La logique floue c'est un truc qui est utilisé notamment en intelligence artificielle, et qui décrit bien un processus de prise de décision basé sur la concurrence de plusieurs sous-systèmes.
Dans notre cerveau, dans notre corps, il n'y a pas de gros centre qui gère tout à la manière d'un chef d'orchestre. Il y a au contraire plein de systèmes qui font tous leur boulot un peu comme des autistes, et qui selon les moments poussent plus ou moins fort sur l'ensemble. Même si deux systèmes ont des tâches contradictoires qui concernent un même problème, c'est simplement celui qui gueule le plus fort qui l'emporte.
Exemple : l'entorse de la cheville.
On a un système proprioceptif qui protège nos chevilles par des rééquilibrages posturaux et des tensions musculaires locales. Si notre cheville part, on contracte les muscles, on lève le pied, et on fait "ouf, c'est pas passé loin".
On a aussi un système qui sert à éviter les chutes. Si ma masse part vite vers la droite en déséquilibre, je vais étendre un peu la jambe, mettre mon pied et rattrapper le truc en poussant contre le sol.
Maintenant si les deux systèmes sont en contradictions, genre la cheville est de travers mais je suis en train de tomber, qu'est-ce qui se passe ? Typiquement c'est la protection anti-chute, câblée en dur dans les couches profondes du cervelet qui a le plus de poids dans le système. Son intensité neurologique est plus importante. Et du coup on va se retrouver avec un mouvement un peu hybride où on appuie avec le pied pour ne pas tomber à 80% et où on contracte les muscles de la cheville en relevant le pied à 20%. Ca fait une sensation bizarre de "j'ai pas pu protéger ma cheville vraiment" et surtout ça fait "crac, bobo".
La logique floue, donc, c'est ça. C'est pas une logique binaire genre "équilibre ou cheville". C'est l'opérateur logique "ET" qui prend le relais, avec des pondérations variables pour chacun des termes.
Et c'est comme ça que des pilotes de chasse qui ont fait 12 millions de fois le geste "tirer sur le manche pour relever le nez" et seulement 1 million de fois le geste "remettre des gaz pour retrouver de la portance" se retrouvent à percuter le cul du porte avion en tirant sur le manche comme des cons.
En fait ils ne sont pas cons du tout. Ils sont juste plus entraînés à tirer sur le manche qu'à remettre les gaz et cette séquence neuro-musculaire là est plus fortement couplée au problème "relever le nez" que la séquence "remettre les gaz". Et donc ils tirent sur le manche, et puis voyant que ça ne suffit pas ils tirent plus fort. Puis ils tirent en flippant, et puis encore plus fort, et boum.
J'en viens à la conclusion qu'il est presque impossible de désapprendre des gestes, et qu'il faut sursaturer le système avec des bons gestes pour qu'ils s'expriment plus souvent et plus fort dans le "débat interne" que les mauvais... dans différents contextes, etc.
J'en viens aussi à la conclusion que quand on comprend ça, on comprend mieux comment on peut aimer quelqu'un et malgré tout désirer quelqu'un d'autre, avoir envie d'être à un endroit ET envie d'être ailleurs, ou vouloir un truc et son contraire. Tout comme on peut se retrouver dans des vies où on a tout pour être heureux et ne pas l'être, mais malgré tout décider de rester, parce qu'on est heureux à 55%, et malheureux à seulement 45.
Je connais un grand tatoueur Belge comme ça qui a écrit sur la porte de son studio "51% good guy, 49% bastard, don't push it"

La logique floue est beaucoup utilisée dans les programmes de gestion de prix pour les billets d'avion ou de train, notamment. Plusieurs facteurs poussent le curseur de prix plus ou moins fort d'un côté ou de l'autre (genre l'heure, la date, le trafic sur cette ligne là, la demande de l'année précédente, etc, etc.).
Hope this helps

Ciao

David