Salut à tous,
En fouillant dans mes mails, j’ai retrouvé un courriel que j’avais écrit à des potes avec qui je devais faire le Mont-Blanc.
Le contexte était le suivant : un ami relativement bon alpiniste avait proposé à ses potes parisiens de « faire le Mont-Blanc » par les 3 Monts et d’en décoller en parapente. Il avait proposé à un pote et moi, tous deux hauts-savoyards et assez à habitués à ce terrain, de les accompagner. De cette manière, nous pourrions constituer des cordées avec, pour chacune, au moins un « alpiniste ». Il va sans dire que même si j’avais accepté d’y aller (on se refait pas...), j’étais assez peu rassuré, me sentant responsable en cas de problème, et surtout flairant le problème avec des débutants chargés de chacun un parapente.
En relisant tout ça pour me remettre ce bon souvenir en tête, je me suis dit que ça pouvait être sympa de vous le faire partager, d'autant plus que je me suis en partie inspiré du forum pour l'écrire...

Je leur avait écrit ceci, pour les préparer un peu :
« Sur une telle course, qui est relativement technique pour des débutants en alpinisme contrairement à la voie normale via le Gouter, et un peu plus longue, il faut avant tout se protéger des 4 hypos.
Si les Hippo(pothames) sont les animaux qui font probablement le plus de morts en Afrique(après les moustiques ! ), les hypos qui suivent font le plus de mauvais souvenirs, d'interventions du PGHM, voire de morts (appelons un chat un chat) en Haute-Montagne... :
hypoxie : manque d'oxygène, lié à l'altitude ; là, dans notre cas (pas de possibilité d'acclimatation, même la Tour Eiffel est trop basse) on ne peut rien y faire à part être en forme pour pas que vous anéantisse à la sortie du téléférique, et 1 g d´aspirine en préventif contre les maux de tête. Relativement efficace pour moi, ça le sera pas forcément pour vous ; autre risques liés à ça : vomissements, abattement, nuit blanche, Oedeme Cérébral de Haute-Altitude et Oedeme Pulmonaire de Haute-Altitude (tous deux rares mais mortels à court terme).
Hypothermie : bah manque de chaleur... Là par contre vous avez de quoi vous en prémunir en vous habillant correctement. Attention au vent. Le système 3 couches a fait ses preuves : sous-vêtement respirant, polaire (en avoir une en rab dans le sac), veste coupe-vent (minimum). Attention aux extrémités qui se refroidissent vite et quelquefois douloureusement (une bonne onglés ça donne envie d´appeler sa mère...). Les pieds sont souvent négligés hors ils sont difficiles à réchauffer (donc si vous avez le moindre doute sur vos grolles, louez-en !!!). Un bonnet + une écharpe ou mieux, une cagoule, sont indispensables en fond de sac : la tête est très irriguée, et on perd beaucoup de chaleur par là.
Son contraire : l´hyperthermie, est également couramment rencontrée même en Haute-Montagne. Pas bon, ça fait un peu perdre la boule (manque de discernement, troubles de l´équilibre...) en plus de l´altitude et de la fatigue. En plus ça fait transpirer, donc ça déshydrate et expose au coup de froid soudain si le vent et/les nuages s´y mettent.
Hypoglycémie : « mangez du brownie » ! (NDLR : ma passagère, Cécile, avait proposé de nous préparer des portions de ce gateau);o)). Sans blague, c´est facile de s´y mettre même si ça paraît con... Sur une courses, on peut perdre un peu ses repères habituels que sont la p´tite faim, l´heure du repas etc... On peut mettre le creux à l´estomac ou les p´tites étoiles devant les yeux au crédit de l´altitude, et en oublier la faim. Alors : avoir dans son sac des sucres lents (Ah les granny...) et rapides (pas trop), mais surtout des trucs qu´on aime et faciles à manger. Et 2-3 barres dans les poches, pour les plus réticents à quitter le sac à dos ;o)). C´est du vécu...
Hypohydratation : Pas une rigolote, celle-là... Une seule chose à faire, mais ça vous le savez déjà : on boit sans soif !! Même du temps de Henry IV, on connaissait l´affaire. Lui-même se vantait, le matin, de « pisser clair et dru ». Ca veut tout dire... Sur un Mont-Blanc, compter au moins 2,5 litres par personnes. Et pour boire sans soif, faut pouvoir boire facilement. La pipette est tout indiquée dans ce cas, par contre elle est susceptible de geler.
A noter que le cocktail des 4 Hypo est assez détonnant. »Pour la petite histoire, la course s’est très bien passé pour tout le monde. Ma cordée, où j’étais avec mon grand amis Stef qui s’était joint à nous et Cécile, qui devait être ma passagère en biplace, a bien tracé et a été au sommet une heure avant les 2 autres cordées. Nous sommes montés un peu trop vite pour moi, avec le biplace sur le dos (dans les 15 kg, mal répartis puisque tirant vers l'arrière à cause du gros volume). Heureusement que Stef m’a relayé pour porter le gros sac (lui était équipé super light, je me sentais revivre quand on échangeait !

).
Je suis le seul parmis les 9 personnes a avoir bien souffert de l’altitude (tachychardie, essouflement… lorsque j’avais le gros sac) et ce à partir de 4 500 m d’altitude. Le seul également à ne pas avoir assez bu. Ma pipette avait gelé, et c’était dur de quitter le sac pour sortir la gourde et boire. Je n’avais pas de thermos, pour des questions évidentes de poids… Ne buvant pas assez, j’étais aussi relativement peu porté sur la nourriture.
Le hic, c’est que le vent était trop fort et rafaleux à notre arrivée au sommet. Du coup, nous sommes descendus au dôme du Goûter pour tenter un déco plus bas, donc théoriquement moins venté. Erreur… Une fois au Goûter, le vent était encore plus fort, et… nos amis arrivés plus tard ont bénéficié d’un créneau de vent faible pour décoller. Il ne nous restait plus que la descente par la voie normale, longue comme un jour sans pain. La déshydratation commençait à se faire sérieusement sentir, mais le peu d’eau que j’ai bu au refuge du Goûter a accentué les spasmes déclenchés par ma saloperie de luette gonflée par le manque d’eau (3eme fois que ça me le fait…). Bref, dans ce cas de figure, je passe outre et tente de m’enfiler le max de flotte pour me réhydrater, je me concentre pour pas gerber, et ça passe en quelques heures (non, Fox, non, Camp, je n'essayerai pas la réhydratation anale !! Il s'en passe de bonnes, dans les Igloo...). Effectivement, arrivés au Nid d’Aigle (d’où le dernier train était parti, nous obligeant à redescendre presque en vallée à pieds

) ça allait beaucoup mieux, je pouvais de nouveau m’exprimer autrement qu’en grognant.
Bilan des opérations : faites ce que je dis, pas ce que je fais !!

Peut-être la dernière fois que je fais la connerie de ne pas boire suffisamment ?
J'espère n'avoir pas été trop long... Et être à la bonne place : peut-être est-ce plus légitime en "Sortie" ?
Sylvain.