Je vais essayer de regrouper en un post mes expériences et connaissances sur le sujet
Le premier point est celui d'une définition. Ce que nous faisons et ce qui se fait sous la définition permaculture, n'est pas ce que Fukuoka à fait. Par contre ça correspond dans l'idée (pas toujours dans les faits) de ce que Fukuoka à déduit de sa technique comme principes. Sa culture du riz et de l'orge est une technique, applicable localement et quasiment impossible à à recréer avec d'autre type de plantes. Par contre l'idée de recréer un cercle naturel indépendant des ressources énergétiques non renouvelable est quelque chose qu'il est très possible d'imiter.
Souvent on va trouver une opposition entre la manière de jardiner traditionnellement et des méthodes de jardinage qui se réclament de la permaculture.
C'est faux, archi-faux. La différence va être dans les rendements, la facilité de mise en œuvre et éventuellement la possibilité d'en tirer un modèle permettant de dépasser le jardin familial pour nourrir une cité.
L'étude de la ferme du Bec-Hellouin va être la première à ma connaissance qui va évaluer de manière objective la pertinence du modèle de permaculture. Apparement 1 personne sur 1'000m2 peut fournir l'apport en nourriture végétale pour 20 familles. Si dans l'absolu on arrive à un modèle ou il faut pas plus de 20% de la population qui dans un modèle de permaculture peut nourrir les autres 80% on aurai fait un immense pas en avant.
Pour revenir au jardin traditionnel, tel qu'il a été pratiqué pendants des siècles. les principes sont simples apports en engrais par du fumier en automne, labour de la terre. Sarclage et arrachage des mauvaise herbes. Rotation des cultures et association bénéfique de plantes. C'est pas pour rien que dans ces jardins potager on trouve des tagètes et des soucis.
Celà signifie qu'il y a une surface extérieure au jardin consacrée à l'élevage, qui lui outre produire de la viande, du lait et des oeufs, produit du fumier. C'est un modèle qui peut fonctionner quasiment sans apport énergétiques extérieur et qui finalement correspond au modèle de permaculture. Mais il est très gourmand en main d’œuvre et pour cette raison pas applicable à grande échelle.
On cite aussi souvent les maraîchers de paris qui approvisionnaient Paris et même exportaient jusqu'en Angleterre.
Oui mais.... 16 heures de travail et des apports gargantuesques de fumier de cheval. Ben ce dernier il était produit pas des chevaux qui eux avaient besoin de surface cultivée pour l'avoine. Donc on est quand même assez loin, d'une production autonome intra-muros comme c'est souvent romantisé. De plus les 16 heures de quotidiens, quand les gens hurlent au loup quand parle de toucher aux 35 heures hebdomadaires

Dans le concept du jardinage type permaculture, le mulch ou couverture du sol joue un rôle primordial.
OK mais il viens d'où ce mulch?
- Du BRF, faut une haie, des arbres et surtout un broyeur. On peut oublier de couper ça à la cisaille pour couvrir un jardin sensé rendre autonome. Ben tous ça prend de la place, si on ajoute éventuellement le bio-carburant du broyeur, c'est pas si peut de terrain additionnel à la surface du jardin potager qu'il faut prévoir.
- De la paille, je peux vous dire qu'il en faut pour couvrir un jardin. Expérience faite environ 3-4x la surface du jardin qu'il a fallu en blé (et encore cultivé selon des méthodes modernes).
Bon je pars dans le vif du sujet...
Les buttesPourquoi les buttes???
Il faut de nouveau se souvenir, que c'est une technique et pas un principe. On peut faire de la permaculture sans buttes.
- La butte à comme avantage d'augmenter les rendements, car le travail est plus facile. 30 cm de différence c'est juste un monde quand il s'agit de travailler la terre.
- Ensuite elle permet de créer de micro-climats et de règler l'hygrométrie.
Si on fait une butte arrondie et que l'on l'oriente Est-Ouest. Un partie de la butte va avoir une pente face au soleil et l'autre partie à "l'ombre".
Ça a une importance primordiale, pour par exemple avancer les cultures dans la saison de la face sud, ou de pouvoir mettre des plantes qui on besoin d'un sol chaud.
Il faut savoir qu'une pente de 5° face au soleil, va avoir le même effet qu'un sol plat 500km plus au sud. En gros je passe de la zone 6 ou j'habite (Canton de Fribourg Suisse) à une zone 7 ou 8, environ la hauteur de Lyon.
A l'inverse le côté Nord peut être intéressant pour des plantes aimant la fraîcheur. Par exemple on peut prolonger la saison des petits pois, qui eux on besoins de fraîcheur pour germer et pousser correctement.
Deux exemples possible selon ce que l'on veut obtenir:

