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Auteur Sujet: Simple Femme qui a survécu, ma mère  (Lu 1605 fois)

31 mars 2011 à 17:50:09
Lu 1605 fois

mazel


Simple Femme qui a survécu, ma mère

J’étais en train décrire très nonchalamment, surveillant pâtés de style et de grammaire, et alignant mots et caractères, peu folichonne activité.

  Et puis ma tête s’est embrouillée où en était-il donc cet objet? Non ce sujet, c’est un hors sujet …je ne sais plus comment expliquer, écrire, rire platement et courtoisement se faire excuser, sans froisser. Monsieur le Directeur…eh  non cuistre, c’est un Président Directeur Général… non plus que diantre!  Ah oui je raccroche et cela me revient, je dois absolument le dire, l’écrire et porter haut le message. Il faut que je le fasse pour l’intégrité de ma pensée, celle de mes petits enfants, graver tout cela dans les tablettes du temps, un jour ils devineront et auront tant de mal si je ne le fais pas.

 Mes doigts partent seuls sur le clavier, un café, deux cafés encore un autre, comme il y peu de temps encore pour des audits de rapports.

 Ah il n’avait point besoin de m’en parler, il prêchait un convaincu, il ne pouvait pas savoir. La guerre, la résistance, de simples français qui réveille la nation Française, voilà le début!  Oh que savais déjà tout cela et que mon désir le plus grand est de n’avoir vraiment, mais vraiment aucun avis à donner sur ce sujet. D’ailleurs, je l’ai laissais dire, pas une remarque. Ne suis ni anti-militariste ni viscéral, ni intellectuel ni le contraire. Ne nous battons pas pour des mots, ce ne sont que des mots, de-simples-mots et très ordinaires mots.  Ne le répétez pas et oubliez après ce que je vais vous dire. Voilà que j’existe par une symbolique dont je me serais bien passée lors de l’année 1948 de ma naissance lorsque le ministère de la Guerre devient le ministère de la Défense.. Un simple changement des mots. Et des mots  ne sont pas des noms.  Tous non, mais tous les noms d’enfants mâles de ma  famille se sont vu eux transformés en simples mots de gravure de monument ou de plaque de rue, en caractères monumentaux. Il ne restait que des femmes vivantes sur les deux générations, excepté un grand oncle qui a dû servir aux deux Grandes et a survécu, finissant sa vie dans la souffrance physique de son corps bourré d’éclats d’obus et sans le réconfort de ses enfants ni de ses propres jeunes frères disparus.

 Adolescent j’ai dû faire à ma mère cette promesse solennelle de ne jamais aller dans l’armée, ce n’était pas vraiment mes idées, mais j’ai promis, on aime tant une mère. Cette Femme née en 1912 courageuse et admirable, méritante des armées de l’ombre, refusant toute médaille, a œuvré en agent de réseau. Egalement physicien émérite, et toujours Femme, elle a quitté son travail et s’est portée infirmière volontaire dans le Vercors. Un seul souvenir désuet et matériel de son fiancé -peut-être mon géniteur- une minuscule découpe photographique de sa tête, dernière pose riante de jeune fille. Et devinez où, enchâssée avec des moyens dignes de la survie, dans le châton d’une chevalière faite de manches de brosse à dents en galalithe dont l’anneau était joliment incrusté de trois bandes aux couleurs de la France. Elle fut  rapportée en relique par un qui a eu la chance de revenir d’Allemagne là ou d’autres ne revenaient pas. Adulte, je l’ai incité à se débarrasser de tout ce fatras, ces objets lourds et prenants de réminiscence. Ils ont tous été déposés au musée de la résistance à Lyon et en la salle réservée de celui de Valence, qui n’en n’accepte plus les inventaires débordant de ce genre de dépôts, ou conservés dans nos greniers et granges de campagne, même en Cévennes, dans toutes les régions il y en a.
 
