Mais est-ce que la « Ressemblance entre l'attaquant et la victime » peut être envisagé dans le vidéo suivant :
https://www.youtube.com/watch?v=Ppzx4jjyRA0
Il me semble qu'il y a une différence de style et d'âge entre les protagonistes.
Comme Rouri, j'ai du mal à comprendre cette notion de de "ressemblance" entre attaquant et victime.
Chez les animaux, le concurrent le plus dangereux est le congénère : il mange la même nourriture, utilise les mêmes endroits et convoite les mêmes ressources. La violence sociale est une violence de concurrence pour des ressources limitée en quantité — et qu’il va falloir justement falloir distribuer.
Les ressources dont il est question sont par ex. le statut social (chez les espèces hiérarchisées comme la nôtre : «
Pourquoi tu me regard comme ça bâtard ? »), sexuelles (chez les espèces à tendance polygyne comme la nôtre : «
Pourquoi tu mates ma meuf comme ça bâtard ? »), ou territoriales (chez énormément d’espèces : pour la prospérité de la population, il est nécessaire que les représentants d’une espèce se séparent pour éviter une densité excessive dans un endroit donné. Les comportements agressifs exercent une pression qui contraint les congénères à se disperser sur une région plus étendue : «
Casse-toi bâtard, et reviens plus jamais ici »).
Il faut élargir donc la notion de ressemblance, et ce n’est pas parce que le stéréotype physique des rivaux semble éloigné (un biker
versus un mec en costard 3 pièces), qu’il ne peut pas y avoir concurrence. Il faut juste se décadrer légèrement et regarder le contexte. Dans les vidéos, il s’agit de frictions entre des hommes, adultes, réunis au même endroit, probablement pour les mêmes raisons et qui sont en train de faire la même chose. Il y a donc ressemblance et concurrence tacite
de facto.
Des contextes de « non ressemblante » seraient par ex. : 4 mecs dans une voiture
versus une femme seule avec une poussette, ou un mec avec une arme automatique
versus une école maternelle.
En parle-t-on afin de différencier violence intra-spécifique (violence sociale), où la victime est considérée comme partageant suffisamment de valeurs commune avec l'agresseur au sein d'une entité donnée (culturelle, sociale, ethnique...) afin d'établir une dominance, et violence inter-spécifique, ou assimilée (prédation, avec rupture totale du lien empathique) ?
Oui, globalement c'est ça. Dans la violence sociale, il s’agit d’une motivation à lutter pour obtenir une préséance sur la ressource qui intéresse les deux rivaux. La dominance conduit à la subordination ou à l’éloignement d’un congénère rival. Une fois qu’elle est établie, la dominance est le ciment de la hiérarchie, donc un facteur de stabilité pour le groupe. Chacun connaît sa place et il n’y a plus besoin de se battre continuellement pour le partage des ressources.
Pour que l’on se sente menacé par le statut de quelqu’un, il faut qu’on estime cette personne suffisamment proche de notre propre statut (ressemblance), mais sans pouvoir déterminer avec précision si elle est nous domine ou si elle nous est subordonnée. Il y a alors un risque d’utiliser la force pour tirer l’affaire au clair. Mais, la plupart du temps, le statut est connu d’entrée de jeu. Les grades affichés sur le torse des militaires, par exemple, sont des signaux de statut levant tout ambiguïté dans un environnement très fortement hiérarchisé.
La violence prédatrice est effectivement interspécifique… Normalement. Mais chez les primates supérieurs (chimpanzés, humains), il y a eu un glissement des stratégies de chasses dans la même espèce ; et on rencontre donc des
patterns prédateurs intra spécifiques. Le découpages et donc un peu plus compliqué…
Si oui, pourrait-il y avoir un degré de ressemblance minimum considéré comme nécessaire, pour ne pas tomber d'emblée dans une violence de prédation, ou en d'autres mots, est-ce que le simple fait d'avoir deux bras, deux jambes et une apparence vaguement humaine pourrait suffire à m'identifier comme faisant partie de la même espèce et susciter l'empathie chez un autre humain (non sociopathe) issu d'un milieu socio-culturel radicalement différent ?
Je vais essayer de répondre…
- S’il y a d’emblée une violence prédatrice, c’est que l’attaquant a d’ores et déjà très déconnecté au niveau émotionnel et qu’il a complètement rompu le lien d’empathie.
- Mais en même temps, les patterns prédateurs intraspécifiques… sont intraspécifiques avant d’être prédateurs ( ! ). Ce que je veux dire, c’est qu’il y aura ressemblance de toute façon, par le fait même que la violence se déclenche entre deux humains.
Donc, objectivement il y a ressemblance.
Mais dans la vision subjective du prédateur, il y a non ressemblance.
On est confronté ici à un problème d’interprétation de la réalité par l’autre. Dans ces conditions, je ne pense pas qu’il existe quelque chose comme un « seuil de ressemblance », susceptible d’inhiber l’assaut. C’est vraiment interactif, et du cas par cas. Dans cette perspective dynamique, certaines techniques de négociation offrent des outils potentiellement susceptibles de nous réhumaniser aux yeux du prédateur. C’est la notion de «
reframe », qui consiste à modifier la perspective de la réalité chez l’interlocuteur. Mais ça peut aussi ne pas marcher du tout…