est-ce que vous leur apprenez des techniques de défense que vous connaissez, oui/non, pourquoi, à partir de quel âge
D'abord, en préalable, pour me situer, j'ai un garçon de 10 ans et une fille de 8 ans...
Le sujet que tu proposes est vaste et a plusieurs facettes. On peut partir sur quatre notions que nous connaissons pour traiter la question:
- le mindset/la psyché/l'état d'esprit
- les connaissances
- le physique
- les outils
Avant tout ça, la base, c'est l'apprentissage de ce qu'est la légitime défense: une riposte proportionnée et immédiate en réponse à une agression
physique, et pas juste parce qu'on a mal au cul. Et ça doit commencer à s'apprendre dès la naissance.
En ce qui concerne
la psyché, j'ai commencé tôt (3-4 ans?) à instiller
par le jeu de la combativité, ça passe souvent par une sorte de lutte/chicane avec moi. Les deux ont adoré ça dès le début, et continue d'apprécier de me la mettre quand ils peuvent! Je les motive aussi à ne pas lâcher l'affaire quand c'est moi qui prend le dessus et qu'ils commencent à abandonner. Par contre, je fais bien gaffe à ne jamais entrer dans la zone rouge, celle où ça s'énerve trop et où on se fait mal, faut que ça reste ludique et qu'on garde tous le sourire!
Dans le même temps, je leurs apprends aussi à savoir lâcher l'affaire et à ne pas se mettre dans un cul de sac: ça vaut surtout pour mon fils, qui comme tous les mecs a tendance de temps en temps à faire son coq. Ca c'est de l'intelligence sociale "de base", j'ai envie de dire!
Même si mon fils a eu aussi sa dose, je communique plus spécifiquement avec ma fille depuis environ un an sur le "non, c'est non", l'intégrité inviolable du corps et l'attitude à avoir en face d'un relou qui n'aurait pas compris le message.
Pour
les connaissances, ça passe surtout par l'apprentissage de l'observation et du retex sur ce qui se passe dans la rue: faire un retour sur une sale ambiance, un groupe ou un individu croisé, un évènement à l'école, etc. En général, je pose une petite question sur un truc dont j'ai senti que ça les faisait tiquer et hop ça embraye sur un échange. C'est assez rapide, c'est pas en permanence, mais ça dure depuis le CP du grand, et les principes commencent à être intégrés.
Y'a un truc aussi, je pense, qui est important: les enfants peuvent tout comprendre et ne sont pas dupes. Il faut pas leurs raconter d'histoire ni édulcorer: quand ça pue, si y'a des cons sur Terre, bah faut leur dire... avec leurs mots!

Il ne s'agit pas de développer une paranoia ou une peur chez eux, mais plutôt d'éviter qu'ils ne déchantent sévère quand ils apprendront sur le tas qu'on vit pas dans un monde de Bisounours.
Le physique: mon fils a fait un an de judo à 5 ans (après 2 ans d'escalade)... Lui comme moi n'avons pas apprécié: beaucoup de petits bagarreurs, et même si les profs très compétents mettaient le holà, ça sentait la mauvaise vibration. Mauvais club, mauvais quartier? Va savoir! En tout cas, nous avons décidé de ne pas prolonger l'expérience et depuis ses 6 ans, il fait de la capoeira. Sa soeur s'y est mis aussi au même âge. Plusieurs intérêts,
à mon sens, de cette pratique
pour mes enfants. Cette activité n'est pas basée sur la compétition, mais sur la coopération (chacun son tour, on est en duel, on regarde ou on fait de la musique). On est pas l'un contre l'autre, mais dans un groupe bienveillant et on s'amuse. Mon fils, très perso, a pris conscience de ce qu'était une communauté. Ma fille, très timide et peu assurée, à su se sortir les doigts du cul pour combattre sous le regard des autres. Tous les deux y ont gagné en confiance et en estime de soi.
Surtout, on simule un combat, mais on ne se touche pas: il faut se maîtriser. Au niveau coordination, motricité, souplesse, c'est complet de chez complet (je suis jaloux de leurs abdos

) et ce n'est pas traumatisant.
Les outils: là, on rentre dans la technique, j'essaie de synthétiser tout ce que j'ai pu glaner au fil des pratiques et des années... Les fondamentaux poings/pieds, les gardes mais aussi qu'il n'y a pas de règle dans la rue, que le front et les coudes c'est dur, que les yeux et les c*u!lles c'est mou et sensible, que les doigts ça plie et ça casse, que si il y a de la viande à portée de dents, on peut mordre, qu'un corps désiquilibré ça tombe, que tout est une arme, etc.
C'est à l'heure actuelle plus évoqué - une dizaine de fois par an - que réellement pratiqué. J'y vais très mollo encore sur cette partie, parce que sans tout ce qui précéde ça ne sert pas à grand chose, et que les gamins ont tendance à inverser la hiérarchie des fondamentaux et à mettre les outils en premier.
Plus tard, j'apprécierais qu'il fasse au moins quelques stages un peu plus "contact", voire qu'ils se mettent à une pratique (boxe, krav-maga, systema, etc.). Ca leur permettra de ressentir ce que ça fait de donner et surtout de recevoir. En même temps je ne veux pas leur prendre la tête avec ça, s'ils ont déjà "l'attitude" et une bonne condition physique, ils éviteront/se sortiront de mal de merdiers.
En tout cas c'est un travail au trèèèès long cours, et pour moi ça fait pleinement partie de l'éducation au sens général du terme, c'est-à-dire la préparation à la vie d'adulte autonome et émancipé.
En espérant avoir fait avancer le schmilblik,
Claude