , souvent pour des rapaces comme le Pèlerin et l’autour plus lourd qui profitent de leur masse et de leur vitesse. L’épervier chasse « en maraude », par surprise il tombe sur sa proie et la tue et le choc ( impact + stress) suffit la plupart du temps . Je pense que le merle que tu as vu s’est peut être trouvé "KO" ( plus surpris et stressé d'ailleurs )  suite à l’attaque, que la femelle épervier a commencé à le plumer (habituellement un acte qui se fait à couvert en sûreté)  pour le dévorer et que tout 2 se sont trouvés surpris lorsque le merle a retrouvé ses esprits. Tu as assisté à un acte de prédation « standard » dans la mesure où très souvent ce sont des actes manqués. L’épervier était peut être jeune et sans trop d’expérience sur ce type de proies ( c'est pour ça qu'elle a pas fini le merle avec ses serres au sol), le merle a essayé de s’esquiver dès qu’il a pu. Par contre, comportement typique de l’épervier il a poursuivi sa proie pour la rattraper.
En tout cas tu as de la chance c’est difficile de voir un épervier en chasse ce sont des oiseaux très discrets.   :up:
« Modifié: 16 avril 2008 à 17:56:34 par floriomarlo »
Jamais il ne se coiffait, jamais il ne se lavait
Les ongles pleins de cambouis mais sur les biceps il avait
Un tatouage avec un cœur bleu sur la peau blême
Et juste à l'intérieur, on lisait : "Maman je t'aime"

Edith Piaf, Jean Dréjac

16 avril 2008 à 19:50:02
Réponse #2

jilucorg


Salut jilucorg, 2 mn pour te répondre succinctement ..Tout d’abord il est bon de rappeler que l’Epervier est un tout petit rapace et le male est guère plus gros qu’un merle, la femelle fait entre 150 et 200 g pour une longueur maxi de 30 cm.

Salut floriomarlo, et merci de prendre le temps de satisfaire ma curiosité !

Ce que tu dis me surprend un peu : mon rapace, je l'ai bien identifié, c'est un épervier d'Europe Accipiter nisus, une femelle au dessous barré de gris, bien plus grosse que le mâle (ressemblant beaucoup à l'autour des palombes, mêmes dimensions mais tarses plus minces et bec moins gros) : 35-41 cm de longueur et 67-80 cm d'envergure selon le Guide ornitho, à peu près pareil selon Oiseaux de France et d'Europe de Rob Hume et aussi dans le Peterson. Celle que j'ai vue c'était vraiment une belle bête, envergure double facilement de celle du merle, 10 bons cm de longueur en plus, il paraissait vraiment très petit sous elle... Sarko face à Tyson :D

Citer
[...] Je pense que le merle que tu as vu s’est peut être trouvé "KO" ( plus surpris et stressé d'ailleurs )  suite à l’attaque, que la femelle épervier a commencé à le plumer (habituellement un acte qui se fait à couvert en sûreté)  pour le dévorer et que tout 2 se sont trouvés surpris lorsque le merle a retrouvé ses esprits. Tu as assisté à un acte de prédation « standard » dans la mesure où très souvent ce sont des actes manqués. L’épervier était peut être jeune et sans trop d’expérience sur ce type de proies ( c'est pour ça qu'elle a pas fini le merle avec ses serres au sol), le merle a essayé de s’esquiver dès qu’il a pu. Par contre, comportement typique de l’épervier il a poursuivi sa proie pour la rattraper.
En tout cas tu as de la chance c’est difficile de voir un épervier en chasse ce sont des oiseaux très discrets.   :up:

Merci pour cette "traduction" de la scène, qui me paraît très convaincante. Dans mes bouquins, il est dit que l'épervier d'Europe chasse dans les jardins y compris près des mangeoires (ce qui est le cas ici :)), rien de vraiment surprenant donc, même si on ne l'avait jamais vu encore. L'an dernier, on avait retrouvé les restes analogues d'une tourterelle turque presque au même endroit — et à la même époque — sans comprendre qui avait pu se farcir un gros morceau comme ça sans rien laisser que des plumes (notre chatte avait gardé sa silhouette coutumière) ; maintenant on sait qu'on a un régulateur de populations dans le quartier ;) !

Nirgoule, merci à toi aussi, bien noté le concept de rationalité limitée


jiluc.

16 avril 2008 à 21:11:25
Réponse #3

Schlomo


Bonsoir à tous,

Je ne suis pas du tout spécialiste en ornithologie ( a part quand il s'agit de C. Parker).

