Salut Aleksi.

Ma remarque à Méléagre est issue d'un mélange de mauvaise foi taquine, d'a prioris négatif sur certains voyageurs, et de remarque constructive issue de la réalité.
Comme c'était une remarque à trois niveaux de lecture, je l'ai postée sans le dire, pour que chacun l'interprète comme il l'entend.

J'ai vu, dans un autre fil, pour son premier post, le type Méléagre faire exactement ce que l'expression consacrée en ces lieux désigne par "nous prendre pour Google". Passons. C'était la première motivation de ma réponse, mais la sympathie qui émane de ses messages m'interdit de me comporter plus avant en défenseur aigri de la charte du forum, déjà que je me sens un peu coupable là.

J'ai croisé beaucoup de voyageurs, dans beaucoup de contextes. Y'a les touristes longue-durée qui vont chercher de l'exotisme servi sur un plateau, y'a les sportifs de l'extrême qui cherchent un territoire à la mesure des exploits dont ils rêvent, deux catégories qui ne collent clairement pas à notre nouvel arrivant.
Une troisième catégorie se mouille un peu plus dans la vie locale, va chercher le monde au lieu de le laisser venir à lui, et j'ai remarqué chez eux que le bonheur qu'ils rapportent en rentrant dépend beaucoup de la façon dont cette immersion s'est faite.
Par exemple y'a ceux qui observent, voir ceux qui viennent apporter une forme de charité. Ca peut être cool. Mais de fait ils se positionnent souvent malgré eux aux yeux de la population comme "supérieurs", "différents". "Le blanc". Le contact humain ne sera jamais honnête ou complet. Or ce qu'on ramène des voyages, quand le bronzage est parti et que les aventures ont décanté, je trouve que ce sont surtout les rencontres.
Dans mon expérience, le baba cool qui se pointe quelque part dans un pays difficile avec le sourire jusqu'aux oreilles sera au mieux reçu comme un pigeon et repartira souvent un peu frustré.
Par contre s'il se met à bosser avec les gens en exigeant une contrepartie honnête, là il commence à tisser du lien social. En écrivant ça je pense à plein de gens et plein de voyages.
Mais en tout premier lieu je pense à mon frangin qui n'a pas eu de domicile fixe pendant trop d'années pour que j'arrive à me souvenir combien. Un exemple de trucs qu'il faisait c'est quand arrivé au Burkina Faso il s'est dit "et tiens si je faisais ouvrier agricole pendant quelques temps", et s'est retrouvé à vivre dans une case en terre à 6 kilomètres à pieds du premier point d'eau crados, à découvrir le caractère vraiment universel de la machette sur une ferme africaine en suant toute l'eau de son corps et avec les mains détruites par les ampoules. Les gens ont, au bout d'un moment, cessé de le traiter comme "le blanc" et l'accueil a revêtu une autre dimension.
Je pense par exemple aussi à mon ancien apprenti, Alex, qui un beau jour a débarqué sans sou ni compétence, sans même vraiment parler espagnol, en Bolivie et a dégoté un job pour entretenir des DC-3 pour une compagnie locale... Il a appris la mécanique sur le tas, fait sa vie, et quand il est rentré c'était avec au doigt une alliance bolivienne. Maintenant c'est lui qui a suivi sa bolivienne au Kazakhstan, et ceci est encore une autre histoire...
Je pense à des tas de vies changées par des voyages fait par des gens qui ont assumé jusqu'au bout le beau discours sur "le voyage découverte" et ont laissé le voyage altérer pour le mieux jusqu'à leur identité.