 J’étais son seul espoir pour elle, dans la survie de la lignée, de transmettre le gène du caractère de ceux qui ne se couchent jamais. Je le sentais et j’espère que je ne l’ai pas déçu. Pour ma promesse j’ai donc refusé l’incorporation juste après la fin des évènements d’Algérie, le statut d’objection n’existant pas, ce ne fut pas simple,  mais j’ai tenu bon sans explication aucune à personne je serrais dents pour ma mère... A la naissance de sa première petite-fille, elle s’est enfin déridée, heureuse, jusqu’à lui offrir vers ses quatre ans le foulard d’infirmière bleu nuit à la fameuse croix rouge de l’association porté par elle sur son beau front volontaire dans la triste et sanglante Grotte de la Luire. Tout cela pour déguiser la poupée de sa petite fille et à vite l’emporter chez nous.  Des chirurgiens d’à peine vingt ans cousaient et recousaient sans cesse tout en fumant, on les dopait au café devenu si rare vois-tu me dit-elle « les cendres de cigarette sont stériles et il ne faut pas s’en occuper, on perd du temps » Ce sont les seuls mots, oui les uniques qu’elle m’ait rapporté de son activité héroïque. Après ce don libératoire c’est fini me suis dis-je elle va oublier, sa tête va se libérer et connaîtra enfin le repos.

 Las 2003, annonce de guerre en Irak annoncée aux radios, la rejoignant lors d’un de mes retour hebdo professionnel, je la trouve assise à même le sol, devant la grande armoire, les ciseaux sur les genoux, déchirant de ses doigts malhabiles et décharnés de quatre-vingt onze ans, s’aidant parfois des dents elle découpe de fines bandelettes de tissu dans tous les chiffons et draps de l’armoire à linge et minutieusement en cisaille des myriades de petits bouts : « ils sont propres, je fais de la charpie pour secourir les blessés ».  Le tas est monstrueusement énorme, en bourrant, j’en ai rempli devant elle deux sacs poubelles, méticuleusement, après un bon lavage de mains pour ne pas infecter les blessés et j’ai noué une attache solide au sommet.

 D’un air entendu je déclare «Ils y en auront assez, guette les voisins, je sais où les faire passer» et j’ai chuchoté  « chut nous sommes sauvés, il y a les Américains ». J’ai vu son œil complice qui riait. Elle a décédé quelques mois après, …à la canicule. Des semaines d’attente au funérarium, le corps ne sera réellement brûlé que quinze jours après car il y a trop de vieux. Nous étions quatre personnes dont encore un vieillard. Avec courage, et je n’en ai jamais manqué je vous demande d’y penser et d’être digne aussi, comme elle a toujours été.

  Comprenez moi comment des mots, rien que des mots, les simples mots comme camp, défense « qui-sont-des-mots-normaux-dois-je-me-dire » se présentent à moi comme vous ne les voyez pas. Rassurez-vous, je ne souffre pas, n’ai pas de haine car Maman m’a transmis son patrimoine, ce petit gène d’une lignée ardéchoise allant survivre à la ville, dont la seule fierté était de Survivre! et « réçister » toujours.

 Prenez ces mots, je vous les offre et enfermez les vite dans vos poubelles électroniques.

.
JL mazel                                                                                blog de David Manise


 PS – Surtout ne changez pas l’orthographe du mot « réçister », dans les Cévennes où je réside actuellement il s’écrit comme cela et il est gravé sur de bien belles pierres, respectez ces pierres, n’en faites pas des bunkers. Bien sûr qu’Il a une connotation religieuse dedans, telle celle des Justes: « Quiconque sauve une vie sauve l'Univers tout entier » qui en est une autre. Voyez-vous je n’ai pas d’avis, pas de religion autre que la seule qui devrait régir l'humanité, aidons-nous tous à Survivre bien vivants.



[HS ON] Le HS en question:
Je partais pour un simple petits message @ Patrick lui signifiant que j’allais ôter mes hors sujet en lui proposant d’ôter également la petite tirade que je lui avais forcée à écrire: « Si tu savais le nombre de personnes…/…relever la tête grâce au parachutages Britaniques. »

 Cherchant à supprimer tous mes HS je découvre maintenant l’avertissement initial de Diego Ancien : La copine/épouse ''boulet'' lors de situations qui puent...  « Répondre #1 le: 30 Juillet 2007 à 17:04:59 à savoir « Je tiens à préciser juste que le titre ne veut pas dire du tout insulter la gent féminine et ma vision de la copine n'est pas machiste… »

