Dans l'hiver 1987-88, dans la forêt tropicale de Sarawak et après une heure de marche de toute habitation, je fais une rencontre pour le moins la plus inattendue. Là une personne européenne de 25 ans environ, complètement hébétée, est assise au milieu de nulle part.
Le temps de la calmer et de lui faire retrouver un état normal, elle me raconte sa présence en ces lieux : son livre guide touristique indique que cette
balade en forêt comme facile à faire seul, un peu genre jardin botanique, la réalité est autre !
Le plus grave n'est pas tant sa naïveté et son inconscience, mais plutôt que depuis environ 1 à 3 heures elle venait de se faire une entorse sévère au niveau de la cheville qui avait largement triplet de volume, en forme d'oeuf d'un beau bleuâtre.
Pour couronner le tout c'était la saison des pluies et elle n'avait strictement rien prévu en cas de nécessité, en un mot la totale.
Dans l'impossibilité de bouger l'angoisse et la peur avaient fini par l'envahir.
Installation rapide d'un camp provisoire, la nuit tombe très vite sous cette latitude et dans la forêt tropicale.
Préoccupé par son état physique, une impulsion irraisonnée me pousse à utiliser des sangsues pour résorber sa contusion.
Après explication de mon intention, cette personne doit choisir entre calmer sa douleur et sa répulsion des sangsues. Elle finit par accepter que je lui appose des sangsues arboricoles (
Haemadipsa picta) sur l'épanchement sanguin.
Suite à plusieurs ponctions, sa cheville retrouve un volume très acceptable sur laquelle est appliquée un cataplasme
maison.
Au petit matin la personne est souriante, le cataplasme est ôté et surprise sa cheville semble être revenue à son volume initial : peut être dû à l'anticoagulant, l'hirudine, injecté par les sangsues...
Fin de matinée nous sommes de retour au village.
Cette expérience a été le point de départ de mon intérêt pour les sangsues.
