Yoyo,
il est bon selon moi de distinguer deux choses :
- La rejet/mépris d'une bonne partie des sciences humaines, qui sont considérées tantôt comme non valables scientifiquement, tantôt comme inutiles, tantôt comme de la masturbation intellectuelle. C'est une forme d'anti-intellectualité qui a toujours existé et sera sûrement toujours pratiquée, que ce soit par des "allergiques à la réflexion" ou par des techniciens appréciant peu ce qui n'est pas carré ( entendez chiffrable ).
- La tendance d'une époque à devenir de moins en moins propice à l'exercice et la pratique de la réflexion désintéressée.
Les deux problèmes s'entrecroisent ( comme tout, toujours ) mais appellent il me semble différentes réponses.
Dans le premier cas je rejoins tout à fait le constat de Kastor. Il y a un vrai travail qui doit être fait au niveau de l'intelligibilité, de la vulgarisation, et de la diffusion des sciences humaines. Ici le verbiage abscon est l'ennemi numéro un. Le problème est plus profond et complexe mais ce serait déjà un gros pas en avant que beaucoup de sciences humaines ont du mal à franchir.
A ce propos Rouri, estime toi heureux, en te baladant à la Fnac tu auras à ta disposition des dizaines de livres s'attachant à rendre la pensée philosophique abordable ( et ce dès l'enfance ).
Dans le second cas, on se situe au niveau d'une tendance amorcée dans les 80's qui englobe l'ensemble de la société occidentale et imprègne, cadre, toutes les actions qui s'y déroulent. Concrètement que ce soit dans le monde du travail, des études, des moments de loisirs, des relations interpersonnelles, on est pris dans une vision du monde et des choses (dans un référentiel global pour faire un peu de verbiage

) qui va dans une direction assez précise.
Mise en avant de la performance, du principe de réalité ( technicisation des problèmes et des solutions ), soucis exacerbé de la rentabilité de l'action. Accélération du tempo de vie, du rythme de travail, des cycles de consommation, du temps de l'information, du temps accordé à une activité et ce, toujours au service de la compétitivité. Valorisation de la jouissance sans limite. Progrès technique ( telecommunications principalement ) ayant permis
et en même temps accéléré le procédé.
Tout ça crée un microcosme plutôt très défavorable au développement de la connaissance, de la réflexion et à sa diffusion dans le reste de la société ( hormis les télécom qui améliorent l'échange d'infos ). La réflexion et le temps long qui y est attaché viendra à chaque fois se heurter au système du référentiel global avec qui elle entre en contradiction.
Donc il y aura toujours des reflexion-phobes comme titre le topic. Mais si on s'intéresse à l'"homme moyen" ( au sens médian ), celui qui serait dans son ignorance crasse, on se rend compte qu'il n'existe pas en tant que tel mais qu'il est juste le produit du système sociétal dans lequel il est pris.
Pester contre les individus, c'est tirer sur le messager, c'est reprocher la guerre aux soldats, la chaleur au thermomètre.