 Le HS sur les armes débute bien après l’avertissement imagé du :hmm: » de David « Répondre #19 le: 04 Août 2007 à 09:00:29 ».
Et apparaît sur justement causé par le déterrage de Plonky dans son souci de précision : Re : La copine/épouse ''boulet'' lors de situations qui puent... « Répondre #35 le: 22 Mars 2011 à 18:16:01 » « Bonjour, je me permets de déterrer le sujet, car il y avait des questions par rapport à mes propos dans le fil. En particulier sur le fait de la "disparition" de l'étape de visée avec l'apparition des armes automatiques… »
et finit à ce remerciement de Plonky  Re : La copine/épouse ''boulet'' lors de situations qui puent... « Répondre #45 le: 22 Mars 2011 à 20:35:23 » soit « Merci Moléson pour ces précisions et ces explications  Evidemment lorsque les spécialistes parlent, j'écoute sagement   »
[HS OFF]

« Modifié: 25 avril 2011 à 11:33:04 par mazel »

31 mars 2011 à 21:08:14
Réponse #1

promeneur4d


repondre. ne pas repondre. c'est aussi que des mots, mais juste pour dire merci pour le texte,


reçister.
Si 86% de la population d'un pays veut pas d'OGM dans les champs et qu'ils sont plantés quand même, peut on parler de démocratie?

31 mars 2011 à 22:07:23
Réponse #2

soyot


Au moment où j'écris, 137 lectures, une seule réponse, toute en retenue.

Me revient en mémoire un souvenir de mon seul séjour dans le Vercors. En juin, 2003 justement, passage en vélo dans un village.
Un monument aux morts, mur - liste interminable : une femme, la cinquantaine peut-être, pot de peinture dans la main gauche, pinceau à la main droite, profite de l'ombre du matin pour repeindre les noms des disparus ...

Ces souffrances indicibles. Le silence et les gestes (le fardeau de cette vie d'infirmière transmis par le biais de la poupée) qui en disent plus que les mots.
Et cette terrible ironie de l'histoire. Face au traumatisme réveillé par l'invasion de l'Irak : (...) "nous sommes sauvés car il y a les Américains"
« Modifié: 01 avril 2011 à 17:30:54 par soyot »

31 mars 2011 à 23:09:26
Réponse #3

dedenimes


Parfois il n'y a rien à répondre, le texte se suffit à lui-même...


01 avril 2011 à 16:30:37
Réponse #4

phil66


Combien de héros de l'ombre cotoyons nous sans le savoir ?
La résistance est la fierté de la France, soyons digne de cet héritage.

02 avril 2011 à 10:32:47
Réponse #5

maritho



02 avril 2011 à 11:55:54
Réponse #6

Patrick


Merci de nous parler de ta Mère et de nous permettre ainsi de nous rappeler de ceux de nos anciens qui furent valeureux et qui eux ne se sont pas couchés, nous léguant un héritage et tellement de devoirs, à commencer par le premier, celui de la mémoire. Il y a eu les véritables héros que l'histoire à retenu et tellement d'anonymes qui ont fait un jour un choix terrible ou merveilleux; un choix qui à pu coûter ou sauver une vie.

Il y a un dicton qui dit que celui qui sauve une vie au péril de la sienne, sauve l'humanité toute entière.

Merci à eux et essayons au quotidien d'être dignes d'eux.

02 avril 2011 à 12:07:47
Réponse #7

mazel


Merci de nous parler de ta Mère ...

 Merci de ton merci Patrick, et de ceux de tous les autres forumeurs,
rien ne me fait plus plaisir!

 Ce "dicton" j'en ai un peu parlé dans le post-scripum
« Modifié: 02 avril 2011 à 14:41:28 par mazel »

 


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Bienveillance, n.f. : disposition affective d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui. (Wikipedia).

« [...] ce qui devrait toujours nous éveiller quant à l'obligation de s'adresser à l'autre comme l'on voudrait que l'on s'adresse à nous :
avec bienveillance, curiosité et un appétit pour le dialogue et la réflexion que l'interlocuteur peut susciter. »


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