La jungle est un milieu passionnant, et nettement moins hostile que ce que beaucoup de gens imaginent. Il m'est néanmoins arrivé de me faire menacer par un ours (
Ursus tibetanus en Thaïlande), par des pécaris à lèvres blanches (Guyane), par des éléphants (Afrique et Asie), de rencontrer jaguars, gorilles, serpents, mygales etc. , mais rien de bien grave

.
Je parle d'ailleurs des techniques légères en forêt tropicale dans le dernier numéro de "Carnets d'Aventure", excellent magazine où sévit aussi David

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J'ai fait par contre plusieurs arboviroses carabinées, et j'ai attrapé mon premier palu en revenant du Gabon le mois dernier (au bout de tant d'années sans traitement préventif, j'avais fini par me croire immunisé - mais heureusement, je me méfie et j'ai toujours avec moi un traitement curatif :
Artequin - artésunate et méfloquine - fabriqué en France, mais pas vendu en métropole car pas assez rentable

). Comme quoi, les petites bêtes, et les moustiques en particulier, sont les plus dangereuses

.
En France, j'ai eu jusqu'à 12 ou 15 ruches. Je n'ai donc pas vraiment peur des abeilles. J'avais bien eu quelques différents avec des abeilles africanisées en Bolivie (des crétins ont croisé en laboratoire au Brésil des abeilles africaines
Apis mellifera scutellata avec des
Apis mellifera ligustica pour améliorer la productivité, et ces saletés se sont acclimatées à l'état sauvage dans toute l'Amérique, Sud et Nord).
Mais je n'avais jamais subi une attaque massive comme celle que j'ai vécue au mois de mai vers Ndjolé au Gabon. J'avais tracé un petit layon de 540 mètres en ligne droite le matin, avec deux gars pour m'aider. Juste un truc où passer sans s'accrocher partout, afin de pouvoir faire des mesures sur le trajet retour (je fais une mesure d'indice foliaire tous les mètres, et il faut boucler ça entre 11h et 14h, pour que le soleil soit aussi près du zénith que possible). Pas de problème à l'aller, mais au retour, vers 12h15 (il faisait plus chaud et les abeilles étaient sorties), j'ai du passer trop près d'une ruche sauvage au sol, et j'ai commencé à être environné par une multitude bourdonnante.
En Europe, normalement, sans geste brusque, rien ne se passe, à part peut-être une ou deux piqures, et en s'éloignant d'une trentaine de mètres on est tranquille. Pas là

:
en quelques secondes, j'ai été couvert de bestioles, visage, corps, cuir chevelu, et toutes piquaient à qui mieux mieux. Pas cool

. Bien entendu, c'était dans un passage merdique, au fond d'une tranchée de boue, et il m'a fallu plusieurs minutes pour pouvoir m'éloigner suffisamment (plus de 200 m). Ces saletés me couvraient les yeux, me rentraient dans le nez, la bouche. Bref, il aurait été facile de paniquer.
Mes gars ont fait un grand détour, et n'ont pas été piqués. Quant à moi, j'ai pris dès que possible un antihistaminique (Xyzall - deux comprimés; j'en avais au fond de mon sac, mais je ne l'ai pas trouvé tout de suite; heureusement, je n'avais pas à attendre trop longtemps pour rejoindre une trousse à pharmacie : le téléphone portable passait à cet endroit, et j'ai appelé mon fils, qui travaillait à une dizaine de kilomètres, avait un 4x4 et nous a récupérés en bord de piste). Rentré au camp, j'ai ôté plus de 50 dards, et j'avais eu plus de piqures encore à travers les vêtements, soit au total nettement plus d'une centaine de piqures. Le soir, j'ai fait le tour des pharmacies de Ndjolé pour trouver des corticoïdes (Cortansyl) afin de dégonfler un peu

Ci-dessous, ces charmantes petites bêtes (occupées à sucer une crotte de panthère, en concurrence avec les papillons - c'est pour ça que le miel local est si gouteux

).

Là, mon côté pile :

Et là, mon côté face :

Le lendemain, j'étais presque présentable, grâce aux antihistaminiques ET aux corticoïdes. Mais une personne allergique aurait sans doute eu de vrais ennuis.
Conclusion : en forêt tropicale, antihistaminique à portée de main, et adrénaline injectable pour les personnes allergiques 
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PS : le lendemain, nous sommes retournés sur place pour essayer de finir les mesures. J'avais mis une moustiquaire de tête. Mais ces saletés étaient encore en pétard, et il nous manque 20 mètres de mesures
- en plus, un de mes gars s'est fait bien piquer en recherchant la machette qu'il avait perdu la veille en se tirant fissa, et malgré les antihistaminiques que je lui ai filés, il avait une tronche assez réjouissante quelques heures après
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