Une orientation Nord-Sud fait que l'ensoleillement est le même des deux côtés de la butte.
Si on choisit des buttes plates on ne profite pas de cet avantage, mais on se simplifie un peu la vie.
L'autre point est la gestion de l'hygrométrie. Au printemps la terre va ressuyer plus rapidement (sécher). Si on oriente les buttes parallèles au relief elle vont permettre de piéger la pluie.
Donc on travaille sur la forme et l'orientation, en fonction des buts à atteindre.
Après on peut aussi le faire uniquement pour des raisons esthétiques.
Le mulch:Quel est l’intérêt:
- Suppression des mauvaises herbes
- Arrachage facilité des mauvaises herbes
- Constitution d'humus par compostage sur place, l'idée étant de rapporter sur place tout ce que l'on ne consomme pas de la plante
- Garder la terre humide
Désavantages:
- Culture de limace. C'est juste monstrueux, ce que un bon mulch est apprécié par les limaces. Croire qu'avec les ennemis naturels genre hérisson ou carabes, le problème va être maîtrisable, c'est juste rêver.
- La terre mets plus de temps à se réchauffer au printemps
- Il faut oublier les semis fins, genre salade, carottes et autres. Ca ne passe pas le mulch, comme d'ailleurs les mauvaises herbes.
- Il faut le renouveler environ tous les 2-3 ans.
les trucs pratiques:Il y a deux manières d'installer le mulch:
- Tôt pour démarrer la vie microbienne et de moisissures (il y aura des mauvaises herbes à arracher)
- Tard après avoir laisser lever toutes les mauvaises herbes sur la butte et les avoirs sarclées (méthode du faux semi)
- Il faut compter 4 ans pour que l'on aie plus que les mauvaise herbes apportée par le vent qui lèvent.
Quand c'est possible, faire des plantons.
- Ce n'est pas difficile d'en faire des quantités impressionnantes et surtout on peut facilement étaler dans l'année la production
- Pour les plantons un mur orienté au Sud, fait des miracle. J'ai des plantons de tomates qui sont dehors depuis le mois de mars et qui ont survécu à toute les variations de température, y compris le gel.
Au mois de Mars à 20:00 (soleil couché), 15 degrés à côté du mur, 7 degrés un peu plus loin.


Au printemps, mettre un voile de forçage sur la butte, on gagne 2-3 semaines. Si on veut plus, mettre au dessus un tunnel en polyéthylène on gagne carrément 1.5 mois. Idem en automne on peut prolonger et surtout récolter des légumes d'hivers pendant une très longue période, voire tous l'hiver.
Pour les limaces, travailler avec des plantons. Barrière mécanique de type collier en polyéthylène coupé dans une bouteille, ou poison anti-limace bio. Dans un contexte de survie. j'en mettrais quelques brouettes de côté

Autre possibilité pas testée, le canard carnivore, que l'on lâche que pendant un certain temps chaque jour, histoire qu'il fasse le ménage.
Pour les semis fin genre carotte, travailler sans mulch ou un mulch très fin.
Les associations de plantes:Là aussi faut comprendre ce que l'on fait et pourquoi on le fait.
Il y a plusieurs facteurs qui interviennent dans les effets qu'ont les associations de plantes.
Le plus connu sont la capacité de certaines plantes de combattre des ennemis d'une autre plante.
- Les tagètes et les soucis combattent les nématodes qui s'attaquent au pommes de terre
- Oignons combattent la mouche de la carotte
- L'ail et le poireau combattent la moississure de la fraise
L'autre point est que le prédateur ou la maladie trouve plus facilement son hôte dans une monoculture que dans une polyculture.
L'autre point assez connu est qu'une plante mette à disposition d'une autre des nutriments.
Typiquement les légumineuses de type Lupin et Trèfle blanc sont capable de mobiliser les phosphate minéral et le mettre à disposition d'autres plantes. Les légumineuses vont fixer l'azote de l'air et le mettre à disposition d'autres plantes.
Ensuite il y a probablement des phyto-hormones dont on ne connaît pas le mécanisme d'action mais qui peuvent avoir une action favorable mais aussi défavorable. Par exemple si l'on ajoute des graines d'aneth aux graines de carottes celle-ci vont mieux germer. A l'inverse l'oignon et la fève ne peuvent pas se voir, à tel point que la taille d'un oignon est inversement proportionnel à sa distance d'une plante de fève.
Enfin et ceci est aussi très important, les plantes n'ont pas les mêmes besoins en nutriments, eau et soleil et en plus pas au même moment.
Tous ces facteurs additionnés les uns aux autres, font qu'entre une monoculture et une culture associée on peu observer un rendement quasiment double en rapport au m2.
Maintenant quoi fonctionne avec quoi et quoi pas. Il y les tables comme celle de Rosetta, qui sont toutes à peu près les mêmes. Je pense que ça vaut la peine d'expérimenter et de voire ce qui marche ou pas, dans son propre jardin. Parce que il y a encore l'effet terroir. Il y des endroits ou certaines plantes refusent obstinément de pousser et d'autres ou elle s'épanouissent contre tout bon sens.
J'ai des endroits ou les radis ne poussent pas

Dans la littérature sur la polyculture, le meilleurs est certainement le livre de soeur Christa Weinrich, de l'Abbaye de Fulda qui ont une très très longue expérience pratique du mélange des culture et surtout eu la patience de le faire.
Malheureusement il n'existe qu'en allemand.
http://www.amazon.de/Mischkultur-im-Hobbygarten-Christa-Weinrich/dp/3800158310Un dernier point, dans ces associations on ne sait pas vraiment jusqu'à quelle distance elle sont actives. Par exemple l'iognon n'est pas sensé convenir au chou. Mais à quelle distance. Je vais tester avec des choux au mileux de la planche et des oigons à 60cm.
Moléson