Mais je crois savoir que certains animaux font les morts pour échapper à la prédation, ton merle n'aurait il pas joué le zombie pour mieux tenter de s'enfuir par la suite ?

CDT
« Modifié: 17 avril 2008 à 12:55:25 par Schlomo »

17 avril 2008 à 09:16:41
Réponse #4

floriomarlo


Salut jilucorg, content que ma réponse te satisfasse (...) et tu as raison sur la taille de la femelle, sur le guide ornitho, il donne des mesures plus grandes que celle que j'avais en tête .
Je consulte souvent d'autres livres que je te conseille pour l'ornithologie: c'est toute la série de Paul Géroudet ( tjrs chez Delachaut et Niestlé) ce ne sont pas des guides de terrain mais ce sont de très bon recueils d'observations qui te permettent de bien progresser dans l'observation de la nature. Il existe les mêmes sur les mammifères  par Robert Hainard.
Deux auteurs Suisses fantastiques. 
PS:  tu triches pour les observations, les mangeoires en pleine campagne sont de véritables aspirateurs à éperviers... ;D
Jamais il ne se coiffait, jamais il ne se lavait
Les ongles pleins de cambouis mais sur les biceps il avait
Un tatouage avec un cœur bleu sur la peau blême
Et juste à l'intérieur, on lisait : "Maman je t'aime"

Edith Piaf, Jean Dréjac

17 avril 2008 à 11:35:11
Réponse #5

jilucorg


Je consulte souvent d'autres livres que je te conseille pour l'ornithologie: c'est toute la série de Paul Géroudet ( tjrs chez Delachaut et Niestlé) ce ne sont pas des guides de terrain mais ce sont de très bon recueils d'observations qui te permettent de bien progresser dans l'observation de la nature. Il existe les mêmes sur les mammifères  par Robert Hainard.
Deux auteurs Suisses fantastiques.

Coucou ! Je vais regarder ces bouquins tout de suite, merci pour le conseil qui est alléchant : Amazon va encore faire du chiffre, je sens ça :)
 
Citer
PS:  tu triches pour les observations, les mangeoires en pleine campagne sont de véritables aspirateurs à éperviers... ;D

Ouarf, on est "refuge LPO" homologué, qu'est-ce que tu crois (c'est vrai en plus) :D.  Et en fait, la scène en question ne se passe pas du tout dans la cambrousse, mais bien dans un lotissement urbain en pleine banlieue est de Lyon, tout près d'une "cité", classement ZEP, "zone sensible" etc. Bon, OK, c'est pas du tout loin non plus de la campagne, et il est vrai que ces lotissements (il y en a plein dans la ville) font finalement un milieu pas mal biodiversifié — en tout cas nettement plus que la "campagne agricole" française standard >:D). Les gens ici ne sont pas branchés pelouse-désert vert, pourvu qu'ils puissent poser leur BBQ c'est bon, et on voit pousser un peu de tout sans traitements acharnés. De plus, comme ces quartiers datent de 20-30 ans, il y a pas mal d'arbres costauds et de groupements d'arbustes denses de toutes sortes avec aussi des haies ±vives pas souvent taillées. De sorte que l'ensemble de ces petites parcelles juxtaposées reconstitue à peu près un milieu type clairière, avec une diversité assez cool en végétaux et insectes, qui attire les oiseaux insectivores comme granivores d'espèces qu'on n'attendrait pas autant en milieu périurbain. Par exemple, on entend ici régulièrement les éclats de rire d'un pic-vert, un pic épeiche tambourine dans les cèdres du voisin, et une huppe fasciée vient de temps en temps faire admirer son profil de reine dans l'érable à 15 m de la maison. En tout jusqu'à présent 32 espèces d'oiseaux identifiés dans un jardin de 250 m² seulement (ou directement depuis celui-ci), 33 maintenant avec l'épervier :). Il y a aussi quelques mammifères en plus des petits rongeurs habituels : un tas de feuilles mortes abandonné par flemme a été squatté par des hérissons, et on pouvait en juin dernier voir deux petits gambader en plein jour devant la maison en se bousculant sous les fleurs. Sans parler de la famille de loirs qui s'agite en saison — la nuit et bruyamment >:( — dans les combles tout béton-acier-laine de verre de notre petite maison "Phénix".
Les banlieues "populaires" ne sont pas toujours ce qu'on croit ;).

Allez, je vais voir les productions helvétiques de MM. Géroudet & Hainard


jiluc.

 


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